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  • il y a 12 minutes
Jeudi 19 mars 2026, retrouvez Frederik Ducrozet (Responsable de la recherche macro, Pictet Wealth Management) dans SMART BOURSE, une émission présentée par Grégoire Favet.

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Transcription
00:10Dans le dernier quart d'heure de Smart Bourse, on continue à parler macroéconomie et des banques centrales,
00:15des impacts de leurs décisions évidemment sur les marchés.
00:19Avec notre invité Frédéric Ducrozet, bonjour.
00:22Bonjour.
00:22Vous êtes responsable de la recherche macroéconomique.
00:25Avec vous, on analyse, on a eu vraiment une avalanche de décisions, ou plutôt de non-décisions statu quo pour
00:33la majorité des banques centrales sur ce qui se passe en ce moment.
00:36Quel est votre regard justement Frédéric sur ce qui s'est passé du côté de la Fed comme pour la
00:40BCE ?
00:41Alors on savait que ça allait être un exercice de communication, de risk management pour la plupart de ces banques
00:47centrales.
00:47Il n'y en a qu'une cette semaine, la banque centrale d'Australie qui a monté les taux directeurs,
00:51qui est déjà un petit peu une exception avant même ce conflit.
00:55Et donc qui finalement ne fait que mettre en œuvre déjà plus ou moins les projets qu'elle avait.
01:00Les autres sont dans le flou total, comme on l'est tous.
01:03Quelque part, la réponse la plus honnête de toutes les banques centrales cette semaine aurait été simplement d'y mettre
01:07un communiqué en disant
01:08« En pause, on ne sait pas, on attend de voir que les chocs se dissipent, on l'espère, et
01:14que les effets directs et indirects se matérialisent ».
01:17Ce n'est pas comme ça que fonctionne une banque centrale, en tout cas dans leur fonction de réaction et
01:22dans leur calibrage des anticipations de marché en particulier.
01:27Elles se doivent d'être forward-looking, elles se doivent de nous donner un peu de clarté sur les directions
01:33à venir.
01:33Et ce que beaucoup d'entre elles ont fait, et la banque centrale européenne en particulier,
01:38c'est de parler de scénarios possibles et de réaction potentielle des banques centrales en fonction de l'évolution, bien
01:45sûr, des prix de l'énergie et du conflit,
01:47dans sa durée, dans sa sévérité, dans sa propagation à l'économie réelle.
01:52Pas de grosse surprise sur le fait qu'il n'y a pas eu de décision.
01:55Alors justement, Frédéric, quels sont ces différents scénarios évoqués par la BCE ?
02:01Pour elle, c'est celle, effectivement, il faut le reconnaître, objectivement, qui a le plus travaillé et qui a été
02:06le plus flexible,
02:07parce que d'habitude, elle prend une date, en l'occurrence qui aurait été mi-février, très éloignée de tous
02:14les événements récents,
02:15complètement déconnectée de la réalité actuelle, pour faire des hypothèses, pour travailler,
02:19le staff des économistes de la BCE fait des projections.
02:21Cette fois, elle a fait une exception, ce qui arrive très, très rarement, mis à part la pandémie et encore,
02:27la BCE ne l'avait jamais fait, de vraiment coller au marché et essayer de déjà imaginer les projections d
02:33'inflation
02:34qui sont revues fortement à la hausse pour cette année, à 2,6% de moyenne.
02:38On est sur un impact très important sur la croissance, une révision à la baisse de 30 points de base,
02:44de 0,3%,
02:45ce qui est là aussi, quelque part, déjà significatif, alors qu'on est dans le flou.
02:48Et malgré ça, la BCE nous dit, attention, ne nous précipitons pas.
02:52En tout cas, dans le scénario central, il n'y a pas de raison de surréagir.
02:56On vient d'avoir entre-temps des sources qui arrivent souvent, une forme de ballon d'essai dans le marché,
03:01suggérant que la BCE pourrait déjà commencer à penser à une hausse de taux dès le mois d'avril,
03:05je pense que c'est prématuré.
03:06Mais dans le scénario central, il y a ce choc déjà qui est, pour partie, déjà matérialisé.
03:12Et la BCE, qu'est-ce qu'elle nous a dit ?
03:14Qu'elle surveillera les effets indirects, autant si ce n'est plus que les effets directs sur l'inflation.
03:19On a toute une liste d'indicateurs qu'il va falloir surveiller dans les semaines qui viennent.
03:22Oui.
03:23De manière assez simpliste, peut-être, certains disent, mais si on anticipe un choc sur l'économie,
03:28de manière générale, c'est-à-dire qu'une baisse de la croissance, comme vous voulez le dire,
03:33pourquoi monter les taux, ça sera un effet amplificateur, justement, de cette baisse ?
03:37Ou c'est vraiment le trigger de l'inflation qui est le plus important pour la BCE ?
03:41Alors, elle a un mandat simple, unique, très clair, qui est la stabilité des prix.
03:46Et en plus de ce mandat qu'il a amené par le passé, certains diront, à juste titre,
03:51je pense, à faire des erreurs de politique économique, sous Jean-Claude Trichet en particulier,
03:56monter les taux, effectivement, quand c'est un choc d'offres et qu'on ne peut pas finalement faire grand
03:59-chose
03:59pour faire baisser les prix de l'énergie, si ce n'est peut-être même aider à limiter la casse
04:04dans l'économie,
04:04ce n'était pas forcément la bonne décision.
04:06Maintenant, ce qui s'est également passé depuis, c'est une pandémie et une crise inflationniste sans précédent
04:12qui, à mon avis, entraîne chez beaucoup de banquiers centraux, et notamment la BCE,
04:16une forme de stress post-traumatique.
04:19Plus jamais ça.
04:20Et donc, même si on peut être d'accord, et l'immense majorité des économistes est d'accord,
04:24en théorie, avec le fait que la Banque centrale, Fed, BCE et d'autres,
04:28ne doit pas réagir à ce type de choc, au moins initialement,
04:32eh bien, on sait que l'alternative peut être plus grave encore si les anticipations d'inflation,
04:38si les ménages, les entreprises, adaptent leur comportement à ce choc d'inflation
04:42et aggravent quelque part encore la situation en augmentant les prix, les coûts, les salaires, etc.
04:48Tout ça dans une boucle inflationniste.
04:50Et c'est un scénario qu'on peut imaginer, mais qui reste, pour le moment, j'espère encore,
04:55loin d'être le scénario central.
04:57Alors voilà pour la BCE du côté de la Banque centrale américaine,
05:00donc qui a parlé hier également le statu quo, mais là avec une optique un petit peu différente.
05:04C'est vrai que pour la Fed, on était sur une anticipation de baisse de taux,
05:09voire plusieurs baisses de taux.
05:11Là, c'est un petit peu passé de mode ou certains l'espèrent encore pour la fin de l'année
05:15?
05:17Quelque part, c'est plus facile pour les banques centrales qui vraiment allaient,
05:19effectivement, étaient tout proches de baisser les taux d'intérêt.
05:22Ils pensaient, avaient préparé le terrain pour la Fed aux États-Unis,
05:26mais aussi la Banque d'Angleterre.
05:27C'est peut-être le revirement le plus radical de la journée,
05:30une Banque d'Angleterre qui, elle aussi, pense peut-être même à monter les taux d'intérêt,
05:33alors qu'il y a deux semaines, elle les aurait quasiment, de manière certaine, baissées.
05:38Toutes les situations sont différentes.
05:39La théorie, un choc d'offres, vous ne devez pas réagir en tant que banquier central.
05:43La pratique, elle est très différente, notamment, comme je l'ai dit, après 2022.
05:48La Fed est dans une situation encore plus compliquée.
05:51Vous l'avez dit juste avant avec vos invités,
05:54les États-Unis sont moins exposés, moins vulnérables à ce choc énergétique.
05:58D'un autre côté, le marché du travail est peut-être dans une situation plus fragile.
06:03Les derniers chiffres sont moyennement rassurants.
06:06L'inflation était plutôt en train de ralentir,
06:08malgré les tarifs douaniers.
06:10On avait un boost budgétaire qui arrivait.
06:12Enfin, toutes les conditions étaient différentes.
06:13Et en plus, le boss, le chairman, va changer au mois de juin avec Kevin Walsh qui arrive
06:19et que le président espère voir baisser les taux.
06:22Donc, c'est une équation très difficile.
06:23Dans le doute, abstiens-toi.
06:25Je pense que c'est vraiment le conseil que retient la Fed
06:27et qui retient pour le moment encore un biais baissier.
06:31Ça, c'est crucial pour le marché.
06:33Mais honnêtement, entre les lignes et dans la conférence de presse de Jérôme Powell qui a suivi,
06:36c'est bien moins clair que ça.
06:38Elle aussi, elle est quand même toujours bien dans le flou.
06:41Si l'économie justement dérapait d'un côté ou de l'autre de l'Atlantique,
06:45ces banques centrales, est-ce qu'elles arriveraient en soutien comme lors d'autres crises ?
06:49Alors, on pense au quantitative easing, on pense à plusieurs...
06:51Elles ont un arsenal maintenant très très large pour être contracyclique.
06:56Oui, quand il s'agit de monter les taux d'intérêt,
06:59toutes ces banques centrales pensent que c'est plus facile.
07:01Parce que vous montez les taux d'intérêt, vous effectivement créez des dommages.
07:05Vous ralentissez la croissance, c'est le but.
07:07Vous ralentissez la demande pour, in fine, ralentir l'inflation.
07:10Quand il s'agissait au contraire de remonter l'inflation vers sa cible,
07:15c'était peut-être plus compliqué.
07:17Donc ça, c'est un premier point.
07:18Mais la difficulté supplémentaire, c'est qu'on ne parle que de ce conflit du choc énergétique
07:23et des conséquences directes et indirectes sur l'économie.
07:26On n'a pas oublié, et la Banque centrale certainement pas,
07:28les conditions qui prévalaient avant ce choc,
07:31et notamment les craintes sur le marché du travail, je l'ai dit,
07:34liées à l'intelligence artificielle et à la disruption du marché du travail en particulier,
07:40mais aussi de l'économie en général.
07:42La crainte également et les inquiétudes sur le crédit privé,
07:46notamment aux États-Unis, plus qu'en Europe.
07:48Donc vous aviez d'autres raisons pour une Fed qui était déjà à un niveau plus élevé de taux d
07:52'intérêt,
07:52et probablement encore un peu restrictif,
07:54pour au moins revenir à un niveau plus neutre, voire légèrement en dessous.
07:58Je pense encore une fois que si ce choc énergétique finit par se dissiper,
08:01en tout cas aux États-Unis, le cas, la justification reste valable
08:05pour une ou deux baisses de taux cette année.
08:08Mais c'est le calendrier qui, à mon avis, est encore plus incertain
08:11qu'il ne l'était il y a tout juste un mois.
08:13Oui. Alors on a vu bien évidemment, Frédéric, que cette guerre,
08:17elle rebat complètement les cartes et même les allocations d'actifs.
08:20On en parlait à l'instant avec vos camarades.
08:24Pour vous, justement, qu'est-ce qu'on peut faire dans ce contexte incertain ?
08:28Comment on réagit dans les équipes de gestion que vous conseillez ?
08:32Tout dépend un peu du point de départ de chacun, du profil de risque,
08:36de l'horizon de temps.
08:37Évidemment que des investisseurs avec un horizon de temps très court
08:40vont pouvoir envisager toute une série d'ajustements,
08:43y compris peut-être de protections qui ne sont pas encore excessivement chères
08:47sur des marchés qui, malheureusement, étaient d'ailleurs ceux
08:49qui ont privilégié il y a encore peu, y compris en Europe ou dans les pays émergents,
08:53ceux qui sont aujourd'hui les plus exposés à ce choc-là,
08:56en tout cas de manière tactique, temporaire.
08:59Ce à quoi, nous, on a plutôt tendance à s'accrocher,
09:02c'est à nos convictions de fond, sur les actifs tangibles,
09:05sur les actifs réels, sur les actifs qui vous protègent contre l'inflation,
09:10en l'occurrence de ce choc-là aussi.
09:13Peut-être un peu moins les actifs classiques de valeur refuge
09:17comme les métaux précieux qui vivent, entre guillemets,
09:19un peu leur vie en ce moment.
09:21Il y a une corrélation qui est plus élevée avec les marchés en général,
09:24mais peut-être sur des valeurs de long terme,
09:27dans des marchés qui ont toujours des perspectives de croissance importantes.
09:31C'est toujours une mauvaise idée de surréagir dans ces cas-là.
09:35Et je pense que là aussi, il faut se recentrer sur les convictions qu'on a
09:39sur un portefeuille qui, de toute façon, y compris en action,
09:43va normalement encore délivrer des performances à long terme
09:46relativement insensibles à ce qui se passe au plan géopolitique,
09:50même si ce choc, vous l'avez dit et vous avez raison,
09:53est de nature à changer la donne pour cette année.
09:55En tout cas, on observe un grand reset sur les indices d'action.
09:59On était pratiquement sur les plus, on volait pratiquement de record en record encore mi-février.
10:03Là, on voit que l'Asie et l'Europe perdent complètement leur avance
10:07par rapport aux États-Unis qui eux-mêmes étaient flat
10:09et s'enfoncent un petit peu dans le rouge depuis le début de l'année.
10:13Absolument, et les chiffres étaient pourtant tous en ligne avec cette histoire,
10:16entre guillemets, qui a qu'une dimension structurelle.
10:20Vous parliez aussi de la baisse du dollar, on peut en débattre là aussi,
10:23mais sans parler de vendre du dollar ou de vendre ses actifs en dollar,
10:28et encore moins les valeurs technologiques qui sont celles justement aujourd'hui
10:31qui peut-être conservent des perspectives de croissance à long terme encore très bonnes,
10:36il y avait ce mouvement de diversification qui était en cours.
10:39On a souvent des cycles très longs sur la devise,
10:42des cycles très longs sur certains types de marchés,
10:44et je pense qu'on avait atteint un point d'inflexion l'année dernière
10:48avec la guerre tarifaire, la guerre commerciale,
10:51avec un certain nombre de questions sur les institutions américaines
10:53et sur la devise elle-même.
10:55Et effectivement, la question est de savoir maintenant si c'est une pause
10:58de un, deux, trois mois ou plus dans un mouvement séculaire qui va reprendre,
11:02ou s'il va falloir revoir des perspectives de croissance
11:06pour certains pays européens, certains pays émergents,
11:09en fonction notamment, tout simplement, de la vulnérabilité,
11:12de l'exposition aux matières premières,
11:15de la diversification ou pas que ces pays ont réussi à construire
11:19sur les années notamment récentes après la guerre en Ukraine
11:24et la crise énergétique,
11:26et savoir s'il va y avoir peut-être plus de diversification
11:29au sein même de ces zones, je pense aux pays émergents.
11:32On ne peut pas mettre tous ces pays dans le même panier aujourd'hui.
11:35Vous aviez évoqué l'Amérique latine où, je suis d'accord,
11:38il y a là aussi des pays qui semblent moins vulnérables à cette crise-là.
11:41Il faut faire la distinction entre les effets immédiats de ce choc,
11:47malgré les risques d'une guerre durable,
11:50et les perspectives de long terme qui, à mon avis,
11:52côté dollars versus le reste du monde, sont encore valides.
11:56Pas de surréaction à ce stade.
11:59Merci Frédéric, Frédéric Ducrozet,
12:00je rappelle que vous êtes responsable de la recherche macroéconomique
12:04chez Pictet Wealth Management.
12:07Cette édition de Smart Bourse se termine.
12:09Merci de nous avoir suivis.
12:10Vous nous retrouvez bien sûr en replay
12:12sur toutes les bonnes plateformes de streaming.
12:14Abonnez-vous également à Smart Trade.
12:16Et puis dès demain, vous retrouvez Grévoir Favé
12:19à partir de 17h.
12:20Excellente soirée à tous.
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