00:00Le discours que tient aujourd'hui le président Trump, il faut voir les mots qu'il emploie.
00:06Ouvrez ce putain de détroit, bande de bâtards, sinon vous vivrez en enfer.
00:19C'est un langage peu habituel sur la scène internationale,
00:23et en particulier pour un chef de guerre qui engage la vie de ces hommes.
00:33Donc, la première chose qu'il faut constater, c'est que les États-Unis sont en zone de risque.
00:39Ils n'ont pas l'initiative sur ce conflit,
00:43même si le déséquilibre de la puissance est considérablement en leur faveur.
00:47La capacité de résistance des Iraniens et de ce régime,
00:51la capacité de jouer sur leur propre terrain,
00:54qui est un terrain très hostile, on l'a vu dans la zone où ce pilote est tombé,
01:00fait qu'aujourd'hui, les Américains sont obligés, pour toute opération,
01:05de prendre en compte ce risque très grand de tomber dans les mains de l'ennemi.
01:09Ce que vous dites, c'est que Donald Trump ne contrôle pas tant que ça la situation.
01:12Lui qui dit depuis des jours, nous contrôlons l'espace aérien au-dessus de l'Iran.
01:16La réalité sur le terrain, pour vous, n'est pas exactement celle-là.
01:18Mais ils sont devant un régime qui résiste.
01:23Et devant un régime qui n'est pas sensible aux arguments employés par les Américains.
01:29L'utilisation de la force, de la violence tous azimuts,
01:32ce n'est pas quelque chose qui est farouche.
01:34Les tenants d'un régime pour qui la première préoccupation, c'est de survivre.
01:39Faire survivre ce régime.
01:40Et on connaît cette réalité asymétrique dans le jeu de la puissance.
01:45Ce n'est pas la puissance la plus forte qui a alors l'initiative et qui tient les choses.
01:51C'est celle, au contraire, qui peut employer le peu de moyens à sa disposition,
01:56mais qui peut les employer avec une détermination sans égale.
02:00Si on s'en tient au but de la guerre, tel qu'ils ont été définis,
02:04même s'ils ont un peu varié depuis le début de la guerre,
02:06le changement de régime et l'impossibilité pour les Iraniens d'avoir un jour la bombe atomique.
02:11Est-ce que vous faites partie de ceux qui disent absolument rien ne justifiait cette guerre
02:16si l'on s'en tient à l'aspect uranium enrichi ?
02:19Ou est-ce que vous dites finalement il y avait un risque et après tout les Américains font le sale
02:24boulot ?
02:25Tous les arguments qui ont été employés ne résistent pas à l'analyse.
02:30Tout simplement parce que si les États-Unis avaient véritablement voulu mettre hors jeu le programme nucléaire,
02:37nous le savions, il y avait d'autres solutions et en particulier faire ce qu'avaient fait certains de ses
02:43prédécesseurs
02:44et en particulier Barack Obama, signer un accord avec un régime qu'il a respecté à tout le moins de
02:502015 à 2018.
02:52Un accord que Donald Trump a rayé d'un trait de plume pendant son premier mandat.
02:55Est-ce que ça veut dire ?
02:56On est dans une aventure qui vise à, depuis les airs, détruire un programme nucléaire
03:02dont nous savons que quoi qu'il arrive, il comporte des acquis qui sont irréversibles.
03:11Il y a aujourd'hui un certain nombre d'Iraniens qui détiennent les clés de ce nucléaire
03:16et qui, si les conditions le permettent, sont susceptibles de refaire cette bombe.
03:20Donc il y a un chemin qui a été fait qui est difficilement réversible.
03:24Mais ce qui me paraît important, si vous me le permettez,
03:27c'est que nous voyons bien que les buts de guerre affichés n'ont pas été remplis
03:30et que les Américains, comme les Israéliens, bien que les buts israéliens, eux, étaient clairs,
03:36c'est au moins leur mérite,
03:37mais nous voyons bien qu'ils ne sont pas susceptibles d'être remplis par la force.
03:42Nous rentrons dans une autre période qui montre la véritable réalité du jeu américain.
03:48Première réalité, l'Amérique a un pouvoir très grand
03:52qui est celui de la destruction.
03:54Et on voit bien, dans l'ultimatum qui est donné,
03:57qu'aujourd'hui, la véritable capacité américaine,
04:00c'est celle qui consiste à donner libre cours à cette destruction.
04:04Quand ils affichent l'objectif de détruire les ponts,
04:07de détruire les centrales électriques,
04:09nous voyons bien qu'ils ont la possibilité d'un feu illimité
04:13visant à détruire les conditions de vie dans ce pays.
04:17Vous pensez qu'aujourd'hui, c'est devenu un but de guerre ?
04:20Détruire le quotidien des Iraniens et qu'on est entré dans autre chose
04:23où les buts de guerre qui, beaucoup variés, n'existent plus ?
04:26Les buts de guerre affichés n'ont aucune réalité.
04:29La vérité, aujourd'hui, c'est que là où ils sont inarrêtables, les Américains,
04:33c'est dans leur capacité de destruction et de rendre la vie impossible en Iran.
04:37Ça, cette puissance négative, dans une relation asymétrique avec les Iraniens,
04:42ils détiennent cette puissance.
04:45Mais il y a une deuxième réalité.
04:46Et il faut le mesurer sur chacun des plateaux
04:51où la parole s'exerce chez nous, aux États-Unis et ailleurs.
04:56C'est qu'à côté de cette logique de destruction,
04:58il y a une deuxième logique qui s'est mise en place depuis déjà un certain temps.
05:02C'est la logique de déshumanisation.
05:04Le peuple iranien, il n'est pas là.
05:06On n'en parle pas.
05:07On ne parle pas de tous ceux qui perdent la vie dans cette guerre,
05:12de tous ceux qui se retrouvent dans des conditions de vie effroyables,
05:15le plus d'un million de réfugiés au Liban.
05:18Ces femmes, ces enfants ne sont rien à côté de la cible prétendument visée,
05:25un terroriste ici, un terroriste là et au nom de ces cibles.
05:30Eh bien, cette déshumanisation de la guerre, elle est totale.
05:34Et on revient...
05:34Non, mais le portrait que vous dressez là, presque d'action par cruauté de guerre,
05:41ce serait celle d'un tirant.
05:43Vous considérez qu'aujourd'hui, Donald Trump et Benjamin Netanyahou...
05:46Et on revient au troisième point.
05:48C'est destruction, déshumanisation et déséquilibre.
05:53Nous voyons bien que la guerre est aujourd'hui dans les mains de gens
05:56dont on peut s'interroger sur leur équilibre.
05:59Quand on écoute Pitex-7, qui fait des pompes à côté des militaires,
06:04comme s'il jouait dans la même catégorie.
06:06Quand on écoute Donald Trump, j'ai cité quelques extraits.
06:09Mais nous voyons bien que le leadership américain est aujourd'hui plus que discussable.
06:14Il y a une fuite en avant.
06:16Et, M. Fauvel, il faut comprendre, ce n'est pas ma pensée que j'exprime.
06:22C'est le regard des trois quarts de l'humanité.
06:24C'est-à-dire, vous mettez ça sur le compte de la santé mentale de Donald Trump et de ses
06:28proches,
06:29d'un trait de caractère.
06:31Les trois quarts de l'humanité ont compris qu'il n'y avait aucune rationalité
06:37dans la conduite de cette guerre.
06:39Et tous les pays occidentaux le mesurent aujourd'hui.
06:42Mais vous savez que ses adversaires ont dit ça pendant toute la campagne présidentielle.
06:45Il a été élu avec des millions de voix d'avance.
06:48Mais il n'empêche que vous pouvez être un personnage tout à fait excessif
06:51et obtenir un certain soutien.
06:53Mais pour dire les choses de manière moins diplomatique que vous,
06:59vous considérez que ce homme est fou ?
07:01Pourquoi aucun pays européen ?
07:03Et Dieu sait si dans les pays européens, une grande partie de ces pays sont atlantiques.
07:09favorables à la relation atlantique.
07:11Pourquoi aucun ne le suit ?
07:13Parce que personne ne comprend ce que les Américains vont faire dans cette galère.
07:18C'est ça la réalité de cette affaire inouïe.
07:21Alors ça fait de beaux plateaux de télévision.
07:23Ça fait des images formidables.
07:26Ça fait des histoires et des récits étonnants avec des pilotes qu'on va rattraper au milieu du désert.
07:33Mais la réalité de cette guerre, elle nous renvoie à quelque chose de très cru et de très absurde.
07:40Et en tout cas de totalement inhumain.
07:42Et c'est pour cela que nous devons avoir le souci face à cela,
07:45de rappeler à l'administration Trump son humanité.
07:50Aujourd'hui, on ne peut pas agir selon son bon plaisir
07:54quand on détient dans sa main la vie de millions, pour ne pas dire de dizaines de millions de personnes.
08:00Vous parlez d'humanité, Dominique de Villepin.
08:02Est-ce que vous mettez le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou,
08:05si vous me passez l'expression, dans le même panier que Donald Trump ?
08:08Lui qui a, par exemple, fait passer une loi il y a quelques jours pour rétablir la peine de mort,
08:13mais uniquement contre les Palestiniens, qui seraient reconnus coupables, de terroristes.
08:17Est-ce que vous y voyez une faute politique, un défaut d'humanité ?
08:21Ou est-ce qu'après tout, la menace, le souvenir du 7 octobre, sont-elles qu'il peut se faire
08:26mettre ça ?
08:26Vos mots sont bien tièdes par rapport à une réalité beaucoup plus crue.
08:31La réalité beaucoup plus crue, c'est qu'il y a une logique du côté de l'administration de M.
08:38Netanyahou.
08:38Cette réalité, c'est, par tous les moyens, assurer la sécurité d'Israël.
08:44Par tous les moyens.
08:45Ce qu'on peut comprendre.
08:46Par tous les moyens de force, c'est-à-dire, sans limite, quelles que soient les destructions réalisées.
08:52C'est le cas au Liban, c'est le cas en Syrie, c'est aujourd'hui le cas en Iran.
08:57Est-ce que cela va se traduire par plus de sécurité pour Israël ?
09:00Je le dis très solennellement, non.
09:04Pourquoi ?
09:05Parce que la sécurité, à partir d'un certain moment, elle dépend de conditions politiques.
09:11Benjamin Netanyahou ne veut pas entendre parler d'objectifs politiques.
09:15Il ne veut pas d'un État palestinien.
09:16Il ne veut pas d'un compromis avec l'Iran qui placerait Israël en situation d'avoir à garder un
09:26rapport de force avec l'Iran.
09:27Donc nous sommes dans une situation où Benjamin Netanyahou, à la fois pour des raisons politiques,
09:32il est constant dans la ligne qu'il a choisie, mais aussi pour des raisons personnelles et politiques,
09:36s'installe dans la conduite d'une guerre illimitée, d'une guerre sans fin,
09:41au risque de trahir les idéaux même qui sont ceux d'Israël.
09:46Et quand on voit que cette loi est passée à la Knesset,
09:50on peut espérer que la Cour suprême ne la fera pas appliquer,
09:54qu'il a débouché le champagne.
09:55On voit bien qu'on est, alors là, clairement, il n'y a pas d'autre mot que celui-là,
09:59dans une logique d'apartheid.
10:01À partir du moment où on traite les Palestiniens différemment,
10:04à partir du moment où il y a plusieurs règles qui s'appliquent,
10:07on voit bien qu'il y a là une pente, une logique qui est désormais malheureusement fatale.
10:50Abonnez-vous !
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