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Dans cet extrait publié sur la chaîne YouTube Librairie Millepages, l’astrophysicien et philosophe Aurélien Barrau critique la vision dominante du progrès technologique et de la croissance. Professeur à l’Université Grenoble Alpes, chercheur au CNRS au Laboratoire de physique subatomique et de cosmologie et directeur du Centre de physique théorique Grenoble Alpes, il explique pourquoi la technologie et la croissance infinie ne garantissent ni bonheur ni progrès réel.
Une réflexion sur le progrès, la technologie, l’écologie, la société numérique et la crise écologique.

#climat #ecologie #societe #technologie #barrau

Vidéo complète disponible ici : https://www.youtube.com/watch?v=7ZuoeCp9nzw
Pour s’abonner : https://www.youtube.com/@MillepagesVincennes
Musique: https://youtu.be/RNsyw2tfPnk
Montage: lakl42

Réponses au quiz de fin :
/!\ Description à ne pas lire avant d'avoir vu la vidéo entièrement
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Quelle technologie de téléphonie mobile Aurélien Barrau critique comme exemple de faux progrès ?
➡ La 5G.

Depuis combien d’années certains avaient déjà compris les limites de la croissance selon Aurélien Barrau ?
➡ 50 ans.

Quel réseau social est cité comme exemple d’usage numérique remplaçant la lecture à l’arrêt de bus ?
➡ TikTok.

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Transcription
00:00Leur stratégie consiste à se demander comment rendre notre monde plus durable.
00:06Alors, j'ai une mauvaise nouvelle, c'est qu'ils ne vont pas y arriver.
00:10Mais j'ai une bonne nouvelle, c'est que c'est pas grave.
00:13Parce que plutôt que de rendre ce monde durable, il faudrait le rendre souhaitable.
00:23Cette alliance entre la science et la technique est liée peut-être à une mauvaise compréhension
00:29de la notion de progrès.
00:31Donc on a fini avec la révolution industrielle par résumer cette notion au progrès technique,
00:37celle de progrès, j'entends, et que ce dernier, comme le dénonçaient déjà avant nous
00:42des gens comme Jacques Ellul ou Bernard Charbonneau, est devenu une fin en soi et non un moyen.
00:48Comment pourriez-vous aujourd'hui redéfinir cette notion de progrès pour qu'elle soit de nouveau viable ?
00:53Oui, mon ami d'ailleurs, le philosophe Jean-Luc Nancy, qui est hélas décédé il y a deux ans environ,
00:59avait écrit, c'est un de ses derniers petits opuscules, un très beau minuscule livre,
01:04ouvrage qui s'intitulait « L'infinité du progrès est un mauvais infini ».
01:08Alors évidemment, c'était une sorte de boutade pour expliquer que, enfin pour sous-entendre
01:13que cette assertion s'appliquait au progrès tel qu'il est usuellement considéré.
01:18Je me souviens que quand j'avais laissé entendre que la cinquième génération de téléphonie mobile
01:22n'était peut-être pas une très bonne idée, le président du MEDEF s'était ému de ce que certains
01:29de nos contemporains, de ses contemporains, soient donc contre le progrès.
01:33Mais cher monsieur, je vous dénie le droit d'appeler ce gadget techno-zinzin,
01:37qui ne nous apporte absolument rien, mais qui développe des addictions tout à fait conséquentes
01:43chez nos enfants, qui engendre une pollution gigantesque avec environ un milliard de nouveaux
01:47terminaux mobiles, et qui s'accompagne d'une augmentation d'usage tellement grande
01:53qu'elle contrebalance la hausse d'efficacité et conduite à une consommation énergétique
01:59deux à trois fois plus élevée qu'avec la 4G. Je vous dénie donc, disais-je, le droit de nommer
02:03cela progrès.
02:04En réalité, qu'il s'agisse de GPT que vous évoquiez tout à l'heure, ou qu'il s'agisse
02:09de toutes ces dérives
02:11qui sont fondamentalement réifiantes, pour moi, de ce que je pourrais appeler
02:17une atrophie de notre puissance d'être. Vraiment, littéralement.
02:22Et donc, je crois que ça permet de poser la vraie question, qui est pour moi peut-être
02:25le message central et le point nodal de ce qu'il faut penser aujourd'hui.
02:30Nos dirigeants commencent à comprendre qu'une croissance exponentielle n'est pas éternellement possible
02:36dans un monde fini. Normalement, il ne faut pas cumuler les doctorats pour comprendre ça,
02:40mais bon, mieux vaut tard que jamais, ils le comprennent aujourd'hui.
02:44Les autres l'avaient compris il y a 50 ans.
02:47Et donc, face à cette évidence factuelle, leur stratégie consiste à se demander
02:54comment rendre notre monde plus durable.
02:57Alors, j'ai une mauvaise nouvelle, c'est qu'ils ne vont pas y arriver.
03:01Mais j'ai une bonne nouvelle, c'est que ce n'est pas grave.
03:04Parce que plutôt que de rendre ce monde durable, il faudrait le rendre souhaitable.
03:08« À quoi bon tenter de faire perdurer un réel qui ne nous rend pas heureux ? »
03:14Alors, ça paraît un peu trivial dit comme ça, mais ça n'allait pas tant que ça.
03:18Quand vous réfléchissez, pardonnez-moi, n'y voyez aucune offense,
03:23mais les gens de plus de 60 ans dans cette pièce, honnêtement,
03:27pouvez-vous nier qu'acheter un billet de train est devenu un pic d'angoisse ?
03:31Ça allait tout simplement mieux quand on allait au lichet.
03:33Et en réalité, même pour les jeunes, sauf qu'ils n'osent pas l'avouer,
03:36mais c'est pareil pour eux.
03:37En réalité, ça ne nous rend pas heureux, toutes ces conneries.
03:41C'est ça le point fondamental.
03:43C'est que je crois que nos enfants, ou nous-mêmes, quand nous étions plus jeunes,
03:46nous n'étions pas plus stupides quand, à l'arrêt de bus, nous ouvrions un livre,
03:51fusse celui de Thomas Pesquet,
03:53plutôt que de regarder TikTok, Insta ou Snap.
03:56En réalité, ça ne nous rend pas meilleurs.
03:59Et donc, la vraie question, et c'est pour ça que la notion de progrès est centrale,
04:03ce n'est pas de se demander comment continuer encore un peu le suicide
04:08avec moins d'externalité négative et donc avec une échéance repoussée de quelques années,
04:12mais ça serait plutôt de nous demander pourquoi empruntons-nous délibérément une voie
04:17dont finalement nous commençons presque tous à ressentir organiquement qu'elle n'est pas améliorative.
04:26Et ça, je n'ai pas de réponse à cette assertion triviale.
04:29Mais c'est vrai partout.
04:30Même dans les petits détails infimes.
04:32Moi, dans mon métier au CNRS, on doit faire des missions.
04:35Quand on va quelque part, quand on est fonctionnaire, ça s'appelle une mission.
04:37Mais en ce moment, il y a une quasi-révolution au CNRS
04:40parce que notre logiciel de mission ne marche pas.
04:42Moi, ça m'agace un peu parce qu'il y a quand même des problèmes plus graves
04:45en cet automne 2023 que les missions du CNRS.
04:49Mais c'est quand même un problème. C'est vrai.
04:52Et quand vous dites aux gens, mais il y a 20 ans, ça prenait exactement 4 secondes.
04:56On écrivait 3 mots sur une feuille de papier et ça marchait.
04:59Je vous disais, bah oui, mais ça, c'est plus possible.
05:01Pourquoi ?
05:02Ah bah parce que c'est plus possible.
05:04Non mais pourquoi ?
05:05Puisque ça marchait.
05:06Et si ça marchait, ça devrait encore marcher.
05:08Mais on ne sait pas pourquoi.
05:10Et même les collègues qui, comme moi, souffrent de cette absurdité
05:14vont réclamer un meilleur logiciel.
05:15Mais ils ne vont pas oser demander plus de logiciel du tout.
05:19Ça nous emmerde.
05:20Ça ne sert absolument à rien.
05:22Et même les personnes de l'administration
05:24ne sont pas soulagées par ces logiciels.
05:26Parce que si encore, c'était un petit effort pour les chercheurs
05:28qui permettent aux administratifs de vivre au mieux,
05:31ça, ça pourrait s'entendre.
05:32Mais ce n'est pas le cas.
05:33Les gens qui faisaient l'émission à la main
05:35trouvent eux aussi que la situation a empiré.
05:38Et en fait, cette espèce de bulle technique
05:41prend une place, on y reviendra sans doute tout à l'heure,
05:43qui est quasi autonome.
05:45Dans une certaine mesure,
05:46nous devenons les esclaves de ces machines.
05:49Alors, je caricature un peu,
05:50mais on l'a tous vécu quotidiennement, ça.
05:53Vous demandez quelque chose à quelqu'un.
05:55Quand vous arrivez à parler à quelqu'un.
05:57C'est quand même de plus en plus rare au téléphone, par exemple.
05:59Vous arrivez à parler à un être humain.
06:01D'un seul coup, là, il y a une sorte d'euphorie qui vous prend.
06:04L'être humain vous comprend.
06:06Alors là, c'est quasiment l'orgasme.
06:09Mais l'être humain ajoute presque toujours
06:11« Vous avez raison, mais le logiciel ne veut pas. »
06:16C'est tout de même étrange.
06:17En fait, ça ne nous rend pas heureux, ces affaires-là.
06:49Sous-titrage Société Radio-Canada
06:52Sous-titrage Société Radio-Canada
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