00:00Ça permet de faire des mesures de taux de CO2 dans l'atmosphère, c'est bon pour l'écologie.
00:04Oui, oui, oui, d'accord, mais enfin sincèrement, on n'a pas besoin de satellites pour voir que la vie
00:08s'effondre.
00:09On n'en a pas besoin.
00:11C'est notre endoctrinement, notre ensorcellement d'ingénieurs
00:15qui nous fait croire que ce qui n'est pas mesuré, énormé et chiffré n'existe pas.
00:28Si l'imagination vous manque et que vous vous dites, ah bah oui, ok, ok, il a raison,
00:32un tout autre monde, ça serait mieux, mais lequel ?
00:36Après tout, que faire d'autre ?
00:38Ce qu'on fait là, c'est ce qu'on sait faire, c'est ce qui nous définit en tant
00:41qu'humains.
00:42Ne dites pas ça.
00:43C'est faux, c'est pas vrai et c'est même un peu raciste.
00:46Pourquoi ?
00:47Parce que d'autres civilisations, beaucoup d'autres civilisations ont habité cette planète
00:52sans partager notre folie de prédation et presque de nécrophilie, c'est-à-dire d'amour de la mort.
01:03En fait, nous sommes quasiment les seuls à nous comporter comme ça.
01:06Donc ne vous dites pas, le reste est impossible.
01:09En fait, c'est pas vrai.
01:10Lisez un peu de ce qu'on appelle l'ethnologie ou l'anthropologie
01:13et vous verrez que l'essentiel des êtres humains qui ont habité cette planète
01:17n'était pas comme nous et ne partageait pas notre rapport à l'environnement.
01:22C'est une fable, c'est un mensonge de l'Occident contemporain
01:26que de tenter de nous faire croire qu'aucun ailleurs n'est possible.
01:32Et cette interrogation quant à la direction, à la finalité, moi je crois que c'est pas du tout un
01:38délire de rêveur.
01:40Je crois que c'est en fait, au contraire, une question hyper rationnelle.
01:44Vous savez peut-être que nous sommes les héritiers de ce qu'on a appelé en Grèce ancienne le logos.
01:49Logos, c'est un mot qui veut dire plein de choses, mais qui veut dire avant tout la raison.
01:53Et c'est vrai que nous sommes les héritiers et héritières du logos,
01:56mais je voudrais vous dire pour le meilleur et pour le pire.
01:59Pour le meilleur, parce que c'est de là que viennent nos sciences par exemple.
02:03Moi j'aime les mathématiques, j'aime la physique, j'aime la biologie,
02:06et je vous incite à les aimer aussi.
02:08Mais également pour le pire, parce qu'on a oublié que cette forme-là de raison
02:13n'était pas la seule possible.
02:16Et pourtant, d'autres civilisations, pensez à l'Egypte par exemple,
02:20avaient précisément développé d'autres rapports au monde,
02:23qui étaient tout aussi intelligents et peut-être moins prédateurs.
02:28Bien.
02:31Alors, à ce stade, vous êtes en train de vous dire,
02:33bon, bon, bon, bon, pourquoi pas, mais ça reste quand même très abstrait tout ça.
02:37Vous n'avez pas tort.
02:40Si vous voulez que je me mouille un peu plus que ça,
02:42et au-delà de vous dire, pensez, pensez, déconstruisez, remettez en cause,
02:47interrogez-vous, vous me dites, bon, très bien, mais alors, et vous ?
02:50Pourriez-vous m'objecter si vous vous posez cette question,
02:52vous répondez quoi ? Parce que c'est bien les questions,
02:54mais de temps en temps, des réponses, c'est pas mal non plus.
02:57Alors, je vais vous donner un exemple de ce que je crois être la meilleure réponse possible,
03:02moins sur la finalité, parce que ça, je pense que ça me placerait dans une posture presque de gourou,
03:08si vous voulez, que je n'ai pas envie d'accepter.
03:11Je n'ai pas à vous dire où vous voulez aller, ça c'est votre problème, c'est une question
03:15démocratique,
03:16c'est pas à moi d'y répondre pour l'ensemble des citoyens et citoyennes,
03:20mais en revanche, je vais revenir sur la question de la modalité en la subvertissant un peu,
03:24c'est-à-dire en la détournant un peu de son rôle subalterne, n'est-ce pas, que j'évoquais
03:29tout à l'heure.
03:30Autrement dit, plutôt que de se demander que faire, revenons un instant au comment faire.
03:35Et demandons-nous s'il n'y a pas une manière de penser le comment qui en fait infléchit le
03:41vers où.
03:42Vous voyez ce que je veux dire ou pas ?
03:43Tout à l'heure, je vous disais, ça ne sert à rien de se demander comment si on va toujours
03:45au même endroit.
03:46Je maintiens ça.
03:47Mais je crois qu'il y a une certaine manière de changer tellement le comment
03:50qu'en fait, on ne pourra plus aller dans l'enfer, on ne pourra plus aller au même endroit.
03:54Ça, c'est ce que j'appelle une subversion.
03:57Et ma réponse, c'est d'essayer de penser poétiquement.
04:02Alors, je vais m'expliquer.
04:03Là, vous vous dites, oh là là, la poésie, c'est quoi ?
04:05C'est les trois vers de Ronsard que j'ai dû apprendre par cœur l'année dernière en sixième, c
04:08'était chiant.
04:09D'abord, vous avez tort, ce n'est pas chiant, c'est très beau, Ronsard.
04:12Mais ce n'est pas de ça dont je veux parler.
04:14Ça, c'est la poésie.
04:15C'est une manière particulière d'écrire que vous aimez ou que vous n'aimez pas.
04:20C'est votre choix et c'est votre droit.
04:22Je ne parle pas de la poésie.
04:24Je parle de ce que j'appellerais le poétique.
04:26Ce que j'appelle le poétique, c'est quelque chose d'assez différent de la poésie.
04:30Et c'est ce qui s'opposerait au prosaïque.
04:34Alors, vous allez me dire, c'est très bien, mais c'est quoi le prosaïque ?
04:36Si je définis le poétique comme étant le contraire du prosaïque et que je ne définis pas le prosaïque, on
04:40tourne un peu en rond.
04:40Je vais le faire.
04:42Le prosaïque, ce n'est peut-être pas un mot dont vous êtes familier, c'est vraiment le contraire.
04:45C'est ce que vous pouvez mettre en face de poétique, d'accord ?
04:48C'est l'utilisation d'une chose.
04:51J'ai un stylo, je l'utilise, c'est prosaïque.
04:53Avec ça, je noircis ma feuille de papier, je remplis les papiers à l'administration que j'ai donnée tout
04:59à l'heure à la maison de la poésie avec mon numéro de sécurité sociale.
05:04C'est prosaïque.
05:05J'ai utilisé ce truc pour arriver à une fin.
05:08Le poétique, ce n'est pas l'utilisation d'une chose, c'est la chose elle-même, indépendamment de ce
05:14à quoi elle peut servir.
05:16Le prosaïque, c'est la communication.
05:18Vous êtes un communicant, vous êtes un influenceur, une influenceuse, vous avez de l'impact, vous avez TikTok.
05:24Le poétique, c'est la communion.
05:27Le prosaïque, ce serait l'exploitation et la fabrication.
05:32Le poétique, ce serait plutôt la connivence et la création.
05:36Ce n'est pas du tout la même chose.
05:38Le prosaïque, ce serait le domestiqué, l'intégré.
05:41Le poétique, ce serait le sauvage, l'indigène.
05:45Le prosaïque, ce serait le mesurable, le reproductible, le réglé, le fini, le mécanique.
05:52Le poétique, au contraire, ce serait la présence pleine et entière du monde, de soi et de soi dans le
05:59monde.
06:00Vous voyez, le prosaïque, c'est ce qui répondrait à nos besoins.
06:03Le poétique, c'est ce qui exprimerait nos désirs.
06:07Alors attention, on ne peut pas jeter le prosaïque.
06:10Je le redis une fois de plus.
06:12Évidemment, il nous faut du normé, du mesuré, du prévisible.
06:16On est bien content ce soir de pouvoir allumer le chauffage si on a froid.
06:20C'est prosaïque et c'est utile, on est bien d'accord.
06:23Mais peut-être avons-nous fait l'erreur de donner toute la place au prosaïque.
06:28Un très grand poète, Antonin Artaud, écrivait
06:32« Sous la poésie des textes, il y a la poésie tout court.
06:35Sans forme et sans texte. »
06:38C'est de ça dont je vous parle maintenant.
06:42Alors, si vous voulez, je crois qu'il y a un exemple pour illustrer ce que j'essaye d'exprimer.
06:50On a commencé à 15, donc j'ai encore un quart d'heure, si je prends une heure.
06:55Ça va ? Vous tenez le coup ?
06:59Non, parce que si c'est vraiment trop chiant, je peux arrêter avant, il faut me dire.
07:02Et donc, je vais prendre un exemple.
07:04C'est le deuxième exemple pour lequel je me suis fait conspuer dernièrement.
07:08C'est le spatial.
07:10Parce qu'on peut critiquer tout le monde, sauf Saint-Thomas.
07:13Saint-Thomas, c'est Thomas Pesquet.
07:17Alors, du coup, je le critique, parce que moi, je n'aime pas taper sur l'ambulance.
07:20Donc, les gens que personne n'aime, on ne va pas leur taper dessus.
07:22Mais lui, tout le monde l'aime.
07:23Alors, du coup, j'ai envie de prendre l'enclume.
07:25Mais je ne lui fais pas mal vraiment.
07:26C'est symbolique, concrètement.
07:28Je ne suis pas méchant.
07:29Je ne veux pas porter atteinte à son intégrité.
07:30Mais en revanche, je veux porter atteinte à son symbole.
07:33Parce que, vous voyez, le poétique, c'est le ciel en lui-même.
07:37C'est ce que vous ne voyez plus là dans Paris.
07:38On ne voit plus le ciel.
07:39Le poétique, c'est ce que vous voyez quand vous allez à la campagne
07:42et que vous redécouvrez comme ça la voie lactée qui nervure le firmament.
07:46C'est ce moment vraiment de vertige.
07:48C'est ça, le poétique.
07:50Le prosaïque, c'est ces gigantesques fusées qui, dans un délire et un déluge de kérosène et de fer,
07:56viennent polluer l'espace, viennent non seulement émettre beaucoup de gaz à effet de serre
08:00et beaucoup d'agents polluants, mais viennent surtout porter atteinte au symbole.
08:05On est en train, ça, ce n'est pas Thomas Pesquet, c'est d'autres, en particulier Elon Musk.
08:09On est en train de créer quoi ? Des jôtels en apesanteur pour ultra-riches.
08:14On est en train de créer des dépôts de carburant dans l'espace.
08:17On est en train de mettre tellement de satellites artificiels qu'on ne pourra même plus reconnaître les constellations.
08:23Vous vous rendez compte qu'il y avait quand même ce qu'on pourrait presque appeler une forme de sacralité
08:29dans le ciel.
08:30Quelque chose qui nous dépasse, quelque chose qui est juste beau d'être.
08:34C'est exactement ça le poétique.
08:36Le prosaïque, c'est l'utilisation du ciel.
08:40Pourquoi ? Généralement pour beaucoup de merde.
08:42De temps en temps, pour quelques trucs profitables, on me répond
08:45« Ah oui, mais ça permet de faire des mesures de taux de CO2 dans l'atmosphère, c'est bon
08:49pour l'écologie. »
08:50Oui, oui, oui, d'accord, mais enfin sincèrement, on n'a pas besoin de satellites pour voir que la vie
08:54s'effondre.
08:55On n'en a pas besoin.
08:57C'est notre endoctrinement, notre ensorcellement d'ingénieurs qui nous fait croire que ce qui n'est pas mesuré, énormé
09:05et chiffré n'existe pas.
09:07Voilà où il faut être poète.
09:09Réinventer un rapport au monde qui n'exclut pas la science.
09:14Moi, je suis astrophysicien et j'aime ça.
09:15Mais qui fait de la science une modalité du réel et non pas la totalité de celui-ci.
09:37Sous-titrage Société Radio-Canada
09:55...
09:57...
09:57...
Commentaires