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Alain Bokobza, responsable de la stratégie d'allocation d'actifs mondiale de Société Générale CIB, était l'invité de Laure Closier dans Good Morning Business, ce mardi 28 avril. Ils ont abordé l'impact de la guerre au Moyen-Orient sur les marchés, le comportement des Français en matière d'épargne, et la volatilité des marchés obligataires, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00L'invité du Grand Entretien ce matin à 7h45 sur BFBusiness et sur AMC Live, c'est Alain Bokobza.
00:05Bonjour, responsable de la stratégie d'allocation d'actifs mondiales de Société Générale, CAB.
00:10Vous avez publié votre Global Asset Allocation mi-avril.
00:13On voit donc le début de l'impact de la guerre au Moyen-Orient.
00:16Le premier constat, c'est que vous n'êtes pas particulièrement inquiet,
00:21comme on peut l'entendre parfois chez certains acteurs, pour l'économie européenne.
00:27Vous considérez qu'elle peut résister avec des flux qui sont toujours là et une croissance qui tient ?
00:34Dans l'environnement général global, les Etats-Unis sont en bonne forme conjoncturelle.
00:43Il y a beaucoup de déséquilibre, mais les Etats-Unis ont vu leur croissance plutôt révisée un petit peu à
00:48la hausse,
00:48entre avant et après le conflit.
00:52Et l'impact sur la croissance dépendra de la longueur du conflit
00:57et de la période pendant laquelle le baril restera au-dessus de 100 dollars.
01:01Si le conflit devait s'amplifier, escalader, comme on dit,
01:05il peut y avoir un impact beaucoup plus grave sur la croissance que ce qu'on attend.
01:09Pour l'instant, il y a un cessez-le-feu qui a l'air de tenir,
01:12des discussions de fonds qui sont de bonne augure,
01:14pour arriver à trouver un compromis entre les différentes parties prenantes,
01:18pour réouvrir ce détroit d'Hormuz, qui devrait provoquer une détente du baril,
01:24je ne sais pas, autour de 80 dollars peut-être.
01:26On était à 70 dollars avant le conflit.
01:29Ce n'est pas comme si on venait de 40 dollars et qu'on était au double.
01:32Donc c'est la durée du conflit et la durée de la fermeture de ce détroit d'Hormuz,
01:37dans lequel circulent un peu plus de 20% du pétrole et du gaz mondiaux.
01:41C'est cette ouverture-là qui provoquera la quantité de dommages sur la conjoncture internationale.
01:49Dans ce contexte-là, il y a toujours beaucoup d'épargne en circulation,
01:53avec des réallocations d'actifs, des flux qui sont importants,
01:56et notamment des particuliers qui vont de plus en plus vers la bourse.
02:01Alors, ce qu'on peut observer dans la gestion de l'épargne,
02:04c'est des sorties des SICAF monétaires et du Livret A.
02:09Livret A, c'est un des outils d'épargne les plus utilisés en France.
02:12Il y a des sorties nettes, ce n'est pas risqué, il y a de la rémunération,
02:17mais on voit une volonté d'aller faire autre chose.
02:21Dans l'assurance-vie, qui est le principal produit d'épargne financier des Français,
02:27on voit des entrées phénoménales dans les unités de compte,
02:30c'est-à-dire des produits diversifiés qui peuvent comporter des actions.
02:34Il n'y a pas que ça, mais on ne voit pas que des obligations d'État.
02:37Donc ça, c'est nouveau dans le panorama, dans la gestion de l'épargne française.
02:41Et ça peut correspondre aussi avec une volonté très claire des Français
02:45d'aller compléter leur épargne de répartition dans le système de sécurité sociale
02:50par un complément d'épargne quand ils le peuvent,
02:52avec de la capitalisation via les contrats d'assurance-vie,
02:56via le plan d'épargne-retraite,
02:57qui ont des contenants de culture-action qu'on n'a pas vus depuis des années.
03:01Oui, c'est ça. Il y a une bascule qui se fait à quel moment ?
03:03Ce que je comprends, c'est que vous dites que les Français sont en train de se faire
03:05de la capitalisation tout seuls, en fait.
03:08De fait, complémentaire du système de répartition.
03:10En se disant « je me prépare une retraite », ils vont sur quoi ?
03:13Et à quel moment vous voyez cette bascule ?
03:15Les supports, ils sont nécessairement dans l'épargne défiscalisée.
03:19Le système français est organisé en ce sens.
03:22Donc c'est les contrats d'assurance-vie,
03:23c'est le plan d'épargne-retraite qui est plus récent.
03:26Et on voit surtout dans la location de ce qu'ils achètent comme type de contrat,
03:30l'an dernier, jusqu'à aujourd'hui, quasiment 100% des entrées sur les contrats à unité de compte,
03:34qui sont des contrats multisupports,
03:37mais qui peuvent comporter des actifs risqués, dont les marchés d'actions.
03:40Et alors des actions européennes, des actions américaines, ils vont vers quoi ?
03:44Alors après, les supports, les ETF et les actions directes permettent d'avoir tout l'univers,
03:51mais on voit une réallocation de l'épargne avant tout à la maison.
03:57Vous, vous avez toujours été plutôt positif sur l'Europe,
04:00vous avez plutôt soutenu qu'il fallait réinvestir sur l'Europe.
04:03Vous êtes toujours là, au milieu de ce conflit au Moyen-Orient, sur cette position-là ?
04:07Elle est temporairement moins marquée qu'avant.
04:10Tout simplement parce que les Etats-Unis sont producteurs et exportateurs nets d'hydrocarbures.
04:16Donc dans la séquence qu'on vit, il y a un avantage aux Etats-Unis,
04:20et qu'on a pu voir dans la légère surperformance des actions américaines.
04:24Il y a un deuxième élément, c'est que dans une vague qui est plutôt tactique, stratégique, à mon avis,
04:29sur la réapparition des Max-7 ou des très grandes technologies américaines,
04:35avec des séquences de résultats qui sont très bonnes,
04:38mais on va être confrontés dans la construction de la gestion de l'épargne
04:42à cet effet de concentration avec des sociétés qui sont déjà tellement énormes,
04:46elles sont déjà tellement énormes dans les indices qu'on a besoin de diversification.
04:50C'est pour ça qu'on a pu voir quelques indices asiatiques dans la Corée
04:54vraiment décoller sur le système des semi-conducteurs et autres.
04:57Mais la diversification de portefeuille reste essentielle pour ceux qui gèrent l'épargne à long terme.
05:03Je ne parle pas de bourse-récotage ici.
05:04Et l'Europe est un territoire qui, à sa place, on a diversification internationale
05:09avec des atouts et des manières aux entreprises qui ne sont pas très chères.
05:12Oui, c'est ça, on reste moins cher quand même que le...
05:14Par rapport à ce qu'on peut observer aux Etats-Unis ou au Japon, clairement.
05:18On a vu, Alain Bokovza, ces derniers temps, les marchés obligataires,
05:21avoir une volatilité presque de marché actions,
05:25avec vraiment des mouvements très forts en fonction du prix du Brent.
05:28On avait l'impression que ça se suivait.
05:30Comment vous regardez ça ?
05:32La première question était sur l'impact de l'événement qu'on vit sur la croissance.
05:38La deuxième, elle est sur l'inflation.
05:39Il est certain que les régimes d'inflation sont en train de monter
05:42et que l'impact sur le pilotage des politiques monétaires,
05:46des taux d'intérêt des banques centrales,
05:48et donc des régimes de taux d'intérêt, est impacté de prime abord.
05:52C'est le premier impact certain, et donc on ne reviendra pas en arrière
05:56sur les taux qu'on avait avant le conflit de sitôt,
05:59toute chose étant égale par ailleurs.
06:01Ça, on ne reviendra pas parce que le régime d'inflation,
06:03un baril entre 80 et 100, ne provoque pas le même régime d'inflation généralisé
06:08qu'un baril à 70 ou 60.
06:10Donc ça, c'est une certitude.
06:12Donc oui, c'est normal que les régimes de volatilité des marchés de taux d'intérêt,
06:17des marchés des obligations soient plus élevés.
06:19Et en contrepartie, ça veut dire que le régime de volatilité des marchés d'action,
06:23le régime de volatilité, c'est un terme technique pour parler du profil de risque.
06:27Un marché volatile, si on achète avant 5% de baisse,
06:31on a perdu 5% le jour où on a acheté.
06:33C'est ça la volatilité.
06:35Donc un marché moins volatil, comme on le voit sur les marchés d'action,
06:39il est perturbé, ce marché, par l'événement au Moyen-Orient.
06:43Mais il n'est pas très volatil.
06:45Il a baissé un peu, il a repris ce qu'il avait perdu.
06:48Ça, c'est un élément essentiel dans l'allocation d'actifs,
06:50de se dire qu'il y a des éléments de résistance.
06:52Les résultats des entreprises, pour la plupart, tiennent bon.
06:56Les entreprises sont bien gérées.
06:57Elles arrivent à se faufiler entre les tarifs américains, le baril à 80.
07:02Il y a des secteurs endommagés.
07:03Mais globalement, les entreprises sont particulièrement agiles
07:07pour mieux naviguer ces périodes perturbées.
07:09Sur le marché de la dette privée, on a eu sur ce plateau
07:13beaucoup de discours plutôt rassurants.
07:14Jusqu'à ce qu'on reçoive Thomas Bouberle d'AXA,
07:16qui était inquiet sur une transmission possible
07:18entre l'Europe et les États-Unis,
07:21avec des demandes de retrait qui sont de plus en plus importantes.
07:24Il faut regarder comment ce risque-là.
07:28Je pense que le premier point, c'est la découverte
07:31de ce qu'est le marché du crédit privé,
07:34qui est un marché qui comporte beaucoup de sous-segments,
07:37qui est très technique.
07:38Marché, quand on plonge dedans pour l'analyser,
07:41il y a beaucoup d'acronymes dedans.
07:42C'est un peu un nouveau langage qui peut faire peur de prime abord.
07:45Ça, c'est un premier point.
07:47Le deuxième, c'est que s'il existe des sorties,
07:49elles sont essentiellement sur les fonds de crédit privé
07:53qui sont détenus par des acteurs privés.
07:57Et c'est peut-être un mismatch
08:00entre les fonds qui ont été vendus,
08:03qui sont des fonds de très long terme,
08:05encore plus long terme que les fonds des marchés d'action,
08:08et des acteurs qui ont pu acheter
08:10avec la possibilité de se retirer.
08:12Donc il y a une mauvaise compréhension
08:13entre l'actif et celui qui l'achète.
08:16C'est ça, en disant que ce ne sont pas des fonds de trading.
08:18On n'achète pas un fonds de crédit privé pour faire du trading.
08:20Je rentre et je ressors comme sur un ETF,
08:22sur un secteur ou une thématique.
08:25Donc ça, c'est le deuxième point.
08:26C'est réserver un petit nombre de fonds de crédit privé aux Etats-Unis
08:30qui ont été surtout vendus à des acteurs privés.
08:33Il y a toujours des entrées nettes
08:35dans le marché du crédit privé aux Etats-Unis.
08:38Les institutionnels sont acheteurs nets.
08:40Les privés ont plutôt sorti un peu,
08:42mais le total, c'est des entrées nettes.
08:44Ça, c'est plutôt un bon signal.
08:45Oui, et pour l'instant,
08:46il n'y a pas de risque systémique attaché à cette problématique.
08:49Il y a des parties qu'on comprend mieux maintenant
08:52sur ce mismatch dont on vient de parler.
08:54Il y a aussi le manque de transparence.
08:58Je pense, puisque ce sont des actifs privés,
09:00pour la plupart des fonds privés,
09:02il leur est demandé désormais de mieux communiquer
09:05sur ce qu'ils ont en portefeuille,
09:06sur la qualité des actifs qu'ils ont,
09:09sur la nature des actifs qu'ils ont,
09:12le contrôle des risques dans la gestion des fonds.
09:14Donc, c'est une demande qui était exprimée à haute voix
09:17désormais par le marché,
09:19pour tous ces acteurs privés, cotés ou pas cotés,
09:22d'exprimer ce qu'ils ont en portefeuille,
09:23de façon à ce qu'on puisse mieux analyser le risque.
09:26A priori, ce n'est pas systémique.
09:27Il y a des acteurs qui ont pris du risque avec du levier.
09:30Et il faut mieux comprendre comment ce levier est travaillé
09:33pour qu'il ne devienne pas systémique.
09:34Donc non, il n'y a pas de risque systémique aujourd'hui
09:36de ce que nous comprenons du marché de la dette privée.
09:40Merci beaucoup Alain Bocopso d'être venu ce matin
09:41dans la matinale de l'économie.
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