00:00Je crois que c'est plus qu'une métaphore, parce que nous avons affaire à quelque chose qui satisfait à
00:05quasiment toutes les caractéristiques du cancer.
00:08Il n'y a pas d'homéostasie, pas de sénescence, les cellules cancéreuses, comme les objets techniques, vivent de façon
00:14autonome,
00:15mais dépendent quand même de l'hôte, jusqu'à son trépas, si demain l'humanité meurt, nos machines vont mourir
00:19aussi.
00:20Mais tant que nous sommes en vie, elles sont relativement autonomes par rapport à nous, elles finissent bien sûr par
00:25devenir létales,
00:26et ça c'est pas très difficile de comprendre que nous sommes déjà dans cette phase.
00:37Je trouve qu'il est assez vraisemblable aujourd'hui qu'une grande partie de la sphère technique,
00:44donc disons de la mauvaise en quelque sorte branche de la science, de la science désublimée, dépoétisée,
00:50et assujettie à un rythme productif et à un chême constructiviste,
00:57soit devenue autonome.
00:58Donc attention, soyons clairs, nous ne sommes pas dans un film de science-fiction,
01:03nous ne sommes pas dans Terminator, Skynet n'a pas pris les commandes, ça c'est certain.
01:07Les machines fonctionnent, j'allais dire sous notre contrôle, mais c'est même pas tout à fait vrai.
01:12Fonctionnent avec notre aide, mais pas totalement sous notre contrôle.
01:17Elles fonctionnent de plus en plus en parallèle.
01:19Ce sont des logiciels qui écrivent des logiciels aujourd'hui.
01:22C'est pas une personne qui écrit toutes les lignes de code.
01:24Les codes sont essentiellement générés par des codes.
01:26Donc ce sont des softs qui écrivent des softs, ce sont des machines qui construisent des machines.
01:30Vos voitures ne sont pas construites par des gens, elles sont construites par des automates,
01:34qui sont eux-mêmes en grande partie construites par des automates.
01:37Et donc je trouve que c'est intéressant de le penser sur le mode oncologique,
01:42parce que non seulement, si vous voulez, l'analogie m'intéresse si c'est plus qu'une métaphore.
01:48Et je crois que c'est plus qu'une métaphore.
01:50Parce que nous avons affaire à quelque chose qui satisfait à quasiment toutes les caractéristiques du cancer.
01:56Il n'y a pas d'homéostasie, pas de sénescence.
01:59Les cellules cancéreuses, comme les objets techniques, vivent de façon autonome,
02:03mais dépendent quand même de l'hôte, jusqu'à son trépas.
02:06Si demain l'humanité meurt, nos machines vont mourir aussi.
02:08Mais tant que nous sommes en vie, elles sont relativement autonomes par rapport à nous.
02:13Elles finissent bien sûr par devenir létales.
02:15Et ça, ce n'est pas très difficile de comprendre que nous sommes déjà dans cette phase.
02:20Et puis surtout, la médecine nous donne des leçons très intéressantes.
02:23Elle nous apprend que c'est une maladie qui est fondamentalement systémique,
02:27ce que Gallien avait déjà compris.
02:28Donc on ne peut pas simplement se focaliser sur ce qu'on appellerait une médecine,
02:35si vous voulez, de type urgentiste ou réanimatoire.
02:38C'est-à-dire focaliser vraiment sur les effets à court terme.
02:42Il faut vraiment aller jusqu'à l'éthiologie, comprendre les causes de ce qui se passe.
02:46Et puis la médecine nous apprend aussi qu'il n'y a jamais,
02:50qu'il n'y a pas un traitement unique qui fonctionne.
02:53On a bien vu que ni la chimiothérapie, ni la radiothérapie,
02:56ni même les thérapies géniques, ni même la chirurgie bien sûr,
03:00ne suffisent à venir à bout des cancers en général.
03:02Il faut regarder des thérapies ciblées,
03:05donc il faut aller dans le détail du processus tumoral considéré.
03:08Et puis surtout, la médecine nous apprend qu'il faut aussi redéfinir ce qu'est la victoire.
03:14Il faut prendre toute la démesure de l'hôte que l'on affronte.
03:20Alors, je ne prétends pas du tout que cette idée soit révolutionnaire
03:23et permette de venir à bout des problèmes.
03:25Mais je trouve que c'est peut-être un peu plus qu'une analogie.
03:29Vous voyez, le cancer est en nous.
03:32Et de la même manière, aujourd'hui, le pullulement métastatique des machines est en nous.
03:38On ne peut plus vivre sans machine.
03:39On ne saurait plus vivre sans machine.
03:40D'ailleurs, on ne voudrait pas vivre sans machine.
03:42Personne ne souhaite revenir à l'âge des cavernes
03:45pour reprendre la fameuse caricature qui est généralement opposée aux écologistes.
03:50Je suis bien content que mes enfants puissent bénéficier d'une IRM
03:53après le terrible accident qu'ils ont subi.
03:56Personne ne veut revenir à l'âge des cavernes.
03:59Toujours est-il que, vous savez, on sait depuis Platon
04:02qu'on a cette logique du pharmakon, c'est-à-dire que le dosage est important.
04:06Voilà.
04:07Le dosage est important.
04:08Or là, évidemment, du point de vue de la prolifération technologique,
04:13on est en phase où on a de loin dépassé le point d'équilibre.
04:17Vous voyez, c'est un peu comme l'alimentation, quoi.
04:18On a besoin de 2000 calories par jour, plus ou moins, pour bien vivre.
04:21En dessous de 1000, ça devient très compliqué.
04:23Ça, c'est vrai qu'aujourd'hui, sans machine, on serait très en difficulté
04:26et on ne souhaite pas être dans cette situation.
04:28Mais au-dessus de 3000, l'obésité vous guette et peut-être la mort prématurée.
04:33Et c'est exactement la situation dans laquelle nous nous trouvons.
04:36Mais ce qui est très étonnant, c'est que lorsqu'il s'agit d'alimentation
04:39ou de n'importe quoi d'autre, nous savons qu'il y a un équilibre à respecter.
04:43C'est en quelque sorte la loi fondamentale du rapport à n'importe quelle activité.
04:49Mais quand il est question de technique, nous l'avons oublié.
04:51Et il semblerait que le seul fait qu'un objet soit constructible
04:59suffit à en légitimer la production.
05:01Ça n'a absolument aucun sens.
05:03Ça n'a aucun sens.
05:04La 6G est déjà prête.
05:06Pour répondre à quel besoin ?
05:08Absolument aucun.
05:09Pourquoi on l'a fait ?
05:10Parce qu'on peut la faire.
05:12Mais c'est un argument qu'on n'utilise jamais dans la vie, ça.
05:16Je pourrais dire, je pourrais vous balancer mon verre à la figure
05:18et je vais le faire parce que je peux le faire.
05:20Mais c'est complètement idiot.
05:21On pourrait faire une grande baston ce soir, mais c'est complètement idiot.
05:25On ne justifie jamais, il me fait peur là,
05:29aucune de nos actions au motif qu'elle est simplement possible.
05:33Sauf dans la sphère technologique.
05:36Aujourd'hui, dans la Silicon Valley, les mecs et les nanas,
05:38ils sont en train d'inventer des trucs débiles,
05:40des espèces de drones chou-marins
05:41qui vont venir détruire encore un peu plus
05:43les fonds marins qui sont déjà totalement dévastés.
05:46Et quand on leur demande, mais pourquoi vous faites ça ?
05:48Est-ce que j'ai la techno pour le faire ?
05:51Ça suffit.
05:52C'est terrible.
06:21C'est terrible.
06:24Sous-titrage Société Radio-Canada
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