00:00L'invité du Grand Entretien ce matin à 7h45 sur BFBusiness et sur AMC Live, c'est Alain Bokobza.
00:05Bonjour, responsable de la stratégie d'allocation d'actifs mondiales de Société Générale, CAB.
00:10Vous avez publié votre Global Asset Allocation mi-avril.
00:13On voit donc le début de l'impact de la guerre au Moyen-Orient.
00:16Le premier constat, c'est que vous n'êtes pas particulièrement inquiet,
00:21comme on peut l'entendre parfois chez certains acteurs, pour l'économie européenne.
00:27Vous considérez qu'elle peut résister avec des flux qui sont toujours là et une croissance qui tient ?
00:34Dans l'environnement général global, les Etats-Unis sont en bonne forme conjoncturelle.
00:43Il y a beaucoup de déséquilibre, mais les Etats-Unis ont vu leur croissance plutôt révisée un petit peu à
00:48la hausse,
00:48entre avant et après le conflit.
00:52Et l'impact sur la croissance dépendra de la longueur du conflit
00:57et de la période pendant laquelle le baril restera au-dessus de 100 dollars.
01:01Si le conflit devait s'amplifier, escalader, comme on dit,
01:05il peut y avoir un impact beaucoup plus grave sur la croissance que ce qu'on attend.
01:09Pour l'instant, il y a un cessez-le-feu qui a l'air de tenir,
01:12des discussions de fonds qui sont de bonne augure,
01:14pour arriver à trouver un compromis entre les différentes parties prenantes,
01:18pour réouvrir ce détroit d'Hormuz, qui devrait provoquer une détente du baril,
01:24je ne sais pas, autour de 80 dollars peut-être.
01:26On était à 70 dollars avant le conflit.
01:29Ce n'est pas comme si on venait de 40 dollars et qu'on était au double.
01:32Donc c'est la durée du conflit et la durée de la fermeture de ce détroit d'Hormuz,
01:37dans lequel circulent un peu plus de 20% du pétrole et du gaz mondiaux.
01:41C'est cette ouverture-là qui provoquera la quantité de dommages sur la conjoncture internationale.
01:49Dans ce contexte-là, il y a toujours beaucoup d'épargne en circulation,
01:53avec des réallocations d'actifs, des flux qui sont importants,
01:56et notamment des particuliers qui vont de plus en plus vers la bourse.
02:01Alors, ce qu'on peut observer dans la gestion de l'épargne,
02:04c'est des sorties des SICAF monétaires et du Livret A.
02:09Livret A, c'est un des outils d'épargne les plus utilisés en France.
02:12Il y a des sorties nettes, ce n'est pas risqué, il y a de la rémunération,
02:17mais on voit une volonté d'aller faire autre chose.
02:21Dans l'assurance-vie, qui est le principal produit d'épargne financier des Français,
02:27on voit des entrées phénoménales dans les unités de compte,
02:30c'est-à-dire des produits diversifiés qui peuvent comporter des actions.
02:34Il n'y a pas que ça, mais on ne voit pas que des obligations d'État.
02:37Donc ça, c'est nouveau dans le panorama, dans la gestion de l'épargne française.
02:41Et ça peut correspondre aussi avec une volonté très claire des Français
02:45d'aller compléter leur épargne de répartition dans le système de sécurité sociale
02:50par un complément d'épargne quand ils le peuvent,
02:52avec de la capitalisation via les contrats d'assurance-vie,
02:56via le plan d'épargne-retraite,
02:57qui ont des contenants de culture-action qu'on n'a pas vus depuis des années.
03:01Oui, c'est ça. Il y a une bascule qui se fait à quel moment ?
03:03Ce que je comprends, c'est que vous dites que les Français sont en train de se faire
03:05de la capitalisation tout seuls, en fait.
03:08De fait, complémentaire du système de répartition.
03:10En se disant « je me prépare une retraite », ils vont sur quoi ?
03:13Et à quel moment vous voyez cette bascule ?
03:15Les supports, ils sont nécessairement dans l'épargne défiscalisée.
03:19Le système français est organisé en ce sens.
03:22Donc c'est les contrats d'assurance-vie,
03:23c'est le plan d'épargne-retraite qui est plus récent.
03:26Et on voit surtout dans la location de ce qu'ils achètent comme type de contrat,
03:30l'an dernier, jusqu'à aujourd'hui, quasiment 100% des entrées sur les contrats à unité de compte,
03:34qui sont des contrats multisupports,
03:37mais qui peuvent comporter des actifs risqués, dont les marchés d'actions.
03:40Et alors des actions européennes, des actions américaines, ils vont vers quoi ?
03:44Alors après, les supports, les ETF et les actions directes permettent d'avoir tout l'univers,
03:51mais on voit une réallocation de l'épargne avant tout à la maison.
03:57Vous, vous avez toujours été plutôt positif sur l'Europe,
04:00vous avez plutôt soutenu qu'il fallait réinvestir sur l'Europe.
04:03Vous êtes toujours là, au milieu de ce conflit au Moyen-Orient, sur cette position-là ?
04:07Elle est temporairement moins marquée qu'avant.
04:10Tout simplement parce que les Etats-Unis sont producteurs et exportateurs nets d'hydrocarbures.
04:16Donc dans la séquence qu'on vit, il y a un avantage aux Etats-Unis,
04:20et qu'on a pu voir dans la légère surperformance des actions américaines.
04:24Il y a un deuxième élément, c'est que dans une vague qui est plutôt tactique, stratégique, à mon avis,
04:29sur la réapparition des Max-7 ou des très grandes technologies américaines,
04:35avec des séquences de résultats qui sont très bonnes,
04:38mais on va être confrontés dans la construction de la gestion de l'épargne
04:42à cet effet de concentration avec des sociétés qui sont déjà tellement énormes,
04:46elles sont déjà tellement énormes dans les indices qu'on a besoin de diversification.
04:50C'est pour ça qu'on a pu voir quelques indices asiatiques dans la Corée
04:54vraiment décoller sur le système des semi-conducteurs et autres.
04:57Mais la diversification de portefeuille reste essentielle pour ceux qui gèrent l'épargne à long terme.
05:03Je ne parle pas de bourse-récotage ici.
05:04Et l'Europe est un territoire qui, à sa place, on a diversification internationale
05:09avec des atouts et des manières aux entreprises qui ne sont pas très chères.
05:12Oui, c'est ça, on reste moins cher quand même que le...
05:14Par rapport à ce qu'on peut observer aux Etats-Unis ou au Japon, clairement.
05:18On a vu, Alain Bokovza, ces derniers temps, les marchés obligataires,
05:21avoir une volatilité presque de marché actions,
05:25avec vraiment des mouvements très forts en fonction du prix du Brent.
05:28On avait l'impression que ça se suivait.
05:30Comment vous regardez ça ?
05:32La première question était sur l'impact de l'événement qu'on vit sur la croissance.
05:38La deuxième, elle est sur l'inflation.
05:39Il est certain que les régimes d'inflation sont en train de monter
05:42et que l'impact sur le pilotage des politiques monétaires,
05:46des taux d'intérêt des banques centrales,
05:48et donc des régimes de taux d'intérêt, est impacté de prime abord.
05:52C'est le premier impact certain, et donc on ne reviendra pas en arrière
05:56sur les taux qu'on avait avant le conflit de sitôt,
05:59toute chose étant égale par ailleurs.
06:01Ça, on ne reviendra pas parce que le régime d'inflation,
06:03un baril entre 80 et 100, ne provoque pas le même régime d'inflation généralisé
06:08qu'un baril à 70 ou 60.
06:10Donc ça, c'est une certitude.
06:12Donc oui, c'est normal que les régimes de volatilité des marchés de taux d'intérêt,
06:17des marchés des obligations soient plus élevés.
06:19Et en contrepartie, ça veut dire que le régime de volatilité des marchés d'action,
06:23le régime de volatilité, c'est un terme technique pour parler du profil de risque.
06:27Un marché volatile, si on achète avant 5% de baisse,
06:31on a perdu 5% le jour où on a acheté.
06:33C'est ça la volatilité.
06:35Donc un marché moins volatil, comme on le voit sur les marchés d'action,
06:39il est perturbé, ce marché, par l'événement au Moyen-Orient.
06:43Mais il n'est pas très volatil.
06:45Il a baissé un peu, il a repris ce qu'il avait perdu.
06:48Ça, c'est un élément essentiel dans l'allocation d'actifs,
06:50de se dire qu'il y a des éléments de résistance.
06:52Les résultats des entreprises, pour la plupart, tiennent bon.
06:56Les entreprises sont bien gérées.
06:57Elles arrivent à se faufiler entre les tarifs américains, le baril à 80.
07:02Il y a des secteurs endommagés.
07:03Mais globalement, les entreprises sont particulièrement agiles
07:07pour mieux naviguer ces périodes perturbées.
07:09Sur le marché de la dette privée, on a eu sur ce plateau
07:13beaucoup de discours plutôt rassurants.
07:14Jusqu'à ce qu'on reçoive Thomas Bouberle d'AXA,
07:16qui était inquiet sur une transmission possible
07:18entre l'Europe et les États-Unis,
07:21avec des demandes de retrait qui sont de plus en plus importantes.
07:24Il faut regarder comment ce risque-là.
07:28Je pense que le premier point, c'est la découverte
07:31de ce qu'est le marché du crédit privé,
07:34qui est un marché qui comporte beaucoup de sous-segments,
07:37qui est très technique.
07:38Marché, quand on plonge dedans pour l'analyser,
07:41il y a beaucoup d'acronymes dedans.
07:42C'est un peu un nouveau langage qui peut faire peur de prime abord.
07:45Ça, c'est un premier point.
07:47Le deuxième, c'est que s'il existe des sorties,
07:49elles sont essentiellement sur les fonds de crédit privé
07:53qui sont détenus par des acteurs privés.
07:57Et c'est peut-être un mismatch
08:00entre les fonds qui ont été vendus,
08:03qui sont des fonds de très long terme,
08:05encore plus long terme que les fonds des marchés d'action,
08:08et des acteurs qui ont pu acheter
08:10avec la possibilité de se retirer.
08:12Donc il y a une mauvaise compréhension
08:13entre l'actif et celui qui l'achète.
08:16C'est ça, en disant que ce ne sont pas des fonds de trading.
08:18On n'achète pas un fonds de crédit privé pour faire du trading.
08:20Je rentre et je ressors comme sur un ETF,
08:22sur un secteur ou une thématique.
08:25Donc ça, c'est le deuxième point.
08:26C'est réserver un petit nombre de fonds de crédit privé aux Etats-Unis
08:30qui ont été surtout vendus à des acteurs privés.
08:33Il y a toujours des entrées nettes
08:35dans le marché du crédit privé aux Etats-Unis.
08:38Les institutionnels sont acheteurs nets.
08:40Les privés ont plutôt sorti un peu,
08:42mais le total, c'est des entrées nettes.
08:44Ça, c'est plutôt un bon signal.
08:45Oui, et pour l'instant,
08:46il n'y a pas de risque systémique attaché à cette problématique.
08:49Il y a des parties qu'on comprend mieux maintenant
08:52sur ce mismatch dont on vient de parler.
08:54Il y a aussi le manque de transparence.
08:58Je pense, puisque ce sont des actifs privés,
09:00pour la plupart des fonds privés,
09:02il leur est demandé désormais de mieux communiquer
09:05sur ce qu'ils ont en portefeuille,
09:06sur la qualité des actifs qu'ils ont,
09:09sur la nature des actifs qu'ils ont,
09:12le contrôle des risques dans la gestion des fonds.
09:14Donc, c'est une demande qui était exprimée à haute voix
09:17désormais par le marché,
09:19pour tous ces acteurs privés, cotés ou pas cotés,
09:22d'exprimer ce qu'ils ont en portefeuille,
09:23de façon à ce qu'on puisse mieux analyser le risque.
09:26A priori, ce n'est pas systémique.
09:27Il y a des acteurs qui ont pris du risque avec du levier.
09:30Et il faut mieux comprendre comment ce levier est travaillé
09:33pour qu'il ne devienne pas systémique.
09:34Donc non, il n'y a pas de risque systémique aujourd'hui
09:36de ce que nous comprenons du marché de la dette privée.
09:40Merci beaucoup Alain Bocopso d'être venu ce matin
09:41dans la matinale de l'économie.
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