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Aurélien Barrau est astrophysicien, professeur à l’Université Grenoble Alpes et directeur du Centre de physique théorique Grenoble Alpes au CNRS.
Docteur en philosophie, il est également connu pour ses prises de position sur l’écologie et les limites du progrès technologique.
Dans cet extrait issu de la chaîne Librairie Millepages, il développe une analogie forte entre la prolifération technologique et le cancer. Il explique comment les machines construisent désormais des machines, comment la technique devient autonome et comment la logique du « parce qu’on peut » remplace la réflexion sur les besoins réels.
À travers une analyse systémique, il alerte sur la perte d’équilibre et la dépendance croissante aux technologies dans nos sociétés modernes.

#technologie #barrau #ecologie #societe #avenir

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Transcription
00:00Je crois que c'est plus qu'une métaphore, parce que nous avons affaire à quelque chose qui satisfait à
00:05quasiment toutes les caractéristiques du cancer.
00:08Il n'y a pas d'homéostasie, pas de sénescence, les cellules cancéreuses, comme les objets techniques, vivent de façon
00:14autonome,
00:15mais dépendent quand même de l'hôte, jusqu'à son trépas, si demain l'humanité meurt, nos machines vont mourir
00:19aussi.
00:20Mais tant que nous sommes en vie, elles sont relativement autonomes par rapport à nous, elles finissent bien sûr par
00:25devenir létales,
00:26et ça c'est pas très difficile de comprendre que nous sommes déjà dans cette phase.
00:37Je trouve qu'il est assez vraisemblable aujourd'hui qu'une grande partie de la sphère technique,
00:44donc disons de la mauvaise en quelque sorte branche de la science, de la science désublimée, dépoétisée,
00:50et assujettie à un rythme productif et à un chême constructiviste,
00:57soit devenue autonome.
00:58Donc attention, soyons clairs, nous ne sommes pas dans un film de science-fiction,
01:03nous ne sommes pas dans Terminator, Skynet n'a pas pris les commandes, ça c'est certain.
01:07Les machines fonctionnent, j'allais dire sous notre contrôle, mais c'est même pas tout à fait vrai.
01:12Fonctionnent avec notre aide, mais pas totalement sous notre contrôle.
01:17Elles fonctionnent de plus en plus en parallèle.
01:19Ce sont des logiciels qui écrivent des logiciels aujourd'hui.
01:22C'est pas une personne qui écrit toutes les lignes de code.
01:24Les codes sont essentiellement générés par des codes.
01:26Donc ce sont des softs qui écrivent des softs, ce sont des machines qui construisent des machines.
01:30Vos voitures ne sont pas construites par des gens, elles sont construites par des automates,
01:34qui sont eux-mêmes en grande partie construites par des automates.
01:37Et donc je trouve que c'est intéressant de le penser sur le mode oncologique,
01:42parce que non seulement, si vous voulez, l'analogie m'intéresse si c'est plus qu'une métaphore.
01:48Et je crois que c'est plus qu'une métaphore.
01:50Parce que nous avons affaire à quelque chose qui satisfait à quasiment toutes les caractéristiques du cancer.
01:56Il n'y a pas d'homéostasie, pas de sénescence.
01:59Les cellules cancéreuses, comme les objets techniques, vivent de façon autonome,
02:03mais dépendent quand même de l'hôte, jusqu'à son trépas.
02:06Si demain l'humanité meurt, nos machines vont mourir aussi.
02:08Mais tant que nous sommes en vie, elles sont relativement autonomes par rapport à nous.
02:13Elles finissent bien sûr par devenir létales.
02:15Et ça, ce n'est pas très difficile de comprendre que nous sommes déjà dans cette phase.
02:20Et puis surtout, la médecine nous donne des leçons très intéressantes.
02:23Elle nous apprend que c'est une maladie qui est fondamentalement systémique,
02:27ce que Gallien avait déjà compris.
02:28Donc on ne peut pas simplement se focaliser sur ce qu'on appellerait une médecine,
02:35si vous voulez, de type urgentiste ou réanimatoire.
02:38C'est-à-dire focaliser vraiment sur les effets à court terme.
02:42Il faut vraiment aller jusqu'à l'éthiologie, comprendre les causes de ce qui se passe.
02:46Et puis la médecine nous apprend aussi qu'il n'y a jamais,
02:50qu'il n'y a pas un traitement unique qui fonctionne.
02:53On a bien vu que ni la chimiothérapie, ni la radiothérapie,
02:56ni même les thérapies géniques, ni même la chirurgie bien sûr,
03:00ne suffisent à venir à bout des cancers en général.
03:02Il faut regarder des thérapies ciblées,
03:05donc il faut aller dans le détail du processus tumoral considéré.
03:08Et puis surtout, la médecine nous apprend qu'il faut aussi redéfinir ce qu'est la victoire.
03:14Il faut prendre toute la démesure de l'hôte que l'on affronte.
03:20Alors, je ne prétends pas du tout que cette idée soit révolutionnaire
03:23et permette de venir à bout des problèmes.
03:25Mais je trouve que c'est peut-être un peu plus qu'une analogie.
03:29Vous voyez, le cancer est en nous.
03:32Et de la même manière, aujourd'hui, le pullulement métastatique des machines est en nous.
03:38On ne peut plus vivre sans machine.
03:39On ne saurait plus vivre sans machine.
03:40D'ailleurs, on ne voudrait pas vivre sans machine.
03:42Personne ne souhaite revenir à l'âge des cavernes
03:45pour reprendre la fameuse caricature qui est généralement opposée aux écologistes.
03:50Je suis bien content que mes enfants puissent bénéficier d'une IRM
03:53après le terrible accident qu'ils ont subi.
03:56Personne ne veut revenir à l'âge des cavernes.
03:59Toujours est-il que, vous savez, on sait depuis Platon
04:02qu'on a cette logique du pharmakon, c'est-à-dire que le dosage est important.
04:06Voilà.
04:07Le dosage est important.
04:08Or là, évidemment, du point de vue de la prolifération technologique,
04:13on est en phase où on a de loin dépassé le point d'équilibre.
04:17Vous voyez, c'est un peu comme l'alimentation, quoi.
04:18On a besoin de 2000 calories par jour, plus ou moins, pour bien vivre.
04:21En dessous de 1000, ça devient très compliqué.
04:23Ça, c'est vrai qu'aujourd'hui, sans machine, on serait très en difficulté
04:26et on ne souhaite pas être dans cette situation.
04:28Mais au-dessus de 3000, l'obésité vous guette et peut-être la mort prématurée.
04:33Et c'est exactement la situation dans laquelle nous nous trouvons.
04:36Mais ce qui est très étonnant, c'est que lorsqu'il s'agit d'alimentation
04:39ou de n'importe quoi d'autre, nous savons qu'il y a un équilibre à respecter.
04:43C'est en quelque sorte la loi fondamentale du rapport à n'importe quelle activité.
04:49Mais quand il est question de technique, nous l'avons oublié.
04:51Et il semblerait que le seul fait qu'un objet soit constructible
04:59suffit à en légitimer la production.
05:01Ça n'a absolument aucun sens.
05:03Ça n'a aucun sens.
05:04La 6G est déjà prête.
05:06Pour répondre à quel besoin ?
05:08Absolument aucun.
05:09Pourquoi on l'a fait ?
05:10Parce qu'on peut la faire.
05:12Mais c'est un argument qu'on n'utilise jamais dans la vie, ça.
05:16Je pourrais dire, je pourrais vous balancer mon verre à la figure
05:18et je vais le faire parce que je peux le faire.
05:20Mais c'est complètement idiot.
05:21On pourrait faire une grande baston ce soir, mais c'est complètement idiot.
05:25On ne justifie jamais, il me fait peur là,
05:29aucune de nos actions au motif qu'elle est simplement possible.
05:33Sauf dans la sphère technologique.
05:36Aujourd'hui, dans la Silicon Valley, les mecs et les nanas,
05:38ils sont en train d'inventer des trucs débiles,
05:40des espèces de drones chou-marins
05:41qui vont venir détruire encore un peu plus
05:43les fonds marins qui sont déjà totalement dévastés.
05:46Et quand on leur demande, mais pourquoi vous faites ça ?
05:48Est-ce que j'ai la techno pour le faire ?
05:51Ça suffit.
05:52C'est terrible.
06:21C'est terrible.
06:24Sous-titrage Société Radio-Canada
06:24Sous-titrage Société Radio-Canada
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Benco
il y a 6 semaines