00:00Je suis content d'ailleurs, Mme Pannier-Runacher, parce que demain, il y a 30 degrés.
00:02Ce qui est sûr, c'est que...
00:03Donc là, vous pouvez être sûr que vous allez en avoir partout.
00:06J'ai déjà vu, je fais juste une parenthèse, chaleur exceptionnelle.
00:10Non, ce n'est pas une chaleur exceptionnelle.
00:12Il y a des coups de chaud à 30 degrés, comme il y en a régulièrement, fin mai ou début
00:17juin.
00:17Et vous allez voir la petite musique sur toutes les antennes.
00:21Alors qu'il a fait un mois de mai plutôt frileux.
00:24Mais je referme la parenthèse.
00:25C'est que le GIEC arrive...
00:25C'est glissant la météo, attention.
00:28Ah ben c'est pour ça que je referme la parenthèse.
00:30C'est-à-dire que je referme la parenthèse, parce que je ne veux surtout pas avoir d'ennui.
00:33Mais ce n'est pas une chaleur exceptionnelle.
00:36Déjà, j'ai vu ça passer cet après-midi.
00:39Bon, il n'est pas exceptionnel.
00:48Christophe Cassot, une canicule en plein mois de mai.
00:51Est-ce que vous aviez déjà vu ça ?
00:53Et surtout, est-ce que vous, le climatologue, cela vous surprend ?
00:57Alors, une canicule au mois de mai, c'est un événement qui est sans précédent.
01:00Sans précédent en France.
01:02Donc sans précédent par sa précocité, puisqu'on est au mois de mai.
01:04Sans précédent aussi par son intensité.
01:07Par sa couverture régionale.
01:08Parce qu'il n'y a pas que la France.
01:10L'Angleterre a battu des records 34 degrés, 35 degrés à l'ombre.
01:16Et très exceptionnel aussi par sa durée.
01:19Donc on est, dans notre jargon, on appelle ça des événements de signes noirs.
01:22Moi, je l'appelle ça des événements pop-corn.
01:25Un événement exceptionnel ?
01:26Un événement exceptionnel, c'est-à-dire un événement qui bat des records de plusieurs degrés.
01:30Si je prends l'analogie sportive, généralement quand on bat un record,
01:34on est de quelques secondes ou quelques mètres, suivant les disciplines.
01:37Là, on a battu des records de 3-4 degrés, en particulier sur l'Est de la France,
01:41sur la Bretagne, sur la Grande-Bretagne.
01:43Dans des endroits qui sont, en fait, où on ne s'attendait pas à avoir de telles températures.
01:47Même vous, vous n'étendez pas.
01:48Alors, on n'est pas surpris en tant que climatologue.
01:53Par contre, la localisation reste surprenante.
01:56On fait l'analogie entre cette vague de chaleur qu'on est en train de vivre
02:00et puis l'événement du Canada en juin 2021,
02:03où des températures de proche de 50 degrés avaient été atteintes dans les rocheuses.
02:07On est dans ce type d'événement qui se manifeste sur la planète,
02:13de manière épisodique, et puis, voilà, qui explose ces records.
02:17Mais c'était, en fait, relativement prévisible, anticipable,
02:19même un niveau de réchauffement lié aux activités humaines que l'on a aujourd'hui.
02:23Justement, Jean-Marc Jancovici, aucun doute pour vous,
02:25c'est le changement climatique qui est à l'œuvre ?
02:27Ben oui.
02:29Quand vous lisez le dernier rapport du GIEC,
02:32une des conclusions qui figurent, c'est qu'un réchauffement de la température moyenne
02:36va avec une augmentation beaucoup plus rapide que celle de la température
02:39du nombre d'épisodes très chauds, de ce qu'on appelle les canicules.
02:43Donc, ce qui est en train...
02:44Alors, personne n'a de boule de cristal en vous disant
02:47tel jour à telle heure, il va se passer un événement à tel endroit.
02:52Mais par contre, que statistiquement, ce genre d'événement augmente
02:55et que chaque année amène son lot d'inédits,
02:58ça, ce n'est pas surprenant du tout.
03:00Un réchauffement climatique, c'est le climat...
03:01Enfin, ou un changement climatique, c'est le climat qui change.
03:04Et s'il change, c'est que ce n'est pas comme avant.
03:05Donc, effectivement, on voit des choses arriver qui n'existaient pas avant.
03:08Pour accélérer face à cette contraction, vous avez des solutions.
03:1120 chantiers incontournables, vous dites qu'il faut en même temps
03:14relancer le fret ferroviaire, rénover massivement les logements,
03:16construire de nouveaux réacteurs nucléaires, transformer l'agriculture.
03:19Sauf qu'aujourd'hui, beaucoup de Français voient déjà un pays
03:20qui manque de trains, d'ouvriers, d'ingénieurs, de services publics et d'argent, tout simplement.
03:24Est-ce que vous pensez vraiment que la France est prête à faire tout ça ?
03:27Elle n'a pas le choix.
03:29Est-ce que l'alternative, c'est qu'on pense que la situation va rester en l'état ?
03:35Pas du tout.
03:36L'alternative, ce n'est pas que la situation va rester en l'état,
03:38c'est que ça va se dégrader de façon non gérée.
03:40C'est exactement ça.
03:41Ce qui est déjà en train de se passer, j'insiste.
03:44Le nombre de gens qui sont à découvert le 15 du mois, etc.
03:47Le nombre de gens restent au cœur.
03:49Tout ça, c'est des indicateurs qui se dégradent depuis des années.
03:51Et c'est en lien direct avec ce que je disais tout à l'heure
03:53sur le fait que les ressources physiques
03:55qui permettent à l'économie de tourner, et notamment l'énergie,
03:58sont déjà en contraction subie depuis un certain temps.
04:01Donc l'idée que si on ne fait rien,
04:03on va conserver une situation confortable,
04:05il faut se sortir ça de la tête.
04:07Ce n'est pas du tout ça qui va se passer.
04:08Si on ne fait rien, entre guillemets,
04:10on va être victime d'une évolution qu'on ne contrôlera pas.
04:14Donc la question qui se pose à nous aujourd'hui,
04:16elle est assez simple.
04:17Est-ce qu'on préfère un effort qu'on pilote
04:19ou est-ce qu'on préfère des contraintes qu'on subit ?
04:23C'est vraiment ça la question.
04:24Et moi, je préfère de très très loin l'effort qu'on pilote.
04:27Parce que quand on parle d'effort,
04:29on parle quand même d'une situation sur laquelle on a plus de prises.
04:31Et évidemment, ça pose des questions difficiles
04:33de savoir comment se répartit l'effort,
04:35comment chacun contribue,
04:36quel est le rôle de chacun,
04:37quels sont les métiers qu'on doit avoir
04:38pour que la France flotte en 2030, 2040, 2050.
04:42Parce qu'il y a tout un sujet là-dessus aussi.
04:44Mais au moins, on peut réfléchir à quelque chose qu'on organise.
04:47Réfléchir à rien,
04:48c'est l'assurance qu'on va prendre des claques
04:50de plus en plus nombreuses.
04:52Sachant que le réchauffement climatique exacerbe aussi
04:55les inégalités sociales,
04:57même si on constate que les jeunes,
05:00qui sont aussi les principaux concernés souvent
05:02par ce réchauffement,
05:04puisqu'ils habitent dans des logements mal isolés,
05:06petits, sous les toits,
05:08ils se mobilisent moins pour le climat.
05:10Elisabeth Borne, hier, déplorait que les jeunes
05:13se mobilisaient plus pour la Palestine
05:15que pour le climat.
05:16Aujourd'hui, contrairement à une autre époque,
05:18on a aussi un président américain
05:20qui est à la tête du deuxième pays
05:22le plus émetteur du monde
05:23et qui dit que le réchauffement climatique
05:24est la plus grande arnaque du monde.
05:26Christophe Cassou, dans ces conditions,
05:28est-ce que c'est difficile d'être scientifique,
05:30d'être climatologue aujourd'hui ?
05:32Oui, c'est dur d'être scientifique aujourd'hui.
05:36On se fait attaquer sur les réseaux sociaux,
05:39on se fait injurier,
05:40on se fait harceler par certains journalistes,
05:42de certains de vos confrères.
05:45Injurier par des journalistes ?
05:46Oui, on reçoit d'une certaine presse conservatrice,
05:49on va dire.
05:50Qui n'aiment pas votre discours ?
05:51Bien sûr, parce qu'en fait,
05:53lutter contre le changement climatique,
05:54ce n'est pas un problème uniquement technique,
05:56ce n'est pas un problème aussi politique,
05:57c'est un problème social.
05:58On reçoit des lettres,
05:59des lettres de menace chez soi
06:00pour être intimidés,
06:02des partis politiques désinformes.
06:03Vous recevez des lettres chez vous ?
06:05Oui.
06:05D'intimidation ?
06:06Oui, des collègues et moi-même
06:08avons reçu des lettres chez nous d'intimidation.
06:11En ce moment,
06:12des partis politiques désinformes,
06:13de manière totalement décomplexée,
06:16et puis récemment aussi,
06:17des partis comme l'extrême droite
06:19font aussi des procès à des scientifiques.
06:21Donc on est à un moment qui est très compliqué,
06:24je pense qu'on est dans une rupture
06:25dans le contrat sociétal,
06:29entre science et décideurs,
06:34entre science et citoyens.
06:37Et tout ça,
06:38cette rupture de ce contrat social,
06:41en fait,
06:41c'est l'ouverture vers,
06:42c'est l'autoroute vers l'obscurantisme.
06:46Jean-Marc Jancovici,
06:47vous aussi,
06:47vous avez l'impression de crier dans le désert parfois,
06:50et qu'est-ce que vous dites pour convaincre ?
06:52Moi, je l'aime beaucoup, Trump,
06:53parce que c'est notre meilleure alliance en ce moment.
06:59Je plaisante à boîtier.
07:00S'il n'y avait pas eu la guerre au Moyen-Orient,
07:02est-ce que Macron aurait fait son grand discours
07:04sur l'électrification ?
07:05Pas sûr.
07:08Certes,
07:09c'est un peu désagréable en ce moment,
07:11à court terme,
07:12ça c'est très clair.
07:13Après,
07:13on n'est pas non plus en train de mourir de faim.
07:16On n'est pas dans une situation
07:17dans laquelle,
07:18demain matin,
07:19tout le monde va mourir dans ce pays.
07:21Donc,
07:22c'est un grand coup de pied dans le derrière.
07:24Moi,
07:24j'insiste beaucoup sur le fait que,
07:26sur un continent comme l'Europe,
07:28qui est un continent qui importe
07:29la quasi-totalité de ses hydrocarbures,
07:31j'insiste,
07:32décarboner parce que le robinet coule plus,
07:34ou décarboner parce qu'il faut éviter ça
07:35pour le réchauffement climatique,
07:37c'est exactement la même action.
07:39Il y a des solutions.
07:40Donc,
07:40tout à l'heure,
07:40j'ai dit que ça ne sera pas facile.
07:42Oui,
07:42ça ne sera pas facile,
07:43ne rien faire sera encore pire.
07:44Et par ailleurs,
07:45quand il s'agit de faire,
07:46on sait quoi faire.
07:47Donc,
07:47c'est un peu comme
07:49si vous partez en expédition dans la montagne,
07:51vous savez que ça ne sera pas nécessairement facile,
07:53qu'il y a des moments où vous allez transpirer,
07:54etc.
07:55Mais vous savez quoi faire
07:56et vous savez,
07:56vous pouvez y arriver.
07:57D'accord ?
07:58Ce n'est pas parce que ce n'est pas facile
07:59qu'on ne veut pas y arriver.
08:01Il n'y a quand même,
08:02il ne faut pas tuer l'espoir.
08:03Et par ailleurs,
08:04il y a quelque chose
08:05qu'il faut garder en tête,
08:06c'est que la France est un pays créatif.
08:09Historiquement,
08:09on a eu des bons créateurs de mode,
08:10des beaux architectes,
08:11des bons ingénieurs,
08:12des bons mathématiciens,
08:13des bons cuisiniers,
08:13etc.
08:14Et donc,
08:15face à l'inédit,
08:15le fait d'être un pays créatif,
08:17c'est plutôt une bonne chose.
08:18Donc,
08:19non,
08:19mais,
08:19sérieusement.
08:20Un peu d'optimisme.
08:21Il faut qu'on arrête.
08:21Merci beaucoup.
08:22Donc,
08:23je veux dire,
08:24moi,
08:25je pense qu'il faut se jeter résolument
08:27dans le fait de relever ce défi.
08:29On a bien entendu.
08:30On a tout à y gagner.
08:53On a tout à y gagner.
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