00:00L'agriculture industrielle, c'est la grande méchante dans la disparition des oiseaux ?
00:03Alors, il y a plusieurs causes qui se conjuguent. On peut dire que c'est la grande méchante.
00:08Dans la mesure où, par exemple, elle a un effet direct sur les insectes,
00:13et on constate une perte des populations d'insectes volants, n'importe qui qui prend sa voiture.
00:19Les gens de ma génération s'arrêtaient pour nettoyer le pare-brise.
00:24Aujourd'hui, on peut faire 500 bornes sans tuer un moucheron.
00:28Et donc, la perte des insectes a un effet, évidemment, direct sur les oiseaux,
00:34singulièrement en période de reproduction, parce qu'ils vont nourrir les poussins avec des chenilles.
00:40Et des insectes, ils ne les nourrissent pas avec des graines.
00:50Je ne sais plus si vous l'avez dit, mais 60% des oiseaux agricoles ont disparu depuis des années
00:5580.
00:56Ça dépend des espèces, mais oui.
00:58Dans la grande étude, oui.
01:02Quelles sont les causes principales ?
01:04La cause principale, vous avez commencé un peu à l'évoquer, c'est l'agriculture industrielle.
01:08C'est la grande méchante dans la disparition des oiseaux ?
01:10Alors, il y a plusieurs causes qui se conjuguent.
01:13On peut dire que c'est la grande méchante.
01:15Dans la mesure où, par exemple, elle a un effet direct sur les insectes,
01:20et on constate une perte des populations d'insectes volants.
01:24N'importe qui qui prend sa voiture, enfin, les gens de ma génération s'arrêtaient pour nettoyer le pare-brise.
01:31Bon, aujourd'hui, on peut faire 500 bornes sans tuer un moucheron.
01:35Et donc, la perte des insectes a un effet, évidemment, direct sur les oiseaux, singulièrement en période de reproduction,
01:43parce qu'ils vont nourrir les poussins avec des chenilles et des insectes.
01:48Ils ne les nourrissent pas avec des graines.
01:51Plus tard, ça change.
01:53Donc, globalement, dans les causes du déclin, il y a plusieurs facteurs.
01:59L'un des facteurs essentiels, c'est l'artificialisation.
02:04La manière dont le béton et l'asphalte vont ronger les terres agricoles et naturelles
02:11à hauteur de pas loin de 30 000 hectares par an.
02:14Ça veut dire qu'on calcule globalement qu'en 7 à 10 ans, c'est l'équivalent d'un département.
02:21Alors, quand on parle de ZAN, cette loi qui a été votée, zéro artificialisation nette,
02:29en vérité, on ne veut pas dire qu'on arrête de construire.
02:32On veut dire qu'on ne construit plus n'importe comment.
02:35Quel avenir on veut pour notre paysage ?
02:38Et l'idée, c'est de réemployer les friches.
02:42C'est de faire du photovoltaïque, non pas au ras de la végétation ou des cultures,
02:52mais plutôt, là encore, dans des friches industrielles, des parkings, des trucs comme ça.
02:58C'est ça, l'idée.
03:00Alors, je conviens que le mot zéro artificialisation nette est sûrement apparu comme quelque chose de violent,
03:07qui a conduit certains élus à faire la guerre, à cette grande idée.
03:14Mais la grande idée, c'est de réduire l'artifice.
03:17Quand vous voyez qu'il y a près de 50 000 ronds-points en France,
03:22on est les rois du rond-point.
03:25Alors, je vois bien qu'il en faille pour des raisons de sécurité, de fluidité, que sais-je.
03:31Mais pas n'importe où, vous avez des ronds-points à la sortie de n'importe quel petit village.
03:37Donc, c'est la parcellisation de la nature, alors que tout au contraire,
03:43on doit se battre pour les trames vertes, végétation, bleues, les rivières et noires.
03:50C'est la pollution lumineuse.
03:52Donc, on veut des trames vertes, bleues et non polluées dans le ciel.
03:59– Un autre facteur, et qui est moins facilement préhensible,
04:03c'est celui du réchauffement climatique.
04:05Quelle incidence il peut avoir sur les oiseaux ?
04:08Est-ce qu'on se doute que c'est grandissant ?
04:10Et quels oiseaux ça concerne ?
04:12Pareil, là, on se dit que ça doit concerner probablement les migrateurs,
04:15mais sans doute plus que ça.
04:16– Alors, figurez-vous que c'est le pire le plus souvent.
04:20Dans l'état des connaissances du moment, ça peut être le meilleur.
04:23Je vais vous donner un exemple.
04:25Les cigognes blanches, quand elles naissent,
04:28leur premier vol migratoire génère une perte de 75% des populations.
04:36C'est considérable.
04:38Pourquoi ? Parce qu'il y a la zone de désertification qui s'étend,
04:45parce qu'il y a les éoliennes, parce qu'il y a de la chasse,
04:49parce qu'il y a de la fatigue, parce qu'il y a moins de lieux de repos, etc.
04:53Il y a 75%.
04:54Or, on constate qu'actuellement, il y a à peu près 1 500 cigognes
05:01qui ne partent plus en migration, parce que le climat est favorable,
05:05et il y a de la bouffe.
05:07Et paradoxalement, parce que rien n'est jamais simple,
05:11c'est peut-être grâce aux écrevisses de Louisiane,
05:16qui sont des pasives, contre lesquelles on se bat,
05:19parce qu'elles sont en concurrence avec les écrevisses à pâte blanche,
05:25c'est peut-être grâce à ces écrevisses de Louisiane
05:28que finalement, les cigognes peuvent survivre et ont de l'alimentation.
05:34Donc pour en revenir à la migration, c'est plutôt positif,
05:39parce qu'au printemps, elles sont en pleine forme,
05:42et il y a moins de mortalité, donc c'est bien.
05:45Mais je vais vous prendre deux exemples.
05:49L'un que je trouve sympa, qui est le fruit d'un travail
05:53porté par un laboratoire du CNRS au sud de Toulouse,
05:59ils ont aménagé des volières,
06:02qui ne sont pas fermées par du grillage,
06:04mais une forme de tissu,
06:08et il y a une vingtaine de volières
06:11reliées les unes aux autres par un corridor.
06:16Et on arrive à maintenir des températures
06:19dans chacune des volières.
06:21Et notamment, on a mis des températures
06:23qui pouvaient faire deux degrés de plus,
06:26qui est à minima ce qu'on risque de vivre
06:29dans les décennies à venir.
06:31Et là, on a lâché à l'intérieur des papillons,
06:35des escargots, une petite faune comme ça,
06:37parmi lesquelles les lézards vivipares.
06:41Et il s'est passé quelque chose de bouleversant,
06:44j'ai envie de dire.
06:45Ils ont constaté que face à la potentialité
06:49pour les lézards de choisir une stratégie
06:53d'aller vers le frais, le chaud,
06:55ou de rester dans l'état,
06:57les lézards ont discuté entre eux.
07:00Alors, ils ne parlent pas comme je parle avec vous.
07:03C'est olfactif.
07:04On se parle en olfactif chez les lézards.
07:07Et donc, il y a eu un échange avéré,
07:10scientifiquement reconnu.
07:11Et certains des lézards ont choisi d'aller à la fraîche,
07:15d'autres sont restés plus bons.
07:19Et j'ai dit aux scientifiques,
07:21mais c'est fascinant,
07:23des êtres qui se réunissent
07:25et qui adoptent une stratégie,
07:27mais c'est le début de la culture.
07:29Ah là, on ne peut pas dire ça,
07:30mais en même temps, on ne peut pas dire le contraire.
07:33Et ça, c'est une longue parenthèse que je fais,
07:36mais ça nous amène à quoi ?
07:38Mais le devoir de respect de l'individu.
07:41Vous m'avez parlé d'espèces, de populations.
07:44On en vient même à parler de stocks ou de ressources.
07:47Et on oublie que derrière ces mots,
07:50il y a une multitude d'individus,
07:53pour ceux qui sont les plus élaborés,
07:56qui ont une sensibilité particulière,
07:59mais ça va jusqu'au céphalopode,
08:02enfin bon.
08:03Eh bien, il faut savoir donc
08:06qu'il y a une sensibilité,
08:08potentiellement une souffrance,
08:10pour certains individus.
08:12C'est la capacité de solidarité,
08:15de tricher, de rigoler.
08:17Mais ils ne sont pas si loin que ça de nous autres.
08:21Donc je referme la parenthèse,
08:24et ça m'amène quand même à conclure
08:26que quand on parle d'une espèce,
08:30notamment chez les mammifères, les oiseaux,
08:33pensons qu'on a affaire à des individus.
08:36Je ne veux pas jouer les François d'Assise,
08:39mais sont nos frères d'une certaine manière,
08:41en tout cas des cousins proches.
08:43Alors je vais répondre à la question
08:45que vous ne m'avez pas posée.
08:47Qu'est-ce qui se passe pour les lézards vivipares
08:49qui ont été choisir de vivre à 2 degrés de plus ?
08:54Eh bien, figurez-vous qu'ils ont été en suractivité.
08:57Et la maturité sexuelle est en principe à 2 ans.
09:02Et là, dès la première année,
09:04ils pouvaient avoir des jeunes.
09:05J'ai dit aux scientifiques,
09:07mais c'est une très bonne nouvelle.
09:08Mais non, voilà, c'est pas une bonne nouvelle.
09:10Parce que cette suractivité les fatigue
09:13et ils vont mourir plus tôt.
09:15Et on constate que la mortalité
09:18n'est pas compensée par la natalité.
09:21C'est-à-dire qu'à 2 degrés de plus,
09:23l'espèce peut être amenée à disparaître.
09:25Il y aura bien sûr certains lézards
09:28qui vont tenter de monter.
09:31Mais on voit bien que grimper
09:33pour retrouver la fraîcheur,
09:35Eh bien, ça réduit le territoire.
09:38Ça augmente les conflits potentiels.
09:41Enfin, voilà.
09:42Je pourrais vous dire,
09:43sans être trop long,
09:45que les tortues,
09:47non, les tortues,
09:48quand elles pondent,
09:49elles vont pondre dans un coin de sable,
09:53l'autre un peu sous un arbre.
09:55Bon.
09:55Ça nous donne une incubation naturelle moyenne
09:58de 28 degrés.
10:01Au-dessus de 28 degrés.
10:02Ça, c'est pour les tortues luttes ?
10:03Pour les tortues, luttes ou d'autres.
10:06C'est globalement...
10:07Au-dessus, c'est des mâles qui naissent.
10:11Autant pour moi.
10:12Au-dessus, ce sont des femelles qui naissent.
10:15En dessous de 28 degrés sont des mâles.
10:17Et il y a un équilibre qui se fait
10:19dans les naissances
10:21par l'endroit spécifique de chaque nid.
10:24Eh bien, 2 degrés de plus,
10:26il n'y aura que des femelles.
10:27Il n'y a plus la capacité de reproduction.
10:30On pourrait parler du corail,
10:32qui est un être vivant et bien d'autres choses.
11:02Sous-titrage Société Radio-Canada
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