00:01Tout pour investir, le placement à suivre.
00:04Le placement à suivre, oui, avec donc le secteur de la défense que nous allons aborder ce matin
00:08sous l'angle investissement avec Jean-Pastiste de Pascal, directeur général délégué de Interinvest.
00:13Bonjour Jean-Baptiste.
00:14Bonjour Etienne.
00:15Merci d'être avec nous ce matin pour parler du secteur de la défense.
00:19C'est vrai qu'aujourd'hui, c'est compliqué de faire à côté de ce secteur.
00:22Il avait déjà été mis en lumière en 2022 avec la guerre en Ukraine.
00:24Et là, depuis deux mois, avec le conflit en Iran, nous ne pouvons pas faire à côté.
00:29Est-ce que vous pensez qu'avec ces conflits bien malheureux,
00:32les Français, les épargnants ont conscience du fait qu'il faut accompagner l'industrie de la défense
00:38et surtout les petites sociétés de cette industrie en France
00:41qui ont besoin d'argent pour se développer et répondre au carnet d'ordre ?
00:46Alors, ça commence, mais je ne suis pas sûr qu'on soit encore assez loin.
00:51On pourrait faire un petit exercice.
00:55Est-ce qu'on considère que la défense en France est suffisante ?
00:58En général, c'est assez unanime.
01:00On va vous dire qu'on a un seul porte-avions, on est un peu léger.
01:03Quand on voit ce qui se passe en guerre en Moyen-Orient, on n'a pas assez de matériel, etc.
01:08Le constat, il est assez unanime.
01:09On est tous là, le moins le premier, à critiquer notre armée.
01:12Par contre, on pose une deuxième question.
01:14Est-ce que vous, vous investissez dans la défense ?
01:20On est beaucoup moins investi en France dans le secteur de la défense.
01:22D'autant plus que les facteurs ESG, il y a 4-5 ans, on exclut beaucoup de secteurs, beaucoup de
01:28valeurs.
01:29Même plus que ça.
01:30C'est-à-dire qu'on nous a donné une conscience écologique forte en l'opposant presque au secteur de
01:36la défense.
01:36Il y avait notre ancienne ministre de l'armée qui le relevait au niveau européen.
01:41On avait mis le secteur de la défense au même niveau que le secteur pornographique.
01:47Pour vous dire à quel point on avait banni le secteur de la défense.
01:51On ne pouvait pas investir, ce n'était pas dans les bons critères ESG.
01:55Et au niveau de l'éthique, on le considérait vraiment comme la dernière chose à faire.
02:00Mais l'éthique, on le voit actuellement, ça s'arrête un peu à la porte de la liberté et de
02:04la paix.
02:05On a besoin de la défense et donc il faut faire évoluer la conscience qu'on a dans ce besoin
02:10d'investissement.
02:11Ce besoin d'investissement qui est fort, on le voit.
02:14Il y a beaucoup de sociétés qui ont besoin de se développer.
02:16D'ailleurs, on aura probablement beaucoup d'introductions en bourse dans le secteur de la défense
02:20cette année.
02:20Et à ce stade, les conflits en cours sont instructifs.
02:23Un petit peu comme les problèmes énergétiques qu'on a eu il y a quelques années.
02:26En fait, malheureusement, parfois, il faut des chocs pour se réveiller et se dire
02:30« oui, il faut y aller ».
02:31Exactement.
02:31Ça nous apprend déjà qu'on a besoin de produire.
02:34Mais qu'on a besoin de produire quoi ?
02:37On a l'arme nucléaire, mais les conflits actuels, ça reste des conflits
02:41avec des besoins conventionnels.
02:44On a besoin de bombes, on a besoin de nouveaux usages de drones, et on a besoin de produire.
02:48Et on se rend compte, il y a quelque chose qui est assez marquant en France.
02:52On a récemment inauguré une usine qui produit des obus.
02:56On en produit, à 2027, on pourrait en produire 200 000.
03:00C'est à peu près 20 jours de conflits chez les Russes.
03:05On n'est pas encore dans la capacité de soutenir un conflit en haute intensité.
03:09Donc on a besoin de produire.
03:11On a besoin d'innover, parce qu'on le voit, il y a des nouvelles technologies qui arrivent,
03:15il y a des drones qui arrivent.
03:16Les drones, on n'en produisait pas suffisamment il y a 20 ans, encore moins il y a 10 ans.
03:20Maintenant, ça commence à arriver.
03:21Mais pour produire des drones, il faut modifier nos normes.
03:26On le voyait sur un exemple récent, on a un peu raté l'euro-drone au niveau européen.
03:32Il y a une initiative privée qui a fonctionné et qui a dit, attendez,
03:36quand on fait voler un drone intercepteur pour aller s'exploser sur un autre drone ou sur une bombe,
03:41est-ce qu'il doit y avoir toutes les normes d'un objet volant type un avion ?
03:45Pas sûr.
03:46Donc on doit s'adapter aussi au niveau normatif en disant, il y a des nouveaux usages,
03:50des nouveaux besoins, pour produire en quantité, il faut adapter les normes et le secteur en lui-même.
03:56Et pouvoir être là aussi face à une concurrence qui est très forte de la part des acteurs américains.
04:01On le voit, il y a beaucoup de pays en ce moment qui achètent de l'armement américain.
04:04Et puis aussi demain, l'armement asiatique avec la Chine qui est quand même au premier plan sur ce secteur.
04:09Aujourd'hui, un auditeur téléspectateur qui est convaincu, qui a envie de se dire,
04:12allez, j'ai envie que mon argent participe demain au développement d'une société dans ce secteur de la défense.
04:17Comment il peut investir, comment il peut participer à tout cela ?
04:21Il y a deux réponses.
04:22Il y a la réponse avec ce qu'on connaît dans les entreprises cotées, un peu le big four,
04:26en disant, je peux aller voir du Thalès, du Airbus, du Safran, etc.
04:30Mais là, effectivement, vous l'avez dit, elles ne sont pas toutes en augmentation de capital.
04:34Quand on est dans une augmentation de capital, ces entreprises cotées, on contribue à leur développement.
04:39Et sinon, il y a aussi le private equity.
04:42venir soutenir des entreprises non cotées qui sont le plus gros quand on prend la base industrielle de technologie et
04:46de défense en France,
04:48qui est ce qu'ils produisent vraiment dans ce secteur-là.
04:50C'est plus de 80% des PME, des ETI.
04:54Elles, elles ne sont pas cotées.
04:56Elles, elles ont besoin d'investissement.
04:57Donc, l'investissement dans le non coté, sur le secteur de la défense, ça, c'est une prise de conscience
05:02qu'on doit avoir.
05:03Avec la BPI, notamment, qui a lancé son fonds, c'est la Banque publique d'investissement, ça envoie un message
05:10quand même.
05:11Ce n'est pas que symbolique, puisque c'est un fonds qui collecte beaucoup d'argent.
05:14Mais ça amène derrière d'autres acteurs à dire, on y va aussi.
05:18Exactement.
05:19Nous, chez Elevation Capital Partner, on a créé un fonds qui s'appelle Patria, qui est accessible à partir de
05:24100 000 euros, qui est de nos côtés.
05:25BPI a lancé son fonds, qui est accessible beaucoup plus tôt, à partir de 500 euros.
05:30Il y a beaucoup d'initiatives privées sur des lancements de fonds en private equity pour recueillir ces besoins de
05:36financement.
05:37Mais le besoin du secteur de la défense, il ne sera pas uniquement militaire, il est aussi financier.
05:42Et ça passe par une prise de conscience personnelle en disant, est-ce que je suis investi dans ce secteur
05:47-là ?
05:47Est-ce que j'utilise les moyens qui me sont mis à disposition pour contribuer à l'effort de la
05:53défense ?
05:54On est dans du private equity, donc on est sur du non-côté.
05:57Il faut avoir un horizon de temps, c'est-à-dire qu'on ne peut pas acheter ce fonds de
05:59la BPI ou tout autre fonds en disant,
06:01j'investis et puis dans six mois, dans un an, je revendrai cet argent pour me faire plaisir, pour acheter
06:06ma résidence principale.
06:07Aujourd'hui, vous l'avez dit, ce fonds de la BPI, c'est à partir de 500 euros.
06:11Il vise une collecte d'environ 450 millions d'euros avec un rendement cible d'environ 5%.
06:17Est-ce que ça vous semble cohérent aujourd'hui, ce rendement de 5% ?
06:21Comment aujourd'hui, il faut appréhender ce type de produit ?
06:24Quelles sont les règles à savoir avant d'y aller ?
06:26Alors, vous l'avez dit déjà, c'est le temps long, c'est le private equity, et c'est le
06:29temps long et c'est illiquide.
06:30Donc, c'est-à-dire que c'est nécessairement de la trésorerie dont je n'ai pas besoin pour mon
06:34projet de demain.
06:35C'est le principe du private equity.
06:37Ça donne un horizon long, mais un horizon sur lequel je peux, entre guillemets, voir une projection.
06:44C'est-à-dire que là, dans le secteur actuel de la défense et de la conjoncture internationale,
06:48je vois qu'il y a des besoins sur le long terme dans la défense,
06:51parce qu'on repart d'une feuille où il y a beaucoup à produire, donc j'ai du temps.
06:56Mais effectivement, ce n'est pas une espérance de rendement, où je vais me dire, dans très peu de temps,
07:00je peux me faire.
07:01Là, on l'a vu, on en parlait de l'IA il y a quelques instants, qui a pris quasi
07:0520% en un mois.
07:06Ce n'est pas du tout ce secteur-là, ce n'est pas du tout cet objectif-là.
07:09C'est vraiment un objectif de temps long, donc d'évolution progressive,
07:13mais qui, entre guillemets, aussi nous protège.
07:15C'est-à-dire que c'est beaucoup moins sensible à une variation de marché,
07:19comme si ce n'est pas liquide, vous n'avez pas une variation qui bouge instantanément à chaque événement international.
07:24Mais en revanche, c'est-à-dire que je dois m'inscrire dans une logique de long terme, d'accompagnement.
07:29Et je disais tout à l'heure, la base industrielle de technologie de défense en France,
07:32on estime qu'ils ont besoin, là, de fonds propres, entre 3 et 4 milliards d'ici à 2030.
07:38Donc il y a un besoin d'accompagner ces entreprises en fonds propres,
07:40donc d'investir directement dedans, pour les soutenir et les aider à se développer.
07:45Ça, c'est en France, ce fonds de la BPI.
07:48Bien sûr, il existe des fonds aux États-Unis,
07:50où là, il y a un peu plus de questions, peut-être, sur la dette privée, sur le non-coté.
07:56Comment, aujourd'hui, on peut diversifier cet investissement dans le secteur de la défense,
08:00sachant que la diversification, c'est la règle numéro 1 ?
08:03C'est-à-dire que demain, quelqu'un qui a envie d'investir dans la défense,
08:05il ne faut pas qu'il achète que des actions Thalès ou que ce fonds Défense.
08:07Comment, aujourd'hui, on peut répartir son argent sur différents supports pour accompagner cette thèse ?
08:13Exactement. Il faut répartir la thèse de la défense sur plusieurs typologies de financement.
08:18Donc, vous avez parlé, la dette, c'est un secteur, c'est une méthode de financement qu'on peut utiliser,
08:23puisque des entreprises qui font crédit.
08:25Le secteur du côté, c'est une technologie, une boîte à outils qu'on peut utiliser en disant,
08:31je vais venir, peut-être surveiller des augmentations de capital dans le secteur coté.
08:36Le non-coté, via des fonds, effectivement, parce qu'un fond, ça nous permet d'avoir un panier,
08:41c'est-à-dire de ne pas être directement dans une entreprise de la défense,
08:43mais de se répartir sur 10 à 20 entreprises du secteur de la défense.
08:47Et, effectivement, regarder l'international, on peut regarder aux États-Unis,
08:51mais aussi, on peut regarder notre pays comme l'Allemagne,
08:54qui a annoncé des objectifs de redéploiement sur le secteur de la défense assez forts.
08:59L'Allemagne, qui a quand même une base industrielle élevée,
09:02des besoins dans le secteur de la défense élevés,
09:04donc on dirait que ça devrait matcher en termes de perspectives et d'ambition de développement.
09:09Merci beaucoup. Jean-Baptiste De Pascal nous a accompagné ce matin.
09:12Je rappelle que vous êtes directeur général délégué de Interinvest,
09:15pour faire ce focus, un petit peu un mode d'emploi du secteur de la défense
09:18sous l'angle de l'investissement.
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