Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 1 heure
Jeudi 16 avril 2026, retrouvez Gilles Moëc (Chef économiste, Groupe AXA) dans SMART BOURSE, une émission présentée par Grégoire Favet.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:01Musique
00:10Le dernier quart d'heure de Smartbourg chaque soir, c'est le quart d'heure thématique.
00:13Le thème ce soir, c'est celui de la résilience économique.
00:16Nous en parlons avec Gilles Mouek, chef économique du groupe AXA qui est avec nous à distance en visio.
00:21Bonsoir et bienvenue Gilles.
00:22Merci beaucoup de nous rejoindre ce soir.
00:25C'est vrai qu'on est dans ce monde alors que certains appellent un monde de polycrise, voire de permacrise.
00:30Et face à ces crises qui s'enchaînent à des vitesses toujours plus rapides, il y a le sujet de
00:37la résilience économique qui ne cesse de nous étonner.
00:40Peut-être Gilles, est-ce que la crise qu'on traverse ou qu'on est peut-être en train de
00:44finir de traverser, la crise iranienne et cette crise du Golfe,
00:48est-ce que c'est un nouvel exemple de ce schéma de résilience qui nous accompagne désormais depuis plusieurs années
00:54?
00:54Où est-ce qu'on voit poindre quand même certaines limites à cette capacité de résilience de nos économies ?
01:01C'est vrai qu'on peut être frappé du fait que si on regarde les enquêtes de conjoncture qui sont
01:05disponibles depuis le début du conflit dans le Golfe,
01:09la réaction a été quand même assez mesurée.
01:11On a une dégradation de la confiance des ménages, on a des enquêtes de conjoncture dans les entreprises qui ont
01:17marqué le coup,
01:18mais qui ne sont pas du tout dans des territoires vraiment problématiques.
01:22Donc oui, ça fait plutôt penser à une forme de résilience,
01:26mais je pense que cette résilience s'explique aussi du fait de la différente nature du choc auquel nous faisons
01:37face aujourd'hui.
01:38J'ai l'impression qu'on se vit avec le sentiment effectivement d'une permacrise,
01:42parce qu'on réplique surtout en Europe le choc de 2022,
01:46donc on lit ce qui se passe aujourd'hui à la lumière du choc de 2022 qui a quand même
01:49été assez massif,
01:51alors même que le vrai problème pour nous c'est moins le pétrole que le gaz,
01:55et que sur le gaz, même s'il faut rester prudent,
01:58le choc pour l'instant est infiniment plus faible que celui de 2022.
02:02Je rappelle que la question ce n'était pas simplement une question de prix du gaz,
02:07même s'il avait fait x10 à l'époque, alors que là on est plutôt sur du plus 50%,
02:12c'était la disponibilité même de gaz, alors que depuis on a mis en place des approvisionnements de LNG,
02:21on a aussi une part du renouvelable dans la production électrique européenne qui est beaucoup plus forte,
02:26on a la normalisation du parc nucléaire français.
02:29Donc de toute manière c'est un choc de nature différente,
02:32et j'allais dire heureusement parce que la capacité des politiques économiques à le gérer,
02:38en particulier la politique budgétaire, est beaucoup plus faible aujourd'hui.
02:40– Mais vous dites quand même du point de vue de l'autonomie énergétique de l'Europe,
02:46oui il s'est quand même passé des choses depuis 2022,
02:49il y a à la fois des efforts peut-être de sobriété un peu structurels qui ont été faits, Gilles,
02:54mais derrière ça vous dites qu'il y a quand même en termes d'offres,
02:58la construction d'une résilience énergétique qu'on voit aujourd'hui en Europe,
03:04et qui va se poursuivre j'imagine.
03:06– Oui, j'aimerais qu'on sorte un peu de la vision crépusculaire de l'Europe,
03:11alors Grégoire vous allez me dire que je suis un grand pessimiste,
03:14et ça va vous étonner que je parle de cette manière-là,
03:17mais vraiment je trouve que la négativité ambiante est devenue pesante,
03:21et surtout est devenue excessive, parce qu'on n'a pas rien fait.
03:25Donc oui, la manière dont on forme les prix de l'électricité en Europe n'est toujours pas optimale,
03:30et oui, le rôle du gaz est toujours trop important,
03:33mais la réalité quand même, c'est qu'en 2024, pour la première fois,
03:37si on croit en tout cas des données de l'Agence internationale de l'énergie,
03:40l'éolien et le solaire ont dépassé les énergies fossiles,
03:45et donc en fait le gaz dans la production électrique européenne, ça n'est pas rien.
03:49On a augmenté le poids du renouvelable dans la production électrique européenne,
03:55autant en trois ans qu'on avait fait en dix ans,
03:58et on est infiniment plus avancé que les Américains sur cette question-là.
04:02Aux Etats-Unis, on a à peu près 40% de la production électrique
04:05qui dépend de sources non carbonées, nucléaires plus renouvelables.
04:10En Europe, on est à quasiment 70%.
04:13Ce qui nous manque, c'est l'étape suivante,
04:15c'est l'électrification plus générale de notre économie,
04:18mais voilà, on a fait des progrès, on a commencé à gérer,
04:21on a appris en fait de la crise de 2022.
04:24Bon, on a tous nos hauts et nos bas vis-à-vis de l'Europe.
04:27Gilles, je ne vous jette pas la pierre du tout.
04:28D'ailleurs, pour aller dans votre sens,
04:30je lisais dans le Financial Times cet après-midi
04:32qu'il y a peut-être un projet de directive européenne
04:37qui pourrait modifier assez profondément les règles de concurrence.
04:42Et on sait que c'est quelque chose qui est au cœur,
04:44dans l'ADN évidemment de la Commission européenne
04:47et de la manière dont s'est construite l'Europe,
04:48la défense avant tout du consommateur face aux ensembles
04:52qui pourraient être trop gros.
04:54Visiblement, et le débat n'est pas nouveau bien sûr,
04:56mais visiblement, là, il y a peut-être un bouger
04:59qui pourrait être assez profond.
05:02Certains cités dans le papier du Financial Times
05:05parlent effectivement de règles qui viennent en rupture avec le passé.
05:10Oui, c'est vraiment sur la question des champions nationaux
05:13ou plutôt des champions européens en la matière,
05:16où on est arrivé à une structure juridique européenne
05:21qui a d'ailleurs fait cette preuve
05:22et qui a eu des effets très positifs, effectivement,
05:24pour les consommateurs européens depuis une quarantaine d'années,
05:27mais qui trouve ses limites à un moment
05:30où tout le monde ne joue pas avec les mêmes règles.
05:35On a en particulier un compétiteur spécifique,
05:37à savoir la Chine,
05:38qui ne joue pas nécessairement exactement avec les mêmes règles que nous,
05:41et que donc, dans cette situation-là,
05:44d'avoir plus d'espace pour la politique industrielle,
05:47plus d'espace pour la création de champions nationaux,
05:50de champions européens, paraît assez naturel.
05:52Moi, je tiens là-dessus à être un peu, comment dire, circonspect,
05:55parce que j'ai un peu peur qu'à la faveur de cette mobilisation générale
05:59qui est probablement bienvenue et qui est probablement nécessaire,
06:02on arrive un peu trop loin dans l'autre sens
06:04et qu'on revienne un peu trop sur les avancées concurrentielles
06:08qu'on a eues depuis plusieurs décennies.
06:10Mais il y a une réponse européenne,
06:12il y a une prise de conscience de certaines limites,
06:15de certains défauts, notre appareillage.
06:17Et on vit avec cette idée que rien n'est fait,
06:22rien ne bouge, rien n'a bougé.
06:24Ce n'est vraiment pas vrai du tout.
06:26On répond de manière structurelle à une crise conjoncturelle,
06:30en tout cas à une énième crise conjoncturelle.
06:32Le problème qu'on a aujourd'hui, c'est que sur la gestion du choc lui-même,
06:36la gestion conjoncturelle n'a pas forcément les moyens d'apporter le même degré de protection
06:41qu'on avait apporté en 2021-2022.
06:44Mais sur le structurel, on fait quand même des efforts réels.
06:46Des progrès structurels sur le plan énergétique,
06:49peut-être sur le plan de la concurrence,
06:51avec les caveats et la circonspection qu'on peut avoir à ce stade.
06:56Gilles, est-ce qu'on peut imaginer des progrès du point de vue de la politique monétaire ?
06:59Est-ce que déjà, de manière immédiate,
07:02on peut espérer que la BCE joue un rôle de chien qui aboie
07:07pour éviter de mordre trop fort ?
07:09Est-ce que ça peut être un peu le trade-off des discussions,
07:13la nature des discussions qui animeront sans doute la réunion du 30 avril,
07:16mais sans doute également les prochaines, Gilles ?
07:19C'est mon espoir.
07:21En fait, ce qui manque peut-être en Europe,
07:26c'est un certain degré de coopération
07:28entre les politiques monétaires et les politiques budgétaires.
07:31Et là, je parle bien de coopération,
07:33pas de remise en cause de l'indépendance des uns et des autres.
07:35Mais je trouve qu'il manque un élément dans la rhétorique actuelle de la BCE
07:41qui consiste à dire, pour l'instant,
07:43surtout, politiques budgétaires, faites attention,
07:46n'allez pas trop loin dans la mitigation du choc.
07:50Certes, mais si les autorités budgétaires
07:53ne vont effectivement pas très loin,
07:56parce qu'elles ne peuvent pas le faire,
07:58dans la mitigation du choc,
07:59alors l'élément normal sera de dire,
08:01si le budgétaire ne le fait pas,
08:03s'il y a moins d'accompagnement budgétaire du choc,
08:06à ce moment-là, la politique monétaire
08:07peut peut-être se permettre d'être un peu plus tolérante
08:11sur une dérive temporaire de l'inflation
08:13qu'elle ne l'aurait été, par exemple, en 2021-2022.
08:16En 2021-2022, effectivement,
08:18la politique budgétaire a été extraordinairement puissante
08:20pour limiter les dégâts,
08:23mais on est dans une phase où,
08:25même avant l'invasion de l'Ukraine par la Russie,
08:28l'inflation commençait à cavaler.
08:30On est dans une situation complètement différente aujourd'hui,
08:32où l'inflation était vraiment sous contrôle
08:34avant le choc dans le Côte-Fouc-Persique.
08:36Donc, que la BCE rappelle les fondamentaux
08:39et rappelle sa nécessaire vigilance soit,
08:42mais on ne peut pas tout demander.
08:43C'est-à-dire qu'on ne peut pas dire d'un côté,
08:45surtout, les autorités budgétaires, ne faites rien,
08:47et dire, et nous, on se réserve le droit
08:49de taper potentiellement très fort
08:50pour bloquer un choc inflationné.
08:52Je pense que là, il faut qu'on trouve
08:54un degré d'équilibre,
08:57un degré de coopération
08:58entre la Banque Centrale Européenne
09:00et les autorités budgétaires nationales.
09:02Marché reste malgré tout convaincu,
09:04même si le discours de la BCE s'est un peu rééquilibré
09:07par rapport à la forte vigilance
09:09qui avait été signalée dès le début du conflit.
09:12Gilles Marché est convaincu qu'il y aura une réponse,
09:13et que c'est une réponse qui passera peut-être
09:16par au moins de hausses de taux cette année.
09:19Mon service central, c'est qu'effectivement,
09:21la BCE tapera.
09:22Mon espoir, c'est qu'elle n'allait pas trop loin.
09:24Moi, j'ai mis une hausse de taux au mois de juin,
09:27et d'ailleurs pas au mois d'avril.
09:28Je pense que là,
09:29le contenu des dernières nouvelles,
09:30ce serait probablement excessif
09:32de la part de la BCE de bouger
09:33dès le mois d'avril,
09:34et j'ai l'impression que
09:35ce qu'on entend de Francfort
09:37va plutôt dans cette direction-là.
09:40Qu'au mois de juin,
09:41la BCE envoie un signal
09:42sur la nécessité d'éviter
09:43ce fait de ce contour,
09:44je le comprends.
09:45Deux, voire trois hausses de taux,
09:47comme c'était ce qui était encore pressé
09:48il y a quelques jours,
09:49là, ça me paraît vraiment
09:50potentiellement excessif.
09:51Surtout, encore une fois,
09:52si les petits budgétaires ne bougent pas,
09:53parce qu'ils n'ont pas les moyens de le faire.
09:55Du côté de la réserve fédérale américaine,
09:57la situation n'est pas beaucoup plus simple,
09:58parce qu'au-delà de la question
10:02purement économique et monétaire,
10:04il y a évidemment une fonction de réaction de la Fed
10:06qui se percute,
10:06qui s'entrechoque
10:07avec un agenda,
10:09un calendrier politique un peu compliqué.
10:11On ne sait toujours pas
10:11si Jérôme Powell sera ou non encore
10:13président de la Fed
10:14dans les prochaines semaines
10:16et les prochains mois.
10:17Mais la question étant,
10:19Gilles,
10:20on démarrait cette année 2026
10:21avec l'idée que la Fed
10:22allait pouvoir poursuivre encore,
10:25aller au bout de la neutralisation
10:26et de la normalisation
10:27de sa politique monétaire.
10:28Est-ce que c'est une histoire
10:29qui est encore vraisemblable aujourd'hui ?
10:32Moi, là, pour le coup,
10:33je n'y crois pas.
10:34Enfin, je ne crois pas
10:35que la Fed pourra baisser
10:36les taux en 2026,
10:37même si les choses s'amélioreront
10:38le glophe-mépersique.
10:39Pourquoi ?
10:40Parce que,
10:40sur le terrain de l'inflation,
10:42avant même le déclenchement
10:43des hostilités,
10:44et c'est là la vraie différence
10:45entre les États-Unis
10:46et la zone de l'Oron,
10:46aux États-Unis,
10:47l'inflation n'était pas sous contrôle.
10:49Et ce que dit Powell,
10:50ce qu'il a dit
10:50lors de la dernière conférence de presse,
10:52tout le monde l'attendait
10:53sur la gestion
10:54de la crise du Golfe-Persique.
10:56Et Powell répondait à chaque fois
10:57« Ok, très bien,
10:58mais les États-Unis
10:59n'ont pas encore absorbé
11:01le choc tarifaire
11:02de l'année dernière. »
11:03Je rappelle qu'au mois de février,
11:04donc avant le déclenchement
11:06des hostilités,
11:07l'inflation sous-jacente
11:09au sens du PCE,
11:10qui est ce que la Fed regarde
11:12pour mesurer
11:12la vraie tension inflationniste,
11:14on était à 3%.
11:15On était à un point de pourcentage
11:17au-dessus de l'objectif
11:18de la Fed.
11:19Donc on n'est pas,
11:21Golfe-Persique ou pas,
11:22dans une configuration,
11:23en tout cas à ce stade,
11:25où on avait suffisamment
11:27d'informations,
11:28suffisamment de certitudes
11:29sur l'absorption
11:30du choc tarifaire
11:31de l'année dernière
11:31pour aller très loin
11:32dans l'accommodement en 2026.
11:33Donc là,
11:35effectivement,
11:35je suis assez d'accord
11:36avec ce que le marché price,
11:36pour le coup,
11:37et que la Fed
11:38ne bouge pas du tout en 2026.
11:41Pour moi,
11:41c'est un centre central
11:42qui reste central.
11:43Encore une fois,
11:43en dépit des,
11:45semble-t-il,
11:45de nouvelles qui semblent arriver.
11:47Bon, prochain rendez-vous
11:47avec les banques centrales
11:48d'ici quelques jours,
11:4928 et 29 avril
11:50pour la Réserve fédérale américaine
11:51et 30 avril
11:52pour la Banque centrale européenne
11:54et la Banque d'Angleterre également.
11:55Merci beaucoup Gilles.
11:56Gilles Mouac
11:57qui était avec nous à distance
11:58dans ce dernier quart d'heure
11:59de Smart Bourse,
12:00chef économiste du groupe AXA.
12:01Sous-titrage Société Radio-Canada
12:05Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires

Recommandations