00:00Je crois que c'est absolument nécessaire et je veux absolument que nous tentions de sortir du
00:05« il y a du bon et du mauvais ». Non, non, c'est mauvais.
00:09Parce que le bon et le mauvais, il y en a partout, même dans les dictatures.
00:12Je n'ai pas de statistiques, mais je suis à peu près certain qu'il y a moins d'agression dans les dictatures.
00:16Donc il y a du bon. Mais globalement, c'est mauvais.
00:19Et je suis absolument persuadé que c'est le point de vue qu'il faut aujourd'hui défendre
00:23sur ce cancer numérique qui nous envahit.
00:30Alors maintenant, j'en viens au numérique.
00:35Parce que le thème de cet exposé, c'est de se centrer un peu sur l'intelligence artificielle en particulier
00:40et le numérique en général.
00:42Alors les petits bienfaits du numérique, on les connaît.
00:46On les connaît trop bien. Ils sont surmédiatisés et surplébiscités.
00:52Je vais donc faire à dessein un portrait à charge.
00:56Volontairement à charge.
00:58Mais je crois que c'est absolument nécessaire et je veux absolument que nous tentions de sortir du
01:04« il y a du bon et du mauvais ».
01:06Non, non, c'est mauvais.
01:08Parce que le bon et le mauvais, il y en a partout, même dans les dictatures.
01:11Je n'ai pas de statistiques, mais je suis à peu près certain qu'il y a moins d'agression dans les dictatures.
01:15Donc il y a du bon.
01:16Mais globalement, c'est mauvais.
01:18Et je suis absolument persuadé que c'est le point de vue qu'il faut aujourd'hui défendre sur ce cancer numérique qui nous envahit.
01:26Quatre points.
01:27Premièrement, nocivité matérielle directe.
01:32Pollution.
01:33Vous savez que dans un smartphone, il y a 50 métaux distincts, majoritairement non renouvelables.
01:40Et je pense en particulier au mercure, à l'arsenic et au cyanure, extraits généralement dans des conditions épouvantables.
01:47Vous savez que la technologie engendre des effets rebonds quasi systématiques, c'est-à-dire que la hausse d'usage surcompense toujours la hausse d'efficacité.
01:57Autrement dit, même quand on gagne, on perd.
01:59C'est un théorème.
02:00La dématérialisation est illusoire.
02:03N'utilisez plus jamais ce mot.
02:04C'est un mensonge éhonté.
02:06Une étude scientifique récente dans 60 domaines différents qui ont fait leur transition numérique a montré que dans tous les domaines,
02:14les 60 étudiés, la hausse de consommation matérielle a augmenté par le passage au numérique.
02:21Le numérique, c'est matériel.
02:23C'est matériel.
02:24Les data centers, c'est très lourd, c'est très gros, c'est très volumineux.
02:27Ce n'est pas du tout dématérialisé.
02:30C'est faux.
02:30C'est un mensonge.
02:32Aujourd'hui, la consommation augmente de 9% par an dans le canal numérique, alors qu'il faudrait être à moins 5% par an pour tenir les accords de Paris.
02:43Les émissions de CO2 sont considérables.
02:46L'utilisation pour les armes est avérée.
02:48Et quand on voit les résultats dans les massacres récents, ce n'est pas exactement une réussite.
02:53Un seul entraînement de GPT équivaut à 3 jours de consommation d'une ville entière.
02:58La conclusion à laquelle parviennent toutes les études est claire et sans appel.
03:03Les intelligences artificielles ruinent les maigres efforts environnementaux qui avaient été entrepris.
03:11Des processeurs ultra énergivores aux gigantesques serveurs et aux data centers qui explosent littéralement,
03:18en passant par la surconsommation d'eau et la mise en place de climatisation pour refroidir les machines,
03:25« C'est une véritable dystopie. L'optimisation du rendement est extraordinairement inférieure à l'augmentation des dommages.
03:34Absolument tout ce qu'il ne fallait pas faire est là. C'est un cas d'école, échec et mat. »
03:41Mais ce n'est que le premier point. Deuxième point. Nocivité matérielle indirecte.
03:48Donc impact écologique délétère sur les territoires qui sont déjà globalement fragilisés.
03:54Génération de vulnérabilité immense. Aujourd'hui, tout dépend du numérique.
04:00Et on sait que le numérique dépend de métaux qui vont manquer.
04:03Et on en arrive à un point où aujourd'hui, boire et manger dépend du numérique.
04:07Là, ce que je vous dis là, ce n'est pas une lubie d'écolo, bobos, décroissantistes.
04:11C'est très concret. Vous savez que l'autonomie alimentaire de Paris, c'est deux jours.
04:15Donc si on n'alimente plus Paris, au bout de deux jours, on est en disette.
04:19Et au bout d'une semaine, on est en famine.
04:22Il se trouve que les camions, aujourd'hui, ne peuvent plus rouler sans numérique.
04:26On ne sait plus nourrir Paris sans numérique.
04:28Ce qui est complètement inepte parce qu'on n'a pas réellement besoin de numérique.
04:32Mais si on a des éruptions solaires qui détruisent les puces, aujourd'hui, on ne peut plus manger.
04:37Ce n'est pas très grave si on n'a plus de téléphone portable.
04:39Si on n'a plus rien à boire et à manger, c'est un petit peu plus embêtant.
04:42Nous sommes très inconséquents par rapport à la perte de résilience qui est associée à la généralisation du numérique.
04:49Sans compter l'artificialisation des territoires, par exemple la ghettoïsation de la ville-usine de nickel de Norilsk en Russie,
04:58la dissémination des pollutions par les décharges qui sont encore bien pires que les mines d'extraction,
05:04les intoxications corrélatives, les eaux sont chargées en métaux lourds,
05:08relâchées directement et généralement sans filtration dans les nappes phréatiques.
05:12Et quand un arbitrage doit être rendu entre production vivrière et production électronique,
05:20les pouvoirs corrompus tranchent presque toujours en faveur de cette seconde.
05:24Autrement dit, des gens commencent à mourir de faim et de soif pour que nous puissions nous amuser avec ces gadgets.
05:31Je pense en particulier à l'acide sulfurique dans les ressources d'eau potable en Zambie,
05:35aux doses létales de plomb qui sont avérées dans les rizières de Thaïlande.
05:39Troisièmement, nocivité immatérielle directe, vous le savez aussi bien que moi, addiction, précarisation,
05:50existence de travailleurs du clic qui sont sous-payés, donc essentiellement dans les pays pauvres bien sûr,
05:57et confrontés à des contenus d'une extrême violence.
06:00Les IA ne savent pas ce qui est bien et ce qui est mal.
06:03Donc il faut qu'il y ait des vrais gens qui regardent toute la journée des contenus pédopornographiques
06:08et des chatons en train de se faire torturer vifs pour apprendre aux IA que c'est mal.
06:12Il faut que des gens le fassent, ça.
06:14Donc c'est des vraies personnes qui sont confrontées à ça.
06:17Donc colonialisme sous-jacent, lui-même associé à une prédation des ressources.
06:23Développement d'une économie de l'attention, développement d'outils de surveillance de masse,
06:28déjà à l'œuvre.
06:29Ça, je ne comprends pas que ça ne nous inquiète pas un peu plus que ça,
06:32parce que c'est des choses qui relèvent d'une dystopie qui est d'ores et déjà en marche avec des effets concrets.
06:38Vous savez que moi, j'ai des collègues chercheurs qui ne peuvent plus rentrer aux États-Unis
06:41à cause de critiques du gouvernement faites dans des messages privés.
06:46Pas sur YouTube.
06:46Moi, vu ce que j'ai dit sur Trump sur YouTube, je sais que je suis foutu.
06:49Mais là, je parle de messages privés.
06:52C'est quand même un peu bizarre que ça ne nous ennuie pas et que ça ne nous inquiète pas outre mesure.
06:58Bien, déploiement des fake news, soutien implicite à toute une chaîne d'asservissement.
07:04Vous savez que si des milliers de femmes n'étaient pas violées chaque mois au Congo,
07:09eh bien nous n'aurions pas le cobalt quasi gratuit qui sont dans ces objets-là
07:12et il serait donc essentiellement inaccessible.
07:14Généralisation des fake news, dévoiement et développement d'un néo-animisme réificateur,
07:22débilisation de nos enfants.
07:23Je pense que vous le savez mieux que moi, c'est très documenté aujourd'hui
07:26et c'est quand même un peu criminel ce qu'on leur fait aujourd'hui.
07:30Quatrièmement, nocivité immatérielle indirecte,
07:35donc perte du lien avec les choses, les gens, décompréhension du monde,
07:40situation de monopole radical, ça c'est très important, je vais y revenir.
07:44Ce sont les cas dans lesquels on se retrouve à ne plus savoir faire sans le numérique,
07:50ce qu'on savait très bien faire et généralement plus efficacement sans lui il y a dix ans.
07:55Donc le monopole radical, c'est on prend tout l'espace et on fait croire qu'on est nécessaire,
08:00même quand on ne l'est pas.
08:01Sédentarisation, fétichisme consumériste, rapport compulsif au contenu,
08:06amnésie sélective, corroboration systématique de la vision dominante,
08:10parce que ça c'est inhérent aux intelligences génératives
08:15et impossibilité structurelle de l'apparition d'idées disruptives
08:20alors que c'est exactement ce dont nous aurions besoin face aux crises.
08:26Et tout cela pour un gain qui est quand même presque toujours marginal,
08:30voire négatif si le paradigme d'évaluation est un peu élargi,
08:35en tout cas qui est incontestablement inférieur aux pertes ou aux coûts
08:40si on regarde à l'échelle globale.
08:43Mais ce qui est un peu étrange, c'est que dès lors qu'il s'agit de technologie,
08:46il y a une sorte de dogme délirant qui nous dit
08:50il faut le faire parce qu'on peut le faire.
08:53Ce qui est complètement idiot.
08:54Là vous pourriez vous lever et m'insulter impunément
08:57et pourtant vous ne le faites pas, enfin pas encore, peut-être à la fin, on verra.
09:00Et donc c'est très étrange.
09:02Dans le domaine de la tech, c'est ça, c'est ça le dogme de la Silicon Valley.
09:06C'est on peut le faire donc on va le faire.
09:09Ce qui heureusement n'est appliqué dans aucun autre secteur
09:12de l'intelligence, non pas artificielle mais réelle, humaine.
09:16C'est ça, c'est ça, c'est ça.
09:46C'est ça, c'est ça, c'est ça.
Commentaires