00:00T'as envie de taxer les riches ? Ok, taxons les riches.
00:01Mais vas-y, on commence par te taxer toi.
00:03Et après, les gens, ils sont là, non, mais moi, je suis pas riche.
00:05Ils gagnent quoi ? Ils gagnent 2000 euros par mois ?
00:07T'es dans le top 10% des gens les plus riches du monde.
00:10Bah, taxons les riches. Taxons pas que les riches de France.
00:12Taxons les riches du monde entier.
00:13Et là, les mecs, ils buguent. Ah, mais...
00:15Parce qu'en réalité, t'as pas envie de taxer les riches.
00:17T'as envie de taxer les gens qui sont plus riches que toi.
00:25On est dans une situation que je trouve absolument,
00:28mais insupportable et insoutenable.
00:31Les inégalités, elles ont explosé au cours des 20 ou 25 dernières années.
00:36Et je voudrais dire, moi, je le souligne de manière, j'allais dire, régulière,
00:41depuis maintenant une vingtaine d'années.
00:43Je vous donne juste quelques chiffres, quand même,
00:46pour qu'on les ait tous en tête.
00:48Au cours des 25 dernières années, les 1% les plus riches dans le monde
00:51ont capté à peu près la moitié de la richesse créée dans le monde.
00:54A l'inverse, les 50% les plus pauvres ont pris seulement 1%,
00:58ont capté seulement 1%, ont bénéficié à hauteur de 1% seulement de la richesse dans le monde.
01:02Ce qui est vrai dans le monde est vrai en France.
01:04En France, les 10% les plus riches contrôlent plus de 50% du patrimoine national.
01:10La richesse, le patrimoine, il est très largement hérité.
01:1360% du patrimoine détenu par les Français aujourd'hui provient de l'héritage.
01:17On a donc une société figée.
01:18Le résultat de ça, au même moment, plus exactement,
01:21vous avez 10 millions de Français, 15% de la population,
01:25qui vit sous le seuil de pauvreté, c'est-à-dire avec 1200 euros par mois,
01:29et qui ont de plus en plus de difficultés.
01:31Ce n'est même pas à finir le mois, c'est à franchir la moitié du mois.
01:35Je dis juste, je dis une chose, ce système, en effet, il est à bout de souffle,
01:39il est intenable et il faut agir.
01:41Et c'est d'autant plus vrai, c'est d'autant plus vrai,
01:43je voudrais juste ajouter un point, qui est que les ultra-riches,
01:47pour revenir sur eux, la grande finance, appelons-la comme ça,
01:51ont fait sécession.
01:52Il y a un séparatisme fiscal.
01:54C'est-à-dire, c'est inconcevable d'imaginer que dans ce pays
01:58où 10 millions de Français vivent sous le seuil de pauvreté,
02:00vous avez des milliardaires qui paient deux fois moins d'impôts relativement
02:03que le Français en moyenne.
02:05Maintenant qu'on a fait ce constat,
02:07quand vous dites, il faut en finir avec ce système à bout de souffle,
02:10donc votre ennemi, c'est la finance,
02:11vous feriez quoi à la place des gouvernements
02:14ou alors à votre place si vous étiez conduit à gouverner ce pays ?
02:19La première chose à faire, l'urgence absolue,
02:23c'est le partage des richesses.
02:25C'est de dire que cette situation,
02:27et je ne vais pas revenir dessus,
02:29mais elle est intenable.
02:30Le constat, on est tous d'accord, mais vous faites quoi ?
02:33Je partage d'abord les richesses.
02:35Le partage des richesses, c'est, par exemple,
02:37mettre en place une taxation des ultra-riches.
02:40C'est mettre en place un système...
02:43Une taxe Zuckman ?
02:43Oui, exactement, une taxe Zuckman ou du type Zuckman.
02:46C'est arriver à avoir, à mettre en place un système fiscal plus juste.
02:51C'est pour moi une des conditions essentielles de la démocratie.
02:53Mais ça ne suffit pas.
02:54Il va falloir dégager des marges de manœuvre budgétaires et financières,
02:59notamment pour remettre en état les services publics.
03:01Les services publics, c'est le patrimoine de ceux qui n'en ont pas.
03:04Il est inacceptable que partout en France,
03:07et on le voit et on le sait tous,
03:10les services publics soient en déshérence
03:12et qu'on ait ce sentiment de déclassement collectif.
03:15C'est-à-dire qu'au déclassement individuel dont j'ai parlé tout à l'heure,
03:17s'ajoute un déclassement collectif des services publics
03:20qui ne répondent pas à ce qu'ils devraient être.
03:22L'école, la santé, le logement.
03:25Comment vous faites concrètement ?
03:26Je vous demande les solutions,
03:27parce que les problèmes, il se trouve qu'hier,
03:29nous avons fait une émission sur ce thème.
03:31Faisons ensemble une émission sur les solutions.
03:34Mais par exemple, c'est de refuser la fatalité,
03:37de refuser le fatalisme,
03:38de dire « Ah, on ne peut rien faire ».
03:39Je suis fasciné, moi,
03:41que le gouvernement...
03:41D'accord, mais alors vous faites quoi, Mathieu Pigasse ?
03:42J'y arrive.
03:43Je suis fasciné que ce gouvernement,
03:46le gouvernement de la France,
03:47la 7e puissance mondiale,
03:48ait la peur de son ombre sur les sujets budgétaires et financiers.
03:52Je dis par exemple,
03:52il est possible de dégager des marges de manœuvre budgétaires.
03:56Je dis l'équilibre budgétaire, par exemple,
03:58ça ne doit être ni un totem ni un tabou,
04:00ce n'est pas une fin en soi,
04:01ça ne doit pas être fait au détriment des plus vulnérables
04:03ou des plus fragiles.
04:04Et donc, il est possible de dégager des marges de manœuvre,
04:07par exemple, pour mieux financer les services...
04:09Je suis prêt à vous faire confiance,
04:11mais concrètement, on fait quoi ?
04:12Je vais expliquer comment on fait.
04:14Regardons les dépenses et les recettes rapidement.
04:15Les dépenses,
04:16vous donnez une priorité absolue aux dépenses dites prioritaires,
04:20je l'ai dit,
04:21santé, logement, sécurité par exemple,
04:24et vous mettez une zéro croissance,
04:26croissance zéro sur les autres dépenses.
04:28En matière de recettes,
04:30moi, j'en ai marre d'entendre dire,
04:31il faut mettre en œuvre des mesures d'austérité.
04:33Je vous donne trois pistes,
04:34puisque vous voulez des pistes.
04:35La première, les niches fiscales.
04:37On est un pays dans lequel
04:38il y a 85 milliards d'euros chaque année
04:41de niches fiscales,
04:42c'est-à-dire de préférences fiscales,
04:44qui vont toujours d'ailleurs eux-mêmes,
04:45toujours les plus riches.
04:45C'est ça que j'appelais tout à l'heure
04:47le séparatisme fiscal.
04:48On peut très certainement en supprimer une partie.
04:51Deuxième piste,
04:52les aides publiques aux entreprises.
04:54Il y a 210 milliards d'euros
04:55d'aides publiques aux entreprises.
04:57Est-ce qu'elles sont toutes ?
04:57Certaines sont sûrement nécessaires.
04:59Est-ce qu'elles sont toutes nécessaires ?
05:00Probablement non.
05:01On est déjà à 300 milliards.
05:02Rajouter ensuite des mesures fiscales
05:04du type Zuckman, 20 milliards,
05:06ou Dutreil,
05:08revenir sur le pacte Dutreil,
05:09qui coûte 5 milliards,
05:10entre 5 et 6 milliards chaque année.
05:12Mais qui n'est pas là pour rien non plus.
05:13Il est là pour la transmission des entreprises.
05:15Il y a beaucoup d'abus.
05:16On voit d'ailleurs que son montant
05:17a considérablement augmenté
05:18au cours des dernières années.
05:19Mais ce que je veux dire simplement,
05:20l'idée que je veux faire passer,
05:22c'est qu'il n'y a pas de fatalité.
05:26C'est une question de volonté et de vision.
05:28Et donc on peut l'avoir.
05:29On peut l'avoir en matière budgétaire,
05:31on peut l'avoir en matière financière.
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