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Jean-Marc Jancovici, ingénieur, enseignant à Mines ParisTech, président du The Shift Project et cofondateur de Carbone 4, analyse la crise du carburant sur franceinfo.
Il explique pourquoi nous vivons déjà un choc pétrolier et pourquoi le vrai problème n’est pas le prix mais le volume disponible. Il alerte sur les conséquences économiques majeures d’une baisse d’approvisionnement et critique les réponses politiques à court terme.
Une analyse claire sur l’énergie, le pétrole et l’avenir de la mobilité en France.
#Jancovici #économie #pétrole #essence #crise

00:00 Intro
00:39 Jean-Marc Jancovici
09:02 Outro

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Quel type de problème survient avant la crise financière selon Jancovici ?
➡ Un problème énergétique.

Quel type d’énergie utilisent surtout les pays sans nucléaire pour produire leur énergie?
➡ Le charbon et le gaz.

Selon Jancovici quel est le surcoût mensuel moyen avec un litre passant de 1,6 à 2 € ?
➡ 25 €.

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:00Une baisse de la fiscalité de l'essence, par exemple, c'est une aide indifférenciée
00:03qui profite aussi bien aux gens qui ont les moyens qu'aux gens qui n'ont pas les moyens.
00:06Et donc, moi, personnellement, je pense que ce n'est pas une bonne idée.
00:08Par ailleurs, ça revient à subventionner les pays producteurs.
00:11Donc, je pense que ce n'est pas une bonne idée non plus.
00:13Et ça vide les caisses de l'État sans régler le problème.
00:15C'est-à-dire qu'en gros, ça envoie le signal que c'est un mauvais moment à passer.
00:18Donc, on vous aide à ce moment-là.
00:20De toute façon, de l'argent public, il y en a plein.
00:22Et puis, une fois que le mauvais moment sera passé, tout recommencera comme avant.
00:25Et je fais partie des gens qui disent non.
00:26On est en ce moment sur une pente descendante de l'approvisionnement pétrolier.
00:30Ça ne va pas recommencer comme avant, éternellement.
00:39La semaine dernière, le ministre de l'Économie, Roland Lescure, a parlé, lui, d'un risque de choc pétrolier en
00:44France.
00:44Alors, après, il a rétropédalé.
00:46Il a dit que ce terme n'était pas approprié, assuré que nous étions mieux préparés que nos voisins.
00:50Est-ce que c'est un terme choc pétrolier que vous pourriez utiliser ?
00:54Oui, bien sûr.
00:55Un choc pétrolier, c'est à chaque fois que vous avez eu l'envolée des prix.
00:59Je dis que vous avez eu l'envolée des prix, c'est un choc.
01:01Des chocs pétroliers, on en a déjà eu un certain nombre.
01:05On en a eu un très carabiné en 2008,
01:08qui reste a été directement le déclencheur de ce qu'on a appelé la crise financière.
01:12On a eu un problème sur l'énergie, avant d'avoir un problème même sur les finances.
01:16Et là, en ce moment, on est en train de vivre un choc, effectivement, aussi un choc pétrolier.
01:20Vous avez un défaut d'offres et les prix qui s'envolent.
01:23Parce qu'à court terme, pour le coup, quand vous avez un défaut d'offres, les prix s'envolent.
01:27Oui, ça s'appelle un choc.
01:28Mais est-ce que c'est vrai de dire que la France est moins exposée,
01:30qu'elle est mieux préparée face aux risques, notamment peut-être grâce au nucléaire ?
01:36On utilise très peu de pétrole dans la production électrique.
01:40Aujourd'hui, il y a moins de 5% de la production électrique mondiale qui utilise du pétrole.
01:44Donc, en fait, un choc pétrolier n'a pas d'incidence directe sur la production électrique.
01:47Ce n'était pas le cas au début des années 70,
01:50quand la France subit le choc pétrolier historique de ces années-là.
01:55Là, on utilisait pas mal de fioul dans la production électrique,
01:57mais ce n'est plus du tout le cas aujourd'hui.
01:59Il y a très peu de pays où le fioul soit significatif dans la production électrique.
02:02Donc, on est un peu moins exposé ?
02:03Oui, mais sur la production électrique,
02:06en fait, les pays qui n'utilisent pas de nucléaire utilisent du charbon et du gaz,
02:11pas du pétrole.
02:12Vous vous dites, la question du carburant, en France,
02:15elle est surtout vue par le prisme des prix.
02:17Vous avez tendance à dire que la question, le prix, ce n'est pas le problème ?
02:21Le problème, c'est le volume.
02:22Le problème, c'est le volume.
02:23Bien sûr.
02:23Expliquez-nous.
02:24C'est ce que j'ai dit tout à l'heure.
02:26Imaginons que demain matin, vous ayez 50% d'exercices de pensée,
02:3050% de pétrole en moins dans ce pays.
02:32Vous avez un camion sur deux qui ne circule pas.
02:35Et ça, c'est directement la moitié de l'économie qui se met à l'arrêt.
02:40Et pourtant, aujourd'hui, dans leur quotidien,
02:41ce que voient les Français, c'est la facture qui augmente.
02:43Et donc, le choix à faire dans l'arbitrage de la consommation.
02:47Juste, on voulait vous faire écouter l'une d'entre elles.
02:49Anna Louisa, c'est une aide-soignante à Saint-Michel-sur-Orge, dans l'Essonne.
02:53Elle répondait au micro de Sandrine Etoir-Angek.
02:56Je n'étais pas encore dans la réserve.
02:57J'en ai eu quand même pour 78,11 euros, avec 75% de mon plan.
03:05Donc, pour être sûre d'avoir de quoi faire mon plan,
03:08je dois me serrer la ceinture tout le mois.
03:10J'ai l'impression de ne pas travailler pour être payée,
03:14c'est payer pour aller travailler.
03:16Au micro de Sandrine Etoir-Angek.
03:18Est-ce que vous comprenez que pour Anna Louisa,
03:22qu'on vient d'entendre, pour elle, la question, c'est bien le prix,
03:25la question au quotidien ?
03:26Bien sûr, mais là, on se concentre sur des gens
03:29qui sont dans une situation difficile.
03:31C'est le cas de beaucoup de Français aujourd'hui.
03:34J'ai fait un petit calcul d'ordre de grandeur
03:36pour une voiture qui roule un kilométrage moyen ordinaire.
03:40Une voiture qui roule 13 000 km par an, en moyenne, dans ce pays.
03:44Si cette voiture consomme 6 litres au 100,
03:47le passage de 1,6 à 2 euros le litre,
03:49ça représente 25 euros par voiture et par mois.
03:51Mais ça, c'est une moyenne.
03:52Il y a des Français qui ont besoin au quotidien pour travailler.
03:55Absolument, c'est pour ça que je vous dis,
03:57il y a des cas difficiles,
03:58mais ça n'est pas la situation de tout le monde.
04:01Après, il faut bien comprendre
04:03que la situation dont on hérite aujourd'hui
04:07est le résultat d'une forme d'impréparation.
04:11parce que de temps en temps,
04:14il y a des chocs sur le prix du pétrole.
04:16On le sait depuis longtemps.
04:17Et il va y en avoir d'autres.
04:18Celui qu'on est en train de vivre, ce n'est pas le dernier.
04:21Donc la bonne question, c'est
04:22qu'est-ce qu'on est capable de faire
04:23pour se préparer de mieux en mieux
04:25pour que les chocs suivants
04:27ne fassent pas trop mal aux porte-monnaies.
04:29Tout à l'heure, on m'a posé la question
04:30de est-ce que nous, ça ne va pas nous impacter
04:33parce qu'on a de l'électricité nucléaire ?
04:34Sauf que pour le moment, l'électricité nucléaire,
04:36on ne la met pas dans les voitures.
04:37Donc tout l'enjeu, c'est de mettre l'électricité nucléaire
04:39et d'autres dans les voitures.
04:41C'est bien ça l'enjeu.
04:42Donc ce qu'il faut, c'est décarboner la mobilité,
04:45c'est-à-dire éviter que la mobilité
04:46soit dépendante du pétrole.
04:48Et ça, ça passe par l'électrification des voitures.
04:50Pas que.
04:51Ça passe aussi par des transports en commun.
04:53Ça passe par beaucoup de bus,
04:55incidemment, parce qu'il y a beaucoup d'endroits
04:56où ce n'est pas du train qu'on va mettre.
04:57On va revenir sur l'électrification
04:58parce que c'est un enjeu politique du moment.
05:00Justement, Jean-Marc Jancovici,
05:01il y a peut-être des auditeurs
05:02qui se disent que vous relativisez un petit peu
05:04cette hausse alors que dans leur quotidien,
05:06ils voient la facture grimper.
05:08On était tout à l'heure avec un représentant
05:09de la famille rurale, bien sûr,
05:10qui disait que c'est 120 euros en plus par mois.
05:12Je vous ai donné une moyenne.
05:13Oui, alors...
05:14Très concrètement, aujourd'hui,
05:15c'est un problème pour beaucoup de Français.
05:17Oui, mais ce que je vous dis,
05:19c'est qu'il y a deux choses.
05:20Il y a la réponse à court terme
05:21qu'on est éventuellement capable d'apporter.
05:24Et cette réponse à court terme,
05:26moi, je fais partie des gens
05:26qui considèrent qu'elle ne doit pas être indifférenciée.
05:29Donc, une baisse de la fiscalité de l'essence,
05:30par exemple, c'est une aide indifférenciée
05:32qui profite aussi bien aux gens qui ont les moyens
05:34qu'aux gens qui n'ont pas les moyens.
05:35Et donc, moi, personnellement,
05:36je pense que ce n'est pas une bonne idée.
05:37Par ailleurs, ça revient à subventionner
05:39les pays producteurs.
05:40Donc, je pense que ce n'est pas une bonne idée non plus.
05:42Et ça vide les caisses de l'État
05:43sans régler le problème.
05:44C'est-à-dire qu'en gros, ça envoie le signal
05:46que c'est un mauvais moment à passer.
05:47Donc, on vous aide à ce moment-là.
05:49De toute façon, de l'argent public, il y en a plein.
05:51Et puis, une fois que le mauvais moment sera passé,
05:53tout recommencera comme avant.
05:54Et je fais partie des gens qui disent non.
05:56On est en ce moment sur une pente descendante
05:58de l'approvisionnement pétrolier.
05:59Ça ne va pas recommencer comme avant éternellement.
06:03Donc, on peut effectivement imaginer des dispositifs
06:07qui permettent à des gens
06:08qui sont particulièrement vulnérables
06:10de passer le cap.
06:12Mais le fond du problème,
06:14traiter la cause et pas traiter le symptôme,
06:16c'est fondamentalement se débarrasser du pétrole
06:18dans la mobilité des personnes et des marchandises.
06:20Pourtant, ces propositions de subventionner
06:23le prix à la pompe,
06:24elle est portée par une partie de la droite,
06:25par le Rassemblement national,
06:27avec toujours cette obsession,
06:28ces recettes...
06:29On va dire des choses qui ne sont pas légitimes.
06:31...fiscales supplémentaires
06:32qui sont dégagées à la hausse des prix.
06:33On voulait quand même vous faire écouter
06:34Laurent Wauquiez cette semaine
06:35à ce sujet sur France 2.
06:37L'État ne peut pas se faire des recettes supplémentaires
06:40à l'occasion de cette crise
06:42et de l'explosion du prix du barrel.
06:43Ce que je demande,
06:44c'est que cet argent soit intégralement redonné
06:46aux automobilistes
06:47sous forme de baisse de taxes.
06:49C'est du populisme ce qu'il fait Laurent Wauquiez ?
06:52C'est, je pense, une proposition
06:54qui n'est pas pertinente.
06:55Je viens de le dire.
06:56Je ne sais pas si c'est du populisme
06:58ou pas du populisme.
06:59Baisser la fiscalité sur les carburants,
07:02je le redis,
07:03c'est un transfert d'argent
07:05au profit des pays exportateurs.
07:07C'est ça qu'on fait en pratique.
07:09Moi, je pense que l'argent,
07:10il vaut mieux le garder chez nous.
07:11Par ailleurs, c'est envoyer le signal
07:13qu'on pourra toujours venir au secours
07:15des automobilistes
07:16s'ils restent dans des automobiles à pétrole.
07:19Quoi qu'il se passe sur le prix du pétrole,
07:21je pense que c'est un mauvais service à leur rendre.
07:24Et enfin, si l'État encaisse plus d'argent
07:27à l'occasion de la hausse du prix des carburants,
07:31il peut très bien en profiter
07:32pour redistribuer plus d'argent.
07:34Il n'y a pas de problème avec ça.
07:35Mais on sait que les aides ciblées,
07:37elles sont compliquées à mettre en œuvre.
07:38Ça sera certainement annoncé
07:39en début de semaine prochaine.
07:40Mais autrement,
07:42c'est compliqué dans l'exécution
07:44de qui on cible, comment,
07:45à quel tarif.
07:46Si le monde était simple, ça se saurait.
07:48Donc là, il n'y a pas de solution rapide et simple
07:52au problème dans lequel nous sommes.
07:53Il n'y en a pas.
07:54Je vais prendre un parallèle qui vaut ce qui vaut.
07:56Si vous commencez à avoir des ennuis de santé sérieux
07:58parce que ça fait 30 ans que vous fumez,
08:00au moment où vous avez vos ennuis de santé sérieux,
08:02vous dites,
08:02tiens, est-ce que je pourrais faire un truc qui m'enlève ?
08:03Non, à ce moment-là, vous ne pouvez pas.
08:05Donc là, il faut bien qu'on comprenne
08:06qu'on est tributaire du pétrole aujourd'hui
08:08pour la mobilité des personnes et des marchandises.
08:10On s'est mis délibérément dans cette situation.
08:13Il n'y a pas de façon simple d'en sortir à court terme.
08:15Ça ne veut pas dire que les gens
08:17qui sont en ce moment dans des situations difficiles,
08:19je n'y sois pas sensible.
08:20Ce n'est pas ce que je suis en train de dire.
08:21Mais si on fait une analyse froide de la situation,
08:23on se rend compte qu'il faut aider
08:25une partie de la population
08:27qui aujourd'hui a du mal.
08:30et la meilleure manière de l'aider,
08:32c'est de l'aider à passer rapidement
08:34à la mobilité électrique.
08:35Donc il y a par exemple un dispositif...
08:36Donc avec des ailes, peut-être ?
08:37Oui.
08:37Il y a un dispositif qui s'appelle
08:39le leasing social
08:39qui a été mis en œuvre à deux reprises
08:41par le gouvernement.
08:42Qui a eu un succès fou ?
08:43Qui a à chaque fois eu un succès fou.
08:44Donc quand les gens,
08:45ils ont la possibilité de faire,
08:46ils font, il n'y a pas de problème.
08:48Et personnellement,
08:49je pense que ça serait une réponse
08:50beaucoup plus adaptée
08:51à ce qui est en train de se passer aujourd'hui.
08:53Donc vous prenez les gens
08:54qui n'ont pas beaucoup d'argent
08:54et qui sont gros rouleurs
08:55et à ces gens-là,
08:57vous leur dites,
08:58vous, on va vous aider,
08:59alors peut-être pas la semaine prochaine,
09:00mais rapidement,
09:01pour que vous n'ayez plus le problème.
09:38Abonnez-vous !
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