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Ce jeudi 21 mai, l'attractivité de la France, première destination pour l'investissement étranger en Europe, a été abordée par Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes et des Rencontres Économiques d'Aix-en-Provence, Ludovic Desautez, directeur délégué de la rédaction de La Tribune, et Nathalie Janson, professeure d'économie à Neoma Business School et présidente du think tank Génération Libre, dans l'émission Les Experts, présentée par Raphaël Legendre sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
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00:00J'ai le plaisir d'accueillir sur le plateau Nathalie Jansson. Bonjour Nathalie.
00:03Bonjour Raphaël.
00:04Professeur d'économie à Neoma Business School et présidente du Think Tank Libéral Génération Libre.
00:09A vos côtés, Ludovic de Sauté. Bonjour Ludovic.
00:12Bonjour Raphaël.
00:12Directeur délégué de la rédaction de La Tribune et Jean-Hervé Lorenzi, qu'on ne présente plus.
00:17Cher Jean-Hervé, bonjour.
00:18Bonjour.
00:19Président du Cercle des économies, des rencontres économiques d'Aix-en-Provence.
00:23Je voulais qu'on commence par l'étude d'EY.
00:25Évidemment, c'est la grosse actualité du jour.
00:30Aujourd'hui, c'est la une de nos confrères de La Tribune ce matin.
00:37Bon, Ludovic, je commence avec vous.
00:39On va faire un peu la synthèse.
00:40On est contents.
00:41Ça fait sept ans qu'on est champions d'Europe de l'attractivité.
00:45C'est quand même le signe que tout ne va pas si mal.
00:47On fait un peu la chronique de tout ce qui fonctionne mal au niveau économique dans ce pays.
00:51Et Dieu sait qu'il y a quelques sujets sur la table.
00:54Il n'empêche que, si on reste première destination pour l'investissement étranger en Europe,
01:01les entreprises, elles sont rationnelles.
01:02Les investisseurs, ils sont rationnels.
01:04C'est que ça ne fonctionne pas si mal, finalement.
01:07Non, il y a un constat positif.
01:09C'est que la France reste leader au plan européen devant l'Allemagne, devant le Royaume-Uni.
01:16Donc, même si les positions se resserrent.
01:18Après, la lecture macro, et c'est là où vous allez m'en vouloir tout de suite, Raphaël,
01:22la lecture macro, c'est qu'évidemment, on reste leader dans un mouvement qui est en train de se contracter
01:26à grande vitesse.
01:27C'est ça.
01:29La bonne nouvelle, c'est que la France, l'attractivité de la France reste là.
01:34C'est un pays qui est plébiscité et ça reste un point d'ancrage et d'entrée pour le marché
01:39européen en termes d'investissement étranger.
01:41Merci.
01:42Et notamment, merci, parce que je pense qu'on est beaucoup aidé par notre position géographique et nos infrastructures.
01:47Bien sûr.
01:48Pas tant par notre système fiscal, on ne va pas se mentir.
01:51En revanche...
01:52Non, mais voilà, on va passer un peu en revue, les points positifs.
01:54En revanche, tout ça dans un cadre où l'Europe est en train de perdre son souffle.
01:58Et c'est ça, c'est ça, c'est ça vraiment la cause.
01:59Et on voit les investissements, c'est en fait l'ensemble sur Allemagne, Angleterre, on est trié aux têtes, c
02:04'est France, Angleterre, Allemagne.
02:06Bah, tout baisse.
02:07Tout baisse.
02:07Les investissements baissent chez nous, mais pas que chez nous.
02:10Nathalie, qu'est-ce que vous avez retenu de ce baromètre EY ?
02:13Ce que j'ai retenu surtout, c'est effectivement l'impasse politique qui pèse en fait sur cette première place
02:20aujourd'hui.
02:21C'est-à-dire que là, on voit bien que non seulement on paye les conséquences de ce qui s
02:27'est passé au niveau de la dissolution,
02:30mais on rentre dans un attentisme pour savoir ce qui va se passer en 2027.
02:34Donc, comme vous l'avez très bien dit en introduction, en fait, le problème, c'est le cap.
02:38C'est-à-dire qu'on ne sait plus très bien quel cap a aujourd'hui la France.
02:41On ne sait pas bien, en fait, non plus quelle force politique sera au pouvoir.
02:46Et donc, forcément, on sait très bien que ce qui est important dans l'investissement, c'est essayer d'avoir
02:54le moins d'incertitudes possibles.
02:55Évidemment, une entreprise prend toujours des décisions en incertitude.
02:59Mais là, cette dimension politique en rajoute une.
03:01Et ce qui s'est passé depuis la dissolution, effectivement, a été très dommageable.
03:06Puisque là, ce n'est pas seulement qu'on ne savait pas, c'est qu'en fait, ça changeait tout
03:09le temps.
03:10On avait un espèce de message, il faut contrôler les finances publiques.
03:14Et puis, en fait, vous aviez le rêve et la réalité.
03:17Il y avait une dissonance cognitive permanente qui n'est pas de bonne augure, effectivement, lorsqu'on est investisseur international.
03:23Donc, en effet, on a plein de choses pour nous.
03:26Mais là, on s'est un petit peu mis, voilà, on s'est mis du plomb dans l'aile à
03:31cause de ces incertitudes cumulées.
03:34Bon.
03:34Les investissements qui fonctionnent bien.
03:36Non, juste une parenthèse.
03:38On est, c'est quand même merveilleux, on est exactement dans ce que j'entends.
03:42Je ne suis pas tout jeune.
03:43Je l'entends depuis toujours, mais c'était bien avant la génération.
03:47Mettons qu'il y ait une bonne nouvelle.
03:48C'est quand même une bonne nouvelle, je veux dire, d'arriver.
03:50Il se trouve que l'Europe ne marche pas du feu de Dieu.
03:52Elle est vieillissante, elle n'est pas très bonne technologiquement, etc.
03:55Mais ça, ce n'est pas la France, c'est l'Europe.
03:58Et c'est plutôt bien d'être premier.
04:00Moi, j'ai toujours préféré être premier, très rarement, que second.
04:04Et tout de suite, on explique que, attention, mais ça ne va pas durer, etc.
04:08Si on pouvait, pendant quelques secondes, quelques secondes, se dire que ce n'est pas si mal que ça.
04:14On sait que ça n'a échappé à personne, qu'il y avait un problème politique en France.
04:18Il y en a en Allemagne, il y en a à peu près partout.
04:20Il y en a en États-Unis, il y en a partout.
04:23Donc, il se trouve que le monde entier est frappé par une espèce de difficulté à gérer une énorme transition
04:32qui nous dépasse tous.
04:34Moi, je résume juste la situation pour mon ami Nathalie.
04:38On n'est pas assez d'incertitudes qu'on adore, nous les économistes, évoquer à propos des décisions des investissements
04:44des entreprises, à l'inconnu.
04:46Moi, je n'ai pas la queue d'une idée, personne ici n'a que l'idée de ce qui
04:49va se passer dans six mois.
04:51Personne.
04:51Ce que sera la conjoncture mondiale ? Personne.
04:54Ce que sera la conjoncture en France ? Personne.
04:56Je veux dire, donc, prenons juste, attrapons cette bonne nouvelle que la tribune nous annonce avec EY, pour une fois
05:03qu'on a une bonne nouvelle.
05:04J'y rajoute le fait que ça n'est pas dans le papier de la tribune, mais c'est normal.
05:09Mais je suis frappé aussi de voir qu'au fond, quand j'étais très jeune, on était un pays très
05:16ingénieux.
05:17On disait, c'est formidable, il y a les Carvel, la DS, etc.
05:20Mais on disait, c'est un pays d'ingénieurs, ils ne savent pas vendre, etc.
05:25Puis, on est devenus champions de la finance, on a voulu dans les services.
05:30Et je suis frappé de voir que dans les technologies les plus avancées, on est vraisemblable en train d'avoir
05:37un petit rebond.
05:38On verra si ça marche.
05:39Je voulais qu'on fasse un point là-dessus sur l'IA, parce que ce qui tire les investissements, c
05:42'est très clairement l'IA.
05:43Bien sûr, on est les numéros 1 en Europe, ça on peut s'en féliciter.
05:46Ça, c'est la très très bonne nouvelle, parce que c'est très clairement, la France, et on dit aussi
05:52sur ce plateau, parce qu'on n'est pas que dépressifs,
05:54la France, via Mistral, via les data centers et autres, arrive quand même à rester dans la course.
06:01On n'est pas leader, on ne va pas se mentir, mais on reste dans la course.
06:04Là, on est leader, juste, je t'interromps une seconde.
06:07Une seconde, par exemple, en quantique, il y a toute une chaîne de technologies.
06:14Là, il est vraisemblable, alors je vais citer le nom d'une entreprise avec lequel je n'ai aucun lien,
06:19qui s'appelle Colby, et c'est vraiment la boîte la plus technologiquement, une des plus avancées au monde.
06:25Et il n'y a pas d'équivalent en Europe.
06:27Et ce qui est intéressant dans le baromètre EY, juste pour qu'on quantifie,
06:31c'est que EY a répertorié de mémoire 53 projets l'année dernière, sur le terrain IA.
06:36C'est la variation qui est intéressante, c'est plus 26%, alors qu'on est dans quelque chose de baissier.
06:42En revanche, alors là, Jean-Hervé, il va me détester et tout ça,
06:44mais c'est, en revanche, la mauvaise nouvelle là-dedans,
06:47parce qu'on sait tous que c'est aussi un indicateur un peu avancé,
06:51c'est l'énorme coup de frein globalement sur la R&D.
06:54Ça, c'est la très mauvaise nouvelle.
06:55Parce que là, par contre, en R&D, on a un coup de frein globalement de 47%.
07:01Or, la R&D, et je regarde vraiment Jean-Hervé, parce que c'est une des problématiques,
07:06c'est-à-dire que c'est à quel point, au-delà de l'IA, on a du mal quand
07:09même la France,
07:10là, je vais vraiment parler de la France, c'est Valabayer,
07:13mais de surfer, de prendre cette liane qui est aujourd'hui nécessaire au plan économique,
07:17celle de l'innovation, qui est notre tremplin.
07:20C'est-à-dire que si on ne saisit pas ce tremplin, tout va devenir compliqué.
07:23En même temps, sur le quantique, c'est vrai qu'on n'est pas trop mal en recherche fondamentale.
07:27On n'est pas encore sur des industries installées, c'est-à-dire que c'est demain.
07:31C'est là où, aujourd'hui, il y a des ruptures technologiques et industrielles.
07:35Et aujourd'hui, il y a l'annonce du plan Stellantis.
07:37Le plan Stellantis, on va bien comprendre qu'il va se jouer en grande partie
07:40en dehors de la France et en dehors de l'Europe.
07:43Le coup de frein sur la R&D, Nathalie ?
07:45Le coup de frein sur la R&D, voilà, sans être lourde,
07:48c'est effectivement quand on a une incertitude,
07:51alors qu'il devient une incertitude radicale,
07:53donc voilà, qu'on a du mal, qu'on ne peut pas en fait rentrer dans les chiffres.
07:56Un prix bien pour recherche quand même, qui est censé un peu dynamiser ça.
07:58Là, en effet, ça plombe en premier lieu, la R&D,
08:03et puis de toute façon, il ne faut pas non plus sous-estimer le fait
08:06que nous avons un mode de financement qui n'est pas très adapté
08:09pour financer justement les innovations,
08:12puisque l'innovation, ça demande beaucoup de capital risque,
08:14et là-dessus, on n'est pas bon.
08:15Voilà.
08:16Donc c'est la profondeur des marchés.
08:17Et oui, la profondeur des marchés.
08:18Et pas là, on a la BPI, d'accord, mais en fait, ça ne suffit pas.
08:20Il ne faut pas qu'une BPI...
08:21Nathalie, avant la fin de l'émission, j'aurais réussi à t'arracher un truc positif.
08:26Mais non, mais c'est positif.
08:28Alors, voilà...
08:28On a deux camps qui se posent.
08:30Non, non, mais ce n'est pas supposé.
08:31Il y a le pessimisme de la raison et l'optimisme de la volonté.
08:34C'est quand même la caractéristique française depuis 2000 ans,
08:37c'est quoi qu'il arrive, on est toujours en train d'expliquer que tout est dramatique.
08:41Ah, mais pas du tout.
08:42Moi, je ne dis pas que tout est dramatique,
08:44je dis simplement que pour les investissements de demain,
08:47il faut effectivement cette capacité à financer l'innovation,
08:50que malgré tout, c'est vachement bien ce qu'on arrive quand même,
08:52puisqu'on a justement Mistral,
08:54mais qu'on pourrait faire beaucoup mieux si, effectivement, on avait fait le travail.
08:58C'est tout ce que je suis en train de dire.
08:59Je vais te dire, ma chère amie, notre problème,
09:01il est que nous sommes un pays béni des dieux,
09:05riche, on parle de géographie, mais on a pu d'abord béni des dieux,
09:08mais vieillissant,
09:09et que les vieux, dont je fais partie,
09:12ils ont horreur du risque.
09:13Ça n'a rien à voir avec ni la France, ni l'Octru.
09:16Il n'y a pas besoin d'un prix Nobel d'économie
09:18pour savoir qu'il y a une relation entre l'âge et la prise de risque.
09:22Et que ce pays qui est en réalité,
09:25qui dispose de beaucoup de capacités de financement,
09:28est entre les mains des gens, des retraités,
09:30les retraités, ils ne prennent pas de risques majeurs.
09:33Il y a une autre lecture sur ce baromètre,
09:35qui me semble opportune, en tout cas, d'adresser.
09:39Je suis entièrement d'accord avec Jean-Hervé,
09:41j'allais dire,
09:42célébrons la position de la France
09:43et le fait d'être numéro un.
09:45Ce que raconte quand même ce baromètre en creux,
09:47c'est que l'attractivité de la France est maintenue,
09:49mais le couac là-dedans,
09:51ce n'est pas tellement la France,
09:52c'est que c'est les investissements étrangers
09:54qui baissent de partout dans le monde.
09:55Et ça, ce n'est pas de la faute de la France.
09:57C'est-à-dire que quand on voit que l'Allemagne,
10:00c'est un coup de frein de 26% sur les investissements étrangers,
10:02ce n'est pas la France qui est responsable,
10:04c'est que l'Allemagne va le mal.
10:05Quand les États-Unis baissent de 14%
10:08leurs investissements étrangers,
10:08c'est qu'il y a des questions aux États-Unis.
10:10Quand le Royaume-Uni baisse ses investissements,
10:12c'est-à-dire qu'en fait,
10:13chaque pays,
10:14ce baromètre traduit le fait
10:15que chaque pays a des problématiques à adresser
10:17et que c'est globalement une contraction
10:20et on reste leader dans des questions
10:23que tout le monde est en train de croiser.
10:24Et c'est une réalité, en fait.
10:25En même temps, on a trois mégas IPOs qui arrivent,
10:31Anthropik, OpenAI et SpaceX.
10:34C'est-à-dire que c'est trois fois mille milliards.
10:36Donc il y a des capitaux,
10:37il y en a quand même qui tournent
10:38et c'est une autre échelle.
10:40Je crois que le Président de la République
10:41doit annoncer des investissements en fin de semaine.
10:44On est sur,
10:45on va chercher un milliard et demi,
10:46deux milliards dans France 2030
10:47pour aller financer des programmes
10:49quand on est, voilà,
10:51à la nouvelle échelle,
10:51c'est en milliers de milliards de dollars.
10:54Derrière l'IA, quand même,
10:56je voulais souligner des secteurs qui souffrent
10:58et c'est ce que souligne l'étude EY.
11:01Pardon le pessimisme de la raison,
11:04cher Jean-Hervé,
11:05mais l'automobile, la chimie,
11:07l'automobile, la chimie, la plasturgie
11:10ou la métallurgie,
11:12derrière l'arbre de l'IA,
11:14eux vont plutôt mal.
11:16Nous avons deux défauts de caractère.
11:18Le premier, c'est d'être...
11:19Mais ça, c'est français.
11:21Jamais on n'entendait un discours pareil en Allemagne.
11:23Toujours d'expliquer que derrière une éventuelle bonne nouvelle
11:27ou nouvelle moyenne,
11:28il y a tout ce qui est mauvais.
11:30Et deuxième caractéristique,
11:32sur le crédit d'impôt recherche,
11:33les économistes,
11:34nous faisons tous les trois parties,
11:36cette catégorie de gens très sympathiques,
11:39mais ils adorent les effets d'aubaine.
11:40Ça, c'est le sujet sur lequel on se déchaîne.
11:45Il se trouve que le crédit d'impôt recherche
11:47est une des raisons, d'ailleurs, favorables
11:49à l'avenue d'entreprises en France,
11:54d'investissements,
11:54mais c'est exactement comme l'apprentissage.
11:57On dit, oui, mais ça touche une catégorie,
11:59je ne sais pas bien.
12:00C'est trop concentré,
12:01c'est les grands groupes qui en profitent.
12:03Et il faut le réduire
12:04parce que ça...
12:057 milliards d'euros.
12:05Comment on fait pour l'apprentissage ?
12:06Donc on a ce...
12:08Je trouve que le crédit d'impôt recherche
12:10est une très bonne chose.
12:12Attention...
12:12Il faut le défendre
12:13parce qu'il est attaqué
12:14à chaque projet de loi de finances.
12:15Mais attendez, ça, c'est la logique absolue
12:18du discours sur l'effet d'aubaine,
12:20qui est le bain préféré des économistes.
12:25Comment expliquer qu'il y a toujours un effet d'aubaine ?
12:28Je n'ai jamais vu une mesure
12:29qui n'a pas un effet d'aubaine.
12:30Bon.
12:31Je voulais qu'on parle industrie
12:33parce que je voulais qu'on parle impôts de production aussi.
12:35Hasard du calendrier ou pas,
12:38la Direction Générale des Finances Publiques,
12:40un des services de Bercy,
12:41a publié il y a 48 heures
12:42une note sur les impôts de production,
12:46sur le montant global des impôts de production
12:48qui devait baisser sous le quinquennat
12:50qui atteigne quasiment 100 milliards d'euros.
12:54Tout le monde ne sait pas
12:55ce que sont les impôts de production.
12:58Je voulais qu'on y revienne un peu,
13:00bien expliquer ce mécanisme,
13:02expliquer comment ça joue sur l'activité,
13:06le point de rentabilité des entreprises
13:08pour arriver à une sorte de hiatus
13:11entre on veut réindustrialiser d'un côté
13:14et en même temps, on taxe l'entreprise.
13:16Vous créez une usine, vous taxez.
13:18Vous achetez une machine, vous taxez.
13:19Et dès que vous produisez plus,
13:20on taxe encore plus.
13:26Nathalie, c'est quoi un impôt de production d'abord ?
13:28Qu'est-ce qu'on met dans les impôts de production ?
13:30Quelle est sa spécificité ?
13:32En fait, les impôts de production,
13:33il y avait deux principaux,
13:36c'est CVAE et C3S.
13:38L'idée, c'était d'avoir effectivement un financement
13:41qui pouvait d'ailleurs aller,
13:43enfin qui va aux collectivités locales,
13:44donc qui permet effectivement de financer
13:47tout l'environnement d'une entreprise,
13:48qu'une entreprise, elle ne fonctionne pas
13:50au milieu de rien, hors sol.
13:52Donc voilà, l'idée est d'avoir une stabilité des finances
13:57de ces collectivités, c'est une bonne idée.
14:00Simplement, effectivement, comme ces impôts sont payés
14:03avant même qu'en fait, il y ait des profits,
14:05puisque ce n'est pas justement sur les profits,
14:07eh bien, ça pose question en fait du coût fixe d'entrée,
14:11finalement.
14:11C'est ça la spécificité, c'est qu'on n'a pas fait
14:13un euro de bénéfice qu'on est déjà taxé.
14:17Et si vous, effectivement, si vous faites,
14:19c'est pénalisant, si vous, par exemple,
14:23vous prévoyez d'investir et de rénover vos installations,
14:27elle va le plus cher, donc vous allez payer plus cher d'impôts.
14:29Enfin voilà, donc ces impôts de production,
14:32en effet, sont très caractéristiques de la France,
14:35comme vous l'avez rappelé, on en a quatre fois,
14:37enfin il y a quatre fois plus en France
14:39quand on compare à l'Allemagne.
14:41Donc en effet, ce n'est pas un facilitateur pour,
14:45effectivement, ça désincite en fait à s'installer,
14:48même si les investisseurs étrangers
14:50sont toujours aussi élevés.
14:52N'empêche que ce n'est pas, si on veut...
14:56Je ne suis pas du tout pessimiste,
15:00contrairement à ce que vous pouvez interpréter
15:02sur les classements, je dis simplement
15:03qu'on pourrait faire mieux, c'est tout.
15:05Je pense que dans ces investissements
15:08et la place de la France au niveau de l'activité
15:11pourrait être supérieure,
15:12c'est effectivement qu'on n'avait pas tous ces boulets.
15:14Donc effectivement, compte tenu de tous ces boulets,
15:16on se débrouille bien,
15:17mais les impôts de production, en effet,
15:18étaient fortement réclamés,
15:20on voulait qu'ils disparaissent,
15:22effectivement, chaque projet de loi de finances,
15:24enfin, chaque loi de finances est revenue en fait,
15:26les dernières sont revenues sur cet engagement
15:28et finalement, ils n'ont pas baissé autant qu'ils le devaient
15:31et ça reste donc, en effet, un frein pour l'installation.
15:35C'est une désincitation supplémentaire.
15:37Promesse non tenue, effectivement.
15:39Je vais vous proposer une révolution fiscale,
15:40on va y venir dans la seconde partie de l'émission,
15:42mais un point précis sur les impôts de production.
15:46Est-ce qu'on en a trop ?
15:47Ou est-ce que, comme vous dites,
15:48finalement, ça n'empêche pas que les investisseurs viennent...
15:51Mais de manière un peu plus brutale,
15:52c'est des impôts qui sont stupides,
15:54par leur ampleur, stupides par leur mécanisme,
15:58au fond, une entreprise.
15:59Le bon capitalisme tel que le décrivait Max Weber,
16:02c'est je fais des profits, j'investis,
16:05je fais des profits et je les réinvestis.
16:07Non pas je rachète des actions,
16:08mais je les réinvestis.
16:10Il se trouve que c'est aussi,
16:14j'allais dire, aussi incurieux et inintelligent
16:18que le rachat d'actions.
16:20C'est-à-dire, c'est l'idée qu'au fond,
16:23l'objectif du...
16:24La mécanique du capitalisme,
16:26c'est en permanence de créer de la valeur,
16:29de créer de la richesse,
16:30de créer de l'investissement,
16:31de créer...
16:31Donc, l'impôt de production qui prélève
16:34avant qu'on ait fait le profit,
16:36c'est absurde.
16:36C'est d'ailleurs le bon argument
16:37qui avait été utilisé pour...
16:39contre la taxe...
16:40Comment elle s'appelait ?
16:42Zuckman.
16:42Zuckman, c'est la même chose.
16:45C'est la même idée
16:46qu'on ne prélève pas
16:48ce que tous les pays du monde font.
16:51Il y a des prélèvements,
16:51il y a des taxes,
16:52il y a des impôts depuis que le monde est monde,
16:53mais on prélève sur quelque chose
16:55de la valeur qui a été créée.
16:56Sur le flux plutôt que sur le stock.
16:58Est-ce qu'on peut...
16:58Moi, ce qui me fascine,
17:00c'est ce hiatus entre le discours politique
17:02qui vous explique à longueur de journée
17:03qu'il faut absolument réindustrialiser ce pays
17:06et ses 100 milliards de taxes
17:08sur la production.
17:10On est quand même dans une sorte
17:11de dissonance cognitive
17:12comme le disait Nathalie tout à l'heure.
17:16Est-ce que ça explique une partie
17:17des problèmes de réindustrialisation ?
17:1892, 96 milliards, 100 milliards,
17:20c'est-à-dire que la question
17:21est presque idéologique, en fait.
17:23C'est réellement, c'est-à-dire
17:25c'est dans la façon d'appréhender
17:28ce qu'est un outil de production,
17:30un développement économique,
17:31c'est-à-dire en fait,
17:32c'est une manne qu'on peut aller taxer.
17:35Et j'en fais pas une lecture politique,
17:37j'en fais juste ce que peut être
17:38le rapport de ce pays
17:40par rapport à l'économie
17:41et à la capacité à créer une entreprise,
17:44à la développer, à investir et tout ça.
17:46Donc on s'y prend à l'envers.
17:48Le constat de la DGFIP,
17:51et c'est un constat qu'on croise régulièrement,
17:54plaide vraiment pour une grande remise à zéro
17:57de la fiscalité autour des entreprises.
17:59C'est-à-dire que, tout à l'heure,
18:00Jean-Hervé a parlé du crédit impôt recherche,
18:02là on parle maintenant de la partie
18:04de la taxation sur la production.
18:05Enfin, c'est un jeu à somme nulle
18:08qui ne va absolument pas,
18:09mais surtout qui ne plaide pas
18:11pour que ce pays,
18:12et on en a besoin collectivement,
18:13se reformate dans son économie.
18:16Parce qu'il y a un enjeu
18:17de reformater notre économie,
18:18c'est-à-dire notre tissu industriel.
18:20On est en train de voir
18:22l'économie des batteries nous passer sous le nez,
18:24on est en train de voir
18:24des développements technologiques
18:25nous passer sous le nez.
18:27Ça ne nous aide pas.
18:28Cette fiscalité ne nous aide pas.
18:30C'est-à-dire qu'aujourd'hui,
18:31c'est chouette,
18:31il y a de l'investissement étranger en France,
18:34mais il faut aussi
18:36que les entreprises françaises
18:37qui existent sur le terrain
18:39aient envie de se développer,
18:40d'y croire.
18:41Et honnêtement,
18:42quand on voit les chiffres,
18:43c'est un pouls,
18:44c'est un fardeau sur les épaules.
18:46Alors, juste peut-être
18:47un regard malheureux,
18:51alors là je vais être un peu pessimiste,
18:53c'est que le choix
18:54de la désindustrialisation en France
18:56n'est pas uniquement lié
18:58aux impôts de production.
18:59C'est un choix.
18:59C'est celui de ma génération.
19:02Nous sommes devenus
19:03les champions de la finance.
19:04C'est vrai que la place financière
19:06de Paris marche bien.
19:07Oui.
19:07Vous savez, il faut reconnaître.
19:08Grâce au Brexit.
19:09Il y avait les services
19:10et le tourisme.
19:11Le service et le tourisme
19:13et cette idée
19:14d'avoir envie de créer.
19:16Parce que les impôts de production
19:17ne datent pas d'hier.
19:18Et il y a 30 ou 40 ans,
19:20on était ingénieux,
19:22soucieux d'industrie,
19:24totalement déchaînés
19:25sur une capacité de rebond
19:27incroyable.
19:28Il faut toujours rappeler ça
19:29sous Giscard.
19:30On était nuls en téléphonie.
19:33Giscard lance un plan téléphonie.
19:34En 5 ans,
19:35on devient le premier producteur,
19:37pas fabricant,
19:39mais fournisseur
19:40de réseaux numériques
19:42et intégration de services.
19:43Je veux dire,
19:44mais ça, c'était l'envie.
19:45Pour faire de l'industrie,
19:46il faut avoir de l'envie.
19:47Les impôts de production,
19:48c'est une bêtise parmi d'autres.
19:49Mais je veux dire,
19:51malheureusement,
19:52notre désindustrialisation
19:53est un peu plus profonde.
19:54il me semble
19:55qu'il commence à y avoir
19:57un mouvement,
19:58il faut en avoir envie.
20:00Depuis Arnaud Montebourg,
20:01on parle de réindustrialisation.
20:02C'était le ministère
20:03du redressement progressif,
20:05ça fait quand même
20:06productif,
20:06pardon,
20:07ça fait 15 ans maintenant
20:08et on voit qu'on a du mieux.
20:09Ça a fonctionné
20:10au début,
20:11au premier quinquennat
20:12d'Emmanuel Macron.
20:13Là,
20:13on ferme plus d'usines.
20:14Corrigez-moi si je me trompe,
20:15mais on ferme plus d'usines
20:16qu'on en a aujourd'hui.
20:17Le bilan 25 est négatif.
20:18Il est négatif, oui.
20:19Il est négatif,
20:20très clairement,
20:21en termes d'entités industrielles.
20:24J'insiste sur le fait
20:25que les ingénieurs
20:26de grandes écoles
20:27préféraient partir
20:28à faire de la finance.
20:29Oui,
20:30et puis c'était l'époque
20:31de la tablèsse,
20:31enfin,
20:32Serge-Couruc,
20:33fin des années 90.
20:33Il y a peut-être un mouvement
20:34qui est en train de se dessiner,
20:35parce que,
20:36je veux dire,
20:36comme tout dans la vie,
20:38derrière les impôts,
20:39les impôts,
20:39c'est un bout du sujet.
20:41Oui,
20:41parce que l'industrie
20:42attire à nouveau.
20:43Il y a l'envie,
20:47on voit beaucoup
20:49d'ingénieurs
20:50qui,
20:51aujourd'hui,
20:51de jeunes ingénieurs
20:52qui se disent
20:53que c'est plus amusant,
20:54peut-être en tout cas
20:55dans le début
20:56de leur carrière,
20:57de faire partie
20:58de cette incroyable
20:59révolution industrielle
21:00auquel on assiste.
21:02Donc,
21:02il y a quelque chose
21:03peut-être qui se passe
21:04à partir de l'en France,
21:05mais il se trouve
21:06qu'il y a peut-être
21:07un bouleversement
21:08dans ce domaine-là
21:09intéressant.
21:10Les impôts sur production
21:11sont évidemment
21:13contre-productifs,
21:14mais c'est un bout du sujet.
21:16Il faut avoir envie
21:17de produire.
21:18Je rappelle toujours
21:19qu'au début du XXe siècle,
21:22il y avait 200 entreprises
21:23qui faisaient de l'automobile
21:25entre Putot et Combevoir.
21:26Donc,
21:27les gens avaient envie.
21:28C'est un goût.
21:28Il faut avoir envie
21:29de faire ça.
21:30Oui,
21:30et on voit que les dépendances
21:32sont de plus en plus
21:34compliquées à assumer
21:35en temps de crise
21:35et que peut-être
21:36on a besoin de reproduire,
21:38si ce n'est en France,
21:39en tout cas,
21:39en Europe.
21:40Allez.
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