- il y a 10 heures
Ce jeudi 30 avril, la décision de la FED de maintenir ses taux, l'annonce de Jerome Powell qu'il resterait gouverneur après la fin de son mandat de président, ainsi que le risque d'un choc inflationniste qui se profile dans la zone euro, ont été abordés par Christian de Boissieu, économiste et vice-président du Cercle des économistes, Laurent Vronski, directeur général d'Ervor, et Olivier Lluansi, professeur au CNAM, auteur de "Réindustrialiser, le défi d'une génération", dans l'émission Les Experts, présentée par Ludovic Desautez sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
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00:00On a le plaisir d'accueillir Laurent Wormski, bonjour Laurent.
00:02Bonjour à tous.
00:03Merci, merci d'être avec nous ce matin, directeur général d'Hervor.
00:06En face de vous, Christian Boissieux.
00:07Bonjour Christian, merci d'être avec nous, vice-président du Cercle des économistes.
00:11Et à vos côtés, Olivier Luency.
00:12Bonjour Olivier.
00:13Bonjour.
00:14Merci d'être avec nous, professeur Ocknam et auteur de « Réindustrialiser le défi d'une génération ».
00:18Beaucoup, beaucoup, beaucoup d'actualités économiques ces dernières heures.
00:22On va essayer de les reprendre un petit peu chronologiquement et puis de faire des focus
00:25parce qu'elles continuent à se développer quasiment en temps réel ce matin.
00:30Il y a une prise de parole de la Fed qui est attendue, pas de surprise, tôt inchangé.
00:37Dernier acte pour Jérôme Powell qui va rester quand même au bord de la Fed.
00:43Mais au-delà de ça, des commentaires qui commencent à devenir de plus en plus inquiets au sein de la
00:49Fed avec des dissensions.
00:51Ça fait longtemps qu'il n'y a pas eu autant de divisions, je vous regarde, Christian, au sein de
00:55la Fed.
00:57Quand on regardait les notes de la dernière réunion de la Fed, c'était une inflation qui s'emballait.
01:02Maintenant, le mot « légèrement » a été gommé et on voit que la crispation commence aussi à agiter
01:09par rapport à l'environnement macroéconomique et la guerre au Moyen-Orient, commence à agiter la Fed.
01:14Quel bilan vous tire un peu de cette prise de parole ?
01:17D'abord, je dirais que les faits sont têtus et l'inflation a beaucoup monté sur le seul mois de
01:24mars.
01:25Il faut partir des chiffres.
01:28En mars 2026, sur 12 mois, l'inflation américaine a été à 3,3%, donc en rythme annuel.
01:35En février, elle n'était que de 2,4%.
01:39Sur un mois, un point de plus.
01:42Et je pense que ça n'est pas fini, car même si les Américains sont, j'allais dire, autosuffisants de
01:49mon point de vue énergétique,
01:51ils sont quand même très influencés par l'évolution des prix internationaux, du pétrole, du gaz, etc.
01:57Et donc, ma prévision, je vais me tromper, mais ma prévision, c'est que le 3,3% en rythme
02:02annuel de mars,
02:03je parle de l'inflation américaine toujours, va continuer à monter.
02:07La Fed, comme les autres banques centrales des pays avancés, a un objectif de 2% d'inflation,
02:13j'allais dire sur le moyen terme, c'est-à-dire qu'il ne s'agit pas d'avoir 2
02:15% chaque année,
02:17mais disons, les banques centrales disent, si on a un peu plus une année, si ça se compense l'année
02:22d'après, pourquoi pas ?
02:23Mais, attendez, les chiffres que j'ai rappelés montrent que la Fed s'éloigne de plus en plus de son
02:29objectif d'inflation de 2%
02:31Ça va peser, ça pèse déjà sur la consommation, parce que ça pèse sur le pouvoir d'achat,
02:37les Américains, comme chez nous en France, la remontée de l'inflation a déjà commencé à peser sur le pouvoir
02:43d'achat,
02:43et ça va peser sur les élections de mid-terme de novembre, parce que, comme disait l'autre,
02:49« Is the economy stupid ? » Je veux dire, le résultat des mid-termes en novembre va quand même
02:55pas mal dépendre
02:56du contexte économique qui se présente pas très bien, en tout cas du côté des prix.
03:01Alors, je termine en disant que la Fed est pris entre deux feux, parce que d'un côté,
03:08le président américain qui ne respecte pas l'indépendance de la Banque Centrale
03:11réclame depuis deux mois des baisses de taux, il y en a eu qui sont intervenues légères,
03:16mais là, la Fed, clairement, elle a quand même un mandat, elle a un mandat dual,
03:22c'est-à-dire inflation et croissance et emploi de l'autre côté.
03:27Enfin, je veux dire, quand vous regardez les chiffres, certes la croissance américaine
03:32ralentit un peu, le chômage augmente un peu à partir de niveaux qui sont relativement bas,
03:37je parle du taux de chômage, mais quand même le danger à court terme,
03:39c'est plus l'inflation du côté américain que la récession.
03:43Je ne parle pas de l'Europe, je ne parle pas de la France, vous avez donné, évoqué les chiffres,
03:48on va en parler, les chiffres de la France au premier trimestre,
03:50mais les États-Unis ne sont pas en récession aujourd'hui.
03:53Donc la Fed, elle doit faire le job, et je pense qu'avec le nouveau président
03:59qui s'appelle Kevin Warsh, qui a l'air d'être pas mal sur le plan, je veux dire,
04:05du raisonnement économique, moi je le reçois à son examen,
04:08si vous permettez de jouer mon rôle de prof, bon, il va être confirmé,
04:14parce qu'il y avait un blocage du côté d'un sénateur républicain,
04:17– La situation est en train de se dénouer.
04:19– Voilà, qui disait, si M. Trump continue à chercher des poux dans la tête
04:26de Jérôme Powell, sans le laisser tranquille jusqu'à la fin de son mandat,
04:30moi, sénateur républicain, je ne voterai pas la confirmation du nouveau président,
04:34et ça se joue à très peu de temps.
04:36Donc, Kevin Warsh va être confirmé, mais il arrive dans un contexte
04:40où devant le Sénat, depuis une semaine, il jure par ses grands dieux
04:43qu'il va respecter l'indépendance de la Banque centrale,
04:46sous le feu, j'allais dire quasi quotidien, du président américain
04:51qui lui dit qu'il faut baisser les taux, faut baisser les taux,
04:53c'est pour ça que je vous ai nommé.
04:55Voilà le contexte.
04:57– Réaction Olivier Hollande sur, on va dire, ces commentaires
05:01au-delà du rôle de Jérôme Powell, c'est-à-dire l'état lié de l'économie américaine,
05:06tout simplement, finalement.
05:08– Alors, moi, j'ai aussi des chiffres, ce n'est pas les mêmes.
05:11Nous, on est très en amont, mais qui corroborent exactement ce que vient de dire Christian,
05:14parce qu'on travaille beaucoup avec les États-Unis.
05:16Nous, les chiffres qu'on a, si vous voulez, c'est les factures d'achat.
05:20Notamment, les factures d'achat pour le transport, pour les carburants,
05:23mais pas que, pas que.
05:24C'est-à-dire qu'il ne faut pas oublier qu'il y a toute une série de composants
05:27qui rentrent dans la fabrication de nos produits,
05:29et là, les fournisseurs n'ont pas perdu un instant pour rehausser les prix.
05:33Il ne faut pas aussi…
05:34– Ça a été très immédiat.
05:36– Ah, mais c'était quasi instantané.
05:37Je veux dire que l'économie réagit immédiatement.
05:39Il faut savoir que les chiffres dont parle Christian,
05:41je veux dire que c'est une statistique,
05:42c'est-à-dire qu'on regarde, c'est un film,
05:45on regarde ce qui s'est passé depuis trois mois.
05:47Nous, c'est instantané, je peux vous le dire.
05:48La deuxième chose, il ne faut pas oublier qu'avant le début du conflit,
05:52les mesures de M. Trump sont très largement inflationnistes.
05:55Et ça, on l'a oublié.
05:57Notamment, toutes les questions qui sont liées à la main-d'œuvre,
05:59qui est quand même l'un des drivers principaux de la reprise de l'inflation,
06:02aujourd'hui, aux États-Unis, il y a un vrai sujet
06:03sur de la main-d'œuvre qualifiée et de la main-d'œuvre tout court.
06:06Donc ça, ça ne s'est pas évaporé comme par enchantement.
06:08Moi, je ne sais pas lire l'avenir, ça saurait,
06:10mais je pense qu'on n'est pas du tout dans une hausse de prix temporaire
06:15et qu'on est sur une reprise de l'inflation.
06:17Et comme on le sait, c'est que souvent, quand les prix ont augmenté,
06:20après, pour revenir en arrière, c'est très, très difficile.
06:23Et je ne parle même pas des matières premières,
06:25parce que quand je parle des matières premières en tant qu'industriel,
06:28ce n'est pas que le pétrole, c'est tous les métaux précieux et autres.
06:31Il y a quelque chose dont on ne parle absolument pas, c'est le tungstène.
06:34La base de l'industrie.
06:35Oui, il y a un vrai sujet aujourd'hui sur le tungstène.
06:38Je rappelle que pour les néocipes, on utilise le tungstène
06:41dans tous les outils de coupe qui servent à usiner et à fraiser des pièces.
06:46Pas de tungstène, pas d'outil de coupe.
06:47Pas d'outil de coupe, pas de pièce.
06:50Voilà.
06:51C'est important cet avis, parce que c'est du vécu, tel coup partagé.
06:55Olivier, sur la situation américaine,
06:57non mais juste le coup d'œil, vous allez dire,
06:58sur l'état de l'économie américaine au-delà de la Fed.
07:02Moi, j'ai une vision qui est plus micro.
07:04Je pense qu'elle a été bien expliquée.
07:05Elle est complémentaire aussi.
07:06Aujourd'hui, moi, ce que j'entends surtout,
07:08et je vais peut-être vous permettre de faire la bascule,
07:10c'est l'inquiétude sur la situation européenne et du marché.
07:14On va y venir.
07:15C'est-à-dire que vous avez des activités aux États-Unis,
07:17ça vous permet de donner un regard de chef d'entreprise en micro
07:21sur l'économie américaine, complémentaire à celui qui vient de donner Christian.
07:24Moi, ce que j'entends des chefs d'entreprise français,
07:26et notamment industrielles,
07:28c'est surtout une inquiétude sur la situation économique de la France et de l'Europe.
07:34Et où on a un sujet de croissance,
07:36avec des chiffres qui viennent de tomber et qui font tomber le voile.
07:39C'est-à-dire que ce qui était vécu par les chefs d'entreprise au quotidien,
07:43avec une situation très dure, très difficile,
07:45n'était pas reflété dans les chiffres macro qu'on nous présentait.
07:48Ben voilà, on vient de, je pense, à l'instant...
07:50La facture est tombée.
07:51La facture est tombée, le voile vient d'être déchiré.
07:53On va préciser, Olivier, pour que chacun comprenne,
07:56et puis Christian, je vous laisse réagir.
07:57Donc ce matin, on va dire, il y a une double publication de l'INSEE.
08:00D'abord, il y a vraiment l'élément un peu surprise de la matinée,
08:04c'est que la croissance française au premier trimestre ressort nulle,
08:08c'est-à-dire 0%,
08:09ce qui est une très mauvaise augure pour le reste de l'année,
08:11sachant que l'objectif était à 0,8, 0,9...
08:15Et que là, en ayant nul au premier trimestre,
08:18c'est plutôt un scénario récessif qui peut se dessiner.
08:21Et puis, pour rebondir sur ce que disait Christian,
08:23puisqu'on va traverser l'Atlantique,
08:25on va s'ancrer aussi côté France,
08:27ça ne va pas tellement mieux aussi sur l'inflation,
08:29puisque l'inflation, en avril, a bondi à 2,2%.
08:32Alors là, on est en plein dans le choc énergétique.
08:34Et je rappelle, Olivier, on était à 2,2% en avril,
08:39on parle de la France.
08:41En mars, en rythme annuel, on était à 1,7%.
08:44Et en février, on était à 0,9%.
08:46Donc vous voyez le phénomène d'accélération,
08:49dans un contexte où il y a encore, dans les tuyaux,
08:52et je rejoins ce que vous disiez tous les trois,
08:55c'est-à-dire qu'il y a dans les tuyaux
08:57un potentiel de sursaut d'inflation supplémentaire,
09:00qui me paraît clair.
09:01Bon, et par rapport à la croissance en Europe,
09:04je suis complètement d'accord avec ce qu'ont dit Laurent et Olivier,
09:07c'est-à-dire que l'Allemagne,
09:10avant même les dernières nouvelles,
09:12je veux dire la semaine dernière,
09:13l'Allemagne a déjà divisé par deux sa prévision de croissance pour 2026,
09:18ils sont à 0,6, 0,5, 0,6, ils étaient à 1%.
09:21Et l'Allemagne, elle sort quand même d'une période de deux années d'accession
09:25et d'une année à zéro l'année dernière.
09:28Donc pas terrible.
09:29Et nous, je pense que le gouvernement va être obligé,
09:31au moment où on parle déjà de la préparation,
09:34la loi de finances pour 2027,
09:35on va être obligé pour des raisons de transparence
09:41et démocratique, je dirais,
09:42dans les relations entre le gouvernement et le Parlement,
09:44on va être obligé, assez vite,
09:47sans courir après les événements,
09:50de réviser à la baisse la prévision de croissance,
09:52ça veut dire moins de rentrée fiscale,
09:54ça veut dire plus de dépenses,
09:56ça veut dire...
09:57On était très contents à la fin de l'année dernière,
09:59en 2025, parce qu'on avait fait, en 2025,
10:02un déficit public de 5,1%,
10:04je parle toujours de la France,
10:06alors qu'on attendait 5,4%,
10:09doucement, doucement, le cocorico,
10:11je veux dire, ça va être compliqué.
10:13Dans un contexte politique que je n'ai pas besoin de décrire.
10:15L'objectif des 5%, qui est l'objectif de cette année,
10:18est très compliqué.
10:19Ça annonce très, très, très...
10:20Et vis-à-vis de Bruxelles,
10:22vous avez vu, parenthèse,
10:23parce qu'en Allemagne, il y a quand même...
10:27Il y a un débat, parce qu'ils sont en coalition,
10:30mais certains voudraient un peu mettre en parenthèse
10:33le pacte de stabilité budgétaire,
10:35en disant, nous sommes dans une période exceptionnelle,
10:40exceptionnellement difficile,
10:41et donc faut-il continuer à respecter les normes européennes ?
10:45Je ne prends pas parti à ce stade-là, c'est compliqué,
10:48mais je veux dire, la question, elle apparaît,
10:50et je pense qu'elle va être relayée du côté français,
10:54à tort ou à raison,
10:55à la lumière de ces chiffres.
10:57Alors, Laurent Olivier, je vous entends sur la situation française,
11:00il y a le vécu tel que vous le décriviez, Laurent,
11:02qui est intéressant,
11:03c'est-à-dire l'impact outre-Atlantique qui a été très immédiat.
11:07Est-ce que décrivait Olivier aussi, finalement,
11:09une espèce de décalage où on était encore dans des projections,
11:11on a plus 0,3, plus 0,4,
11:13et puis la facture, finalement, est tombée ce matin
11:15entre ce qu'on ressentait tous les uns les autres,
11:18de la réalité de quelque chose qui se dégrade,
11:19quand même, de semaine en semaine,
11:21là aussi, vous sentez cette dégradation locale,
11:23en France, dans, j'allais dire,
11:25chez Arvore, tout simplement ?
11:27Je dois rendre hommage à l'émission,
11:29parce que les doutes sur les prévisionnels de croissance,
11:32ils ont été évoqués dans cette émission,
11:35pas la semaine dernière,
11:36ça fait des mois et des mois et des mois.
11:38Dans le tissu industriel,
11:40que je pense modestement bien connaître,
11:42le ralentissement généralisé,
11:43il ne s'est pas opéré la semaine dernière.
11:46Moi, je l'ai clairement dit ici,
11:48il y a six mois,
11:49je veux dire que nous avons des sous-traitants
11:52qui travaillent, qui sont multisecteurs,
11:54et qui ont de la capacité.
11:56Ça, c'est un indicateur qui est fort.
11:58Quand vous avez des stocks de matières premières
12:00qui s'empilent,
12:01ce sont des indicateurs qui sont forts.
12:03Donc nous avons clairement alerté sur ce risque.
12:06Et quand on a eu les prévisionnels de croissance,
12:09je vais être un peu impertinent,
12:11mais c'est toujours...
12:12On est là pour ça.
12:12Quand on fait des budgets,
12:13alors on fait des prévisionnels de croissance,
12:15et honnêtement,
12:16parfois on se demande d'où ça sort.
12:17Du hors-sol.
12:18On se dit,
12:19mais avec tout l'appareil statistique qu'on a,
12:21toutes les compétences qu'on a,
12:23peut-être que certains,
12:24je vais encore une fois être un peu impertinent,
12:26il faudrait peut-être qu'ils écoutent les experts.
12:28Parce que les gens qui sont dans le concret
12:30ont vu le ralentissement il y a 8-9 mois.
12:34Donc plutôt l'été dernier.
12:36Exactement.
12:36Alors là, en ce moment,
12:38on est confronté quand même à deux secteurs forts
12:41qui sont vraiment en difficulté.
12:44C'est l'automobile.
12:45Ça ne s'est pas arrivé les semaines derrière.
12:47Avec tout le réseau de sous-traitants derrière.
12:50Vous avez aussi un secteur dont on parle peu,
12:53parce qu'on pense que comme il y a des commandes records,
12:55que toute la sous-traitance est florissante,
12:57c'est l'aviation civile.
12:58Je dis bien qu'il faut distinguer l'aviation civile
13:00de l'aviation militaire,
13:01parce que dans l'aviation civile,
13:02vous avez des fournissants avec des marges extrêmement minces.
13:06Donc ils s'apparentent à ce qui se passe dans l'aviation.
13:08Et un Airbus qui a du mal à monter en puissance sur l'aviation.
13:11Mais oui, mais c'est la poule et l'oeuvre.
13:12Parce que pour monter en capacité, il faut investir
13:14et l'argent ne tombe pas du ciel,
13:15contrairement à ce que pensent certains.
13:17Et puis le troisième secteur,
13:18je crois que là, je n'ai pas besoin de faire un long développement,
13:20c'est tout ce qui touche de près ou de loin
13:21au bâtiment, l'immobilier, la construction, la promotion,
13:25tout ce qui tourne autour.
13:26Donc on a quand même des secteurs importants
13:28qui ne tournent pas bien
13:30et qui, si vous voulez, ont un impact direct
13:33sur le prévisionnel économique du pays.
13:36Olivier, juste une phrase par rapport à ce que dit Laurent.
13:41La hausse des taux d'intérêt qu'est dans le TIO
13:43ne va pas améliorer les choses.
13:45C'est certain, notamment sur l'immobilier.
13:48Olivier, j'ai l'impression que ce matin,
13:50et merci Laurent de le signifier,
13:52c'est-à-dire que nous, ce qu'on ressentait,
13:54nous collectifs étant les experts,
13:56et le fait qu'on se rencontre depuis plusieurs mois,
13:59ce matin, ça devient quelque chose,
14:01enfin, sur lequel on peut discuter un peu sérieusement.
14:05Vous n'êtes pas surpris non plus
14:06par ce coup de frein,
14:08qui est expliqué comme un coup de frein,
14:10mais qu'on voyait arriver depuis des mois,
14:12et des mois, et des mois.
14:13Alors, on le voyait arriver,
14:15on a averti,
14:18on est plusieurs à l'avoir fait.
14:20Il est vrai qu'il y a des filières qui vont,
14:22en disant industrielles du moins,
14:24qui vont relativement bien,
14:26tandis que d'autres vont très mal.
14:28L'aéro, c'est vrai que sur aujourd'hui,
14:30les sous-traitants,
14:31il y a un problème de montée en capacité,
14:33mais globalement, la filière tire.
14:35Sur l'énergie, ça va tirer aussi.
14:37Donc, il y a quelques grandes filières
14:39sur ce qu'on a appelé les technologies vertes.
14:41Alors, c'est vrai que c'est un renfort d'argent public,
14:43qui va se raréfier,
14:44mais ça tire pas mal.
14:46Et donc, on a quand même un paysage industriel
14:49qui était hétérogène.
14:51Ceux qui observaient un peu la globalité,
14:53et la référence aux sous-traitants multisecteurs
14:56est excellente pour prendre un point de température,
14:59c'est que globalement,
15:01il y avait une souffrance en moyenne.
15:03Il y avait des filières qui vont vraiment très mal,
15:05tu les as citées, l'automobile,
15:06d'autres qui tenaient bien,
15:07mais globalement, on ne voyait pas la croissance
15:11qui nous était, ou la bonne humeur
15:12qui nous était affichée dans des grandes déclarations,
15:15dans des grandes inaugurations,
15:17dans des grands discours.
15:18Voilà.
15:18Donc, aujourd'hui, les faits sont têtus.
15:21La réalité économique revient.
15:24Quelque part, les prévisions, c'est bien,
15:26mais c'est le micro qui fait la richesse de tous les jours,
15:29qui doit être redistribué,
15:30qui crée la richesse dans les entreprises
15:31et qui est redistribuée.
15:32Alors, maintenant, l'espoir qu'on peut avoir,
15:34mais encore une fois,
15:35l'échéance politique majeure en France de 2027 se rapproche,
15:39c'est est-ce que sur la base de cet atterrissage,
15:43d'une certaine façon,
15:44de cette jonction entre le micro et le macro,
15:46on va enfin pouvoir avoir un diagnostic réel
15:49et enclencher une réflexion collective,
15:53sereine, stable, robuste.
15:56Voilà un peu le pari qu'on a.
15:58À 12 mois des élections présidentielles,
16:01on n'est pas dans une boule de cristal,
16:03mais on est un peu dans l'utopie, quoi, quand même.
16:05Un pari redoutable.
16:06Je suis d'accord avec Olivier.
16:08J'aimerais bien, mais je n'y crois pas trop.
16:10J'aimerais bien, parce que, effectivement,
16:12la situation est très compliquée.
16:14Par rapport à ce que disait Laurent,
16:16ce que vous avez dit tous les deux,
16:18c'est que les problèmes ont commencé
16:21avant la guerre au Moyen-Orient.
16:24Déjà, l'affaire des droits de douane
16:26nous a mis dans un climat quand même assez délétère.
16:31Montée du protectionnisme.
16:33Et très franchement,
16:35on a tous eu raison, eu tort sur certains points,
16:39mais quand je parlais, il y a quelques mots autour de cette table,
16:42des conséquences des droits de douane,
16:44Trump et la réponse, et la réponse à la réponse,
16:47on voyait bien que ça allait avoir deux effets.
16:49Un effet inflationniste,
16:51y compris du côté américain,
16:53et un effet récessionniste.
16:54Alors, les événements dramatiques au Moyen-Orient
16:58rajoutent une couche.
17:00Rajoutent une couche.
17:01Et par rapport à ce que disait Olivier,
17:05moi, je...
17:08Pour...
17:08J'allais dire,
17:09il y a l'échéance de 2027 qui est très importante,
17:12et il va y avoir un problème d'articulation
17:14entre le court terme et le long terme,
17:16à la fois de la part des candidats
17:18et du côté de l'opinion publique,
17:20je veux dire des Français.
17:20Est-ce que ça va être le moment ou pas
17:24de rouvrir les débats sur un certain nombre de réformes ?
17:27Et quand je dis réformes,
17:28c'est pas uniquement le débat sur la réforme des retraites,
17:31les problèmes industriels,
17:33l'articulation industrie-service,
17:36les problèmes de formation, d'éducation,
17:38je veux dire, pour moi...
17:39Majeur.
17:39On est tous, on est plusieurs autour de cette table
17:41à être professeurs,
17:42je veux dire, c'est majeur,
17:43et moi, je...
17:44À titre ponctuel, par exemple,
17:46mais c'est pas ponctuel,
17:47je suis très inquiet de voir
17:48que les contraintes sur les finances publiques,
17:51qui vont faire que s'accentuer,
17:54conduisent le gouvernement
17:55à mettre en cause
17:56une grande partie
17:57de l'apprentissage et de l'alternance.
18:00Ça a l'air d'un...
18:01Alors, je trouve Olivier qui lève les mains.
18:03On en a tellement parlé ici que...
18:05Oui, oui, mais tout à fait.
18:06J'étais pas avec vous à ce moment-là.
18:07C'est pour ça que je me permets de le dire.
18:09Bien sûr, je partage.
18:10C'est très inquiétant.
18:12C'est hyper inquiétant.
18:13Voilà, donc,
18:14il faudrait que les chances fondamentales
18:18de l'année prochaine
18:19sont l'occasion de remettre à plat
18:20un certain nombre de choses.
18:21Il va y avoir,
18:22il risque d'y avoir de part et d'autre,
18:25le primat du court terme.
18:27Et pour remettre à plat,
18:29il faut quand même essayer de définir
18:31une vision, une stratégie
18:32au moyen long terme.
18:33C'est le problème
18:33de l'articulation des horizons.
18:35Tout à fait.
18:36Laurent, vous voulez dire un gien ?
18:37Oui, sur quelques éléments
18:39qui ont été mentionnés.
18:41Nous parlions tout à l'heure
18:42de l'inflation aux Etats-Unis,
18:43mais il faut savoir
18:44que les droits de douane
18:45qui ont été imposés par Trump,
18:47nous, nos produits,
18:48du jour au lendemain,
18:49s'est pris 35%.
18:5095% de ces droits de douane
18:52n'ont pas été pris en charge
18:54par les exportateurs.
18:55Ils ont été répercutés
18:56sur les prix américains.
18:57Donc, c'est 95%.
18:58Ce qui est une forme d'impôt, finalement.
19:00Donc, c'est 95% des Américains
19:01qui ont payé
19:02cette surcharge protectionniste.
19:04Ça, c'est la première chose.
19:05Donc, ça, c'est quand même assez inflationniste.
19:06Et mécanique inflationniste.
19:07Par rapport à ce que disait Olivier,
19:09et ça, c'est très intéressant,
19:10c'est que tous les chiffres
19:13qui nous abondent
19:13sont des chiffres
19:14qui sont des moyennes.
19:17Donc, c'est aussi bien
19:18les entreprises qui marchent
19:19qu'elles ne marchent pas.
19:19Enfin, quand je dis ça,
19:20je crois que je n'apprends rien à personne.
19:21Ce que je constate,
19:22c'est que toutes les entreprises industrielles
19:24qui ont une vraie proposition de valeur,
19:26qui ont vraiment des produits
19:27très pointus
19:28sur des segments,
19:29sur des niches,
19:30elles vont très bien.
19:32Nous en faisons partie.
19:33Bon, il faut dire
19:34que c'est la conséquence,
19:35d'une part,
19:35de la raréification
19:36de l'offre industrielle,
19:37c'est-à-dire que
19:38le besoin existe toujours,
19:39mais il y a moins d'entreprises
19:40pour les fournir.
19:41Les survivants, quelque part.
19:42Les survivants,
19:43ceux qui ont développé
19:44les anticorps
19:45et qui se sont positionnés
19:47à l'international.
19:48Maintenant, la dernière chose
19:49concernant l'enseignement,
19:50parce que moi,
19:50j'ai un pied dans l'enseignement,
19:51puisqu'on a démarré un projet
19:53qui s'appelle
19:53Espérance Bonlieu,
19:54on ouvre des écoles.
19:55Un pays qui fait le choix
19:57uniquement de la redistribution
19:58sans se soucier
19:59d'investir massivement
20:01dans l'école
20:02et dans les élèves
20:03est un pays
20:04qui est condamné à terme.
20:06Et je pense que
20:07c'est très inquiétant
20:08de voir qu'aujourd'hui,
20:10en plus,
20:10il y a eu une réforme
20:13qui est passée
20:13quasiment inaperçue,
20:14c'est le cumul emploi retraite,
20:15donc qui permet
20:16à des gens
20:17qui ont la sagesse,
20:19les anciens,
20:19de rester plus longtemps
20:21pour se frotter
20:21avec des générations
20:22aux jeunes qui arrivent.
20:24La réforme
20:24du cumul emploi retraite
20:26fait que ces gens-là
20:27ne sont plus incités
20:28aujourd'hui
20:28à travailler
20:29et rester dans les entreprises.
20:30Donc,
20:31on a une école
20:32qui est quand même
20:32qui requête,
20:34on a des anciens
20:35qui partent plus tôt
20:36et on a
20:37une succession
20:38de défis
20:39technologiques,
20:39sociologiques,
20:40internationaux
20:41qui arrivent.
20:41Et démographiques.
20:42Et démographiques.
20:43Donc,
20:44là,
20:44vous voyez,
20:44c'est quand même
20:45un peu inquiétant.
20:47C'est embêtant.
20:47Dans la vie,
20:48je suis plutôt
20:48le verre à moitié plein
20:49que le verre à moitié vide.
20:50Enfin,
20:51depuis le début,
20:52je constate que,
20:53y compris votre serviteur,
20:55nous sommes dans un contexte
20:57un peu morose
20:58pour ne pas dire plus.
21:01avant qu'on marque une pause,
21:02il y a quelque chose
21:02sur lequel je voudrais
21:03entendre mes commentaires
21:04sur la publication
21:05de la note de l'INSEE
21:06sur la croissance
21:06au premier trimestre.
21:08Parce qu'après,
21:08il y a le détail.
21:09On va dire sur la conso,
21:10ça commence à caler.
21:12La conso des ménages
21:12fait moins 0,1%
21:14au premier trimestre
21:15contre plus 0,4%
21:16au dernier trimestre 2025.
21:19Mais là,
21:19le gros trou d'air,
21:20c'est le commerce extérieur.
21:22Le gros trou d'air,
21:23fortement négatif,
21:24c'est-à-dire le commerce extérieur
21:25sort à moins 0,7 points
21:27après plus 0,6 points
21:29au dernier trimestre 2024.
21:31Et les exportations
21:32se replient.
21:33On est à moins 3,8
21:34après plus 0,8.
21:35C'est-à-dire,
21:36il y a un trou d'air
21:36absolu
21:37sur le commerce extérieur français.
21:38Ça vous surprend,
21:39Laurent Olivier ?
21:40Un petit peu.
21:41Moi, je demande
21:42à regarder un peu plus
21:43dans la précision.
21:46Quelque part,
21:47on a toute notre structure
21:49de coûts.
21:49Et puis,
21:50les effets en retard
21:51des taxes Trump.
21:52On sait très bien
21:52que quand elles ont été annoncées,
21:54il y a eu du stock
21:55qui a été fait
21:55ou de la commande en avance
21:56qui est fait.
21:57On s'en sort avec les stocks,
21:58d'ailleurs.
21:59Et donc là,
22:00maintenant,
22:00je pense qu'on a
22:01ce type d'effet.
22:02Je vous rappelle,
22:03les États-Unis,
22:03ça doit être quasiment
22:0513 ou 15 %
22:06des exports
22:06de l'Union européenne
22:07ou de la zone euro.
22:09Donc,
22:10c'est naturellement affecté.
22:11Voilà.
22:11Petit commentaire.
22:12Les stocks,
22:12justement,
22:13contribuent à 0,8
22:15sur le PIB.
22:16C'est-à-dire,
22:16ce que signale
22:18Laurent à l'instant.
22:19Si je peux dire
22:19juste un mot.
22:21Ça traduit
22:22le contexte mondial
22:23qui est,
22:24j'allais dire,
22:25déprimé,
22:26dépressif,
22:27récessif.
22:29Bon.
22:29Alors,
22:30il y a encore
22:30des poches de croissance.
22:31Il y a des poches
22:32de croissance
22:32dans certains secteurs.
22:35La défense.
22:37Alors,
22:37ça rejoint
22:38les débats
22:39dual,
22:39pas dual,
22:40civil,
22:41militaire.
22:41Est-ce que
22:41l'augmentation
22:42des dépenses
22:43de défense
22:43peut profiter
22:44ou pas
22:44aux civils ?
22:47En France,
22:48en différence
22:49des États-Unis,
22:52on ne gère pas
22:53très bien
22:53cette dualité
22:54civil-militaire
22:54du point de vue
22:55de la recherche,
22:56je pense.
22:56Et puis,
22:57il y a le problème
22:58des contrastes
22:58entre pays.
22:59Moi,
23:00je regardais
23:00les dernières prévisions
23:01du FMI
23:02qui ont été publiées
23:03la semaine dernière,
23:04il y a 15 jours
23:05à l'occasion
23:05de l'Assemblée annuelle.
23:07Bon,
23:08ce qui me frappe,
23:09c'est que le FMI
23:10est extrêmement conservateur
23:12dans ses prévisions
23:13par rapport à ce qu'il disait
23:14au mois de janvier.
23:15Je parle des prévisions
23:16d'avril.
23:18Depuis deux mois,
23:19on est quand même
23:20dans une drôle de situation
23:21sur le plan international.
23:22et bien,
23:23le FMI continue
23:24à prévoir
23:25pour,
23:26c'est-à-dire
23:272026,
23:28l'année prochaine,
23:29des croissances mondiales
23:31à 3 et quelques pourcents.
23:32Alors,
23:32il y a
23:33la Chine ralentit,
23:35il y a
23:35un certain nombre
23:36de pays émergents
23:37dont l'Afrique
23:38subsaharienne
23:39dont on parle passé.
23:40Moi,
23:40très africain,
23:41si je puis dire,
23:42dans mes centres d'intérêt,
23:43je constate
23:44que l'Afrique
23:45est un peu
23:45le sacrifié
23:46des débats actuels,
23:47excusez-moi de le dire,
23:49et pas que l'Afrique,
23:51d'ailleurs.
23:51Mais le Sud,
23:52je veux dire,
23:53il ne faut pas s'étonner
23:54après que
23:55ce qu'on appelle
23:56le Sud global
23:57concept un peu vague
23:59continue à contester
24:01le poids,
24:02l'importance
24:03du Nord.
24:03Et je termine là-dessus
24:04parce que,
24:05travaillant sur les questions
24:06monétaires,
24:06il y a une petite nouvelle
24:08qui est pour moi
24:09un indicateur significatif.
24:11Les Iraniens ont dit
24:12qu'ils allaient peut-être
24:14ouvrir le détroit d'Ormus
24:15à condition que les Américains
24:16fassent de même,
24:17etc.
24:18Je ne te tiens pas
24:18à la barbuchette.
24:20Ils ont dit
24:20on fera payer
24:21un droit de douane,
24:22un péage,
24:24en rial iranien,
24:25monnaie faible
24:26que personne ne connaît,
24:27etc.
24:28Mais je veux dire,
24:29on est dans un monde
24:30où l'économie
24:32ne va pas bien,
24:32la géopolitique
24:33est très,
24:34très,
24:35très agitée
24:35et vous avez
24:36des contestations
24:38à la fois
24:39Est-Ouest
24:39et Nord-Sud
24:40qui existent,
24:43il faut être réaliste,
24:44mais qui ne sont pas
24:44terribles
24:45pour l'économie mondiale.
24:47Donc j'ai terminé
24:48vraiment en disant
24:49que moi,
24:50ça m'a vraiment étonné
24:50ces dernières prévisions
24:51qui revoient à peine
24:54les prévisions
24:54qu'ils faisaient
24:55au bas de janvier.
24:56Et je me dis
24:57que d'où ça sort,
24:58d'où ça sort.
24:59En tout cas,
25:00ce matin,
25:00on aura vécu
25:01ce qu'on partageait
25:01depuis des mois
25:02sur ce plateau-là,
25:03c'est le fait
25:03que l'INSEE
25:04s'aligne
25:05sur ce que nous
25:05on ressentait
25:06au sein des experts
25:07depuis au moins septembre.
25:09Sous-titrage Société Radio-Canada
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