00:00Ce claquage de portes, les Émirats arabes unis qui se retirent de l'OPEP.
00:05On va parler également de gaz avec notre invité Thierry Brosse.
00:07Bonjour, vous êtes expert énergie, professeur à Sciences Po Paris.
00:11Vous, votre spécialité c'est plutôt le gaz, mais quand même, sur le pétrole hier,
00:14il y a eu un petit tremblement de terre avec cette sortie de l'OPEP.
00:18Est-ce que vous partagez, vous, le point de vue de Philippe Chalmin,
00:21qui nous disait dans le journal il y a quelques instants,
00:23bon, il était presque en mort cérébrale cette OPEP,
00:25donc finalement, ça n'a pas beaucoup d'impact ?
00:27Non, moi je ne crois pas du tout.
00:28Je pense que l'OPEP, c'était vraiment une organisation très importante
00:32qui faisait l'équilibre offre-demande et qui l'a toujours fait.
00:36Alors, on a toujours besoin d'une organisation comme ça,
00:38et donc la vraie question, c'est qui va jouer le rôle d'après ?
00:41Alors, je reviens sur votre première question.
00:43L'OPEP, finalement, pendant l'ère Biden, il avait obtenu le prix du pétrole
00:48qu'il voulait exactement, entre 70 et 90 dollars par baril.
00:52Bravo l'OPEP !
00:52Alors, évidemment, nous consommateurs, on n'est pas d'accord,
00:54mais c'était quand même une organisation extraordinaire pour ça.
00:57L'OPEP, quand Trump est arrivé, Trump a dit à Davos, en janvier 2025,
01:02je veux un pétrole à 50 dollars.
01:03L'OPEP l'a mis à 60.
01:05C'est plutôt bien joué quand même.
01:07Donc, je pense que l'OPEP, c'est une vraie organisation qui a un vrai pouvoir de marché.
01:11Et si on regarde l'histoire, avant l'OPEP, il y avait quelqu'un d'autre qui faisait ça.
01:15Et ça s'appelait, je vais peut-être vous surprendre, la Texas Railroad Commission.
01:19Donc, il y a toujours eu quelqu'un qui faisait cet équilibre offre-demande en adaptant l'offre pour répondre
01:25à la demande.
01:26Mais est-ce que c'est valable, quand on est sur des cours à 110 finalement, autant produire plus ?
01:30Aujourd'hui, on ne peut pas, puisque effectivement, l'intérêt de l'OPEP, c'est sa capacité de production inemployée.
01:37C'est effectivement ces 2 millions de barils qui sont à la main de l'Arabie Saoudite, du Koweït ou
01:43des Émirats Arabes Unis, qui n'existent plus.
01:45Même chose qui s'est produite dans le gaz lorsque Gazprom a disparu.
01:49C'est Gazprom qui avait cette capacité inemployée.
01:51Et cette capacité inemployée, elle est extrêmement importante pour les consommateurs,
01:56parce qu'effectivement, on n'est pas content du prix du baril,
01:59mais encore une fois, sans ça, le baril serait beaucoup plus volatile.
02:03Regardez l'électricité sans capacité résiduelle inemployée.
02:06Eh bien, vous avez des prix qui vont de moins quelque chose à plus 100, 200, 300 euros par mégawatt
02:12-heure.
02:12Et donc, si on veut éviter ça, et il faudra l'éviter d'ailleurs,
02:15eh bien, il va y avoir quelqu'un d'autre qui va jouer ce rôle-là.
02:19Annalisa, ce choix de quitter l'OPEP était plutôt attendu, plutôt prévisible en tout cas,
02:23parce que ça faisait des mois que les Émirats Arabes Unis y réfléchissaient.
02:26C'est un choix géopolitique aussi, c'est un choix de rupture par rapport à l'Arabie Saoudite.
02:30Quelle va être la réaction de l'Arabie Saoudite sur le pétrole, justement ?
02:33Peut-être augmenter sa production, elle aussi ?
02:35Alors, d'abord, je pense que c'est un choix où il faut se rappeler
02:39que le ministre de l'Industrie des Émirats Arabes Unis
02:43avait traité l'Iran d'État terroriste,
02:46en disant que la fermeture de Hormuz, c'était du terrorisme économique.
02:50Et je pense que, finalement, il met en pratique quelque chose
02:53que beaucoup de monde a oublié, on ne négocie pas avec les terroristes.
02:56On s'en va.
02:57Et donc, c'est ce qu'il fait, premièrement.
02:59Alors, effectivement, ensuite, les Émirats ont une vision de la transition énergétique
03:04qui est différente.
03:05Ils ont cette capacité résiduelle inemployée, ils vont la mettre sur le marché
03:08parce qu'eux se disent, finalement, un jour ou l'autre,
03:11il y aura le pic de la consommation de pétrole.
03:14Et moi, il faut que ma rente pétrolière soit maximisée d'ici là.
03:19Et donc, ils vont jouer ce rôle-là.
03:20Ils vont être, finalement, si je peux utiliser un terme anglais,
03:23le freerider du pétrole sur le niveau mondial.
03:27Alors, l'Arabie Saoudite, elle sera contrainte de jouer ce rôle de stabilisateur,
03:31mais je pense qu'il y en aura d'autres.
03:33C'est-à-dire que, si vous regardez,
03:35et je vais peut-être encore une fois vous surprendre ici,
03:37si vous regardez, où est le plus grand champ de pétrole au monde aujourd'hui ?
03:41Au Vénézuélien ?
03:42Non.
03:42Non ? Au Nigeria ?
03:43Non, il est aux US, ça s'appelle le Permien.
03:46Ah oui !
03:46C'est le champ de production non conventionnel,
03:496 millions de barils par jour de production.
03:51Et donc, ce champ-là, je vous rappelle que,
03:53comme c'est du pétrole non conventionnel,
03:55vous pouvez facilement équilibrer la production,
03:59vous pouvez moduler cette production.
04:01Et finalement, peut-être que demain,
04:03on reviendra au monde d'avant,
04:05où la Texas Railroad Commission...
04:06C'est tout bénéfice pour les États-Unis, à la fin ?
04:08Alors, ce n'est pas sûr que ce soit tout bénéfice.
04:10C'est tout bénéfice pour Trump,
04:11parce qu'il aura un prix du pétrole moins cher,
04:13mais je ne suis pas sûr que les opérateurs dans le Permien
04:16vont être très contents de devoir faire l'équilibre
04:18offre-demande à la fin.
04:20Mais effectivement, quelqu'un devra le faire.
04:22Et effectivement, l'Arabie Saoudite ou l'OPEP
04:24le faisaient avec des barils pas chers,
04:26puisque le coût de production a été peu cher.
04:28Aujourd'hui, ça va se faire avec des barils plus chers.
04:31Sur le gaz, on a vu le prix augmenter,
04:35avec 20% de la production du gaz
04:36qui reste bloqué autour du détroit d'Hormuz.
04:39Comment voyez-vous évoluer la situation ?
04:41Alors, c'est 20% de la production de gaz naturel liquéfié.
04:44Oui, du GNL.
04:45Du GNL, c'est 2,5% de la production mondiale de gaz.
04:48Alors moi, je pense que, encore une fois,
04:50l'Iran, pour le moment, a gagné une grande partie de la guerre
04:53en mettant ce péage illégal.
04:55Et donc, effectivement, il va prendre un dollar par baril
04:59et il va être en capacité,
05:00et c'est ça que les Émirats ne supportent pas,
05:02finalement, de faire le prix du pétrole.
05:05Parce que, rappelez-vous, l'OPEP,
05:06c'est 20 millions de barils par jour d'exportation.
05:09Le Venezuela, le détroit d'Hormuz,
05:12c'est 20 millions de barils par jour qui transitent.
05:15Et donc, finalement, celui qui contrôle le détroit d'Hormuz
05:17a le même pouvoir que l'OPEP.
05:19Donc, effectivement, ça, c'est un problème.
05:22Mais ensuite, sur le gaz,
05:24sur ce gaz naturel liquéfié,
05:26il faut se rappeler qu'il est produit au Qatar,
05:28qu'il est produit à partir d'un champ qui est commun avec l'Iran,
05:32et que l'Iran n'a jamais été en capacité
05:34de monétiser cette ressource,
05:35puisqu'il n'a pas accès à cette technologie,
05:37qui est une technologie occidentale, la liquéfaction de gaz.
05:40Et donc, peut-être que demain,
05:42l'Iran dira, eh bien, sur le gaz naturel
05:45qui passe via le détroit d'Hormuz,
05:47je prends un péage illégal,
05:48mais, par exemple, de la moitié du prix.
05:50Encore une fois, on va revenir à un problème,
05:53le même problème que ce que l'on avait vu
05:54lorsque vous m'invitiez il y a de nombreuses années,
05:56entre la Russie et l'Ukraine.
05:58Où se fait le prix du gaz ?
06:01Est-ce qu'il se fait en amont
06:02ou en aval du détroit d'Hormuz ?
06:04Annalisa, l'Iran n'arrive peut-être pas
06:06à monétiser tout son gaz.
06:08En revanche, ils arrivent à monétiser leur pétrole,
06:10mais ils vont avoir un problème.
06:11Ils souffrent aussi du blocage du détroit d'Hormuz,
06:13du contre-blocage.
06:14On disait ce matin sur la trentaine
06:15qu'ils ont moins de deux semaines
06:17de capacité de stockage.
06:19C'est peut-être ça qui va les étrangler à la fin ?
06:21Ah oui !
06:21En fait, Trump joue la même chose
06:23que ce qu'il a joué au Venezuela.
06:24Je contrôle les flux de pétrole
06:27parce que quand je contrôle les flux de pétrole,
06:29je contrôle la finance.
06:30Alors on a essayé il y a très longtemps,
06:32j'ai été en charge il y a très très longtemps
06:34du programme Oil for Food contre Saddam Hussein.
06:36C'était le même principe.
06:37Alors on n'y arrivait pas bien
06:38parce qu'effectivement l'idée c'était de dire
06:41à Saddam Hussein,
06:41vous ne pouvez vendre votre pétrole
06:43et n'acheter que de la nourriture ou des médicaments.
06:45Il a fait du Trump au Venezuela
06:48en disant j'arrête.
06:50Et puis maintenant ce qu'il fait au Venezuela,
06:51il dit les bateaux de pétrole vénézuéliens
06:54sont vendus par les Etats-Unis d'Amérique
06:56au prix du marché
06:57et ensuite on reverse les sommes
07:00au gouvernement du Venezuela
07:02avec des conditions.
07:03Je suppose que les conditions,
07:05c'est qu'il faut que Delcy Rodriguez
07:06fasse une politique qui soit plus en ligne
07:08avec celle de Washington.
07:09Et donc pour l'Iran,
07:11eh bien là il va étrangler l'Iran financièrement.
07:14Alors Trump dit 500 millions de dollars par jour,
07:16je ne suis pas tout à fait d'accord avec lui
07:17parce que moi c'est plutôt 150 millions de dollars.
07:20Enfin, dans notre monde,
07:21on n'est pas à quelques millions de dollars près.
07:23150 millions de dollars par jour.
07:25Vous imaginez un gouvernement
07:26qui ne peut plus payer ses fonctionnaires,
07:28qui ne peut plus payer sa police,
07:30qui ne peut plus payer son armée
07:31et qui en plus n'a plus de l'argent pour la corruption.
07:34C'est peut-être pas sûr
07:35que l'Iran tienne très longtemps
07:36sans ce pétrole.
07:37Et qui se retrouve avec les cuves pleines.
07:40On racontait aussi ce matin
07:41qu'il cherche partout à stocker du pétrole,
07:43même sur Terre, n'importe où.
07:45Oui, mais encore une fois,
07:46je pense que c'est plus le problème financier.
07:48Alors évidemment,
07:49quand vos cuves sont pleines,
07:50vous serez obligés d'arrêter la production.
07:52Mais la production en Iran,
07:53elle se relancera, à mon avis,
07:55plus simplement qu'au Venezuela
07:56parce que c'est un pétrole plus léger.
07:58D'accord.
07:58Merci beaucoup Thierry Brosse d'être venu
08:00ce matin dans la matinale de l'économie.
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