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Aurélien Barrau, astrophysicien, philosophe et professeur à l’Université Grenoble-Alpes, directeur du Centre de physique théorique de Grenoble et chercheur au CNRS, livre une critique radicale de notre rapport au monde.
Il explique pourquoi notre civilisation est une anomalie historique, obsédée par l’exploitation et la mesure, et appelle à repenser notre vision à travers le poétique plutôt que le prosaïque.
Une intervention marquante sur l’écologie, la société et les limites du progrès scientifique, captée à la Maison de la poésie.

#ecologie #climat #societe #science #barrau

Vidéo complète disponible ici : https://www.youtube.com/watch?v=IgFzmg8rlAQ
Pour s’abonner : https://www.youtube.com/@MaisondelaPoesie
Musique: https://youtu.be/RNsyw2tfPnk
Montage: lakl42

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Réponses au quiz de fin :
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Quel domaine découle du Logos selon Aurélien Barrau ?
➡ Les sciences.

Quel exemple de civilisation illustre un autre rapport au monde ?
➡ L’Égypte.

Quel exemple illustre le conflit entre poétique et prosaïque ?
➡ Le spatial.

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:00Ça permet de faire des mesures de taux de CO2 dans l'atmosphère, c'est bon pour l'écologie.
00:04Oui, oui, oui, d'accord, mais enfin sincèrement, on n'a pas besoin de satellites pour voir que la vie
00:08s'effondre.
00:09On n'en a pas besoin.
00:11C'est notre endoctrinement, notre ensorcellement d'ingénieurs
00:15qui nous fait croire que ce qui n'est pas mesuré, énormé et chiffré n'existe pas.
00:28Si l'imagination vous manque et que vous vous dites, ah bah oui, ok, ok, il a raison,
00:32un tout autre monde, ça serait mieux, mais lequel ?
00:36Après tout, que faire d'autre ?
00:38Ce qu'on fait là, c'est ce qu'on sait faire, c'est ce qui nous définit en tant
00:41qu'humains.
00:42Ne dites pas ça.
00:43C'est faux, c'est pas vrai et c'est même un peu raciste.
00:46Pourquoi ?
00:47Parce que d'autres civilisations, beaucoup d'autres civilisations ont habité cette planète
00:52sans partager notre folie de prédation et presque de nécrophilie, c'est-à-dire d'amour de la mort.
01:03En fait, nous sommes quasiment les seuls à nous comporter comme ça.
01:06Donc ne vous dites pas, le reste est impossible.
01:09En fait, c'est pas vrai.
01:10Lisez un peu de ce qu'on appelle l'ethnologie ou l'anthropologie
01:13et vous verrez que l'essentiel des êtres humains qui ont habité cette planète
01:17n'était pas comme nous et ne partageait pas notre rapport à l'environnement.
01:22C'est une fable, c'est un mensonge de l'Occident contemporain
01:26que de tenter de nous faire croire qu'aucun ailleurs n'est possible.
01:32Et cette interrogation quant à la direction, à la finalité, moi je crois que c'est pas du tout un
01:38délire de rêveur.
01:40Je crois que c'est en fait, au contraire, une question hyper rationnelle.
01:44Vous savez peut-être que nous sommes les héritiers de ce qu'on a appelé en Grèce ancienne le logos.
01:49Logos, c'est un mot qui veut dire plein de choses, mais qui veut dire avant tout la raison.
01:53Et c'est vrai que nous sommes les héritiers et héritières du logos,
01:56mais je voudrais vous dire pour le meilleur et pour le pire.
01:59Pour le meilleur, parce que c'est de là que viennent nos sciences par exemple.
02:03Moi j'aime les mathématiques, j'aime la physique, j'aime la biologie,
02:06et je vous incite à les aimer aussi.
02:08Mais également pour le pire, parce qu'on a oublié que cette forme-là de raison
02:13n'était pas la seule possible.
02:16Et pourtant, d'autres civilisations, pensez à l'Egypte par exemple,
02:20avaient précisément développé d'autres rapports au monde,
02:23qui étaient tout aussi intelligents et peut-être moins prédateurs.
02:28Bien.
02:31Alors, à ce stade, vous êtes en train de vous dire,
02:33bon, bon, bon, bon, pourquoi pas, mais ça reste quand même très abstrait tout ça.
02:37Vous n'avez pas tort.
02:40Si vous voulez que je me mouille un peu plus que ça,
02:42et au-delà de vous dire, pensez, pensez, déconstruisez, remettez en cause,
02:47interrogez-vous, vous me dites, bon, très bien, mais alors, et vous ?
02:50Pourriez-vous m'objecter si vous vous posez cette question,
02:52vous répondez quoi ? Parce que c'est bien les questions,
02:54mais de temps en temps, des réponses, c'est pas mal non plus.
02:57Alors, je vais vous donner un exemple de ce que je crois être la meilleure réponse possible,
03:02moins sur la finalité, parce que ça, je pense que ça me placerait dans une posture presque de gourou,
03:08si vous voulez, que je n'ai pas envie d'accepter.
03:11Je n'ai pas à vous dire où vous voulez aller, ça c'est votre problème, c'est une question
03:15démocratique,
03:16c'est pas à moi d'y répondre pour l'ensemble des citoyens et citoyennes,
03:20mais en revanche, je vais revenir sur la question de la modalité en la subvertissant un peu,
03:24c'est-à-dire en la détournant un peu de son rôle subalterne, n'est-ce pas, que j'évoquais
03:29tout à l'heure.
03:30Autrement dit, plutôt que de se demander que faire, revenons un instant au comment faire.
03:35Et demandons-nous s'il n'y a pas une manière de penser le comment qui en fait infléchit le
03:41vers où.
03:42Vous voyez ce que je veux dire ou pas ?
03:43Tout à l'heure, je vous disais, ça ne sert à rien de se demander comment si on va toujours
03:45au même endroit.
03:46Je maintiens ça.
03:47Mais je crois qu'il y a une certaine manière de changer tellement le comment
03:50qu'en fait, on ne pourra plus aller dans l'enfer, on ne pourra plus aller au même endroit.
03:54Ça, c'est ce que j'appelle une subversion.
03:57Et ma réponse, c'est d'essayer de penser poétiquement.
04:02Alors, je vais m'expliquer.
04:03Là, vous vous dites, oh là là, la poésie, c'est quoi ?
04:05C'est les trois vers de Ronsard que j'ai dû apprendre par cœur l'année dernière en sixième, c
04:08'était chiant.
04:09D'abord, vous avez tort, ce n'est pas chiant, c'est très beau, Ronsard.
04:12Mais ce n'est pas de ça dont je veux parler.
04:14Ça, c'est la poésie.
04:15C'est une manière particulière d'écrire que vous aimez ou que vous n'aimez pas.
04:20C'est votre choix et c'est votre droit.
04:22Je ne parle pas de la poésie.
04:24Je parle de ce que j'appellerais le poétique.
04:26Ce que j'appelle le poétique, c'est quelque chose d'assez différent de la poésie.
04:30Et c'est ce qui s'opposerait au prosaïque.
04:34Alors, vous allez me dire, c'est très bien, mais c'est quoi le prosaïque ?
04:36Si je définis le poétique comme étant le contraire du prosaïque et que je ne définis pas le prosaïque, on
04:40tourne un peu en rond.
04:40Je vais le faire.
04:42Le prosaïque, ce n'est peut-être pas un mot dont vous êtes familier, c'est vraiment le contraire.
04:45C'est ce que vous pouvez mettre en face de poétique, d'accord ?
04:48C'est l'utilisation d'une chose.
04:51J'ai un stylo, je l'utilise, c'est prosaïque.
04:53Avec ça, je noircis ma feuille de papier, je remplis les papiers à l'administration que j'ai donnée tout
04:59à l'heure à la maison de la poésie avec mon numéro de sécurité sociale.
05:04C'est prosaïque.
05:05J'ai utilisé ce truc pour arriver à une fin.
05:08Le poétique, ce n'est pas l'utilisation d'une chose, c'est la chose elle-même, indépendamment de ce
05:14à quoi elle peut servir.
05:16Le prosaïque, c'est la communication.
05:18Vous êtes un communicant, vous êtes un influenceur, une influenceuse, vous avez de l'impact, vous avez TikTok.
05:24Le poétique, c'est la communion.
05:27Le prosaïque, ce serait l'exploitation et la fabrication.
05:32Le poétique, ce serait plutôt la connivence et la création.
05:36Ce n'est pas du tout la même chose.
05:38Le prosaïque, ce serait le domestiqué, l'intégré.
05:41Le poétique, ce serait le sauvage, l'indigène.
05:45Le prosaïque, ce serait le mesurable, le reproductible, le réglé, le fini, le mécanique.
05:52Le poétique, au contraire, ce serait la présence pleine et entière du monde, de soi et de soi dans le
05:59monde.
06:00Vous voyez, le prosaïque, c'est ce qui répondrait à nos besoins.
06:03Le poétique, c'est ce qui exprimerait nos désirs.
06:07Alors attention, on ne peut pas jeter le prosaïque.
06:10Je le redis une fois de plus.
06:12Évidemment, il nous faut du normé, du mesuré, du prévisible.
06:16On est bien content ce soir de pouvoir allumer le chauffage si on a froid.
06:20C'est prosaïque et c'est utile, on est bien d'accord.
06:23Mais peut-être avons-nous fait l'erreur de donner toute la place au prosaïque.
06:28Un très grand poète, Antonin Artaud, écrivait
06:32« Sous la poésie des textes, il y a la poésie tout court.
06:35Sans forme et sans texte. »
06:38C'est de ça dont je vous parle maintenant.
06:42Alors, si vous voulez, je crois qu'il y a un exemple pour illustrer ce que j'essaye d'exprimer.
06:50On a commencé à 15, donc j'ai encore un quart d'heure, si je prends une heure.
06:55Ça va ? Vous tenez le coup ?
06:59Non, parce que si c'est vraiment trop chiant, je peux arrêter avant, il faut me dire.
07:02Et donc, je vais prendre un exemple.
07:04C'est le deuxième exemple pour lequel je me suis fait conspuer dernièrement.
07:08C'est le spatial.
07:10Parce qu'on peut critiquer tout le monde, sauf Saint-Thomas.
07:13Saint-Thomas, c'est Thomas Pesquet.
07:17Alors, du coup, je le critique, parce que moi, je n'aime pas taper sur l'ambulance.
07:20Donc, les gens que personne n'aime, on ne va pas leur taper dessus.
07:22Mais lui, tout le monde l'aime.
07:23Alors, du coup, j'ai envie de prendre l'enclume.
07:25Mais je ne lui fais pas mal vraiment.
07:26C'est symbolique, concrètement.
07:28Je ne suis pas méchant.
07:29Je ne veux pas porter atteinte à son intégrité.
07:30Mais en revanche, je veux porter atteinte à son symbole.
07:33Parce que, vous voyez, le poétique, c'est le ciel en lui-même.
07:37C'est ce que vous ne voyez plus là dans Paris.
07:38On ne voit plus le ciel.
07:39Le poétique, c'est ce que vous voyez quand vous allez à la campagne
07:42et que vous redécouvrez comme ça la voie lactée qui nervure le firmament.
07:46C'est ce moment vraiment de vertige.
07:48C'est ça, le poétique.
07:50Le prosaïque, c'est ces gigantesques fusées qui, dans un délire et un déluge de kérosène et de fer,
07:56viennent polluer l'espace, viennent non seulement émettre beaucoup de gaz à effet de serre
08:00et beaucoup d'agents polluants, mais viennent surtout porter atteinte au symbole.
08:05On est en train, ça, ce n'est pas Thomas Pesquet, c'est d'autres, en particulier Elon Musk.
08:09On est en train de créer quoi ? Des jôtels en apesanteur pour ultra-riches.
08:14On est en train de créer des dépôts de carburant dans l'espace.
08:17On est en train de mettre tellement de satellites artificiels qu'on ne pourra même plus reconnaître les constellations.
08:23Vous vous rendez compte qu'il y avait quand même ce qu'on pourrait presque appeler une forme de sacralité
08:29dans le ciel.
08:30Quelque chose qui nous dépasse, quelque chose qui est juste beau d'être.
08:34C'est exactement ça le poétique.
08:36Le prosaïque, c'est l'utilisation du ciel.
08:40Pourquoi ? Généralement pour beaucoup de merde.
08:42De temps en temps, pour quelques trucs profitables, on me répond
08:45« Ah oui, mais ça permet de faire des mesures de taux de CO2 dans l'atmosphère, c'est bon
08:49pour l'écologie. »
08:50Oui, oui, oui, d'accord, mais enfin sincèrement, on n'a pas besoin de satellites pour voir que la vie
08:54s'effondre.
08:55On n'en a pas besoin.
08:57C'est notre endoctrinement, notre ensorcellement d'ingénieurs qui nous fait croire que ce qui n'est pas mesuré, énormé
09:05et chiffré n'existe pas.
09:07Voilà où il faut être poète.
09:09Réinventer un rapport au monde qui n'exclut pas la science.
09:14Moi, je suis astrophysicien et j'aime ça.
09:15Mais qui fait de la science une modalité du réel et non pas la totalité de celui-ci.
09:37Sous-titrage Société Radio-Canada
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