- il y a 14 heures
Ce lundi 27 avril, Evelyn Herrmann, économiste Europe chez Bank of America, et Hervé Goulletquer, conseiller économique du cabinet de conseil Accuracy, se sont penchés sur les impacts de la guerre en Iran sur l'économie mondiale dans l'émission BFM Bourse présentée par Antoine Larigaudrie. BFM Bourse est à voir ou écouter du lundi au vendredi sur BFM Business.
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00:00BFM Bourse, le club de la bourse.
00:04Avec Evelyne Herrmann de Bank of America, bonjour.
00:07Bonjour.
00:08Merci d'être avec nous.
00:09Et Hervé Gouletker d'Accuracy, bonjour.
00:11Bonjour Antoine.
00:12Merci d'être là.
00:13Alors, je le disais, ça reste quand même assez étonnant.
00:18C'est vrai, il y a les résultats d'entreprise, c'est vrai, il y a les banques centrales.
00:20On va en reparler largement.
00:22Donc on a l'impression que les marchés reviennent aux fondamentaux.
00:23Pourquoi ? Parce qu'autour, bon, on a pris l'habitude que ce soit totalement incertain
00:28et volatile. On a un président américain qui manque de se faire canarder ce week-end.
00:33On a une situation qui n'est toujours pas résolue en Iran et qui est loin d'être résolue.
00:37Enfin, vraiment, on semble être très, très loin d'une solution.
00:40Mais non, on préfère revenir sur les résultats d'entreprise et sur les décisions monétaires
00:45des banques centrales.
00:47On est un peu comme dans Octobre Rouge, quand les systèmes sont un petit peu perturbés.
00:50Ils reviennent chez maman.
00:51Ils essaient de voir un petit peu ce qui est quantifiable, finalement.
00:56Et finalement, on va peut-être commencer par vous.
00:59C'est peut-être ça qu'il faut retenir de la semaine qui est en train de s'ouvrir.
01:03Finalement, cette indécision des marchés.
01:07Oui, il y a beaucoup d'incertitudes.
01:08Mais là-dedans, on voit quand même des choses qui s'établissent.
01:11On est quand même à deux mois maintenant d'un choc pétrolier qui est assez substantiel.
01:15Donc là, on voit déjà les deuxièmes chiffres d'inflation en zone euro, par exemple,
01:20qui vont sortir cette semaine également.
01:22On aura la première estimation du PIB aussi cette semaine.
01:26On devrait voir, côté inflation, on voit l'impact déjà.
01:29Côté PIB, on commencera peut-être à voir un tout petit peu aussi,
01:32même si c'est tout à la fin du T1 que ça se serait matérialisé.
01:36Donc du coup, on commence à avoir un peu de certitude sur le fait que ce n'est pas un
01:42choc qui est particulièrement temporaire.
01:45Ça commence à s'établir vraiment.
01:47Donc du coup, je pense que c'est là qu'on commence à regarder de plus près maintenant aussi
01:51ou à discuter plus souvent l'impact sur l'économie réelle qu'encore au début.
01:54Hervé, vous êtes de cet avis-là.
01:57Les marchés sont finalement rationnels au milieu de l'irrationnel ?
02:02Non.
02:03D'accord.
02:08Je pense que l'incertitude est très épaisse au niveau géopolitique
02:13et on a beaucoup de mal à intégrer l'idée d'un conflit long.
02:18C'est-à-dire qu'une fois de plus, on est face à des observateurs que sont les marchés,
02:24que sont les investisseurs qui considèrent qu'à chaque fois qu'il y a un conflit armé
02:29entre un très puissant comme les États-Unis et un nettement moins puissant, l'Iran aujourd'hui,
02:37eh bien ça va être un conflit court.
02:39Et en fait, ce n'est pas un conflit court.
02:41Mais ce n'est pas encore intégré.
02:43Quand on voit le comportement des anticipations inflationnistes, des taux longs, des actions,
02:49on voit que ce n'est pas intégré.
02:50Il y a une hésitation.
02:52On aimerait que le conflit soit court, on craint qu'il soit long et puis on ne sait pas bien
02:57ce qu'on doit faire.
02:58Ça, je crois que c'est le premier point.
02:59Du côté des banques centrales, la deuxième étape de votre raisonnement, Antoine,
03:03on voit bien qu'elles sont, elles aussi, comme les investisseurs, comme les marchés, face à cette hésitation.
03:10Donc aujourd'hui, elles achètent du temps pour se dire, eh bien demain, peut-être que j'y verrai un
03:16peu plus clair.
03:16Et donc, par défaut, je dirais, il y a une couche d'incertitude qui est peut-être moins épaisse sur
03:25la technologie.
03:26Et donc, on va là, mais je dirais, on y va par défaut.
03:31Et si on creusait le thème de la technologie, exactement quels seront les gains de productivité ?
03:38On n'en sait pas grand-chose.
03:39Quels investissements va-t-on faire demain ?
03:42Les chiffres sont monstrueux aujourd'hui.
03:44Ils seront peut-être plus petits demain, mais de combien, on ne sait pas.
03:48L'implication sur le free cash flow, donc sur les équilibres financiers des entreprises du secteur,
03:54on ne sait pas.
03:55Aujourd'hui, c'est l'offre qui tire cet engouement.
03:58Mais est-ce que la demande de tech prendra le relais demain ?
04:02Ce n'est pas très sûr.
04:03Mais donc, en fait, il y a beaucoup d'incertitudes autour de la tech.
04:06Mais par rapport à la géopolitique, aux implications sur la politique monétaire,
04:11aujourd'hui, simplement, ça paraît un peu moins brumeux.
04:16Et donc, les marchés qui ne veulent pas baisser, en fait, le point est là, ils ne veulent pas baisser.
04:22Et donc, ils s'accrochent à cet élément-là parce que c'est le moins brumeux que l'on a
04:29aujourd'hui.
04:30Parce qu'au milieu de cette brume, et vous avez commencé par ça, et je retiens sur tout ça,
04:34c'est qu'on est à deux mois d'un choc énergétique qu'on n'a jamais vu.
04:38Là aussi, on voit, il y a eu une petite hausse quand même des prix du pétrole,
04:42du côté des 105 dollars, là, entre vendredi et aujourd'hui.
04:47Ça se calme un petit peu à 101 dollars.
04:49Est-ce que vous pensez que, on entend des banquiers centraux,
04:52des responsables de l'Agence internationale de l'énergie nous avertir que là,
04:56non, mais on n'a pas idée du chantier que ça va être, ce problème énergétique.
05:02Est-ce que vous pensez que, peut-être, il y a un petit signe de complaisance des marchés à ce
05:07niveau-là ?
05:08Je pense que oui, c'est un choc qui est assez significatif.
05:11On n'est plus du tout dans la même constellation qu'on avait en 2022,
05:15c'est-à-dire qu'on n'est plus dans un esprit de réouverture.
05:19En 2022, c'était très concentré en Europe,
05:24avec la guerre en Ukraine qui a démarré à ce moment-là,
05:27et l'arrêt des importations du gaz russe.
05:31Donc, aujourd'hui, c'est plus vaste, on va dire,
05:34parce que c'est encore plus mondial.
05:37C'est un choc qui est très considérable.
05:40Il y a beaucoup de choses dont on ne sait pas beaucoup encore,
05:44parce qu'y compris, on ne sait pas combien de temps ça dure.
05:48Donc, du coup, on ne sait pas s'il y aura vraiment, à un moment donné,
05:51effectivement des manques, des insuffisances d'offres sur le marché énergétique.
05:57On n'en parle pas pour l'instant, et j'espère que ça ne sera pas le cas.
06:00Mais un prix de pétrole qui, à cause d'un choc d'offres,
06:04augmente de 65 dollars en début de l'année à 100 dollars,
06:09avec aucun remède qui est visible aujourd'hui,
06:13ça a un impact qui est très conséquent sur les économies individuelles.
06:16Là, vraiment, où on sait que c'est différent en 2022,
06:19c'est que, justement, la dynamique de croissance au niveau mondial,
06:22mais aussi dans les différentes zones de l'économie mondiale, est très différente.
06:27On n'a plus cet accélérateur de la réouverture,
06:32on n'a plus des politiques monétaires qui sont souples,
06:34on n'a plus les politiques budgétaires qui sont souples et en train de s'assouplir,
06:39on n'a plus les marges des entreprises qui sont exorbitantes,
06:42comme on a vu en 2022.
06:43Il y a plein de constellations qui sont différentes,
06:45et je pense que c'est par là aussi que ça s'explique un peu ce qu'on voit
06:48sur les taux à long terme, une certaine réticence,
06:51et ou voir même un certain doute que vraiment il y a un problème dans l'économie réelle
06:55qui fait que ce choc-là va nous réduire,
07:00enfin, va nous coûter cher à long terme, à moyen terme.
07:02Oui, en termes de croissance, en termes de création de richesse.
07:05Entre les marchés d'action et les marchés de taux,
07:08où à long terme, ça commence, je pense,
07:10à s'établir que c'est un choc négatif de moyen ou long terme.
07:13Oui, d'autant que, et on le dit depuis le début de cette guerre en Iran,
07:18ce n'est pas tant la volatilité des cours de l'énergie
07:21et les sommets que peuvent atteindre les cours du pétrole,
07:24c'est la durée du phénomène.
07:26C'est-à-dire que plus ça se prolonge et plus on est au-delà des 100,
07:29plus ça pique.
07:30Alors du coup, on se dit, le plus dur est peut-être à venir.
07:32En fait, si on garde les futurs de prix du pétrole,
07:37pour ce que ça vaut, c'est la vision à aujourd'hui.
07:40Mais en fait, avant le déclenchement de la guerre,
07:44un Brent livraison début d'année 2027, c'était 60 dollars.
07:49Aujourd'hui, même en croyant que la guerre sera courte et tout,
07:54c'est 80.
07:55Donc en fait, on voit déjà que même si personne ne sait ce qui va se passer,
08:01même si on a envie de rester relativement optimiste,
08:05en gros, on a quand même un prix du pétrole livré en début d'année prochaine
08:10qui est un tiers plus cher.
08:12Et ça, je pense que ça envoie une image ou un message qu'il faut entendre
08:16en sachant que si on compte sur ses doigts,
08:19il y a quand même, je ne sais pas, 400 millions de barils jour
08:24qui devraient être sur l'eau et qui n'y sont pas.
08:27Et en fait, on puise dans nos stocks pour compenser,
08:32peut-être qu'on produit un peu plus ailleurs.
08:34Pour le moment, je ne sais pas si on est très clair là-dessus.
08:36Mais en fait, plus le conflit dure, plus cette production qui n'est pas livrée,
08:43elle va quand même créer des difficultés chez les producteurs
08:47et puis chez les consommateurs.
08:49Donc l'image du marché pétrolier qu'on a aujourd'hui,
08:53elle est quand même embarrassante.
08:55C'est vrai que ça serait bien que Téhéran et Washington arrivent à s'entendre
09:01pour qu'il y ait des bateaux qui puissent sortir, d'autres bateaux qui puissent entrer.
09:05Parce qu'en fait, chacun bloque.
09:06Il y en a un qui bloque les entrées, l'autre qui bloque les sorties.
09:10Bon, c'est comme ça.
09:11Mais en fait, il faudra un certain temps déjà pour remettre de l'ordre.
09:15Et donc, gardons l'idée, aujourd'hui, le pari, c'est 80 dollars le baril
09:21en début d'année prochaine.
09:24Et 80, ce n'est pas 60, quoi.
09:26Et donc, il faudra se retrouver avec des équilibres.
09:29Alors, pour les États-Unis, qui sont à la fois producteurs et consommateurs,
09:35certains seront gagnants d'entre les Américains, d'autres seront perdants.
09:39Les consommateurs seront perdants pour le mois de novembre.
09:42Ce n'est pas très bon.
09:43Mais en Europe, on est perdants.
09:44On est perdants.
09:46Et donc, en fait, dans le jeu de compétition, c'est vrai que les Américains,
09:53si ça dure, seront quand même relativement avantagés par rapport aux Européens.
09:58Et par rapport aux Chinois, à ce titre-là, à d'autres titres, peut-être pas.
10:02Mais sur celui-là, oui.
10:04Alors, la Chine, ça, ça paraît évident.
10:07Evelyn Erman, il y a juste un facteur.
10:09Quand on regarde les projections économiques et justement l'effet que peut avoir
10:14ce très, très fort renchérissement des cours du pétrole
10:18sur des grandes économies importatrices de pétrole que sont les économies asiatiques,
10:23je mets la Chine un petit peu à part parce que c'est un cas vraiment particulier.
10:25Mais juste avant que vous rentriez en plateau,
10:28on parlait encore de l'indice Nikkei qui dépassait les 60 000 points.
10:33Du côté du Japon, on n'a pas l'air de trop s'en inquiéter.
10:35Est-ce que vous pensez...
10:36Je ne sais pas, en Thaïlande, il y a des restrictions de circulation,
10:40dans d'autres pays asiatiques aussi.
10:42Enfin, ça commence à piquer.
10:42Et puis alors là, concrètement, est-ce que...
10:45Enfin, voilà, le plus dur reste à venir.
10:48Là aussi, en Asie, ça risque de se disséminer, peut-être de manière très forte.
10:53Partout, quand on regarde ce qu'on a fait avec les prévisions de l'économie mondiale,
10:57on a augmenté le taux d'inflation, on a baissé le taux de croissance.
11:01Le fait est que typiquement, une réponse économique,
11:03elle est tardive par rapport au choc initial.
11:06Donc même si vous regardez typiquement la réponse d'une économie à un choc pétrolier,
11:10même de la part du consommateur, on le voit en Europe aujourd'hui,
11:13la confiance du consommateur, elle est en forte baisse.
11:17Mais ce qui se passe dans l'économie même, vous avez fait allusion,
11:20on a certaines réserves aussi en termes d'énergie,
11:23mais même de la part d'un consommateur ou de la part d'une entreprise,
11:27si ça dure peut-être un trimestre,
11:30on utilise d'autres réserves.
11:31On a un taux d'épargne, on a un stock d'épargne
11:33qui aide à lisser un tout petit peu l'impact.
11:35Mais le plus que ça dure, le plus ça va s'ajuster
11:38et le plus avec la durée, on va voir l'impact négatif sur les différentes économies.
11:43Ça s'applique dans les pays émergents en Asie,
11:47tout comme en zone euro.
11:48Donc du coup, oui, en termes de chiffrage économique,
11:51on peut le faire sur papier aujourd'hui dans les prévisions,
11:54jusqu'à ce qu'on le voit effectivement dans les données publiées,
11:58ça va prendre plus de temps naturellement.
12:00Allez, un petit coup d'œil sur la tendance à Paris,
12:03un petit peu plus d'un quart d'heure de la clôture.
12:05On a un CAC 40 qui recule de 0,25% à 8134 points.
12:11Baisse un petit peu plus prononcée du côté des valeurs tech.
12:14L'Euronext Tech Leaders qui perd un petit peu plus d'un pour cent.
12:17L'Eurostock 50, moins 0,43%, moins 0,17% pour le DAX à Francfort,
12:21moins 0,05% pour l'Ibex à Madrid.
12:23Non, toutes les places européennes sont plutôt dans le rouge.
12:26Il y avait les places du sud qui étaient un tout petit peu dans le vert tout à l'heure,
12:29mais elles ont un petit peu lâché prise en cette fin de séance.
12:32Plus forte baisse du CAC 40 à Paris, c'est STMicro qui perd 2,58% à 42,25 euros.
12:38On a Sanofi aussi moins 1,66 à 79,75.
12:41Orange aussi moins 1,64 à 17,36 euros.
12:44Et à la hausse, on a Renault qui gagne 2,8% à 30,60 euros.
12:47On le disait tout à l'heure dans le conseil de famille,
12:49c'est Julien Marion de BFM Business.com qui nous en parlait.
12:53De meilleures nouvelles du côté des prévisions de Nissan.
12:55Et ça, ça a toujours un impact positif sur Renault.
12:59Étant donné que les deux groupes sont encore liés,
13:01même s'ils sont en voie de dénouement de leurs capitaux.
13:04Pour l'instant, ces bonnes nouvelles ponctuelles en provenance de Nissan profitent à Renault.
13:08On a Capgemini, plus de 57,01 euros, 65.
13:11Kering, plus 1,4% à 243,45 euros.
13:15Et le secteur bancaire qui se porte bien.
13:16BNP Paribas, plus 1%, 89,90 euros.
13:19Société Générale, plus 0,8, 69,74 euros.
13:23Tiens, secteur bancaire.
13:24On va parler des banques, mais pas des banques de détail.
13:27On va parler des grandes banques centrales.
13:29Parce qu'au milieu de tout ça et de ces perspectives extrêmement floues,
13:33extrêmement compliquées à quantifier,
13:35on se raccroche à ce qu'on peut,
13:37il y a aussi les décisions des grandes banques centrales.
13:40Demain, on a rendu de décision de la banque centrale japonaise.
13:46Mercredi soir, évidemment, la Fed qui doit rendre cette décision de politique monétaire.
13:50Jeudi, on a à la mi-journée la Banque d'Angleterre et la BCE.
13:56Bon, ça va être une semaine vraiment compliquée,
13:59avec en plus les résultats des GAFAM.
14:00On en a parlé depuis le début de l'émission.
14:03Evelyne Herrmann, est-ce qu'il y a une décision de politique monétaire
14:07qui va peut-être un tout petit peu plus retenir votre attention qu'une autre ?
14:10Est-ce que la Fed va encore donner le temps pour l'ensemble des banques centrales
14:13ou est-ce qu'on est dans des momentum, dans des dynamiques différentes à chaque fois ?
14:18Oui, je pense qu'on est dans des dynamiques différentes.
14:20Certains, on va tous les regarder.
14:22Ça sera plutôt une semaine d'inaction.
14:24Donc, du coup, c'est vraiment la communication verbale
14:25qui va faire la différence ici.
14:30Après, quand on regarde ce que les marchés pressent,
14:32c'est assez impressionnant.
14:33On continue à presser les baisses de taux de la part de la Fed cette année
14:36et on continue à presser deux hausses de taux de la part de la BCE
14:40et de la Banque d'Angleterre, par exemple.
14:42Une dichotomie assez large.
14:44Sachant que sur la Bank of Japan, comme vous l'aviez mentionné déjà,
14:50eux, ils étaient sur un cycle de hausse de taux de toute façon.
14:52Donc, du coup, eux, ils restent sur leur trajectoire.
14:55Ils ne la modifient pas.
14:56Les autres, on pense qu'ils l'auront modifié
14:59par rapport à ce qu'on attendait encore avant ce choc énergétique.
15:04Maintenant, en termes de communication,
15:06ce sera très intéressant ce que Paul va dire à la Fed.
15:09Le problème, évidemment, c'est qu'au moment où on pourrait peut-être
15:12s'attendre à une action de la Fed,
15:14ce sera potentiellement un autre Fed Chair.
15:17Donc, du coup, pour nous, cette semaine,
15:19ce sera à voir est-ce que Powell, de son point de vue,
15:22il voit le choc comme inflationniste surtout
15:25ou est-ce qu'il souligne aussi les risques à la baisse
15:27sur l'économie réelle.
15:30Pour l'instant, Powell semblait plus affirmatif
15:34que c'est un choc inflationniste
15:36et on n'a pas besoin d'agir aujourd'hui.
15:38Bon, ça, c'est quelque chose à prendre en compte
15:40de la part du marché.
15:41Peut-être parce qu'on a ce pricing
15:43qui est quand même très extrême côté US.
15:45Côté zone euro, c'est une banque centrale
15:47qui a fait face à une économie beaucoup plus faible
15:50que l'économie américaine.
15:51Vous l'aviez dit tous les deux déjà,
15:53les US sont plus résistants, a priori,
15:56pas résistants en relatif au moins
16:00à un choc pétrolier que la zone euro.
16:03Mais la BCE, c'est une banque centrale
16:05qui est particulièrement presque anxieuse
16:07vis-à-vis à un choc inflationniste en zone euro.
16:10Donc du coup, on pense que
16:12il y avait quelques semaines,
16:16on a encore discuté
16:17est-ce qu'ils vont commencer à augmenter les taux
16:19dès le mois d'avril.
16:20Ça, on ne pense pas se produire.
16:22Les données ne l'alertent pas autant que ça.
16:25C'est un choc important,
16:26mais il n'est pas suffisamment haut
16:29encore sur l'impact d'inflation immédiat
16:31pour les faire agir tout de suite.
16:33Mais on pense qu'ils vont quand même répéter ce message
16:36qu'ils se tiennent prêts à agir
16:39et qu'effectivement,
16:41leur scénario de base du mois de mars
16:43impliquait ou était fondé
16:45sur deux hausses de taux
16:47que le marché a pressé à ce moment-là.
16:48Donc une répétition de ce qu'ils ont dit en mars,
16:51a priori une trajectoire de hausse de taux
16:53par rapport à une Fed qui, elle,
16:56probablement est plus sur une trajectoire stable,
16:58voire des baisses
16:59sous la nouvelle présidence.
17:03Présidence de...
17:04Oui, bien sûr.
17:05Hervé Gouletker,
17:06est-ce que vous pensez aussi
17:08que les investisseurs sur le marché obligataire
17:11prennent un malin plaisir
17:12à rendre la tâche compliquée aux banques centrales ?
17:15Parce que c'est vrai que les taux déraillent
17:18de quelques points quand même,
17:20pour ne pas dire plus,
17:21de ce que les banques centrales prévoient de faire
17:23en termes de politique monétaire.
17:25C'est quand même...
17:25Il y a une dichotomie qui est compliquée à gérer là-dedans.
17:29En fait, bon,
17:32les marchés obligataires,
17:34face à ce choc de la guerre,
17:36ont réagi négativement.
17:38On a eu une pression à la hausse,
17:41alors même que si on regardait
17:43les anticipations inflationnistes,
17:45les break-even, les swap-inflation,
17:47il y avait un peu de tension sur le court terme,
17:50mais finalement, ça se calmait au-delà.
17:54Moi, je pense que du côté des marchés obligataires,
17:57il y a eu un double message.
17:58Le premier message, c'est se dire,
18:01on est dans un contexte où on aura moins de croissance économique,
18:06où l'environnement devient plus guerrier,
18:08donc il y aura des dépenses de défense,
18:12et ça, en termes de remise en ordre des comptes publics,
18:15ce n'est pas une bonne nouvelle.
18:16Et puis, la deuxième réaction du marché obligataire,
18:21c'est-à-dire sur ce qu'on appelle la prime de terme,
18:23c'est-à-dire combien je demande de prime
18:26pour me positionner un peu loin sur la courbe des taux
18:29par rapport au très court terme, au jour le jour,
18:32et dans ce sentiment de confusion,
18:35on en demandait un peu plus sur la prime de terme.
18:38Donc, je pense que voilà comment il faut interpréter
18:41la réaction du marché.
18:43Donc, je pense que ce n'est pas très hostile
18:47par rapport à la Banque centrale,
18:48mais sur les banques centrales, moi, je dirais trois choses.
18:51Aux États-Unis, au moins, on s'est enlevé une épine du pied,
18:55c'est-à-dire le fait de se retrouver autour du même conseil
19:00des gouverneurs ou du même comité de politique monétaire,
19:04voire chez Powell, on aura l'un puis l'autre.
19:08Donc, déjà, c'est un fonctionnement plus fluide
19:11que ce qu'on pouvait craindre.
19:12Ça, c'est une bonne chose.
19:13Du côté de la Banque centrale européenne,
19:15il faut quand même se souvenir de ce qu'a dit Christine Lagarde
19:19il y a une dizaine de jours.
19:20Elle a dit qu'on n'est plus dans le scénario central,
19:23on se rapproche du scénario mauvais.
19:28Pas le très mauvais, pas l'adverse, le sévère.
19:31Je crois que c'est comme ça que la BCE le traite.
19:33Donc, si on dit sévère, c'est vrai que c'est un pas tout de même
19:37vers l'idée que peut-être qu'il faudra à un moment
19:42resserrer le dispositif, remonter les taux,
19:44mais on n'y est pas encore.
19:46Donc, voilà ponctuellement ce qu'on peut dire,
19:48mais la vraie question de fond,
19:50c'est si nos banques centrales sont persuadées
19:54qu'on rentre dans un conflit long,
19:55dans ce cas-là, la priorité doit être donnée à l'inflation,
19:59mais en fait, elles n'en sont pas encore là.
20:01Elles n'osent pas franchir le pas.
20:03Elles sont simplement à dire,
20:05entre le court et le long, je ne sais pas.
20:07Donc, comme je le disais, elles achètent du temps.
20:09Ce n'est pas très satisfaisant comme réponse,
20:11mais est-ce qu'on peut les blâmer là-dessus ?
20:14Evelyne Armand, juste un petit détail sur l'autre banque centrale
20:19qu'il faudra regarder quand même au milieu de tout ça cette semaine,
20:21c'est la banque centrale britannique.
20:24Moi, je lis quand même de temps en temps la presse britannique
20:27parlant d'une situation budgétaire qui devient archi-compliquée.
20:32en même temps de cette capacité qu'a la Bank of England
20:37de prendre les décisions peut-être en avant-garde
20:40de toutes les autres banques centrales.
20:42C'est-à-dire que lorsqu'il a été question de faire grimper l'étau
20:45sur une phase continue, ça a été la première.
20:48Lorsqu'il était question de faire l'inverse, ça a été la première.
20:51Elle a toujours été à l'avant-garde des dynamiques de politique monétaire.
20:54Là, qu'est-ce qu'on peut en attendre sur ce rendu de décision cette semaine ?
20:58La Bank of England, c'est celle qui a peut-être vu
21:01le changement du principe le plus brutal depuis le début de l'année,
21:07puisqu'on a commencé l'année avec deux baisses de taux
21:09et là, on a deux hausses.
21:10Sans point de base, c'est quand même quelque chose.
21:13On a quand même l'impression que c'est une banque centrale
21:15qui est plus tolérante vis-à-vis de l'inflation qu'une BCE.
21:20Du coup, c'est une banque centrale qui, elle,
21:22va probablement encore plus se patienter pour voir ce qui se passe vraiment,
21:25si on a plus d'impact sur l'inflation
21:27que sur la croissance.
21:28On pense que, in fine,
21:30la Banque centrale va augmenter les taux
21:32au même rythme que la BCE.
21:35Sachant qu'il y a quand même une économie de base
21:37qui est très différente.
21:37Je me rappelle encore, je reviens toujours à la même histoire,
21:39en 2016, on a commencé à écrire sur la déstabilisation,
21:44les anticipations d'inflation des consommateurs au Royaume-Uni.
21:46Au moment du Brexit, du vote, du référendum,
21:49la dévaluation du taux de change
21:51qui a quand même créé une première vague d'inflation.
21:53Ça fait donc depuis bientôt dix ans qu'on a un problème d'inflation
21:57dans l'économie britannique.
21:58Donc du coup, le risque véritable d'avoir des effets de seconde tour
22:01au Royaume-Uni, il est supérieur par rapport à la banque centrale,
22:04par rapport à la zone euro.
22:07Or, c'est une banque centrale qui est nettement plus tolérante
22:10vis-à-vis de l'inflation que la BCE.
22:12Et ça, je pense qu'il faut tenir en compte.
22:13On a différentes économies, différents points de départ,
22:16mais on a des banques centrales qui ont une autre culture.
22:20Et de ce fait-là, cette fois-ci, la banque centrale britannique en Angleterre,
22:27elle ne sera très probablement pas la première à augmenter les taux,
22:31sachant que même en juin, la réunion de la BCE,
22:33elle est avant celle de la Bank of England.
22:35Donc il faudra faire attention à ce moment-là.
22:38Hervé Goudetker, on va passer à vos datas,
22:39parce qu'elles sont super intéressantes aujourd'hui encore.
22:42Alors, d'un mot, on a l'impression qu'on hésite à agir,
22:47on est attentiste.
22:49Est-ce que c'est aussi l'état d'esprit qu'il faut avoir là en ce moment
22:52face aux incertitudes du moment en termes d'allocation d'actifs ?
22:55Pour l'instant, on évite le knee-jerk,
22:57on évite les réactions peut-être trop brutales.
23:02On garde tout en l'état en attendant que ça se tasse un petit peu
23:06du point de vue géopolitique.
23:07Et une fois que les fondamentaux d'entreprise
23:09et les fondamentaux macroéconomiques seront un petit peu plus clairs.
23:13En fait, si on est rationnel,
23:16il faudrait suivre la carte de la prudence.
23:19Mais en fait, on voit bien que le marché, c'est fait d'histoire.
23:23Et donc, l'embêtant, je dirais aujourd'hui,
23:26c'est que si vous faites de la géoéconomie,
23:29vous dites qu'on entre dans un monde assez compliqué
23:32où en fait, on peut avoir des obstacles aux échanges
23:36qui pèsent sur la croissance.
23:37Et on sait ô combien le président Trump a mis des obstacles aux échanges
23:42sur la période récente.
23:44Les Chinois ne sont pas en reste en la matière.
23:47Donc, on a une géoéconomie qui envoie un mauvais message.
23:50Et puis, il y a cet espoir de la tech où on se dit,
23:54bon, peut-être que c'est compliqué,
23:55mais c'est prometteur, on s'est excité
23:59sur les deux chocs technologiques précédents,
24:02la micro-informatique et Internet.
24:05Et on a envie de répéter cela.
24:08Et donc, en fait, ne rien faire,
24:11c'est risquer d'être comme l'âne de Buridan
24:16et pas savoir quoi faire.
24:18Donc, moi, je pense que soit vous êtes optimiste
24:21et puis vous êtes un peu comme le marché action
24:24qui se comporte bien,
24:25soit vous êtes un peu pessimiste
24:27et puis vous donnez plus de sens au marché des taux longs.
24:32Mais en fait, à un moment,
24:34il faudra bien qu'on ait une convergence entre les deux
24:36et on ne l'a pas encore.
24:37Bon.
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