00:00Une baisse de la fiscalité de l'essence, par exemple, c'est une aide indifférenciée
00:03qui profite aussi bien aux gens qui ont les moyens qu'aux gens qui n'ont pas les moyens.
00:06Et donc, moi, personnellement, je pense que ce n'est pas une bonne idée.
00:08Par ailleurs, ça revient à subventionner les pays producteurs.
00:11Donc, je pense que ce n'est pas une bonne idée non plus.
00:13Et ça vide les caisses de l'État sans régler le problème.
00:15C'est-à-dire qu'en gros, ça envoie le signal que c'est un mauvais moment à passer.
00:18Donc, on vous aide à ce moment-là.
00:20De toute façon, de l'argent public, il y en a plein.
00:22Et puis, une fois que le mauvais moment sera passé, tout recommencera comme avant.
00:25Et je fais partie des gens qui disent non.
00:26On est en ce moment sur une pente descendante de l'approvisionnement pétrolier.
00:30Ça ne va pas recommencer comme avant, éternellement.
00:39La semaine dernière, le ministre de l'Économie, Roland Lescure, a parlé, lui, d'un risque de choc pétrolier en
00:44France.
00:44Alors, après, il a rétropédalé.
00:46Il a dit que ce terme n'était pas approprié, assuré que nous étions mieux préparés que nos voisins.
00:50Est-ce que c'est un terme choc pétrolier que vous pourriez utiliser ?
00:54Oui, bien sûr.
00:55Un choc pétrolier, c'est à chaque fois que vous avez eu l'envolée des prix.
00:59Je dis que vous avez eu l'envolée des prix, c'est un choc.
01:01Des chocs pétroliers, on en a déjà eu un certain nombre.
01:05On en a eu un très carabiné en 2008,
01:08qui reste a été directement le déclencheur de ce qu'on a appelé la crise financière.
01:12On a eu un problème sur l'énergie, avant d'avoir un problème même sur les finances.
01:16Et là, en ce moment, on est en train de vivre un choc, effectivement, aussi un choc pétrolier.
01:20Vous avez un défaut d'offres et les prix qui s'envolent.
01:23Parce qu'à court terme, pour le coup, quand vous avez un défaut d'offres, les prix s'envolent.
01:27Oui, ça s'appelle un choc.
01:28Mais est-ce que c'est vrai de dire que la France est moins exposée,
01:30qu'elle est mieux préparée face aux risques, notamment peut-être grâce au nucléaire ?
01:36On utilise très peu de pétrole dans la production électrique.
01:40Aujourd'hui, il y a moins de 5% de la production électrique mondiale qui utilise du pétrole.
01:44Donc, en fait, un choc pétrolier n'a pas d'incidence directe sur la production électrique.
01:47Ce n'était pas le cas au début des années 70,
01:50quand la France subit le choc pétrolier historique de ces années-là.
01:55Là, on utilisait pas mal de fioul dans la production électrique,
01:57mais ce n'est plus du tout le cas aujourd'hui.
01:59Il y a très peu de pays où le fioul soit significatif dans la production électrique.
02:02Donc, on est un peu moins exposé ?
02:03Oui, mais sur la production électrique,
02:06en fait, les pays qui n'utilisent pas de nucléaire utilisent du charbon et du gaz,
02:11pas du pétrole.
02:12Vous vous dites, la question du carburant, en France,
02:15elle est surtout vue par le prisme des prix.
02:17Vous avez tendance à dire que la question, le prix, ce n'est pas le problème ?
02:21Le problème, c'est le volume.
02:22Le problème, c'est le volume.
02:23Bien sûr.
02:23Expliquez-nous.
02:24C'est ce que j'ai dit tout à l'heure.
02:26Imaginons que demain matin, vous ayez 50% d'exercices de pensée,
02:3050% de pétrole en moins dans ce pays.
02:32Vous avez un camion sur deux qui ne circule pas.
02:35Et ça, c'est directement la moitié de l'économie qui se met à l'arrêt.
02:40Et pourtant, aujourd'hui, dans leur quotidien,
02:41ce que voient les Français, c'est la facture qui augmente.
02:43Et donc, le choix à faire dans l'arbitrage de la consommation.
02:47Juste, on voulait vous faire écouter l'une d'entre elles.
02:49Anna Louisa, c'est une aide-soignante à Saint-Michel-sur-Orge, dans l'Essonne.
02:53Elle répondait au micro de Sandrine Etoir-Angek.
02:56Je n'étais pas encore dans la réserve.
02:57J'en ai eu quand même pour 78,11 euros, avec 75% de mon plan.
03:05Donc, pour être sûre d'avoir de quoi faire mon plan,
03:08je dois me serrer la ceinture tout le mois.
03:10J'ai l'impression de ne pas travailler pour être payée,
03:14c'est payer pour aller travailler.
03:16Au micro de Sandrine Etoir-Angek.
03:18Est-ce que vous comprenez que pour Anna Louisa,
03:22qu'on vient d'entendre, pour elle, la question, c'est bien le prix,
03:25la question au quotidien ?
03:26Bien sûr, mais là, on se concentre sur des gens
03:29qui sont dans une situation difficile.
03:31C'est le cas de beaucoup de Français aujourd'hui.
03:34J'ai fait un petit calcul d'ordre de grandeur
03:36pour une voiture qui roule un kilométrage moyen ordinaire.
03:40Une voiture qui roule 13 000 km par an, en moyenne, dans ce pays.
03:44Si cette voiture consomme 6 litres au 100,
03:47le passage de 1,6 à 2 euros le litre,
03:49ça représente 25 euros par voiture et par mois.
03:51Mais ça, c'est une moyenne.
03:52Il y a des Français qui ont besoin au quotidien pour travailler.
03:55Absolument, c'est pour ça que je vous dis,
03:57il y a des cas difficiles,
03:58mais ça n'est pas la situation de tout le monde.
04:01Après, il faut bien comprendre
04:03que la situation dont on hérite aujourd'hui
04:07est le résultat d'une forme d'impréparation.
04:11parce que de temps en temps,
04:14il y a des chocs sur le prix du pétrole.
04:16On le sait depuis longtemps.
04:17Et il va y en avoir d'autres.
04:18Celui qu'on est en train de vivre, ce n'est pas le dernier.
04:21Donc la bonne question, c'est
04:22qu'est-ce qu'on est capable de faire
04:23pour se préparer de mieux en mieux
04:25pour que les chocs suivants
04:27ne fassent pas trop mal aux porte-monnaies.
04:29Tout à l'heure, on m'a posé la question
04:30de est-ce que nous, ça ne va pas nous impacter
04:33parce qu'on a de l'électricité nucléaire ?
04:34Sauf que pour le moment, l'électricité nucléaire,
04:36on ne la met pas dans les voitures.
04:37Donc tout l'enjeu, c'est de mettre l'électricité nucléaire
04:39et d'autres dans les voitures.
04:41C'est bien ça l'enjeu.
04:42Donc ce qu'il faut, c'est décarboner la mobilité,
04:45c'est-à-dire éviter que la mobilité
04:46soit dépendante du pétrole.
04:48Et ça, ça passe par l'électrification des voitures.
04:50Pas que.
04:51Ça passe aussi par des transports en commun.
04:53Ça passe par beaucoup de bus,
04:55incidemment, parce qu'il y a beaucoup d'endroits
04:56où ce n'est pas du train qu'on va mettre.
04:57On va revenir sur l'électrification
04:58parce que c'est un enjeu politique du moment.
05:00Justement, Jean-Marc Jancovici,
05:01il y a peut-être des auditeurs
05:02qui se disent que vous relativisez un petit peu
05:04cette hausse alors que dans leur quotidien,
05:06ils voient la facture grimper.
05:08On était tout à l'heure avec un représentant
05:09de la famille rurale, bien sûr,
05:10qui disait que c'est 120 euros en plus par mois.
05:12Je vous ai donné une moyenne.
05:13Oui, alors...
05:14Très concrètement, aujourd'hui,
05:15c'est un problème pour beaucoup de Français.
05:17Oui, mais ce que je vous dis,
05:19c'est qu'il y a deux choses.
05:20Il y a la réponse à court terme
05:21qu'on est éventuellement capable d'apporter.
05:24Et cette réponse à court terme,
05:26moi, je fais partie des gens
05:26qui considèrent qu'elle ne doit pas être indifférenciée.
05:29Donc, une baisse de la fiscalité de l'essence,
05:30par exemple, c'est une aide indifférenciée
05:32qui profite aussi bien aux gens qui ont les moyens
05:34qu'aux gens qui n'ont pas les moyens.
05:35Et donc, moi, personnellement,
05:36je pense que ce n'est pas une bonne idée.
05:37Par ailleurs, ça revient à subventionner
05:39les pays producteurs.
05:40Donc, je pense que ce n'est pas une bonne idée non plus.
05:42Et ça vide les caisses de l'État
05:43sans régler le problème.
05:44C'est-à-dire qu'en gros, ça envoie le signal
05:46que c'est un mauvais moment à passer.
05:47Donc, on vous aide à ce moment-là.
05:49De toute façon, de l'argent public, il y en a plein.
05:51Et puis, une fois que le mauvais moment sera passé,
05:53tout recommencera comme avant.
05:54Et je fais partie des gens qui disent non.
05:56On est en ce moment sur une pente descendante
05:58de l'approvisionnement pétrolier.
05:59Ça ne va pas recommencer comme avant éternellement.
06:03Donc, on peut effectivement imaginer des dispositifs
06:07qui permettent à des gens
06:08qui sont particulièrement vulnérables
06:10de passer le cap.
06:12Mais le fond du problème,
06:14traiter la cause et pas traiter le symptôme,
06:16c'est fondamentalement se débarrasser du pétrole
06:18dans la mobilité des personnes et des marchandises.
06:20Pourtant, ces propositions de subventionner
06:23le prix à la pompe,
06:24elle est portée par une partie de la droite,
06:25par le Rassemblement national,
06:27avec toujours cette obsession,
06:28ces recettes...
06:29On va dire des choses qui ne sont pas légitimes.
06:31...fiscales supplémentaires
06:32qui sont dégagées à la hausse des prix.
06:33On voulait quand même vous faire écouter
06:34Laurent Wauquiez cette semaine
06:35à ce sujet sur France 2.
06:37L'État ne peut pas se faire des recettes supplémentaires
06:40à l'occasion de cette crise
06:42et de l'explosion du prix du barrel.
06:43Ce que je demande,
06:44c'est que cet argent soit intégralement redonné
06:46aux automobilistes
06:47sous forme de baisse de taxes.
06:49C'est du populisme ce qu'il fait Laurent Wauquiez ?
06:52C'est, je pense, une proposition
06:54qui n'est pas pertinente.
06:55Je viens de le dire.
06:56Je ne sais pas si c'est du populisme
06:58ou pas du populisme.
06:59Baisser la fiscalité sur les carburants,
07:02je le redis,
07:03c'est un transfert d'argent
07:05au profit des pays exportateurs.
07:07C'est ça qu'on fait en pratique.
07:09Moi, je pense que l'argent,
07:10il vaut mieux le garder chez nous.
07:11Par ailleurs, c'est envoyer le signal
07:13qu'on pourra toujours venir au secours
07:15des automobilistes
07:16s'ils restent dans des automobiles à pétrole.
07:19Quoi qu'il se passe sur le prix du pétrole,
07:21je pense que c'est un mauvais service à leur rendre.
07:24Et enfin, si l'État encaisse plus d'argent
07:27à l'occasion de la hausse du prix des carburants,
07:31il peut très bien en profiter
07:32pour redistribuer plus d'argent.
07:34Il n'y a pas de problème avec ça.
07:35Mais on sait que les aides ciblées,
07:37elles sont compliquées à mettre en œuvre.
07:38Ça sera certainement annoncé
07:39en début de semaine prochaine.
07:40Mais autrement,
07:42c'est compliqué dans l'exécution
07:44de qui on cible, comment,
07:45à quel tarif.
07:46Si le monde était simple, ça se saurait.
07:48Donc là, il n'y a pas de solution rapide et simple
07:52au problème dans lequel nous sommes.
07:53Il n'y en a pas.
07:54Je vais prendre un parallèle qui vaut ce qui vaut.
07:56Si vous commencez à avoir des ennuis de santé sérieux
07:58parce que ça fait 30 ans que vous fumez,
08:00au moment où vous avez vos ennuis de santé sérieux,
08:02vous dites,
08:02tiens, est-ce que je pourrais faire un truc qui m'enlève ?
08:03Non, à ce moment-là, vous ne pouvez pas.
08:05Donc là, il faut bien qu'on comprenne
08:06qu'on est tributaire du pétrole aujourd'hui
08:08pour la mobilité des personnes et des marchandises.
08:10On s'est mis délibérément dans cette situation.
08:13Il n'y a pas de façon simple d'en sortir à court terme.
08:15Ça ne veut pas dire que les gens
08:17qui sont en ce moment dans des situations difficiles,
08:19je n'y sois pas sensible.
08:20Ce n'est pas ce que je suis en train de dire.
08:21Mais si on fait une analyse froide de la situation,
08:23on se rend compte qu'il faut aider
08:25une partie de la population
08:27qui aujourd'hui a du mal.
08:30et la meilleure manière de l'aider,
08:32c'est de l'aider à passer rapidement
08:34à la mobilité électrique.
08:35Donc il y a par exemple un dispositif...
08:36Donc avec des ailes, peut-être ?
08:37Oui.
08:37Il y a un dispositif qui s'appelle
08:39le leasing social
08:39qui a été mis en œuvre à deux reprises
08:41par le gouvernement.
08:42Qui a eu un succès fou ?
08:43Qui a à chaque fois eu un succès fou.
08:44Donc quand les gens,
08:45ils ont la possibilité de faire,
08:46ils font, il n'y a pas de problème.
08:48Et personnellement,
08:49je pense que ça serait une réponse
08:50beaucoup plus adaptée
08:51à ce qui est en train de se passer aujourd'hui.
08:53Donc vous prenez les gens
08:54qui n'ont pas beaucoup d'argent
08:54et qui sont gros rouleurs
08:55et à ces gens-là,
08:57vous leur dites,
08:58vous, on va vous aider,
08:59alors peut-être pas la semaine prochaine,
09:00mais rapidement,
09:01pour que vous n'ayez plus le problème.
09:38Abonnez-vous !
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