00:00Oui, absolument. Alors les Allemands, ils renoncent à la prime, à l'achat, parce qu'ils ne sont pas français.
00:06Vous saviez ça ? Non. Et bien voilà. Et donc, eux, ils ont du sérieux budgétaire,
00:11ils ont une notion du déficit public, de l'endettement qui n'est pas exactement la vision française.
00:15Tout ça, c'est à la suite de la décision de la cour de Karlsruhe, qui tout récemment a rayé
00:19d'un coup 60 milliards d'euros de crédit,
00:21qui était au cœur de l'examen du budget 2024, au motif que c'était des crédits qui avaient été
00:25prévus pour Covid,
00:26et puis que le pouvoir politique les avait recyclés dans autre chose, notamment un fonds climat.
00:30Et la cour a dit non, on n'a pas le droit de recycler de l'argent, sinon c'est
00:32de la création de nouveaux crédits.
00:34Alors nous, on fait ça tout le temps en France du recyclage, mais pas en Allemagne.
00:37Et donc, les voilà devant un choc budgétaire qui a provoqué une très grave crise politique au sein de la
00:43coalition,
00:44parce qu'il y a une loi fondamentale en Allemagne qui date de 2009 et qui a inscrit un principe
00:48de frein à l'endettement.
00:49Et bien on ne badine pas en Allemagne avec les lois fondamentales, on ne badine pas avec le service budgétaire.
00:53Et donc voilà que, soudainement, la prime à l'achat pour un véhicule électrique a fait pchit.
01:04C'est un classique ça. C'est un classique.
01:07En fait, la comparaison internationale, elle tient toujours de support, soit pour dire aux gens « calmez-vous »,
01:12soit pour dire aux gens « vous n'avez pas fait les réformes ».
01:14Par exemple, quand on vous dit « mais attention, la France a le plus grand déficit »,
01:17ou « attention, la dette est plus élevée », ou « attention, les réformes du marché du travail ont été
01:21faites partout »,
01:22ou « attention, l'âge de départ à la retraite est le plus bas en France par rapport aux autres
01:25pays ».
01:26C'est toujours une façon de procéder pour que les populations acceptent les réformes.
01:31Les comparaisons internationales, elles sont intéressantes pour prendre des choses, notamment, qui ont fonctionné ailleurs,
01:36mais pas pour se comparer tout le temps pour tout et n'importe quoi.
01:38Surtout qu'au final, on sait très bien ce que veulent les gens.
01:41Un jour, il y aura un pays qui va faire travailler les gens jusqu'à 85 ans,
01:44et on nous dira « regardez, ils ont... »
01:47Et je veux dire, elles sont utilisées, moi, ce qui m'embête, c'est qu'elles sont utilisées vraiment par
01:51pur opportunisme.
01:52C'est-à-dire que quand j'étais jeune, moi, c'est toujours les États-Unis, les États-Unis,
01:57puis après j'ai commencé à faire mes études en 2000, c'était le Royaume-Uni, le Royaume-Uni,
02:00puis après ça a été l'Allemagne, puis après ça a été la Suède,
02:03et puis après on s'est dit « tiens, pour la loi travail, comme tous ces pays ont déjà passé
02:07des lois travail,
02:08il faut qu'on trouve un exemple qui, vraiment, dans la tête des Français, puisse leur dire que vraiment on
02:13est les derniers.
02:13Et donc on a sorti l'Italie. L'Italie a fait des lois à travail, donc nous, on doit les
02:16faire.
02:16Même l'Italie, regardez, un pays du Sud, avec tout le mépris qu'il y a dans le raisonnement de
02:22certains éditorialistes.
02:23Et donc la comparaison, elle sert surtout à imposer des réformes que l'on veut passer.
02:27Aussitôt, la comparaison est souvent très, très compliquée, parce que l'âge de la retraite,
02:31bon, OK, t'as des âges légaux, mais l'âge pratique, il n'est pas si différent que ça.
02:34Et puis là où l'âge pratique, il peut être de 70 ans, tu ne vas jamais dire « hé,
02:37c'est 70 ans chez vous,
02:38il faut vous mettre à 65 comme les autres. »
02:40Si à chaque fois, celui qui a le meilleur système, tu le compares aux autres, ta moyenne, elle va baisser
02:45sans fin.
02:46Et quand bien même, oui, tout à fait, c'est vrai.
02:48Et c'est d'ailleurs ce qui s'est passé avec la fiscalité au niveau européen,
02:52où le marché unique a créé une concurrence qui a fait baisser les fiscalités, la pression fiscale quasiment partout.
02:57Mais après, ce qui est intéressant, c'est aussi même quand une politique publique fonctionne bien,
03:01quand elle fonctionne bien, qu'on a des bons effets, ce qui était le cas de notre système de retraite,
03:05parce que nous avons le taux de pauvreté des retraités le plus faible au monde,
03:09même quand il y a ça, ça ne suffit pas.
03:11C'est-à-dire que le résultat est bon, oui, d'accord, ok, mais il faut travailler plus.
03:15Et puis, il n'y a jamais d'exemple contraire aussi dans les médias.
03:17Par exemple, l'Allemagne, on peut dire qu'il marche bien de certains points de vue au niveau économique.
03:22Il y a de la co-gestion sur les grandes entreprises.
03:23Oui, tout à fait.
03:24Moi, je n'entends jamais dire, il faudrait faire comme l'Allemagne,
03:26que les syndicats aussi, ils aient quand même un gros poids dans la gouvernance d'entreprise.
03:30Alors, quand est-ce la dernière fois qu'on a entendu parler de ça ?
03:32Oui, jamais.
03:33Jamais.
03:34Je ne sais pas, c'est juste.
03:35Et là, c'est le type, par exemple, de choses sur lesquelles on pourrait s'inspirer.
03:37Il y a des fois où vraiment on peut s'inspirer de ce qui a été fait ailleurs.
03:40Mais après, et puis par exemple, la retraite à points qui avait été faite en Suède,
03:44qui était quand même un des éléments du programme phare de Macron en 2017,
03:49il y avait quand même des analyses qui montraient que la majorité des Suédois
03:54avaient vu leur retraite publique diminuer.
03:56Et les femmes, d'ailleurs, je crois que c'est 90% des femmes avaient vu leur retraite publique diminuer.
04:00Donc, on voyait bien que l'effet que ça avait eu avait été plutôt négatif.
04:04Et bien, là, on ne tient pas compte de l'effet.
04:06Vous voyez, c'est un peu comme les plans d'ajustement structurel
04:08qui ont été faits dans toute l'Afrique et l'Amérique latine,
04:11et même une partie de l'Asie pendant des années, qu'on a refait en Grèce,
04:14alors que le FMI lui-même, même s'il est réappliqué,
04:17un certain nombre de voix du FMI en 2000 avaient dit que ces politiques ne fonctionnaient pas.
04:22Elles fonctionnaient pour libéraliser l'économie,
04:25elles fonctionnaient pour privatiser l'économie,
04:26elles fonctionnaient pour aller redonner la confiance à des investisseurs,
04:29mais elles ne fonctionnaient pas sur les populations.
04:31Parce que les pauvres restaient pauvres,
04:32ou les gens qui étaient comme en Grèce, qui avaient la classe moyenne,
04:35sont devenus encore plus pauvres.
04:37La Grèce, en termes de création de richesse, elle a fait un bon en arrière de 20 ans.
04:41Et on les a quand même appliquées.
04:42On en avait parlé avec Varoufakis, d'ailleurs,
04:44dans le point dont on parle très très peu,
04:45c'est surtout qu'il y a plein de jeunes en Grèce qui se quittent le pays,
04:48mais à des niveaux qui sont délirants,
04:50qui sont vraiment une fuite de la population du pays.
04:52Le dernier juin, deux mois avant,
04:55de tous les hommes et les femmes
04:58qui ont gradué de la scolaire médicale en Grèce,
05:0156% de ceux qui ont gradué ce mois, ce juin,
05:05ont abandonné le pays.
05:07Ce n'est pas un pays sustainable.
05:08Maintenant, regardez, tu le soulignes d'ailleurs dans ton bouquin,
05:11regardez le PIB, il est un petit peu monté en Grèce.
05:13Oui, c'est sûr qu'une fois que tu as perdu moins 30,
05:14tu peux faire plus 10, mais tu es encore à moins 20.
05:16En fait, on le montre très bien dans le bouquin,
05:19parce qu'il y a une carte de la Grèce où on montre les effets que ça a eu.
05:23Et on le dit bien aussi, c'est que la Grèce est une terre d'émigration.
05:26Et en fait, c'est pareil pour le Portugal.
05:27Par exemple, le Portugal, qu'on nous présente comme un miracle, le Portugal.
05:30Et quand vous regardez en fait les jeunes,
05:32les jeunes diplômés du Portugal, ils fuient le Portugal.
05:34Et ça, c'est un indicateur important.
05:36Ça veut dire que pour une grosse partie de la jeunesse,
05:37il n'y a pas un avenir qui est valable,
05:40parce que les salaires ne sont pas assez élevés, et ainsi de suite.
05:42Et donc là, c'est un signal.
05:44Bien sûr, une économie qui va très bien
05:45n'a pas un taux d'émigration de ces jeunes diplômés.
06:19Sous-titrage Société Radio-Canada
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