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  • il y a 9 heures
Ce mercredi 15 avril, les prévisions de croissance revues à la baisse par le FMI en raison des conséquences de la guerre en Iran, ainsi que la nouvelle trajectoire budgétaire 2027 visant à réduire le déficit public, ont été abordées par Christian Saint-Étienne, économiste et auteur de "Trump et nous : Comment sauver la France et l’Europe", Stéphane Carcillo, responsable de la division revenu/travail de l’OCDE et professeur associé à Sciences Po, et Ludovic Desautez, directeur délégué de la rédaction de La Tribune, dans l'émission Les Experts, présentée par Raphaël Legendre sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Et pour parler de tous ces sujets, j'ai le plaisir d'accueillir sur le plateau Stéphane Carcillou.
00:04Bonjour Stéphane, responsable de la division Revenu-Travail de l'OCDE et professeur associé à Sciences Po.
00:11A vos côtés, Christian Saint-Etienne. Bonjour Christian, économiste, auteur de Trump et nous,
00:16comment sauver la France et l'Europe, aux éditions Odile Jacob.
00:19Et j'ai le plaisir d'accueillir Ludovic de Sauté. Bonjour Ludovic. Bonjour Raphaël.
00:22Directeur délégué de la rédaction de La Tribune.
00:25Avec ce premier sujet, les prévisions du Fonds monétaire international qui viennent d'être publiées à l'occasion de l
00:33'Assemblée générale du printemps,
00:36l'institution internationale. Des prévisions évidemment très compliquées dans un contexte mondial, lui aussi très compliqué,
00:44marqué par le conflit en Iran. Donald Trump s'est exprimé, va prendre la parole d'ici un peu moins
00:50de deux heures.
00:51Alors, ce sera à midi heure française sur Fox News, mais dans une interview dont quelques extraits ont été publiés
00:57dans la nuit.
00:58On l'écoute tout de suite, Donald Trump.
01:00Je pense que la guerre est quasiment finie. En tout cas, c'est comme ça que je vois les choses.
01:06Si je quittais la région maintenant, ça leur prendrait 20 ans pour reconstruire leur pays et on n'a pas
01:10fini.
01:11Vous verrez, je pense qu'ils veulent absolument conclure un accord de paix.
01:17Voilà, la guerre est quasiment finie, dit le président américain, mais la guerre va, quoi qu'il en soit, laisser
01:23des traces.
01:24C'est ce que nous dit le Fonds monétaire international, qui n'exclut pas tout de même une récession mondiale
01:31en cas de conflit prolongé.
01:34Est-ce qu'il faut le craindre, ce conflit prolongé, Christian Saint-Etienne ?
01:38Le FMI dit ce que nous disons dans cette émission depuis six semaines, c'est-à-dire qu'il y
01:42a deux scénarios.
01:45Il officialise les deux scénarios.
01:47Nous écoutons tous les jours le FMI, c'est normal, bien sûr.
01:50Le FMI parle même de trois scénarios, mais enfin, les deux scénarios principaux.
01:54Les deux scénarios centraux.
01:55La guerre s'arrête ou la guerre continue.
01:58Donc, on est dans l'expectative.
02:01Simplement, ce qu'ont fait les économistes du FMI, c'est amusant, mais tous les deux, on a travaillé au
02:06FMI avec Stéphane.
02:08Donc, ce que dit le FMI, c'est chiffrer les conséquences de ces deux scénarios.
02:13Donc, le scénario dans lequel ça s'arrête, la guerre s'arrête, ça ne veut pas dire que les conséquences
02:20sur le marché pétrolier s'arrêtent.
02:22On sait que ça risque de durer.
02:23Donald Trump lui-même a dit que les prix du pétrole resteraient élevés jusqu'au mid-term, c'est-à
02:27-dire jusqu'au mois de novembre.
02:30Alors, il y a deux problèmes principaux si la guerre s'arrête.
02:34C'est, est-ce qu'on peut redémarrer les puits ?
02:37Oui.
02:38Parce que quand on arrête les puits, ça fait des dégâts.
02:40Donc, il est vraisemblable qu'on pourra redémarrer l'essentiel, mais à la marge, il y aura des pertes de
02:46production.
02:47Et surtout, ce qu'on a également dit ici, c'est qu'on a six semaines de délai entre le
02:53pétrole qui sort du puits et le moment où il arrive en Europe.
02:57Alors, ce qui est en train de ressortir, et ce que le FMI vient de dire, c'est dans les
03:02échos ce matin, et on ne fait pas de retour en arrière, mais je l'ai dit ici, je suis
03:08un des rares à l'avoir dit,
03:09si on est dans la difficulté, ce n'est pas seulement la guerre, c'est parce que l'Europe, et
03:14notamment la France, a fermé massivement des raffineries depuis 15 ans.
03:18Donc, c'est moins la disponibilité du pétrole qui nous met dans la mouise, c'est la difficulté au niveau
03:25des raffineries.
03:26La capacité de raffiner, oui, notamment le diesel.
03:27On a fermé des raffineries massives sur Foss, on a fermé sur la Seine, qui sont les deux grands bassins
03:37de production.
03:37Donc, effectivement, on a un problème sur le kérosène pour les avions, on a un problème pour le diesel.
03:45Ça, ça vient des problèmes de raffinerie.
03:47Donc, il y a un défaut de réflexion stratégique au niveau européen depuis 20 ans.
03:53De perception de la crise, peut-être aussi.
03:55Non, mais on a laissé partir des capacités dans tous les domaines, et puis on se retrouve surpris.
04:00Il y a un moment, il faut se remettre au travail et planifier.
04:03On a un besoin urgent de planification stratégique au niveau français, au niveau européen.
04:07Stéphane Carcillo, est-ce qu'il faut craindre une crise énergétique majeure qui va peser ?
04:11On peut peut-être revenir d'abord sur les chiffres du FMI.
04:14Donc, le scénario central, pour l'instant, c'est quoi pour le Fonds monétaire international ?
04:20Je pense que c'est un prix du pétrole qui se maintient autour de 100 dollars,
04:24ou légèrement au-dessus, pendant plusieurs mois.
04:28Et le risque, en fait, économique, c'est l'effet de répercussion sur les prix à la consommation de toutes
04:34sortes de biens et produits.
04:37Et également, du coup, par effet de retour sur les salaires.
04:41Et donc, c'est un peu ça qui fait aussi peur.
04:43C'est qu'en fait, c'est la mécanique de répercussion du prix de l'énergie sur les prix des
04:48biens.
04:48Le fameux effet de second tour.
04:50Effet de second tour, et ensuite sur les salaires qui renourrissent les prix
04:53et qui provoquent une réaction des banques centrales.
04:57Qui, même s'il s'agit d'un choc d'offres, c'est-à-dire un choc auquel font face
05:02les entreprises,
05:03va quand même, pour éviter la hausse des prix, freiner la demande en augmentant les taux d'intérêt.
05:09Alors qu'on a une croissance plutôt en baisse.
05:11Voilà, et les banques centrales vont avoir tendance à faire ça pour être crédibles
05:15et pour essayer de freiner l'inflation en disant, de toute façon,
05:19l'inflation doit rester ou revenir à 2%.
05:21Et même si c'est un choc d'offres, j'augmente les taux d'intérêt.
05:24Et ça, évidemment, ça génère un ralentissement durable de l'économie
05:29avec des effets qui ne sont surtout pas immédiats.
05:32C'est ça qu'il faut avoir en tête.
05:33C'est qu'en fait, ce choc-là qui arrive, même s'il dure encore 2-4 mois
05:39avec des prix à 100 dollars, les répercussions s'étalent sur plusieurs mois.
05:43Combien de temps encore on va la subir, cette crise ?
05:45On va sentir les conséquences de cette crise ?
05:47Quand bien même on se dirigerait vers une fin de conflit armé à court terme,
05:52comme semble le prédire Donald Trump ?
05:54Si les prix augmentent, les salaires vont augmenter,
05:58mais à la faveur de renégociations.
06:00Et les renégociations, en général, interviennent en fin d'année ou début d'année.
06:04Donc déjà, c'est quelque chose qui va intervenir en fin d'année.
06:06Quand les taux d'intérêt augmentent,
06:08les effets sur l'économie n'interviennent pas avant 6 mois.
06:10Donc là aussi, on voit que les répercussions vont durer sur l'année 2027, à minima.
06:20Donc on voit qu'en fait, un choc qui est ponctuel
06:24peut avoir des effets qui sont durables sur de longs mois.
06:30Bon, ça va donc impacter aussi la campagne présidentielle, ça veut dire ça.
06:34Il y a un point important dans ce que vient de dire Stéphane,
06:36c'est que pour l'instant, on est protégé par le fait que les négociations salariales sont derrière nous.
06:42Et que donc, si le choc pétrolier devait s'amoindrir dans les semaines qui viennent,
06:49on aura une répercussion dans les prochaines négociations salariales
06:54en novembre, décembre, 2026, janvier 2027, qui sera moindre.
06:58Donc c'est vraiment important que ça s'arrête le plus vite possible.
07:01Sauf pour le SMIC.
07:02Le devis de sauté.
07:03Sauf pour le SMIC.
07:04Oui, qui va être indexé sur l'inflation, c'est une des conséquences.
07:06Non, ce qui est intéressant, on dit Christian,
07:08je rajoute au pétrole toutes les chaînes d'approvisionnement
07:11qui sont aussi très largement perturbées, tout ça.
07:13Là, ce qu'on est en train de dire, alors c'est très dur.
07:15Quand Donald Trump a parlé, on a du mal à le commenter avant même qu'il ait parlé.
07:19C'est hyper compliqué.
07:20Donc, mais très sincèrement, là, ce qu'on partage, c'est cette notion de latence.
07:25Et je pense qu'on a une mauvaise image globalement de ce qu'est le marché du pétrole.
07:28C'est-à-dire le marché du pétrole, on met de côté les stocks stratégiques.
07:32Le marché du pétrole, c'est un marché extrêmement fluide.
07:34C'est-à-dire qu'en gros, quand un pétrolier arrive en France,
07:37dans les deux, trois semaines, le produit est réparti sur le territoire.
07:41Le dernier pétrolier qui est arrivé en France est arrivé il y a dix jours.
07:46C'est-à-dire qu'il était parti juste avant le 28 février, avant les premières frappes.
07:50Il n'y a plus de pétrolier qui part de cette zone depuis le 28 février.
07:53Donc, même si Donald Trump annonce tout à l'heure que ça va mieux,
07:59il faut que les infrastructures redémarrent, il faut re-remplir les pétroliers,
08:03et il faut compter un mois avant que le premier pétrolier revienne.
08:06Donc, il y a un trou d'air de deux à trois mois techniquement devant nous.
08:10C'est-à-dire, au mieux, au mieux, la situation se détendrait en septembre.
08:14Avec deux dents, et alors la question a pleinement...
08:16Mais ça, est-ce que ça veut dire, Ludovic de Soté, qu'il faut attendre des pénuries cet été, par
08:19exemple ?
08:21L'autre vulnérabilité, et il y a un manque de pédagogie un peu volontaire de la part du gouvernement,
08:26et Christian a totalement raison,
08:28c'est qu'il y a une double dépendance par rapport au Moyen-Orient en matière de pétrole.
08:33C'est-à-dire qu'il y a le brut dont on parle tous, qu'est le baril, le Brent
08:35et tout ça,
08:36mais il y a les produits raffinés.
08:37Et les produits raffinés, c'est sur lesquels la France s'est déshabillée, on va dire.
08:42Et on est exactement dans la même logique, vous savez, au moment où il y a eu le Covid,
08:47où on découvre qu'on ne fait pas les vaccins, on ne fait pas les doliprane, on ne fait pas
08:50les masques et tout ça.
08:50Voilà, on est dedans.
08:52Le roi est nu.
08:52Le roi est nu, et dedans, il y a une urgence, dans l'urgence d'ailleurs,
08:56qui a été verbalisée par Bruxelles, là-dedans, sur lequel on est extrêmement dépendants,
09:00c'est le kérosène, puisque sur le kérosène, il y a un peu plus de 30 à 40%
09:04qui arrivent directement de cette zone-là.
09:06C'est raffiné sur place.
09:09Et là, honnêtement, il y a une tension mondiale sur le kérosène, on l'a vu en Asie.
09:15Donc c'est tout ce secteur aérien qui va être impacté.
09:18Cet été, il faudra peut-être prendre la voiture pour aller en Italie.
09:21Je regardais les chiffres ce matin, quand le pétrole est à 90,
09:25le kérosène en prix équivalent pétrole, en Asie, il est à 270,
09:29il monte même à 360, c'est-à-dire 3 à 4 fois le prix du pétrole lui-même.
09:33Et là aussi, on n'est pas gouverné depuis 20 ans, en France et en Europe,
09:41c'est-à-dire qu'on parle de souveraineté, mais la souveraineté, c'est les Chinois qui la construisent.
09:46La souveraineté, elle se construit sur la durée, par filière, en se disant,
09:51si effectivement il y a une crise mondiale, est-ce qu'on a les capacités pour réagir ?
09:56Ce boulot n'est pas fait depuis 20 ans.
09:58Donc, quand les raffineries ferment, on dit c'est génial, ça fera moins de pollution.
10:02En fait, la pollution se déplace dans le golfe, et si le golfe est fermé, on n'a plus rien.
10:07Bon, un dernier mot sur les prévisions de croissance pour la France,
10:11qui m'ont marqué, moi, c'est 0,9% de croissance en 2025, en 2026 et en 2027,
10:17selon le Fonds monétaire international.
10:20On a l'impression d'un encéphalogramme plat,
10:22et que, quoi qu'il advienne, on est à un rythme de croissance potentielle d'un pourcent à peu près.
10:27C'est notre croissance depuis 20 ans.
10:29Comme si on était anesthésiés par les évolutions du monde.
10:32Ça me surprend toujours, ce chiffre, non ?
10:34Stéphane Carcio ?
10:35Ça reflète aussi, je pense, des anticipations sur les ajustements budgétaires
10:40qui vont être faits ou pas faits dans les années qui viennent.
10:44Ce qu'on sait, et ce qu'on a vu d'ailleurs dans le dernier budget,
10:47c'est que l'essentiel du faible ajustement qu'on peut réaliser
10:52est fait par des impôts et non pas par des baisses de dépenses.
10:54Oui, et donc on alourdit le bateau.
10:56Et donc quand vous alourdit le bateau, il avance de moins en moins vite.
11:01Alors, quand vous ajustez le budget pour réduire les déficits par les dépenses,
11:05vous faites mal à l'économie l'année où vous le faites et l'année suivante.
11:09Et après, ça redémarre en boum.
11:10C'est un peu le cas extrême de l'Argentine.
11:12Ça redébarre très fort.
11:15On l'a vu en Suède et au Canada.
11:17Suède et Canada.
11:18En revanche, quand vous refusez de baisser les dépenses
11:21et que pour financer les déficits, vous augmentez les impôts,
11:25vous faites un peu moins mal à l'économie l'année où vous le faites.
11:28Mais en revanche, vous plombez la croissance pour les années qui suivent.
11:30Et c'est exactement le scénario qu'on est en train de vivre.
11:33Donc, je pense que les prévisions du FMI...
11:35Donc, on est en train d'obérer la croissance des années à venir.
11:38C'est ce que vous êtes en train de nous expliquer, là, Stéphane Carcin.
11:40Oui, bien sûr.
11:42Et le problème, c'est qu'à 0,9% de croissance,
11:45on est dans une situation où le taux de chômage va continuer à augmenter lentement.
11:51Mais sûrement, parce qu'on a fait beaucoup de progrès ces dernières années
11:54en contenu, en emploi de la croissance.
11:57Mais il n'y a pas de miracle.
11:59Il faut qu'on dépasse les 1% ou les 1,2%.
12:00À 0,9%, on est sur une tendance où le chômage monte tendanciellement lentement,
12:06mais monte.
12:06Et la France est quasiment le seul des grands pays
12:11dans lequel on voit cette hausse du taux de chômage,
12:14notamment en Europe.
12:15Partout ailleurs, le chômage baisse.
12:18Bon.
12:19Ce que dit Stéphane, c'est une sorte de croissance, d'inertie de masse, on va dire.
12:24Il n'y a plus de moteur, mais il y a une sorte de dérive.
12:27Et pour prendre l'image, je veux dire,
12:29seuls les poissons morts suivent le courant dans une rivière.
12:32Et on est vraiment là-dessus.
12:33C'est joyeux.
12:34On est vraiment là-dessus.
12:36Non, mais on a un niveau quand même plus élevé que nos voisins allemands, par exemple.
12:39Vous voyez, on n'est pas la pire économie de la zone euro non plus.
12:42C'est une économie française et dans cette logique-là.
12:43Et notamment, on va se faire rattraper sur un facteur,
12:45parce que ça, c'était valable sur les 20 dernières années.
12:48Ce qui m'est arrivé, c'est le choc démographique.
12:50Avec une population qui vieillit, 0,9%,
12:52il va être compliqué à atteindre assez rapidement.
12:54On sait qu'on va aller vers 66-67 ans d'âge de départ à la retraite pour s'adjuster
13:02sur la dépense publique et sur l'adaptation au choc démographique.
13:06La seule question maintenant, c'est est-ce qu'on est capable de le faire par la négociation en interne
13:12de façon prospective ?
13:14Ou est-ce qu'on attend que le FMI nous dise, comme ça s'est fait en Italie,
13:18ils ont eu leur Draghi qui a fait le boulot du FMI.
13:21C'est un seul coup à 67 ans.
13:23On cherche le Draghi français, oui.
13:25Voilà, et donc, oui, mais parce qu'ils étaient dans la panade.
13:28Nous, la panade, en fait, notre malheur, c'est qu'on nous prête,
13:31et que donc, on ne fait pas l'ajustement.
13:33C'est l'anesthésie de l'aurore.
13:34L'Espagne a fait l'ajustement, l'Italie a fait l'ajustement, la Grèce a fait l'ajustement,
13:36le Portugal a fait l'ajustement.
13:38Il y a des efforts douloureux que personne n'est prêt à faire en France pour l'instant.
13:42Sans parler des pays du Nord et de l'Allemagne, évidemment.
13:45C'est difficile partout.
13:47Il ne faut pas croire que c'est quelque chose qui n'est pas conflictuel.
13:50C'est difficile partout, mais il y a une réalité des chiffres et une pédagogie
13:54qui est faite à un moment donné en disant que le modèle n'est pas tenable.
13:59Et je pense que la plupart des Français ne comprennent pas que lorsqu'ils travaillent,
14:03ils ne contribuent pas pour leur retraite.
14:05Ils contribuent, ils paient la retraite des personnes qui sont en ce moment à la retraite.
14:11Et ça, c'est quelque chose que les gens ne comprennent pas.
14:13Et donc, il y a énormément de pédagogie à faire.
14:16Si on ne fait pas la réforme des retraites, on aura des problèmes à la fois budgétaires
14:21très importants, on aubert la capacité de dépense d'investissement très importante
14:26pour l'avenir.
14:27Et surtout, on aubert notre croissance.
14:30Parce qu'une des sources de la croissance, c'est la productivité.
14:33Mais la deuxième source, c'est l'emploi.
14:34C'est la masse de travail.
14:35C'est la masse de travail.
14:36Et donc, la productivité, c'est quelque chose qui est très dur et qui joue à très
14:41long terme.
14:42À court et moyen terme, notre source de croissance, c'est de mettre plus de personnes en emploi.
14:47C'est un vrai sujet.
14:50La préparation du budget 2027 est justement lancée.
14:54Sébastien Leaucornu, je le disais, a reçu hier le ministre des Comptes publics.
15:00La France s'apprête à envoyer sa nouvelle trajectoire budgétaire à Bruxelles.
15:03Alors évidemment, c'est très compliqué.
15:05C'est une trajectoire un peu à minima, vu l'incertitude internationale.
15:09Mais quand bien même, avec une révision de la croissance, on l'a dit, c'est 0,9.
15:13Une prévision d'inflation à 1,6%.
15:16Mais j'ai listé, entre la hausse de la charge de la dette, la hausse des dépenses de santé,
15:21des dépenses de retraite et des armées, 36 milliards de budget en plus entre 2026 et 2030.
15:30Comment on peut préparer ce budget tout en réduisant notre déficit ?
15:37Alors on l'a vu en 2025, des bonnes nouvelles sur les rentrées fiscales.
15:42Vous nous dites, Stéphane Carcillo, que c'est aussi un plomb pour la croissance future à venir.
15:50Comment on résout cette équation ?
15:52Quelles sont vos bonnes solutions pour résoudre cette équation budgétaire 2027,
15:56en sachant qu'on sera en année présidentielle en plus, Christian Saint-Étienne ?
16:02On est en gel politique depuis la dissolution 2024.
16:06Donc il n'y a plus aucune décision majeure qui est prise.
16:09Donc on est en grande difficulté, sauf sur les dépenses militaires,
16:13mais parce qu'on avait tellement pressé le citron que les armées...
16:18Il faut quand même rappeler que le principal enseignement des guerres actuelles,
16:23c'est qu'il faut des munitions.
16:24Et la France, il y a encore 18 mois, avait entre 5 et 8 jours de munitions.
16:30Oui, c'est pour ça que des crédits supplémentaires ont été...
16:32On est en train de mettre des crédits sur les munitions,
16:35mais donc on remonte lentement la pente.
16:37S'il y avait une guerre aujourd'hui, on serait dévasté.
16:39Bon, donc le nucléaire nous protège en partie, mais pas complètement.
16:46On n'est plus au niveau de la menace internationale, c'est ça que vous nous dites.
16:48Non, alors les armées en ont pris conscience,
16:50et donc on fait ce qu'il faut tardivement sur le budget.
16:55Là aussi, il faudra plusieurs années avant qu'on reconstitue les capacités.
16:59Bon, alors le problème central que les économistes connaissent bien,
17:05c'est qu'on peut proposer des solutions,
17:09mais ensuite, le politique doit pouvoir les porter,
17:13et l'opinion doit le comprendre.
17:15L'art du politique, c'est de prendre le nécessaire réaliste.
17:18On a quand même beaucoup progressé depuis 5 ans.
17:20Je pense que les économistes qui ne sont pas trop idéologues,
17:25qu'ils soient de gauche ou de droite, peuvent se mettre autour d'une table,
17:28et quand même tout le monde est à peu près d'accord pour dire
17:31qu'il faut reculer progressivement l'âge de départ.
17:34Ça ne veut pas dire que c'est du jour au lendemain.
17:36Si on le fait, comme je le disais, en interne, de manière progressive,
17:40si on attend l'intervention extérieure, ça sera brutal.
17:43Mais pardon, tout le monde est d'accord, sauf qu'on a fait l'inverse.
17:46Oui, oui, mais justement, ce sont les équilibres politiques internes qui sont catastrophiques.
17:50C'est pour ça que les économistes sont un peu dans la difficulté.
17:53On sait que la contrepartie d'un recul progressif de l'âge de départ,
18:01là aussi on connaît les chiffres, il faudrait un âge de départ au minimum de 65 ans
18:05et une durée de cotisation de 44 ans, puisque la France joue sur les deux instruments.
18:11Donc la question, est-ce qu'on arrive à le faire ou pas ?
18:13En contrepartie, ça ne serait quand même pas choquant.
18:17Bien sûr, les retraités vont nous attaquer, mais une sous-indexation des retraites.
18:22Il faut rappeler que le choix, si on ne fait rien,
18:27c'est que l'ajustement soit d'une brutalité totale, comme en Grèce.
18:33Ça a été moins 30% sur 18 mois, et par un gouvernement de gauche,
18:37qui ressemblait à Syriza, ressemble terriblement à LFI.
18:41La rigueur, on l'a choisie, l'austérité, on nous l'impose.
18:43Voilà, donc ça, c'est un élément clé.
18:47Ce que nous savons aussi, c'est qu'il faut réindustrialiser,
18:50parce qu'au cercle des économistes, comme au CAE,
18:55on dit beaucoup tout le temps, depuis 20 ans,
18:57qu'il faut augmenter le poids de la R&D dans le PIB,
19:00et qu'il est calé à 2-2, on voudrait être à 3.
19:04Mais maintenant, on a progressé.
19:06On sait que, pourquoi on n'est pas à 3 ?
19:08C'est qu'on a cassé tous les secteurs économiques dans lesquels il y a beaucoup de R&D.
19:14La R&D dans le numérique, c'est 10% du chiffre d'affaires.
19:17La R&D dans la distribution, c'est 1 pour 1000.
19:21Donc, si vous fermez toutes vos grandes activités,
19:25comme Alcatel, Alstom et le reste,
19:27c'est quasiment impossible de remonter le taux de R&D,
19:31sauf à réindustrialiser.
19:33Et la réindustrialisation,
19:35elle passe notamment par la disponibilité des terrains.
19:38Je lisais encore cette nuit
19:40qu'il y a des raccordements d'électricité
19:43à des entreprises qui veulent s'installer en France
19:46qui sont extrêmement difficiles
19:48parce que RTE n'a pas suffisamment investi dans ce domaine.
19:53Je reviens à ce que je disais tout à l'heure.
19:55Le rebond de la France, c'est une planification stratégique.
19:57De toute façon, la France ne peut pas rebondir du jour au lendemain.
20:01Tout le monde attend le Père Noël merveilleux
20:03qui va être élu dans un an, mais qui ne fera rien.
20:06Il faut de la planification.
20:07Remettre la France debout, c'est 7 à 10 ans de boulot.
20:09On va échapper des hausses d'impôts,
20:10vous pensez, dans le prochain budget ou pas ?
20:13Le prochain budget risque d'être un peu calamiteux
20:15et à peu près du même niveau que le spectacle
20:18auquel on a assisté tous collectivement
20:20entre septembre et janvier.
20:22Honnêtement, il va être pris en otage par la présidentielle.
20:25Et tous les débats qui nous amènent
20:28vers le budget 27,
20:30n'augure rien de bon à ce stade-là.
20:32Après, je rebondis sur ce que dit Christian
20:34et Stéphane.
20:35Et au-delà de la réforme des retraites,
20:37il y a un autre changement de pied
20:39qui s'avère tout aussi important.
20:41C'est qu'il y a un mot qu'il va falloir aussi,
20:43à un moment, lâcher,
20:44peut-être dans cette campagne, je l'espère,
20:46c'est le mot capitalisation.
20:47Ce qui est tout aussi important.
20:49Si on se réfère à Draghi,
20:50ce n'est pas juste jouer,
20:52c'est un peu ce que raconte d'ailleurs le CAE
20:55sur son annette sur l'assurance chômage.
20:57C'est-à-dire arrêtons d'être dans un pays
20:58qui joue avec des curseurs et des fichiers Excel.
21:00C'est-à-dire qu'il y a un moment aussi,
21:02la vraie réforme des retraites,
21:04c'est jouer sur l'âge,
21:05mais c'est aussi la capacité à l'Europe
21:07de mobiliser de l'argent pour financer.
21:09Et ça, aujourd'hui, on est pris au piège.
21:11On est réellement pris au piège,
21:13et encore plus en France,
21:14parce que les efforts dont parle Christian,
21:16c'est-à-dire reconstruire un socle industriel.
21:18Mais reconstruire un socle industriel,
21:20ce n'est pas juste faire des roulements à billes.
21:22Reconstruire un socle industriel,
21:23c'est aussi faire des médicaments pour demain.
21:25Et là, on est en train de s'offrir du pétrole.
21:27Je peux vous assurer que dans quelques années,
21:29on va s'apercevoir qu'il y a des médicaments
21:30qui n'arrivent plus en France.
21:31Et ce n'est pas via le détroit d'Harmouz,
21:33ça sera via la Chine et l'Inde.
21:35Et ça, ça demande des investissements à long terme,
21:39à la fois via une logique de programmation réelle
21:42au sein du pays,
21:42mais via une mobilisation des capitaux.
21:44Et on ne l'a pas aujourd'hui.
21:46Juste pour illustrer en une seconde,
21:48ça fait au moins 18 mois
21:49que le président de la République lui-même
21:51avait monté une réunion
21:55sur l'augmentation du prix des médicaments
21:57quand ils sont produits en France.
21:59On n'a jamais réussi à le faire jusqu'ici.
22:01C'est quand même le président de la République
22:03qui voulait faire ça pour une fois,
22:05qui voulait faire quelque chose de bien.
22:07Eh bien, ça freine de tous les côtés.
22:08Donc, les industriels...
22:11Parce qu'en même temps, c'est l'État qui paye,
22:13en tout cas, c'est la collectivité
22:14qui décide du prix du médicament
22:16et que la Sécu veut que ce soit le moins cher possible aussi.
22:18Oui, d'accord, mais là...
22:19Il y a une forme de schizophrénie là-dedans.
22:21Encore, il y a cinq ans,
22:21on avait 4 milliards d'excédents
22:24sur la balance commerciale pharmaceutique.
22:26On est à 400 millions.
22:27On va être comme dans l'agroalimentaire,
22:29bientôt en déficit.
22:30Et nous étions le premier pharmacien européen en 2000.
22:36On est au cinquième rang derrière l'Italie.
22:38Voilà, donc le défaut de planification stratégique
22:41dans tous les domaines,
22:42il se paye, mais au bout de plusieurs années.
22:44Après, il y a un choix,
22:45c'est-à-dire que c'est soit on est le pays
22:46qui veut se battre pour continuer à produire
22:48des médicaments matures, le Doliprane,
22:50soit on va être le pays qui va produire
22:52peut-être le médicament...
22:53On a rendu aux Américains le Doliprane,
22:55accessoirement.
22:55Non, mais qui produira demain
22:58le médicament pour l'Alzheimer.
22:59C'est-à-dire que c'est ça,
23:00aujourd'hui, la bataille.
23:02Stéphane Carcillot,
23:03les priorités pour le redressement
23:04des comptes publics en 2027,
23:05vos paris ?
23:09Écoutez, il faut prendre les grandes masses,
23:11et la grande masse, c'est les retraites.
23:12Voilà.
23:13Et donc, ça n'arrivera pas en 2027.
23:15Bon.
23:16Le constat est clair.
23:17C'est la mère de toutes les réformes.
23:19Oui, la retraite, c'est un quart
23:20de la dépense publique.
23:20C'est un quart de la dépense publique.
23:21Donc, si vous commencez par faire ça,
23:23vous pouvez commencer à visser
23:26les dépenses de tous les ministères.
23:28C'est vraiment...
23:30C'est du saupoudrage
23:31qui ne fera pas avoir beaucoup d'effet.
23:35Et les retraites, ça veut dire quoi ?
23:36Ça veut dire augmenter ?
23:38Les dépenses de santé,
23:39elles sont extrêmement contraintes
23:41parce que la population vieillit,
23:42les technologies s'améliorent,
23:44ça coûte de plus en plus cher.
23:45Donc, on fait des ajustements régulièrement
23:48sur les remboursements, etc.,
23:49pour limiter la casse,
23:52mais on a très peu de marge de manœuvre
23:53sur la santé.
23:55On a le reste à charge
23:56parmi les plus faibles aussi européens.
23:58Peut-être qu'on peut se dire
23:59que les ménages pourraient supporter
24:00un peu plus...
24:01Un peu plus, il faudrait accepter, bien sûr.
24:02Du coup, la santé en France.
24:04Il faut évidemment commencer
24:05par la réforme des retraites.
24:09Après, il faut remettre à plat
24:11des dépenses qui sont moins efficaces
24:13que d'autres.
24:14il faut se demander si l'État
24:17doit effectivement mener
24:19toutes les missions de services publics
24:21et lesquelles peuvent être déléguées,
24:22comme l'a fait la Suède,
24:25lesquelles peuvent être déléguées
24:27au privé,
24:28parce qu'il y a certaines missions
24:29qui peuvent être...
24:30Il y a des missions
24:30qui ne peuvent pas être déléguées
24:31au privé,
24:32parce que la qualité est quasiment
24:34extrêmement difficile à vérifier.
24:35Mais dès lors que la qualité
24:36peut être vérifiée
24:37et le niveau de service
24:38peut être vérifié,
24:39on peut se demander
24:39si on ne peut pas déléguer
24:40cette admission au privé.
24:44Et je pense que...
24:45Voilà.
24:45Et je pense, effectivement,
24:46je suis assez peu optimiste
24:48sur le fait qu'on soit capable
24:49de faire ça en 2027.
24:50Bon, on verra...
24:51Pour répondre à votre question initiale,
24:53Raphaël,
24:53sur ce qu'on peut attendre
24:55du budget 2027,
24:56c'est-à-dire, là, on a eu...
24:57Vous savez, c'est comme dans les séries,
24:58on a eu un préquel, là.
24:59C'est le débat du 1er mai.
25:01Honnêtement, voilà,
25:01ça nous annonce la couleur.
25:03C'est-à-dire, c'est...
25:03On avait un peu...
25:04Débat un peu hors sol
25:05au vu des enjeux...
25:06C'est-à-dire que ça nous annonce exactement...
25:09On a l'impression de revivre un peu
25:10un extrait de la saison d'avant
25:12qui était le budget 26.
25:13Le débat du 1er mai nous annonce
25:15comment vont se passer les choses.
25:16C'est-à-dire, mal.
25:17Ce qui est étonnant,
25:18c'est que Netflix
25:18n'ait pas fait une série sur...
25:20Le budget français.
25:23Une proposition, peut-être,
25:24pour l'automne prochain.
25:26Mais un point important,
25:27c'est que je pense
25:28qu'augmenter le taux d'emploi
25:29en France,
25:30qui passe en premier lieu
25:32par l'augmentation du taux d'emploi
25:34des seniors,
25:34qui passe en premier lieu
25:36par la réforme des retraites.
25:39Ça, c'est la sortie par le haut.
25:42Parce que plus d'emplois,
25:43ça génère plus de rentrées fiscales et sociales.
25:46Si on avait un taux d'emploi similaire
25:48à celui de l'Allemagne,
25:50on a environ 9 points d'écart,
25:53on n'aurait plus de déficit.
25:54On aurait 140 milliards
25:56de rentrées fiscales et sociales supplémentaires.
25:59Donc, il faut aussi voir
26:02que ce n'est pas uniquement
26:03une logique comptable,
26:05cette logique de la réforme des retraites.
26:07Oui, ça génère moins de dépenses,
26:09mais ça génère aussi
26:10plus de rentrées fiscales.
26:11Ça produit plus de richesses
26:12et de postures.
26:13Et plus de richesses.
26:14Et c'est la marge de manœuvre numéro 1.
26:15La France est plutôt bonne,
26:17est très bonne,
26:17sur le taux d'emploi
26:18des personnes entre 25 et 49 ans,
26:21ou 50 ans,
26:22même 55 ans.
26:24Elle a un problème
26:25de taux d'emploi des jeunes,
26:26mais qui a été en partie comblé
26:28avec l'apprentissage,
26:29mais pas totalement.
26:30Et surtout,
26:30un gros problème
26:31de taux d'emploi des seniors.
26:32On va y venir justement.
26:34Elle est surtout là.
26:34Avec la réforme de l'assurance chômage.
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