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Dans cet extrait publié sur la chaîne de la Ville de Grenoble, le biologiste Olivier Hamant, directeur de recherche à l’INRAE, chercheur à l’École normale supérieure de Lyon et directeur de l’Institut Michel-Serres, décrit à quoi pourrait ressembler le monde en 2040.
Il évoque la fin possible de l’agriculture intensive, la montée de l’agroécologie, les technologies réparables, les low tech, l’économie circulaire et les biomatériaux. Inspiré par la robustesse du vivant, il explique pourquoi nos sociétés devront s’adapter à un monde plus instable et repenser énergie, technologie, santé et modes de vie.

#climat #ecologie #societe #futur #planete

Vidéo complète disponible ici : https://www.youtube.com/watch?v=6jg1xd4X84s
Pour s’abonner : https://www.youtube.com/@villedegrenobleofficiel

Réponses au quiz de fin :
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Quel type de crises accompagnera le monde plus fluctuant décrit pour 2040 ?
➡ Les crises géopolitiques.

Pourquoi l’agriculture intensive disparaîtrait-elle selon la projection ?
➡ Le pétrole sera trop cher.

Quelle pratique agricole avec des arbres serait généralisée dans les campagnes ?
➡ l’Agroforesterie..

Catégorie

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Éducation
Transcription
00:00Les gens de 2040 nous regarderont les citoyens de 2024 en disant « mais qu'est-ce qu'ils faisaient
00:04? »
00:05Ils allaient encore passer une semaine en Thaïlande, alors que nous, quand on va en Thaïlande, on passe un an.
00:10Et on travaille, on rencontre les gens, on fait un vrai voyage initiatique.
00:14On n'est pas en train de juste faire du zapping touristique, par exemple.
00:18Donc ce sera aussi ça, le monde de 2040.
00:20Donc à mon avis, beaucoup plus riche en interaction et des gens qui vont se dire « mais qu'est
00:24-ce que les gens faisaient en 2024 ? »
00:36En 2040, en fait, c'est demain, très clairement.
00:40Mais en fait, c'est une très bonne date, parce que quand on lit le rapport au Club de Rome,
00:44ça veut dire que là, on a dépassé le basculement, donc on a changé de monde.
00:46En 2040, on aura changé de monde.
00:48Ce sera beaucoup plus fluctuant, donc des tempêtes plus fortes, des canicules plus élevées, des éboulements, etc.
00:55Donc il y aura des événements climatiques plus forts que ce qu'on voit aujourd'hui.
00:58Ça, on est à peu près sûr, si on suit le GIEC, etc.
01:01Des rômeaux sociaux, des crises géopolitiques, donc ça veut dire qu'on sera dans un monde beaucoup plus fluctuant.
01:05Par contre, ça veut dire qu'on aura aussi beaucoup construit de robustesse.
01:08Parce que dans un monde fluctuant, il n'y a pas le choix.
01:10En fait, il n'y a pas le choix d'avoir le choix.
01:12C'est ce que je dis souvent, c'est qu'en fait, ce n'est pas une canalisation.
01:14On diversifie.
01:15Et donc, ça veut dire que l'habitat participatif, par exemple, qui aujourd'hui est mineur,
01:20en France, en Scandinavie, c'est 15% du parc immobilier.
01:23Donc il y a aussi des endroits où ça commence à monter beaucoup plus fort.
01:26Ça sera beaucoup plus élevé.
01:28Ça sera une solution pour les maisons de retraite, par exemple.
01:31L'intergénérationnel, l'habitat participatif, c'est extraordinaire.
01:33Il y aura encore plus de tout réparable.
01:35Il y aura Macintosh, qui, s'il existe toujours, aura arrêté à l'iPhone 18.
01:41Et il aura dit, maintenant, on ne fait plus d'iPhone 19.
01:43L'iPhone 18, il est réparable.
01:45Et on ne fait que des upgrades sur celui-là, par exemple.
01:48Il y aura des voitures, des parcs de voitures partagés, forcément, réparables.
01:52Il y aura des véhicules intermédiaires dans les campagnes.
01:53Donc des petits véhicules qui sont entre des voitures et des vélos.
01:56L'agroécologie sera dominante.
01:58Il n'y aura plus d'agriculture intensive en 2040.
02:01Tout simplement parce que le pétrole sera trop cher
02:04et parce que le phosphate sera trop rare
02:06ou trop tendu d'un point de vue géopolitique.
02:09Donc de toute façon, on aura basculé vers ça.
02:11Il faut aussi imaginer que dans les campagnes, il y aura beaucoup plus d'arbres.
02:14C'est-à-dire que l'agroforesterie, ce sera généralisé.
02:17Je ne suis pas en train de faire une utopie.
02:20On n'aura vraiment pas le choix.
02:21C'est-à-dire que sinon, c'est le désert.
02:23Si on ne fait pas de l'agroforesterie, on va aller vers un désert.
02:25Donc en fait, on va aller dans ce monde-là.
02:28En fait, en 2040, je ne serai pas trop inquiet
02:30parce qu'on aura déjà basculé.
02:31Et en fait, ce sera évident pour tout le monde.
02:33Et les gens de 2040, nous regarderont les citoyens de 2024
02:37en disant, mais qu'est-ce qu'ils faisaient ?
02:38Ils allaient encore passer une semaine en Thaïlande.
02:40Alors que nous, quand on va en Thaïlande, on passe un an.
02:44Et on travaille.
02:45Là-bas, on rencontre les gens.
02:46On fait un vrai voyage initiatique.
02:48On n'est pas en train de juste faire du zapping touristique, par exemple.
02:52Donc ce sera aussi ça, le monde de 2040.
02:54Donc à mon avis, beaucoup plus riche en interaction
02:56et des gens qui vont se dire, mais qu'est-ce que les gens faisaient en 2024 ?
03:00Je peux rajouter un point.
03:03Une innovation majeure, on parle beaucoup d'économie circulaire.
03:06Ça, c'est du vivant d'ailleurs.
03:07On s'inspire du vivant.
03:09Mais la vraie économie circulaire, c'est une bioéconomie circulaire.
03:12C'est-à-dire que c'est une économie qui est basée sur du carbone.
03:15Et donc c'est ce que je dis souvent.
03:16Quand on dit souvent qu'il faut décarboner l'économie,
03:18en fait, il faudrait plutôt dire qu'il faut décombustionner l'économie.
03:21Il faut arrêter de brûler du carbone.
03:23Donc arrêter de brûler du bois, du pétrole, du charbon, des biocarburants.
03:26Tout ça, il faut réduire fortement.
03:28Par contre, si on est sérieux, il faut remplacer le pétrole, le plastique,
03:32les métaux par des molécules biosourcées et biodégradables.
03:37Et donc ça, c'est le monde recarboné de demain.
03:40Ça, ça va être une vraie révolution.
03:42Parce que notre seule ressource massive et renouvelable, c'est les plantes.
03:45Grosso modo, 82% d'abîmage sur Terre, c'est des plantes.
03:48Avec ça, on va faire des tas de matériaux qui seront biosourcés.
03:51Les véhicules interminaires, il y en a certains qui sont en bambou, par exemple.
03:53Ça, c'est une façon d'avoir des structures solides.
03:56C'est aussi rigide que l'acier, la cellulose.
03:57Donc on peut très bien faire des tas de choses avec du matériau biosourcé.
04:00Il y aura un aspect légal à ce monde-là.
04:04C'est qu'évidemment, on ne va pas faire des forêts pour faire des batteries à base de l'inine,
04:08une molécule du bois, par exemple.
04:10Aujourd'hui, on fait des batteries à base de l'inine.
04:11Donc ça, ça fait partie du monde recarboné.
04:13Une boîte linéaire en Suède qui fait ça, par exemple.
04:15Donc ça, c'est des batteries entièrement biodégradables.
04:17Donc c'est la réponse au lithium.
04:18Mais la partie légale, c'est qu'on ne va pas faire des forêts pour faire des batteries en l
04:23'inine.
04:23On va plutôt mettre des priorités.
04:26La biomasse, elle doit d'abord aller aux écosystèmes, aux services écosystémiques.
04:30Donc ça doit retourner au sol pour nourrir l'écosystème, pour qu'il garde son eau,
04:35pour qu'il nourrisse la microflore du sol, pour que ça maintienne l'écosystème vivant.
04:39Ensuite, cette biomasse, elle doit nourrir les humains.
04:42Et en troisième seulement, ce qui reste, ce sera pour les biomatériaux.
04:46Et donc on sera dans ce...
04:47En 2040, on aura vraiment avancé.
04:49Il y a plein de choses.
04:49Avec un collègue physicien à Lyon, il a découvert que dans l'oignon, il y a une petite membrane.
04:55Quand on ouvre un oignon, c'est un épiderme.
04:57Quand on le fait sécher, cet épiderme d'oignon, il a des propriétés phononiques.
05:01Donc il absorbe certaines ondes acoustiques.
05:03Ça, pour le faire court, dans les cellphones, dans les téléphones cellulaires, les smartphones,
05:07on a des terres rares dont la fonction, c'est ça, c'est d'absorber des ondes acoustiques.
05:11Donc l'idée, c'est de la recherche très en amont, mais ce serait de remplacer ces minéraux
05:17par des structures biosourcées, biodégradables.
05:21C'est ça, le vrai monde de l'économie circulaire.
05:23Si on est sérieux, ça va jusque là.
05:30Alors, il y a le fameux low-tech, qui est évidemment, enfin, c'est du bon sens.
05:34En gros, c'est des technologies qu'on doit pouvoir adapter localement, par des citoyens du coin.
05:40Donc ça peut être une entreprise locale, etc.
05:41Ce n'est pas forcément individuellement, ça peut être des collectifs.
05:44Alors typiquement, je vais peut-être prendre l'exemple de l'hôpital.
05:46Un hôpital, c'est un endroit où il y a beaucoup de high-tech.
05:48Il y a des scanners, des IRM, de la super technologie.
05:52Donc ça, c'est très bien.
05:53Là, pour le coup, ça va dépendre d'un micro-processeur fabriqué à Taïwan.
05:56Donc des choses plutôt fragiles, qui vont dépendre de choses très distantes,
06:00où il peut y avoir des problèmes.
06:02Donc ça, c'est très bien qu'il y en ait pour des soins très particuliers de pointe.
06:08Dans le monde de 2040, il y aura des maisons de santé avec des outils simples.
06:14Low-tech, y compris dans l'hôpital, dans la maison de santé locale.
06:18En fait, c'est assez étonnant de voir que dans le monde médical,
06:20il n'y a pas encore une intersection forte entre toutes les solutions écolo,
06:25les circuits courts, les low-tech, le participatif.
06:27Tout ça, c'est un peu sorti du monde médical.
06:29C'est plutôt un monde très performant et avec des bonnes raisons.
06:32Parce qu'il faut être performant quand quelqu'un est malade ou qui sait couper le bras.
06:35Il faut être très rapide, efficace, efficient.
06:38Donc là, ça se comprend très bien.
06:39Le problème, c'est quand c'est tout l'hôpital qui est comme ça.
06:42Parce que ça, c'est tout un hôpital qui part en burn-out, littéralement.
06:45Et donc, du coup, si on commence à avoir des problèmes de numerus clausus,
06:48en 2040, on aura des vrais problèmes de numerus clausus.
06:51Ça veut dire qu'il va falloir qu'il y ait des citoyens lambda
06:54qui participent aux soins dans l'hôpital.
06:57Et donc, ça veut dire qu'il faut qu'il y ait des équipements
06:58qui soient faciles à opérer.
07:01Et donc, du low-tech, c'est pas seulement pour des tas de choses de la vie courante,
07:04c'est aussi pour les soins, pour quelque chose qui est vital.
07:07Donc, le low-tech, ça va aussi servir au monde de l'agriculture,
07:10pour l'alimentation.
07:11Donc, en fait, c'est des choses où on sait qu'on peut trouver un remplaçant.
07:14C'est des objets où quelqu'un d'autre peut faire tourner la machine,
07:18quelqu'un d'autre peut le réparer,
07:19quelqu'un d'autre peut ajouter des fonctions.
07:21Donc, ça, c'est très joyeux pour des ingénieurs, d'ailleurs,
07:23parce que ça, c'est des vrais champs de réflexion assez réjouissants, finalement.
07:27Mais c'est une autre façon de voir les choses.
07:29C'est-à-dire qu'on n'est plus dans la technocratie distante,
07:32où le citoyen n'est qu'un consommateur de cette technocratie distante,
07:35c'est un co-acteur.
07:37Il contribue, il co-construit les technologies avec l'ingénieur,
07:42ou les ingénieurs qui sont dans le territoire.
07:45Donc, c'est plus joyeux pour moi, en tout cas.
08:16Sous-titrage Société Radio-Canada
08:17Sous-titrage Société Radio-Canada
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