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  • il y a 13 heures
Alexandre Stott, économiste chez Goldman Sachs, était l'invité de Laure Closier dans Good Morning Business, ce mardi 31 mars. Il est revenu sur les conséquences économiques de la guerre en Iran pour les Etats-Unis et l'Europe, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Il est 7h45 sur BFM Business et sur AMC Live, c'est notre invité ce matin, c'est Alexandre Stott.
00:04Bonjour, vous êtes économiste chez Goldman Sachs, on va regarder ensemble les conséquences et les répercussions économiques de la guerre
00:10en Iran,
00:11notamment sur l'économie américaine et européenne.
00:14On va commencer avec l'Europe parce qu'on parlait il y a quelques instants avec Étienne Braque de la
00:18Fed, la Fed qui temporise en Europe.
00:19On a Christine Lagarde qui nous dit qu'elle est prête à tout regarder et qu'elle est prête quasiment
00:24à réagir plus vite que lors de la dernière crise inflationniste.
00:29Qu'est-ce que vous attendez des banques centrales ? Est-ce que vous pensez qu'il pourrait y avoir
00:33une hausse des taux dans les prochaines semaines ?
00:36On avait à un moment donné, la semaine dernière, les marchés qui prisaient 3 hausses de taux dans l'année,
00:40c'est beaucoup. Comment vous regardez le marché ?
00:43Oui, c'est toujours le cas, les marchés pricent toujours 3 hausses de taux dans l'Europe.
00:47Je pense que tout d'abord, il faut reconnaître, un choc énergétique, un choc d'offres, c'est toujours un
00:51dilemme pour les banques centrales.
00:52Donc d'un côté, ça fait baisser la croissance que vous essayez de protéger, mais de l'autre côté, ça
00:55fait réaccélérer l'inflation, alors que votre mandat, c'est souvent l'instabilité des prix.
00:59Donc souvent, les banques centrales hésitent, ne font pas grand-chose, à moins que le choc soit important et se
01:03propage dans le reste de l'économie.
01:05Et je pense que c'est un peu la question que se pose la BCE en ce moment.
01:08Et clairement, ce qu'a indiqué Christine Lagarde la semaine dernière, c'est que dans le cas actuel, si l
01:12'augmentation des prix venait à être aussi importante qu'elle l'est actuellement,
01:15et à se prolonger un peu dans le temps, une réponse modérée, graduée serait appropriée.
01:20Et c'est quoi une réponse modérée et graduée ?
01:21Alors là est la question. Pour nous, ça veut sûrement dire deux à trois hausses de taux.
01:27Donc on trouverait bizarre que la BCE n'augmente les taux qu'une seule fois.
01:30Historiquement, elle l'a très peu fait. Donc d'habitude, quand elle part, quand elle change, quand elle infléchit sa
01:33politique monétaire, c'est pour bouger au moins deux fois.
01:36Aujourd'hui, on pense que la BCE va sûrement remonter ses taux à partir d'avril, puis en juin.
01:40Mais ça a raté un taux directeur de 2,50%.
01:43D'accord. Donc ça ferait quand même 50 points de base sur l'année. Quel impact sur une économie comme
01:49la nôtre, qui n'a pas franchement besoin de ça ?
01:53C'est-à-dire que vous, vous augmentez de 0,50% les taux. Ça a un impact direct sur
01:59l'offre de crédit ?
02:01Oui, ça va venir ralentir le cycle de crédit et ça aura un impact négatif sur la croissance.
02:05Mais je pense que ça sera quand même secondaire par rapport à ce qu'on voit sur les marchés de
02:07l'énergie.
02:09Donc là, l'augmentation des prix de l'énergie qu'on voit, selon nous, ça va réduire la croissance européenne
02:13déjà de 1,2% avant le début du conflit à maintenant 0,7%.
02:17Des pays comme la France devraient être un peu mieux protégés, car on est moins énergivores que nos voisins.
02:21On a une économie qui est un peu plus équilibrée entre services et industries.
02:24Et on a également le nucléaire qui protège un peu nos prix de l'électricité.
02:28Mais ça sera néanmoins un vent contraire à notre croissance et la politique modernitaire va sûrement venir ajouter un peu
02:33à ça.
02:35Ajouter un peu, c'est-à-dire que moi, je n'entends que sur ce plateau,
02:37des gens qui finissent par supplier la Banque Centrale Européenne de ne rien faire.
02:41C'est-à-dire que là, c'est clairement un robinet qui se ferme.
02:45Oui, mais il faut faire attention.
02:47L'impact sur la croissance d'un resserrement des taux de 50 points de base,
02:51je pense que ce sera secondaire par rapport à ce qui va venir du Moyen-Orient
02:53sous la forme de prix de l'énergie plus élevée.
02:55La BCE qui remonte ses taux de 50 points de base, la plupart des estimations vous diraient
02:58que ça va peut-être soustraire 0,1% de la croissance.
03:01Donc ce n'est pas ce qui va nous mettre au bord de la récession.
03:03Oui, mais ça ne va pas faire baisser les prix de l'énergie.
03:05Vous allez avoir les deux en fait d'un coup, vous êtes pris en étau
03:08entre les prix de l'énergie et la hausse des taux.
03:11Oui, absolument.
03:11Et c'est là où on revient au mandat de la BCE qui est unique, stabilité des prix.
03:15Je pense que ce que la BCE veut empêcher aujourd'hui,
03:17c'est qu'une hausse des prix de l'énergie qui est temporaire
03:19se propage dans le reste de l'économie.
03:20Et pour faire cela, elle va venir augmenter ses taux,
03:23envoyer un signal à toutes les personnes qui fixent les salaires, fixent les prix
03:26et essayer de réduire un peu la demande pour éviter que cette inflation...
03:29Mais elle s'intéresse quand même à la croissance, la BCE.
03:30Elle regarde les datas, elle regarde l'ensemble des données économiques des pays.
03:36Elle n'est pas obtue et obnubilée à ce point quand même.
03:39C'est vrai.
03:39Son mandat est très clair dans le traité, c'est stabilité des prix.
03:42Évidemment, il y a des objectifs secondaires
03:43et on ne peut pas penser à l'inflation dans deux ans
03:45sans faire attention à la croissance aujourd'hui.
03:47Donc c'est dans ce cadre-là qu'elle regarde.
03:49Mais comme je le disais, c'est un dilemme.
03:50Et aujourd'hui, je pense que le choix va s'orienter
03:52vers un léger resserrement de la politique monétaire,
03:53car stabiliser l'inflation sera plus important pour protéger la croissance.
03:56Vous ne voyez pas les prix de l'énergie redescendre
03:59d'ici les six prochains mois, l'année ?
04:02C'est-à-dire que vous dites quoi ?
04:03Qu'on est parti sur un baril au moins à 110, si ce n'est plus ?
04:06Oui, c'est entièrement dépendant de ce qui se passe au Moyen-Orient
04:09sous la forme du conflit militaire.
04:11Donc nous, on part sur l'hypothèse qu'on verra éventuellement
04:14dans les semaines qui suivent une réouverture du Détro d'Hormuz.
04:17Et si cela était le cas, je pense que les prix de l'énergie
04:19commenceraient graduellement à descendre.
04:21Donc nous, on table par exemple sur un baril du pétrole
04:23qui s'établirait à 80 dollars d'ici à la fin de l'année.
04:25Mais c'est conditionnel à une réouverture du Détro d'Hormuz,
04:27qui est très compliqué à prédire.
04:29Donald Trump dit cette nuit qu'il pourrait arrêter le conflit
04:32sans rouvrir le Détroit.
04:34Ce n'est pas possible.
04:35Je pense qu'il y a des signaux dans les deux sens.
04:38Il y a des signes d'une voie diplomatique
04:40qui serait tentée avec les autorités à Téhéran,
04:43les fameux 15 points.
04:44D'un autre côté, il y a un déploiement important
04:46d'actifs militaires dans la région.
04:47Donc c'est très compliqué de juger la direction qu'il va prendre.
04:49Mais je pense que c'est là-dessus
04:50que va se jouer l'évolution des prix du pétrole.
04:53Jérôme Powell, cette nuit, s'est voulu rassurant
04:55sur la question de l'inflation,
04:56en disant que pour l'instant, c'était trop tôt
04:58pour toucher au taux.
04:59Et sur la question du crédit privé,
05:01on a eu des alertes, des petits, des acteurs,
05:03puis au fur et à mesure, des plus gros acteurs
05:06avec des retraits qui sont impossibles
05:08pour ceux qui les demandent.
05:10Comment vous regardez le sujet de crédit privé aux États-Unis ?
05:14Je pense qu'il faut le remettre dans un contexte macro.
05:16Le crédit privé, ça reste un secteur qui est assez petit
05:20pour l'économie dans son ensemble
05:21où il y a relativement peu de levier.
05:23Alors oui, certes, c'est opaque.
05:24On ne sait pas exactement ce qu'il y a dans le crédit.
05:27Mais selon nous, même s'il y avait une augmentation,
05:30par exemple, des taux de défaut,
05:31le vent contraire à la croissance ne serait que limité.
05:33Je pense que la situation est quand même encore assez différente
05:35à ce qu'on avait vu, par exemple, au début du siècle.
05:37Et le fait que les gens demandent des retraits sur des produits
05:41qui sont illiquides au départ,
05:45ça, ce n'est pas inquiétant dans leur compréhension globale
05:47de ce que c'est, en fait, que le crédit privé ?
05:50Si, partiellement, après, les retraits qui peuvent être effectués
05:52dans ces classes d'actifs sont limités.
05:54Donc, ce n'est pas comme si on pouvait voir la classe entière
05:56qui est liquidée du jour au lendemain.
05:59C'est vrai que ce secteur s'était ouvert un peu au retail,
06:02au particulier.
06:02Et maintenant, on en voit le contre-effet.
06:07Mais encore, comme je le disais, d'un point de vue macroéconomique,
06:09on serait étonné si ces retraits-là
06:11menaient à une liquidation des actifs
06:13qui menaient à un fort ralentissement de la croissance.
06:15Pour nous, ça devrait être gérable.
06:17On aura tout de même, malgré la fermeture des marchés vendredi,
06:19les chiffres de l'emploi américain.
06:21Il y avait eu des chiffres sur février un peu inquiétants
06:24avec une remontée du chômage.
06:26C'est toujours difficile, avec le shutdown,
06:27d'avoir une évaluation correcte de l'emploi américain.
06:29Comment vous regardez ça ?
06:31Oui, nous, on pense que l'emploi va croître
06:34d'environ 70 000 personnes au mois de mars.
06:38On tablerait sur un chômage stable à 4,4 %.
06:40Après, la barre pour que le chômage augmente est assez faible
06:43parce que la deuxième décimale était de 4,44 %.
06:46Donc, c'est complètement probable,
06:47c'est complètement possible
06:48que le chômage augmente à 4,5 %.
06:49Mais on tablerait plutôt sur une stabilisation
06:51du marché de l'emploi.
06:52Après, pour revenir au choc énergétique
06:54qui vient du Moyen-Orient,
06:55c'est évidemment pour les États-Unis aussi.
06:56C'est quelque chose qui va venir peser sur la croissance,
06:59peut-être faire remonter un peu le chômage,
07:00faire accélérer l'inflation.
07:02Et donc, encore une fois, poser un dilemme
07:03pour la Banque centrale, la Fed, là-bas.
07:05Quel un double mandat.
07:06Mais sur l'activité américaine,
07:08vous êtes plutôt optimiste
07:10ou là, vous craignez un regain d'inflation ?
07:14Alors, on peut à la fois être optimiste sur la croissance.
07:16Nous, on prévoit 2,1 % de croissance
07:17dans les quatre semaines qui viennent.
07:19Quatre semaines qui viennent.
07:20Donc, c'est un plutôt bon chiffre.
07:22C'est proche de la tendance économique des États-Unis
07:24que nous, on dirait à 2 %.
07:26Et ça, c'est parce qu'en début d'année,
07:28en fait, vous avez encore des remporteurs.
07:29Vous avez la politique budgétaire de Trump,
07:31le taux de tarif qui redescend légèrement.
07:32Vous avez des conditions financières
07:33qui, en début d'année, étaient assez lâches.
07:35Bon, tous ces facteurs-là sont en train de s'inverser.
07:37Politique budgétaire qui ne va pas être en support
07:39de l'économie en deuxième partie d'année.
07:40Maintenant, hausse de l'inflation
07:41à cause des prix d'énergie.
07:43Conditions financières qui se resserrent.
07:44Donc, on ne serait pas étonné de voir
07:45un ralentissement séquentiel de la croissance
07:47en deuxième partie d'année.
07:48Mais malgré ça, dans son ensemble,
07:49ça devrait être une relativement bonne année
07:51pour l'économie.
07:52Après, sur l'inflation, c'est clair,
07:53ça va réaccélérer.
07:54Aujourd'hui, l'inflation aux États-Unis est à 3 %.
07:56Nous, on la verrait passer à 4 %
07:57d'ici la fin de l'année.
07:58Donc, principalement dû à la hausse
08:00des prix de l'énergie.
08:01L'inflation sous-jacente sans les prix de l'énergie,
08:02elle devrait rester proche de 3 ou 2,5 %.
08:05Mais pour la Fed, ça va sûrement être compliqué
08:07sur les prochaines réunions
08:09d'amorcer davantage de coupes de son taux directeur.
08:12Un mot sur le fait que vous travaillez
08:13dans une banque américaine
08:14parce qu'on a eu cette attaque déjouée
08:16devant le siège de Bank of America.
08:19C'était ce week-end.
08:21Est-ce qu'il y a des mesures de sécurité particulières,
08:23des directives qui ont été passées
08:25aux banques américaines
08:26qui pourraient être des cibles à Paris comme ailleurs ?
08:29Je pense que je ne suis pas la meilleure personne
08:30à qui demander.
08:30Je pense qu'il y a toujours des mesures
08:31de sécurité en place.
08:32Vous travaillez chez Goldman Sachs ?
08:33Oui.
08:34Il y a toujours des personnes devant l'entrée,
08:36que ce soit la semaine dernière ou cette semaine.
08:37Donc, je n'ai rien vu de particulier.
08:39Il n'y a pas eu de circulaire particulière ?
08:41Il y a par exemple des banques
08:42qui racontent qu'elles ont renforcé
08:44leur dispositif de sécurité.
08:45Je ne serai pas au courant.
08:47Merci beaucoup d'être venu,
08:48Alexandre Stott, économiste
08:49chez Goldman Sachs.
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