Passer au playerPasser au contenu principal
Dans cette vidéo de Comptoir des Éleveurs, Jean-Marc Jancovici, ingénieur expert climat et président du Shift Project, et Laure Le Quéré de l’équipe agriculture de The Shift Project analysent les scénarios 2050 pour rendre l’élevage herbivore en France bas carbone et durable. Ils expliquent les enjeux d’autonomie agricole et énergétique, de sécurité alimentaire, et de décarbonation en s’appuyant sur les travaux prospectifs du think tank français sur l’agriculture.
Vous y découvrirez les compromis possibles entre production nationale, souveraineté alimentaire, flux internationaux, utilisation des sols et réduction des émissions agricoles pour un élevage plus résilient à l’horizon 2050.

#agriculture #elevage #environnement #écologie #jancovici

Réponses au quiz de fin :
/!\ Description à ne pas lire avant d'avoir vu la vidéo entièrement
/!\

/!\

/!\
/!\
Combien de scénarios agricoles le Shift Project a t il élaborés pour 2050 ?
➡ Quatre.

Quel est l’inconvénient majeur d’une agriculture moins ouverte aux échanges mondiaux ?
➡ Hausse des prix.

Quel objectif de réduction des émissions agricoles est fixé pour 2050 ?
➡ Division par deux.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Quand on fait les calculs, on se rend compte qu'avec la perte des rendements qu'on va avoir à cause du changement climatique
00:05et à cause de la perte de rendement à l'hectare, qu'on peut avoir parfois si on a des pratiques plus douces, typiquement bio,
00:13en fait les surfaces qu'on a, il faut d'abord les garder pour l'alimentation humaine
00:16et ensuite éventuellement faire un peu d'énergie dans des usages dans lesquels on a vraiment impérativement besoin de biomasse.
00:30Tu as donné une conférence intitulée « Pour un élevage herbivore, bas carbone et durable »,
00:34j'ose croire que ce sera possible, mais dans les faits, ça veut dire quoi ?
00:39On passe par quels scénarios ? Parce que vous, Shift Project, vous en avez établi quatre à horizon 2050
00:44pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.
00:46J'aimerais qu'on les reprenne un par un et que tu me dises quels sont les avantages de ces scénarios
00:51et quels sont les grands inconvénients ou obstacles qui font que ça peut être compliqué à mettre en place.
00:55Scénario 1, une meilleure autonomie agricole et alimentaire nationale, on gère tout dans le pays.
01:00Alors l'avantage, c'est qu'on gère tout dans le pays et l'inconvénient, c'est qu'il y a un certain nombre de prix qui vont monter
01:04puisque aujourd'hui, dans le cadre des commodités agricoles mondialisées, c'est le prix qui compte, juste le prix.
01:13Donc quand on est compétitif pour faire des choses qui, typiquement dans les céréales, on exporte.
01:18Et puis dans les domaines dans lesquels on cesse d'être compétitif, le poulet par exemple, le boeuf de plus en plus,
01:23les légumes, ça on n'en parle pas, on importe.
01:26Ça veut dire qu'on a une agriculture qui est de plus en plus spécialisée.
01:30Quand on est très ouvert sur le monde, on a une agriculture qui devient très spécialisée.
01:38Du coup, on devient très dépendant des autres, à la fois pour leur vendre ce qu'on sait faire mieux qu'eux
01:42et pour leur acheter ce qu'ils savent faire mieux que nous.
01:43Donc on prend un peu de quelque part pour remettre ailleurs, c'est pas forcément, on déplace un peu le problème quoi ?
01:49Ça veut dire qu'on maîtrise de moins en moins les choses chez nous.
01:54Et dans un monde, et alors il y a quand même une hypothèse importante qu'il faut avoir en tête,
01:57c'est que la mondialisation c'est du pétrole.
01:59La mondialisation en pratique c'est des camions et des bateaux.
02:02S'il n'y a plus de camions et de bateaux, il n'y a plus de mondialisation.
02:04Or, en ce qui concerne le pétrole, notre analyse c'est que la quantité disponible devrait commencer à baisser significativement à partir de 2030.
02:112030 c'est demain matin, même si pour M. Macron c'est très très très très très longtemps.
02:17Et donc ça veut dire qu'il faut dès à présent penser à la façon dont on réorganise un paysage agricole et une alimentation en France,
02:27en comptant entre guillemets de moins en moins sur les flux internationaux.
02:30Parce que changer le monde agricole c'est une à deux générations.
02:34Ça se fait pas en une semaine quoi.
02:36Et aujourd'hui on n'a pas du tout cette préoccupation en tête.
02:39Alors j'en viens sur le scénario 2, et du coup qui parle d'énergie, une meilleure indépendance énergétique nationale.
02:44La question de l'énergie c'est la priorité.
02:45Oui, le sol, c'est-à-dire le fait de le cultiver, il peut avoir plusieurs destinations.
02:52On peut s'en servir pour produire de la nourriture, on peut s'en servir pour produire de l'énergie justement,
02:57ce qu'on a coutume d'appeler des biocarburants, que moi je préfère appeler agrocarburants,
03:00parce qu'ils ne sont pas plus bio que le reste.
03:03On peut produire du bois avec, matériaux ou énergie.
03:07Et on peut entre guillemets produire de la biodiversité, c'est-à-dire fichelapper à ce qui s'y trouve,
03:11pour avoir un peu de vie sauvage ou quelque chose qui ressemble.
03:15Évidemment, les choses sont compatibles.
03:17Enfin, on peut avoir plusieurs usages sur un même sol.
03:19Par exemple, un sol sur lequel on a des cultures,
03:21et sur lequel on fait des mesures de préservation de la biodiversité,
03:24parce qu'on peut en faire, agroforesterie, plantation de haies, etc.
03:28Eh bien, c'est des choses, on mélange les usages sur un même sol.
03:31Mais en gros, on a ça.
03:32Et donc, aujourd'hui, il se pose un problème croissant de ce qu'on appelle la concurrence d'usage des sols.
03:36C'est-à-dire, est-ce qu'on s'en sert pour nourrir des gens,
03:38ou est-ce qu'on s'en sert pour nourrir des avions, des voitures et des chaudières ?
03:43Il n'y a qu'une question de priorité encore.
03:45Exactement.
03:45Et nous, on pense qu'au C-Project, il faut d'abord s'en servir pour nourrir les gens,
03:49et que s'il reste un peu de place, on fera de l'énergie.
03:52Mais en fait, quand on fait les calculs,
03:53on se rend compte qu'avec la perte des rendements qu'on va avoir à cause du changement climatique,
03:58et à cause de la perte de rendement qu'on peut avoir à l'hectare,
04:00qu'on peut avoir parfois si on a des pratiques plus douces, typiquement bio,
04:04en fait, les surfaces qu'on a, il faut d'abord les garder pour l'alimentation humaine,
04:09et ensuite, éventuellement, faire un peu d'énergie dans des usages
04:13dans lesquels on a vraiment impérativement besoin de biomasse.
04:16Et il n'y en a pas tant que ça.
04:17Parce que pour la mobilité en voiture, on peut tout électrifier,
04:20donc on n'a pas besoin de biocarburant.
04:22Pour la mobilité des marchandises, c'est pareil, il faut électrifier.
04:27Pour le chauffage, on peut électrifier, on n'a pas besoin de...
04:31Enfin, je veux dire, nous, on est partisans de supprimer le réseau de gaz en France.
04:35Alors, ça peut faire rigoler, mais il y a des pays qui n'ont jamais eu de réseau de gaz.
04:37La Suède, par exemple, n'a jamais eu de réseau de gaz.
04:39Ils n'ont jamais utilisé le gaz dans le chauffage.
04:40Donc, c'est possible, il suffit de s'organiser pour.
04:45Et dans l'industrie, c'est pareil, on ne va pas faire tourner l'industrie avec des biocarburants.
04:48On ne le contient pas, donc il faut électrifier, etc.
04:51Donc, en fait, les biocarburants, on peut s'en servir un peu pour la marine marchande
04:54et un peu pour quelques avions.
04:56C'est à ça qu'il faut les réserver.
04:57Et pour le reste, ce n'est pas nécessaire.
05:00Et donc, il faut avoir une agriculture d'abord destinée à donner des gens.
05:04Alors, scénario 3, on enchaîne.
05:06Contribution à la sécurité alimentaire mondiale.
05:09Ça, c'est un scénario dans lequel on est très fortement exportateur là où on est bon.
05:12Mais du coup, on est très fortement importateur sur tout le reste.
05:15Donc, c'est un scénario dans lequel on fait essentiellement du blé,
05:18enfin des céréales, parce que ça, on sait bien les faire et les exporter.
05:22Du vin, dont on peut se demander s'il contribue à la sécurité alimentaire, mais ce n'est pas grave.
05:27Voilà, et quelques productions sur lesquelles on est bon.
05:30Et quelques produits laitiers en Bretagne.
05:33Et on importe encore plus qu'avant nos courgettes, nos fruits, nos légumes, nos poulets.
05:38Et qu'est-ce que je sais ?
05:39Parce qu'on dit, là, on n'est pas compétitif.
05:41En fait, c'est ça que ça veut dire, sécurité alimentaire mondiale.
05:43Ça veut dire qu'on produit au maximum pour exporter au maximum.
05:46Mais ce faisant, on a une agriculture qui est très dépendante des intrants,
05:49puisqu'il faut avoir la production au maximum.
05:52On a une agriculture qui est très dépendante des flux logistiques mondiaux.
05:55J'ai dit avant que les flux logistiques mondiaux, ils n'allaient pas durer l'éternité.
05:59Et donc, ça nous paraît être un scénario fragile.
06:01Donc, en fait, les scénarios extrêmes, qu'on est totalement repliés sur nous-mêmes,
06:05et à ce moment, on n'a plus de café, plus de chocolat, c'est d'accord.
06:08Donc, ça ne nous paraît pas souhaitable.
06:09Le scénario dans lequel on est totalement ouvert sur le monde,
06:12et donc, on est tiré vers un monde de commodité agricole, quelque part,
06:17ça ne nous paraît pas souhaitable non plus.
06:19Et un monde dans lequel on privilégie par trop la production d'énergie,
06:23alors que les sols sont avant tout destinés à produire de la nourriture,
06:26ça ne nous plaît pas trop non plus.
06:27Donc, c'est ce qu'on disait, il faut de la nuance.
06:28Donc, nous, ce qu'on propose, c'est un scénario qu'on appelle de compromis,
06:32dans lequel on a un peu d'étroits.
06:34Alors, sur quoi on fait des arbitrages ou des concessions, justement ?
06:37Est-ce qu'on tire quand même plus vers un scénario que l'autre ?
06:41Est-ce qu'on privilégie plus le produire français et travailler qu'en France ?
06:47Comment on établit ces arbitrages-là ?
06:49Alors, aucun des trois scénarios,
06:53ça, c'est un point que j'aurais quand même dû évoquer au début,
06:56aucun des trois scénarios ne permet d'atteindre l'objectif
07:00qu'on s'est fixé sur les émissions de gaz à effet de serre
07:02de l'activité agricole en France,
07:04qui est de les diviser par deux, en gros, à l'horizon 2050.
07:08Et il faut bien voir, incidemment, que les diviser par deux à l'horizon 2050,
07:11c'est un traitement qui est beaucoup plus doux, entre guillemets,
07:14que ce que plein d'autres secteurs vont devoir faire.
07:16Il y a des secteurs dans lesquels les émissions vont devoir totalement disparaître
07:18d'ici à 2050, si on veut suivre la trajectoire de l'accord de Paris.
07:22Donc, l'agriculture est plutôt mieux préservée, j'ai envie de dire,
07:26ou moins contrainte que d'autres activités,
07:29précisément parce qu'il y a des émissions qui sont plus dures.
07:31Tant qu'on a des vaches, on a des émissions de méthane.
07:32On ne peut pas dire, on va faire fonctionner les vaches à l'électricité
07:35et les émissions de méthane disparaissent, ça ne marche pas.
07:40Et le scénario de compromis qu'on a établi,
07:42en fait, son premier élément de cahier des charges,
07:46c'est d'être capable de respecter la baisse des émissions d'origine agricole
07:49qu'on a en tête,
07:51et incidemment l'augmentation du puits agricole aussi.
07:53Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires

Recommandations