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Extrait d’un échange publié sur la chaîne Collège des Bernardins. Étienne Klein, physicien et philosophe des sciences, directeur de recherches au CEA et professeur à CentraleSupélec, y analyse avec rigueur les promesses de l’intelligence artificielle, la question du discernement entre vrai et faux et les limites de l’optimisme technologique.
Face à lui, Barbara Belvisi, entrepreneuse deeptech et fondatrice d’Interstellar Lab, défend une vision tournée vers l’innovation, la biodiversité et un futur où la science redeviendrait centrale dans nos vies.
Ce débat aborde l’éthique, la responsabilité, la sobriété numérique, la désinformation et l’impact énergétique des technologies. Une réflexion exigeante sur le progrès, la science et l’avenir de notre société à l’ère des algorithmes.

#IA #science #technologie #societe #avenir

Catégorie

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Technologie
Transcription
00:00Vous parlez d'éthique, mais vous en parlez comme d'une sorte de supplément d'âme.
00:05Prenons l'exemple de l'IA.
00:06L'IA ne sait pas distinguer le vrai du faux.
00:10Si elle produit un texte faux, s'il n'y a pas un humain qui vient lui dire que c
00:13'est faux,
00:14elle ne sait pas que c'est faux.
00:15Elle est incapable du discernement.
00:18Où est-ce qu'on met l'éthique là-dedans ?
00:20Est-ce qu'on la met en amont au niveau des algorithmes ?
00:25La technologie, quand elle est vraiment innovante,
00:28nous les humains, on n'est pas capables de dire comment les humains vont se servir de cette technologie.
00:32Donc on sait ce qu'on fait, mais on ne sait pas ce qu'on va faire ce qu'on
00:34fait.
00:36Donc on ne peut pas miser sur la responsabilité ou la bien-pensance des innovateurs.
00:42Ce n'est pas d'eux que ça dépend.
00:51Après, j'ai une vision du futur que je voulais partager aussi.
00:55Ce que j'aime bien rêver, ce que ça donnerait plus tard, avec tout ce qui va se passer.
01:02Qu'est-ce que vont faire les êtres humains quand il y aura de l'IA partout
01:06et que des cols bleus aux cols blancs, tous les boulots seront remplacés par des robots
01:13et des machines très performantes.
01:15Moi, je pense que les hommes, ils doivent tous devenir,
01:17ce n'est pas tous, une grande majorité scientifique.
01:20Et là, c'est du Jean Perrin.
01:23Jean Perrin, quand il a créé le Palais de la Gouvernes, il a dit ça.
01:25Il a dit, dans quelques décades,
01:27alors il a confondu décades et décennies,
01:29c'est en 1936,
01:31dans quelques décennies,
01:33les humains ne travailleront plus que 20 heures par jour.
01:36Et qu'est-ce qu'ils feront pendant leur loisir ?
01:38De l'art et de la science.
01:39Ils s'intéresseront à la science.
01:40Voilà ce que dit Jean Perrin en 1936.
01:42C'est évidemment tout le contraire qui s'est passé.
01:45C'est-à-dire que plus personne ne s'intéresse à la science,
01:47personne ne sait en quoi la science consiste,
01:49et nous passons notre temps en loisir
01:51à disperser notre attention,
01:54à être victime d'une sorte d'entropie chronodispersive
01:57avec les écrans.
01:59Autrement dit,
01:59cette idée que les gens vont s'intéresser à la science.
02:01Excusez-moi, mais c'est une grande naïveté.
02:03Je sais.
02:03Vous-même, vous dites que ça ne vous intéresse pas.
02:05Ce qui vous intéresse, c'est la technologie.
02:06Non, c'est pas vrai.
02:07Je suis une grande passionnée.
02:08Je peux passer des heures, un simple d'après-midi,
02:10regarder les oiseaux et les plantes.
02:13Regardez qui écoute.
02:14Qu'est-ce que le public écoute le soir à la télévision
02:17quand il rentre chez soi ?
02:18Ah mais ça, je sais.
02:19Je n'ai pas donné de nom,
02:20mais vous voyez que ce n'est pas les émissions scientifiques
02:23qui sont les plus regardées.
02:26C'est tous les bonimenteurs qui remportent le marché.
02:29Pourquoi est-ce qu'on n'essaierait pas ?
02:33Moi, je rêve d'avoir la radio le matin
02:36qui me raconte tout ce qui se passe sur la planète,
02:37mais d'un point de vue positif,
02:38d'un point de vue climat, des espèces, des trucs.
02:40Moi, je rêve de ce monde-là.
02:42Mais ça existe, il ne faut pas avoir ces informations.
02:44Bien sûr.
02:44Et ce n'est pas des informations qui fédèrent.
02:46Mais je pense qu'est-ce qu'il ne serait pas tant...
02:50Mais qu'on arrive...
02:51Et je pense que c'est en train de se faire, moi.
02:53Je pense quand même qu'on voit la montée
02:57des discussions au sujet du vivant,
02:59de la nature, de la biodiversité.
03:01Ça monte.
03:02Et en fait, ça serait quand même...
03:05Alors, je ne vais pas utiliser les bons mots,
03:07vous n'allez pas aimer mes mots,
03:08mais ça serait super chouette
03:09et vraiment important, moi, je pense,
03:11qu'on redonne à la science,
03:13à la curiosité du vivant
03:16et de se poser ses questions, etc.,
03:18une place prépondérante dans les loisirs
03:21de l'être humain.
03:22Alors, pour ça, le problème,
03:23c'est qu'on a à se batailler avec des choses
03:24qui sont quand même beaucoup moins,
03:25d'un point de vue, on va dire,
03:27l'élévation de la conscience.
03:29On est sur des énergies beaucoup plus basses.
03:31Mais ça serait génial
03:32que les gens viennent passer leur après-midi
03:34à parler des plantes,
03:35à regarder les animaux.
03:35Ça serait génial, mais ce n'est pas le cas.
03:37Et si on lui redonnait un peu de sexitude
03:39à tout ça, quoi ?
03:41C'est...
03:42Moi, je pense que la...
03:43Je pense que c'est ce qu'on fait, là.
03:46La désinformation est plus séduisante.
03:50Je ne vais pas donner de nom encore une fois,
03:51mais les émissions qui invitent des gens
03:54qui disent à peu près n'importe quoi,
03:56sans argumenter,
03:57avec des arguments d'autorité,
03:59et remportent la mise.
04:01Donc, il faut interroger ça.
04:03On ne peut pas avoir une conception naïve
04:05de l'humanité
04:07parce que cette naïveté
04:08a été dénoncée par les faits.
04:10Et donc, on doit combattre,
04:12je reviens sur le verbe,
04:14combattre ça.
04:15Et ça se fait sans doute en partie par le rêve,
04:19mais pas que par le rêve.
04:21Vous parlez d'éthique,
04:23mais vous en parlez comme d'une sorte
04:24de supplément d'âme.
04:26Or, prenons l'exemple de l'IA.
04:28L'IA ne sait pas distinguer le vrai du faux.
04:31D'accord ?
04:32Si elle produit un texte faux,
04:33s'il n'y a pas un humain
04:34qui vient lui dire que c'est faux,
04:35elle ne sait pas que c'est faux.
04:37Elle est incapable du discernement.
04:39Voilà.
04:40Où est-ce qu'on met l'éthique là-dedans ?
04:41Est-ce qu'on la met en amont
04:43au niveau des algorithmes ?
04:47La technologie,
04:47quand elle est vraiment innovante,
04:49nous, les humains,
04:50on n'est pas capable de dire
04:51comment les humains vont se servir
04:53de cette technologie.
04:54Donc, on sait ce qu'on fait,
04:55mais on ne sait pas ce que va faire
04:56ce qu'on fait.
04:58Donc, on ne peut pas miser
04:59sur la responsabilité
05:02ou la bien-pensance
05:03des innovateurs.
05:04Ce n'est pas d'eux
05:05que ça dépend, en fait.
05:07Donc, comment est-ce qu'on met
05:08de l'éthique là-dedans ?
05:09Est-ce qu'on la met
05:09au niveau de la conception
05:11ou est-ce qu'on la met
05:12au niveau des usages,
05:13c'est-à-dire au niveau
05:13de la législation ?
05:15Est-ce qu'elle est en amont
05:15ou en aval ?
05:16Est-ce qu'on demande
05:17aux consommateurs
05:18ou aux utilisateurs
05:19d'être éthiques ?
05:20Comme on voit bien
05:21qu'il y a des problèmes d'énergie,
05:23compte-ençois que vous dites,
05:24on voit bien
05:24que les data centers,
05:26ça y va,
05:27qu'on a atteint
05:28les limites de l'Olon Moore,
05:29c'est-à-dire que les composants
05:30électroniques,
05:30on ne va pas pouvoir
05:31les miniaturiser encore
05:33parce qu'ils vont perdre
05:33leurs fonctionnalités quantiques.
05:35Et donc,
05:35à partir de maintenant,
05:37les coûts énergétiques
05:38vont croître
05:38en proportion des usages.
05:40Et donc,
05:41qu'est-ce qu'on dit ?
05:42Il faut que les utilisateurs
05:43soient sobres.
05:45Sobres.
05:46Ça veut dire quoi,
05:46sobre ?
05:47C'est-à-dire que je pose
05:49une question à Tchad GPT
05:50une fois par jour,
05:51pas plus ?
05:52Il y a ce problème-là.
05:54La sobriété,
05:55je trouve,
05:55moi,
05:55le choix du mot
05:56est une catastrophe
05:56qu'elle est admirable.
05:58Votre optimiste,
05:59il est sans.
06:00Mais,
06:01vous connaissez la définition
06:02de l'optimisme
06:02par Jean Dormesson ?
06:03Non,
06:04j'en ai peur.
06:04Il disait,
06:05un optimiste,
06:06c'est un gars
06:06qui fait ses mots croisés
06:08avec un stylo billet.
06:09Ouais,
06:10c'est un peu ça.
06:11Eh ben non,
06:11il faut le faire
06:12avec une gomme
06:12et un crayon noir.
06:14Non,
06:14on peut faire des ratures
06:15et puis corriger les lèvres.
06:16Non,
06:16parce que ce qu'on peut vous appeler
06:17l'optimisme,
06:17c'est la confiance en soi.
06:19D'accord ?
06:20Ou la confiance
06:21que ça va aller.
06:23Voilà,
06:23mais pas aveugle,
06:24n'est pas naïf.
06:24Je ne suis pas naïf,
06:26je suis bien consciente
06:27des choses.
06:28Moi,
06:28je suis comme vous.
06:28Je trouve que ça fait du bien.
06:29Je suis d'accord avec vous
06:30que tout va finir
06:32par s'arranger,
06:33je suis d'accord.
06:34Et j'ajoute,
06:34même mal.
06:35Je suis d'accord avec vous.
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