00:10Comment améliorer les substitutions d'avocats ?
00:13On en parle tout de suite avec mon invité, Adeline Huron, cofondatrice de Lexarro.
00:17Adeline, bonjour.
00:18Bonjour Arnaud.
00:19On va parler ensemble de substitutions d'avocats.
00:23Concrètement, de quoi s'agit-il ?
00:26Aujourd'hui, on a souvent la problématique où on ne peut pas assister à une audience
00:30parce qu'on en a une autre, ou alors on a une difficulté de dernière minute.
00:34Et en pratique, on demande à un confrère qui est déjà présent de nous substituer,
00:38donc de nous remplacer à cette audience.
00:40C'est pertinent quand on n'a pas besoin notamment de connaître le fond du dossier
00:44sur toutes les audiences de procédure, ce qui permet de nous faire gagner du temps.
00:48Comment ça se passe en pratique ?
00:52Concrètement, la première étape, c'est d'obtenir le rôle de l'audience,
00:55puisque ça nous permet de savoir quel avocat est présent.
00:58Et ensuite, on va les appeler un à un pour savoir s'ils acceptent de nous substituer,
01:02pour être sûrs qu'eux-mêmes ne se font pas déjà substituer.
01:05Donc ça, ça peut prendre un certain temps parce que le rôle peut être disponible sur RPVA,
01:10mais ce n'est pas toujours le cas.
01:11Par exemple, en procédure prud'homale que je pratique,
01:14on est obligé d'appeler le greffe parce qu'on ne l'a pas sur le RPVA.
01:17On n'a pas tout de suite le greffe, selon les disponibilités.
01:20Des fois, ça peut prendre un petit peu de temps.
01:22Donc ça, c'est la première contrainte.
01:24Et puis après, ça va être tous les échanges de mails avec le confrère
01:28pour fixer les modalités de la substitution,
01:31transmettre les éléments du dossier,
01:33et puis en dernier lieu, recevoir finalement la décision du magistrat,
01:38voir si tout s'est bien passé, avoir la date de renvoi ou la date de plaidoirie.
01:42En définitive, ça semble assez fastidieux, non ?
01:45Alors ça prend beaucoup de temps.
01:46En fait, c'est des démarches qui sont chronophages.
01:49Les barreaux ont mis en place un système qu'on appelle le mandatement commun
01:52pour essayer un petit peu de réduire les pertes de temps.
01:55L'idée, c'est qu'ils désignent un avocat qui est mandaté officiellement par l'ordre
02:00pour centraliser les instructions des confrères.
02:02Moi-même, j'ai été mandatée par le barreau de Grenoble
02:05pendant deux années consécutives sur l'audience de mise en état devant le conseil de Prud'homme.
02:09Et donc l'idée, c'est que les confrères me transmettent leurs instructions
02:11via des fiches papiers actuellement.
02:13Et je suis la seule à me déplacer à l'audience.
02:16Donc, par exemple, j'avais une quarantaine de dossiers par audience.
02:20Et ça me prenait environ deux heures.
02:22Donc ça permet vraiment de leur faire gagner du temps
02:23parce que si on est le dernier dossier du rôle, on perd finalement la matinée.
02:27Bien sûr.
02:28Et le constat que vous faites, est-ce que ça fonctionne bien ce mandatement aussi ?
02:33Alors, sur le principe, moi je trouve ça génial
02:34parce que ça permet justement de rentabiliser le temps des avocats.
02:37Il y en a un qui se dévoue pour les autres
02:39et c'est aussi l'esprit de confraternité qui est assez important au sein de la profession.
02:44Par contre, aujourd'hui, la problématique, c'est le support qui est utilisé
02:47puisque majoritairement dans les barreaux, ce sont des fiches papiers.
02:50Ça présente plusieurs limites
02:51puisqu'il faut se déplacer au palais de justice
02:54pour déposer la fiche papier dans la case de l'avocat de permanence.
02:57On inscrit l'instruction,
02:59mais vu que la fiche est déposée quelques jours avant,
03:01on a toujours un aléa la veille, par exemple, des conclusions
03:04ou des nouvelles pièces qui nous forcent finalement à modifier notre instruction.
03:08Et vu qu'on ne peut pas récupérer la fiche, comment ça se passe ?
03:10On va appeler, envoyer un SMS, un mail à l'avocat de permanence.
03:14Donc, ça multiplie les canaux
03:15et ça génère des risques d'erreur pour l'avocat de permanence.
03:18Alors, justement, face à ce constat,
03:20vous avez décidé de développer une application sur les substitutions d'avocats.
03:25Donc, c'est Lexaro.
03:27Pouvez-vous nous la présenter ?
03:28Oui.
03:29Donc, Lexaro, c'est une plateforme de mise en relation entre avocats
03:32qui simplifie les substitutions.
03:34On a une double approche.
03:36Tout d'abord, une approche collective auprès des barreaux
03:39puisqu'on les accompagne dans la mise en place du mandatement commun
03:42quand ça n'existe pas encore.
03:43Ou alors, justement, pour digitaliser le process
03:46quand on a des fiches papiers
03:47pour permettre d'optimiser et de rendre le process plus rapide et efficace.
03:52Donc, ça, c'est le premier volet.
03:53Et le deuxième volet, en dehors de ces audiences de permanence,
03:56c'est vraiment quand l'avocat, par exemple, moi, je suis à Grenoble,
03:59j'ai une audience à Paris,
04:01sachant que je suis plutôt sur le secteur isérois,
04:03je n'ai pas de contact à Paris.
04:05L'idée, c'est de donner de la visibilité à cet avocat
04:08pour qu'il trouve tout de suite un volontaire
04:10et qu'il puisse lui transmettre son instruction.
04:12Donc, c'est pertinent quand on n'a pas encore de réseau développé.
04:15Je pense notamment aux avocats qui s'installent
04:17ou les jeunes collaborateurs qui n'ont pas encore de carnet d'adresse.
04:21Concrètement, comment s'organise la substitution via l'application ?
04:25Alors, concrètement, l'avocat qui a besoin de se faire substituer
04:28va renseigner les informations sur son audience.
04:31Et donc, nous, c'est vraiment précis sur une ville, une date,
04:34avec un horaire devant une juridiction identifiée
04:37pour un type d'audience identifiée.
04:39Parce que dans la plupart des cas, c'est plutôt,
04:41on dit qu'on est disponible sur tel créneau horaire pour une ville.
04:46Donc là, c'est vraiment sur une audience clairement identifiée.
04:49Il va rentrer les informations sur les parties, le numéro RG,
04:53puis transmettre son instruction à l'avocat volontaire
04:55qu'il voit directement.
04:57Et cet avocat se sera inscrit au préalable
04:59pour réceptionner les instructions.
05:01Et ensuite, tout se passe sur la plateforme.
05:03L'idée, c'est vraiment de centraliser l'ensemble des éléments.
05:06Donc, on peut transmettre les pièces du dossier.
05:09On peut échanger dans une messagerie sécurisée, cryptée.
05:12Pour avoir des précisions.
05:13Voilà, si on a des questions, exactement.
05:16Donc, c'est crypté, ça permet de garantir la confidentialité des échanges,
05:21ce qui est aussi un élément important au niveau de la déontologie.
05:24Et puis après, le volontaire en audience va faire remonter la solution.
05:29Donc, c'est instantané côté avocat déposant.
05:31Il reçoit une notification pour avoir l'information.
05:34Et le volontaire, lui, va pouvoir intervenir soit à titre gracieux,
05:38soit contre rémunération.
05:40Comment s'est définie, la rémunération ?
05:42Alors, c'est lui qui le fixe librement.
05:44Nous, on n'intervient pas du tout.
05:46Donc, comme ça, chacun fixe vraiment en fonction de son savoir-faire.
05:49Et on voulait aussi vraiment laisser la possibilité d'intervenir à titre gracieux,
05:53puisque, comme dit, c'est le principe de confraternité.
05:56Quand on est à une audience et qu'on prend un renvoi pour un confrère,
06:00l'usage, c'est de le faire à titre confraternel.
06:02Donc, voilà.
06:03On voulait vraiment garder cet esprit.
06:04C'était important pour nous.
06:06Et s'il demande une contrepartie financière,
06:09à ce moment-là, il a à disposition un service de paiement sécurisé en ligne,
06:13ce qui vient lui garantir que l'argent est provisionné,
06:16puisque, vu qu'il intervient souvent en urgence,
06:18il peut avoir des risques d'impayés.
06:20Donc là, on lui propose de séquestrer l'argent,
06:23qui est ensuite débloqué une fois qu'il a réalisé son intervention.
06:26Et puis, on émet aussi directement la facture derrière.
06:29D'accord.
06:30Donc, c'est vraiment très complet.
06:31Vous êtes à quel stade de développement aujourd'hui ?
06:35Alors là, la plateforme, elle est stabilisée après un an de développement
06:38et une période de six mois de tests, à peu près.
06:41On a fait le lancement officiel en février.
06:44Voilà.
06:44Donc là, on est...
06:45C'est tout récent.
06:46C'est tout récent.
06:47On est vraiment dans la phase où on essaye de faire grandir
06:50la communauté d'avocats sur la plateforme.
06:53Vous parlez de faire grandir la communauté.
06:55Aujourd'hui, il y a combien d'avocats ?
06:57Aujourd'hui, on est à peu près à 250.
06:59D'accord.
06:59Et l'ambition, c'est tous les barreaux de France ?
07:02Ah oui, tout à fait.
07:03Vu que voilà, l'avantage, c'est que ça marche au niveau national.
07:06Donc là, on est implanté dans à peu près 35 barreaux.
07:08Donc l'ambition, c'est de couvrir l'ensemble des barreaux d'ici la fin de l'année.
07:12Et vous avez envisagé des partenariats avec le CNB, par exemple ?
07:16Alors, on a plusieurs partenariats.
07:19Déjà, le premier objectif, c'est avec les barreaux,
07:21puisque l'idée, c'est que si on les accompagne dans le cadre des permanences,
07:25ensuite, les confrères utiliseront aussi l'application dans le cadre des audiences extérieures aux barreaux.
07:30Et puis, on a aussi des partenariats avec d'autres légaltechs pour faire vivre la communauté,
07:36parce que l'idée, c'est aussi d'apporter des avantages concrets aux membres de l'XARO.
07:40Et donc, il bénéficie de tarifs préférentiels et de certaines conditions plus favorables
07:45que s'il passait en direct avec ce prestataire.
07:48D'accord. C'est quel type de légaltech ? Quel type de service ?
07:51Alors, par exemple, on a EICU, l'IA juridique.
07:53On a aussi un CRM, applicable à l'avocat.
07:56Et Law Designer, qui est un logiciel de légal design.
07:59Le but, c'est de pouvoir fournir d'autres services aux avocats qui utilisent votre plateforme.
08:04Exactement.
08:05Et pour terminer, c'est quoi les perspectives de développement pour les semaines qui viennent ?
08:10Eh bien, là, ça serait de signer un premier barreau.
08:13Donc, on est en discussion très avancée avec un barreau, notamment.
08:17Je ne préfère pas m'avancer tant que ce n'est pas signé.
08:20Mais voilà, on espère une réponse positive.
08:22Et puis après, c'est avoir le plus de confrères possible d'ici la fin de l'année.
08:27On va conclure là-dessus.
08:29Merci Adeline Huron.
08:30Je rappelle que vous êtes cofondatrice de l'ex-ARO.
08:33Merci à vous.
08:34Tout de suite, on continue.
08:35On va parler régulation de l'IA et des plateformes.
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