00:00Quand on fait les calculs, on se rend compte qu'avec la perte des rendements qu'on va avoir à cause du changement climatique
00:05et à cause de la perte de rendement à l'hectare, qu'on peut avoir parfois si on a des pratiques plus douces, typiquement bio,
00:13en fait les surfaces qu'on a, il faut d'abord les garder pour l'alimentation humaine
00:16et ensuite éventuellement faire un peu d'énergie dans des usages dans lesquels on a vraiment impérativement besoin de biomasse.
00:30Tu as donné une conférence intitulée « Pour un élevage herbivore, bas carbone et durable »,
00:34j'ose croire que ce sera possible, mais dans les faits, ça veut dire quoi ?
00:39On passe par quels scénarios ? Parce que vous, Shift Project, vous en avez établi quatre à horizon 2050
00:44pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.
00:46J'aimerais qu'on les reprenne un par un et que tu me dises quels sont les avantages de ces scénarios
00:51et quels sont les grands inconvénients ou obstacles qui font que ça peut être compliqué à mettre en place.
00:55Scénario 1, une meilleure autonomie agricole et alimentaire nationale, on gère tout dans le pays.
01:00Alors l'avantage, c'est qu'on gère tout dans le pays et l'inconvénient, c'est qu'il y a un certain nombre de prix qui vont monter
01:04puisque aujourd'hui, dans le cadre des commodités agricoles mondialisées, c'est le prix qui compte, juste le prix.
01:13Donc quand on est compétitif pour faire des choses qui, typiquement dans les céréales, on exporte.
01:18Et puis dans les domaines dans lesquels on cesse d'être compétitif, le poulet par exemple, le boeuf de plus en plus,
01:23les légumes, ça on n'en parle pas, on importe.
01:26Ça veut dire qu'on a une agriculture qui est de plus en plus spécialisée.
01:30Quand on est très ouvert sur le monde, on a une agriculture qui devient très spécialisée.
01:38Du coup, on devient très dépendant des autres, à la fois pour leur vendre ce qu'on sait faire mieux qu'eux
01:42et pour leur acheter ce qu'ils savent faire mieux que nous.
01:43Donc on prend un peu de quelque part pour remettre ailleurs, c'est pas forcément, on déplace un peu le problème quoi ?
01:49Ça veut dire qu'on maîtrise de moins en moins les choses chez nous.
01:54Et dans un monde, et alors il y a quand même une hypothèse importante qu'il faut avoir en tête,
01:57c'est que la mondialisation c'est du pétrole.
01:59La mondialisation en pratique c'est des camions et des bateaux.
02:02S'il n'y a plus de camions et de bateaux, il n'y a plus de mondialisation.
02:04Or, en ce qui concerne le pétrole, notre analyse c'est que la quantité disponible devrait commencer à baisser significativement à partir de 2030.
02:112030 c'est demain matin, même si pour M. Macron c'est très très très très très longtemps.
02:17Et donc ça veut dire qu'il faut dès à présent penser à la façon dont on réorganise un paysage agricole et une alimentation en France,
02:27en comptant entre guillemets de moins en moins sur les flux internationaux.
02:30Parce que changer le monde agricole c'est une à deux générations.
02:34Ça se fait pas en une semaine quoi.
02:36Et aujourd'hui on n'a pas du tout cette préoccupation en tête.
02:39Alors j'en viens sur le scénario 2, et du coup qui parle d'énergie, une meilleure indépendance énergétique nationale.
02:44La question de l'énergie c'est la priorité.
02:45Oui, le sol, c'est-à-dire le fait de le cultiver, il peut avoir plusieurs destinations.
02:52On peut s'en servir pour produire de la nourriture, on peut s'en servir pour produire de l'énergie justement,
02:57ce qu'on a coutume d'appeler des biocarburants, que moi je préfère appeler agrocarburants,
03:00parce qu'ils ne sont pas plus bio que le reste.
03:03On peut produire du bois avec, matériaux ou énergie.
03:07Et on peut entre guillemets produire de la biodiversité, c'est-à-dire fichelapper à ce qui s'y trouve,
03:11pour avoir un peu de vie sauvage ou quelque chose qui ressemble.
03:15Évidemment, les choses sont compatibles.
03:17Enfin, on peut avoir plusieurs usages sur un même sol.
03:19Par exemple, un sol sur lequel on a des cultures,
03:21et sur lequel on fait des mesures de préservation de la biodiversité,
03:24parce qu'on peut en faire, agroforesterie, plantation de haies, etc.
03:28Eh bien, c'est des choses, on mélange les usages sur un même sol.
03:31Mais en gros, on a ça.
03:32Et donc, aujourd'hui, il se pose un problème croissant de ce qu'on appelle la concurrence d'usage des sols.
03:36C'est-à-dire, est-ce qu'on s'en sert pour nourrir des gens,
03:38ou est-ce qu'on s'en sert pour nourrir des avions, des voitures et des chaudières ?
03:43Il n'y a qu'une question de priorité encore.
03:45Exactement.
03:45Et nous, on pense qu'au C-Project, il faut d'abord s'en servir pour nourrir les gens,
03:49et que s'il reste un peu de place, on fera de l'énergie.
03:52Mais en fait, quand on fait les calculs,
03:53on se rend compte qu'avec la perte des rendements qu'on va avoir à cause du changement climatique,
03:58et à cause de la perte de rendement qu'on peut avoir à l'hectare,
04:00qu'on peut avoir parfois si on a des pratiques plus douces, typiquement bio,
04:04en fait, les surfaces qu'on a, il faut d'abord les garder pour l'alimentation humaine,
04:09et ensuite, éventuellement, faire un peu d'énergie dans des usages
04:13dans lesquels on a vraiment impérativement besoin de biomasse.
04:16Et il n'y en a pas tant que ça.
04:17Parce que pour la mobilité en voiture, on peut tout électrifier,
04:20donc on n'a pas besoin de biocarburant.
04:22Pour la mobilité des marchandises, c'est pareil, il faut électrifier.
04:27Pour le chauffage, on peut électrifier, on n'a pas besoin de...
04:31Enfin, je veux dire, nous, on est partisans de supprimer le réseau de gaz en France.
04:35Alors, ça peut faire rigoler, mais il y a des pays qui n'ont jamais eu de réseau de gaz.
04:37La Suède, par exemple, n'a jamais eu de réseau de gaz.
04:39Ils n'ont jamais utilisé le gaz dans le chauffage.
04:40Donc, c'est possible, il suffit de s'organiser pour.
04:45Et dans l'industrie, c'est pareil, on ne va pas faire tourner l'industrie avec des biocarburants.
04:48On ne le contient pas, donc il faut électrifier, etc.
04:51Donc, en fait, les biocarburants, on peut s'en servir un peu pour la marine marchande
04:54et un peu pour quelques avions.
04:56C'est à ça qu'il faut les réserver.
04:57Et pour le reste, ce n'est pas nécessaire.
05:00Et donc, il faut avoir une agriculture d'abord destinée à donner des gens.
05:04Alors, scénario 3, on enchaîne.
05:06Contribution à la sécurité alimentaire mondiale.
05:09Ça, c'est un scénario dans lequel on est très fortement exportateur là où on est bon.
05:12Mais du coup, on est très fortement importateur sur tout le reste.
05:15Donc, c'est un scénario dans lequel on fait essentiellement du blé,
05:18enfin des céréales, parce que ça, on sait bien les faire et les exporter.
05:22Du vin, dont on peut se demander s'il contribue à la sécurité alimentaire, mais ce n'est pas grave.
05:27Voilà, et quelques productions sur lesquelles on est bon.
05:30Et quelques produits laitiers en Bretagne.
05:33Et on importe encore plus qu'avant nos courgettes, nos fruits, nos légumes, nos poulets.
05:38Et qu'est-ce que je sais ?
05:39Parce qu'on dit, là, on n'est pas compétitif.
05:41En fait, c'est ça que ça veut dire, sécurité alimentaire mondiale.
05:43Ça veut dire qu'on produit au maximum pour exporter au maximum.
05:46Mais ce faisant, on a une agriculture qui est très dépendante des intrants,
05:49puisqu'il faut avoir la production au maximum.
05:52On a une agriculture qui est très dépendante des flux logistiques mondiaux.
05:55J'ai dit avant que les flux logistiques mondiaux, ils n'allaient pas durer l'éternité.
05:59Et donc, ça nous paraît être un scénario fragile.
06:01Donc, en fait, les scénarios extrêmes, qu'on est totalement repliés sur nous-mêmes,
06:05et à ce moment, on n'a plus de café, plus de chocolat, c'est d'accord.
06:08Donc, ça ne nous paraît pas souhaitable.
06:09Le scénario dans lequel on est totalement ouvert sur le monde,
06:12et donc, on est tiré vers un monde de commodité agricole, quelque part,
06:17ça ne nous paraît pas souhaitable non plus.
06:19Et un monde dans lequel on privilégie par trop la production d'énergie,
06:23alors que les sols sont avant tout destinés à produire de la nourriture,
06:26ça ne nous plaît pas trop non plus.
06:27Donc, c'est ce qu'on disait, il faut de la nuance.
06:28Donc, nous, ce qu'on propose, c'est un scénario qu'on appelle de compromis,
06:32dans lequel on a un peu d'étroits.
06:34Alors, sur quoi on fait des arbitrages ou des concessions, justement ?
06:37Est-ce qu'on tire quand même plus vers un scénario que l'autre ?
06:41Est-ce qu'on privilégie plus le produire français et travailler qu'en France ?
06:47Comment on établit ces arbitrages-là ?
06:49Alors, aucun des trois scénarios,
06:53ça, c'est un point que j'aurais quand même dû évoquer au début,
06:56aucun des trois scénarios ne permet d'atteindre l'objectif
07:00qu'on s'est fixé sur les émissions de gaz à effet de serre
07:02de l'activité agricole en France,
07:04qui est de les diviser par deux, en gros, à l'horizon 2050.
07:08Et il faut bien voir, incidemment, que les diviser par deux à l'horizon 2050,
07:11c'est un traitement qui est beaucoup plus doux, entre guillemets,
07:14que ce que plein d'autres secteurs vont devoir faire.
07:16Il y a des secteurs dans lesquels les émissions vont devoir totalement disparaître
07:18d'ici à 2050, si on veut suivre la trajectoire de l'accord de Paris.
07:22Donc, l'agriculture est plutôt mieux préservée, j'ai envie de dire,
07:26ou moins contrainte que d'autres activités,
07:29précisément parce qu'il y a des émissions qui sont plus dures.
07:31Tant qu'on a des vaches, on a des émissions de méthane.
07:32On ne peut pas dire, on va faire fonctionner les vaches à l'électricité
07:35et les émissions de méthane disparaissent, ça ne marche pas.
07:40Et le scénario de compromis qu'on a établi,
07:42en fait, son premier élément de cahier des charges,
07:46c'est d'être capable de respecter la baisse des émissions d'origine agricole
07:49qu'on a en tête,
07:51et incidemment l'augmentation du puits agricole aussi.
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