00:00Frédéric Bianchi, face à Jean-Marc Daniel, le nombre d'inscrits à France Travail sans activité a diminué de près
00:04de 60 000 personnes au premier trimestre 2026.
00:08Chiffre de la Dares recule inattendu. Pour l'instant, en tout cas, on ne voit pas d'agence France Travail
00:14submergée par des demandeurs d'emploi.
00:16Est-ce que ça veut dire que le combat contre le chômage est totalement dépassé, Frédéric ?
00:20Ça veut dire qu'on a gagné peut-être une bataille, c'est-à-dire la bataille actuellement du ralentissement
00:23de l'économie, le retour de l'inflation.
00:26Donc oui, il n'y a pas une explosion du chômage au premier trimestre. On verra dans les trimestres qui
00:30suivent.
00:31On sait très bien que les conséquences économiques de la guerre vont arriver maintenant.
00:34Donc oui, il n'y a pas d'explosion. Malgré tout, on peut dire qu'on a perdu cette guerre.
00:38On a perdu cette guerre. Moi, je me souviens d'un Emmanuel Macron qui disait le plein emploi, on va
00:43y arriver.
00:43Alors c'était en 2017, puis en 2022, les 5%. Bon, mais qu'est-ce qu'on constate aujourd'hui
00:48?
00:48On est à 7-8, ça remonte, on va peut-être repasser au-dessus des 8%.
00:52Donc là-dessus, la France a une nouvelle fois perdu cette guerre du plein emploi.
00:58Très au-dessus de la moyenne européenne en plus.
01:00On est au-dessus de la moyenne européenne. Je crois qu'actuellement en Europe, on est, attendez, j'ai les
01:03chiffres, on est aux alentours de 5-9-6%.
01:06Donc finalement, oui, alors on a baissé par rapport au chômage de masse des années 2010, post-crise des subprimes.
01:12On était monté à 9-10%. Bon, mais finalement, on a suivi la vague européenne.
01:16En Europe, ça a baissé, la France a baissé, mais on n'est pas arrivé à sortir de cette dynamique
01:21négative où en France, on a toujours un peu plus d'emplois qu'ailleurs.
01:25Alors que certains de nos voisins ont réussi. L'Italie, prenez l'Italie, ils sont quasiment au plein emploi.
01:29L'Italie avait toujours plus de chômage que nous. Aujourd'hui, ils sont aux alentours de 5-2%, qui était
01:34le rêve absolu d'Emmanuel Macron en 2022 encore.
01:37Eh bien, nous, on n'a pas réussi. Encore une fois, la France, finalement, on n'est plus au plein
01:41emploi depuis 1978, je crois.
01:43On a dépassé les 5%, on n'y arrive toujours pas.
01:46Jean-Marc Daniel, derrière, le seul sujet, c'est la démographie, non ?
01:49Oui, je crois qu'il y a... En fait, de nouveau, il y a trois éléments qui vont jouer.
01:53Il y a toujours trois éléments qui vont jouer.
01:55Alors, pour revenir sur les chiffres, effectivement, il y a en ce moment une augmentation du chômage conjoncturel dans un
02:00certain nombre de pays,
02:01mais globalement, Frédéric l'a dit, en Europe, on est à 6%, enfin 5-9%, ça a plutôt tendance à
02:07reculer.
02:08Donc, il y a une tendance historique en Europe à un recul, avec des pays qui sont en tension sur
02:12le marché du travail.
02:12C'est-à-dire, la République tchèque et la Pologne manquent de main-d'oeuvre.
02:16Et pourquoi est-ce que ces pays manquent de main-d'oeuvre ?
02:18Effectivement, on tombe sur la première raison, c'est outre la dynamique économique qui est très forte,
02:22c'est le fait que la population active a tendance à stagner, voire va reculer.
02:26Et donc, on a une évolution assez naturelle, structurelle du chômage qui va être vers sa disparition,
02:33et vers un problème plutôt de manque de main-d'oeuvre.
02:36Le deuxième élément, je pense qu'il faut tenir compte du fait que la nature du travail va changer.
02:41C'est-à-dire qu'il m'est arrivé assez souvent de rappeler que, pour moi, on va passer de
02:45la société employé-employeur à la société client-fournisseur.
02:49Dans une société client-fournisseur, il n'y a pas de chômage.
02:52C'est-à-dire que vous organisez votre travail, vous répondez aux attentes.
02:55– Et il y a les gens qui ont des petits chiffres d'affaires et les gens qui ont des
02:57gros chiffres d'affaires.
02:58– Et donc, effectivement, vous avez une capacité à vous adapter,
03:01c'est-à-dire que vous sortez d'une situation où vous êtes dépendant des autres systématiquement, de façon hiérarchique,
03:07à une situation où vous vous organisez, même si vous êtes dépendant des autres.
03:10Il faut trouver, quand vous êtes un fournisseur, il faut trouver des clients.
03:12Mais la notion de chômage disparaît, et on le voit bien d'ailleurs dans les projections
03:16sur non seulement la population active, mais aussi sur les équilibres des indemnités,
03:21de l'indemnisation du chômage, etc.
03:22Et le troisième élément qui va forcément jouer, c'est qu'on a beaucoup mis en avant la formation,
03:30et c'était un peu de façon incantatoire.
03:33Et là, maintenant, on s'aperçoit que l'idée d'avoir un raisonnement purement quantitatif,
03:38c'est-à-dire d'augmenter systématiquement les budgets de l'éducation nationale,
03:42et d'une façon générale, les budgets de l'apprentissage et tout ça, a été revu.
03:48Et cette idée, c'est justement, je parlais d'apprentissage dans l'éducation,
03:52de réorienter véritablement et de mieux utiliser les fonds qui vont être disponibles,
03:57notamment du fait de la réduction des élèves dans le primaire,
03:59pour essayer de faire de la formation non plus une incantation,
04:03mais une réalité concrète de terrain.
04:04C'est-à-dire, on va passer à ce qu'on appelait avant la flexi-sécurité, à la mobication.
04:10C'est quoi la mobication ?
04:12En anglais, c'est mobility, c'est-à-dire la capacité à education.
04:17Et la différence qu'il y a en anglais entre skill et education,
04:21skill, c'est le savoir-faire purement technique,
04:23education, c'est le comportement.
04:26C'est-à-dire, on va passer du savoir-faire au savoir-être.
04:29Et donc, quand on regarde les évolutions, justement, des programmes de formation,
04:34la façon dont, justement, on gère l'apprentissage,
04:36je pense qu'on est en train de passer de la flexi-sécurité,
04:39de l'idée que le coût du travail, c'est important,
04:41de l'idée du CICE et de la nécessité d'augmenter les crédits du ministère de l'Éducation,
04:46à la mobication.
04:48Frédéric ?
04:49Oui, mais moi, j'entends Jean-Marc, malgré tout,
04:52quand il dit qu'on va sortir un peu du salariat, c'est ça ?
04:55Oui, absolument.
04:56Moi, je pense quand même que le salariat reste la norme,
04:58et le restera encore longtemps, alors peut-être dans 20, 30, 40 ans, on verra.
05:01Là, aujourd'hui, je pense quand même, malgré tout, que le salariat reste la norme.
05:03Et on a quand même un problème toujours d'insertion, notamment des jeunes.
05:08Des jeunes, on est, je crois, à 18, 19% de taux de chômage des jeunes.
05:11C'est là-dessus, notamment sur ce point-là,
05:13qu'on est largement au-dessus de la moyenne européenne.
05:15Parce que quand on regarde le taux d'emploi,
05:17c'est-à-dire la part des personnes qui sont en emploi en France,
05:19on est, c'est vrai, au plus haut depuis historiquement, je crois.
05:22On a dépassé les 70%, on progresse là-dessus,
05:25parce que l'allongement aussi de la durée du travail,
05:28les différentes réformes des retraites,
05:29mais on a toujours du mal à insérer ces jeunes populations.
05:33Alors, on a beaucoup investi dans l'apprentissage,
05:34là, on revient un peu, parce qu'il faut faire des économies.
05:36Ça a bien marché pour faire baisser le taux de chômage.
05:38Ça a bien marché, là, on revient un peu là-dessus.
05:40Mais malgré tout, il y a un enjeu encore aujourd'hui en France, il me semble.
05:43Au-delà, évidemment, du coût du travail qui reste le plus élevé,
05:46la fiscalité sur le travail qui est en France une des plus élevées en Europe,
05:50il y a quand même toujours cet enjeu d'éducation,
05:52arriver à insérer ces jeunes-là.
05:54On voit qu'il y a des pays qui n'arrivent pas du tout, l'Espagne, par exemple,
05:56mais il y a des pays qui arrivent bien et qui arrivent bien mieux que nous.
05:59Et aujourd'hui, c'est cet enjeu-là qu'il faut mettre en avant.
06:03Et je pense que ça passera toujours par de l'investissement dans l'éducation.
06:06Merci à tous les deux.
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