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Coronavirus. Français, Italiens et Espagnols ont répondu à la crise en ordre dispersé. Code source refait le film des événements en trois épisodes. Récit.

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Transcription
00:01Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12L'Europe est le continent le plus touché par l'épidémie de Covid-19.
00:16Et en Europe, l'Italie, l'Espagne et la France sont les pays qui déplorent le plus grand nombre de
00:21morts.
00:21Comment ont-ils vu cette épidémie arriver ? Comment gèrent-ils la crise ? Se sont-ils concertés ?
00:27Codesource refait le film des événements en trois épisodes avec Henri Vernet du service politique du Parisien,
00:33Henri Delaguerri, correspondant du Parisien et d'Europe 1 en Espagne, à Barcelone,
00:37et Blandine Hugonnet, correspondante du Parisien en Italie.
00:44Cette épidémie débute en France le 24 janvier, quand trois premiers cas sont recensés sur le territoire.
00:50Blandine Hugonnet, vous êtes notre correspondante à Rome.
00:53En Italie, quand est-ce qu'on commence à parler du Covid-19 ?
00:56Alors c'était à la fin du mois de janvier, avec cette mise en quarantaine d'un énorme bateau de
01:01croisière,
01:01c'était à côté de Rome.
01:02Et à bord, il y a 7000 passagers qui vont rester bloqués 48 heures sur ce bateau.
01:08Il y avait deux cas suspects à bord qui finalement vont s'avérer négatifs.
01:11Mais c'est vrai que c'est la première grosse frayeur du coronavirus en Italie.
01:14D'autant que le lendemain, les deux premiers quatre personnes infectées sont dépistées ici à Rome.
01:19Ce sont deux touristes chinois qui vont être hospitalisés.
01:21Et c'est aussi à ce moment-là que le gouvernement italien va décréter pour la première fois de l
01:25'histoire de la République italienne
01:27un état d'urgence sanitaire.
01:29Et après, ce qui marque surtout en Italie, c'est la découverte du premier cas italien.
01:35C'est à Codogno.
01:36C'est une petite ville de 16 000 habitants en Lombardie, dans le nord,
01:39qui est à 60 kilomètres environ au sud de Milan.
01:41Et ça, c'était le 20 février précisément, qu'on considère comme le début de l'épidémie en Italie.
01:48Et donc, qui est le premier Italien touché par le Covid-19 ?
01:51Alors, c'est un homme qui s'appelle Mattia.
01:54Il a 38 ans.
01:55Il est cadre chez Unilever.
01:57La multinationale a une branche dans le coin.
02:00Et on le décrit plutôt sportif, même marathonien.
02:03D'ailleurs, il est en bonne santé.
02:04Mi-février, il ne se sent pas très bien.
02:06Il finit par aller chez son médecin et ensuite aux urgences de cette ville de Codogno,
02:10avec une sorte de pneumonie, sauf qu'il ne répond à aucun traitement.
02:13Alors, il est renvoyé d'abord chez lui et son état se détériore.
02:16Il va retourner aux urgences.
02:18Et là, il y a une anesthésiste de l'hôpital qui va apprendre par la femme de ce patient
02:23qu'en fait, il a dîné trois semaines plus tôt avec un collègue qui revenait de Chine.
02:26Et c'est justement avec cette information qui lui met la puce à l'oreille
02:30que le médecin décide de se procurer un test.
02:32Parce qu'à ce moment-là, en Italie, ça ne se faisait pas vraiment de tester les patients dans les
02:35hôpitaux.
02:36Donc, elle décide de faire ça.
02:37Et Mattia est dépistée positive au coronavirus.
02:39En plus, il est dans un état grave qui va nécessiter très rapidement de le transférer dans un autre hôpital
02:45pour le mettre sous respirateur artificiel.
02:47Et après, en testant tout son entourage, mais aussi une grande partie de la population de cette ville,
02:51en fait, les médecins vont découvrir que beaucoup sont contaminés,
02:54à commencer par sa femme qui est enceinte de huit mois et qui va être, elle aussi, hospitalisée un certain
02:58temps.
02:59Un ami de son club de foot, déshabitué du bar de son père.
03:02Bref, ce patient que la presse appelle le patient 1 va malheureusement, malgré lui,
03:07contaminer aussi beaucoup de soignants.
03:10Et voilà, la ville de Codogno va vraiment devenir le tout premier foyer de l'épidémie en Italie à ce
03:14moment-là.
03:15On parle beaucoup là-bas du patient numéro 1.
03:17Les épidémiologistes estiment qu'à lui tout seul, Mattia est à l'origine de la majorité des contaminations dans le
03:22pays.
03:23Et peut-être même, c'est une hypothèse, peut-être même de toutes.
03:25Et à ce moment-là, donc, les Italiens s'intéressent à ce patient 1, Mattia, on s'identifie à lui
03:30?
03:30Oui, on s'identifie pas mal à lui.
03:32Ça va être très suivi médiatiquement parce que c'est le premier cas italien,
03:35puisque les premiers cas étaient des Chinois.
03:37Donc, c'est vrai que là, ça marque quand même la population, en particulier le nord de l'Italie.
03:42On commence à s'interroger sur cette épidémie qui prend de l'ampleur tout d'un coup, soudainement,
03:46cette fin février, alors qu'on ne s'y attendait pas et que ce qui se passait en Chine paraissait
03:50encore très très loin.
03:50Et le 24 février, les autorités italiennes prennent des mesures fortes.
03:54En fait, à ce moment-là, il y a 150 cas dépistés.
03:57Alors, c'est pas encore énorme, mais c'est vrai que le gouvernement s'inquiète très rapidement
04:00et décide de décréter cette zone rouge.
04:02Zone rouge de confinement très stricte pour 11 communes, 10 autour du foyer de Codogno, donc près de Milan.
04:08Et cette 11e ville, c'est celle où il y a eu le premier décès.
04:11Et en tout, il y a à peu près 52 000 personnes qui sont interdites soudainement d'entrer et de
04:15sortir de leur ville,
04:16qui sont mises en quarantaine.
04:17Et puis, l'État va aussi décider de débloquer des aides pour cette zone rouge.
04:21Près d'un milliard d'euros vont être débloqués.
04:24Et malgré tout ça, le virus continue à circuler en dehors de la zone rouge.
04:28C'est vrai que ça a posé beaucoup de questions ici.
04:31Et parmi les hypothèses qui ont été évoquées pour expliquer cette propagation très rapide du virus dans le Nord,
04:38il y a eu une rencontre sportive, un match de foot entre Bergame et Valence,
04:43huitième de finale de la Ligue des champions.
04:45C'était le 19 février, c'est-à-dire la veille du début officiel de l'épidémie constituée au 20
04:51février.
04:51Et ce match qui a eu lieu à Milan dans le stade mythique de San Siro,
04:56et bien à l'intérieur, il y avait près de 45 000 supporters italiens pour l'équipe de Bergame.
05:02C'est à peu près un tiers de la population de Bergame qui était dans ce stade.
05:05Le reste, c'est des supporters espagnols.
05:07Et finalement, un mois après, plusieurs médecins ont pointé du doigt cette rencontre
05:12en dénonçant le match zéro, comme on parlerait d'un patient zéro.
05:15L'Organisation mondiale de la santé va même aussi dire que c'est un accélérateur
05:19de la propagation de l'épidémie dans le Nord,
05:21que c'est ce match qui est responsable de l'explosion du nombre de cas de Covid-19,
05:25en particulier à Bergame et à Milan, qui sont devenus ensuite des épicentres de l'épidémie.
05:30Même si c'est vrai que pour l'instant, aucune étude ou aucune recherche
05:33n'a pu prouver qu'il y avait un lien entre ce match et la propagation de la contamination.
05:40Pendant ce temps, en Espagne, Henri de Laguerrie, le 24 février, un premier cas est découvert ?
05:46Oui, effectivement, le 24 et le 25, il y a en fait plusieurs cas qui sont découverts
05:51et tous sont des cas importés en provenance d'Italie.
05:54On a un couple de médecins italiens qui passent ses vacances aux îles Canaries qui est détecté.
06:01On a un étudiant qui était en Italie, un espagnol qui rentre chez lui à Madrid détecté également
06:06et un autre cas à Barcelone.
06:09Mais c'est vrai qu'à cette époque-là, on se dit que ce ne sont que des cas importés,
06:12tout à fait isolés, qui viennent d'Italie.
06:14Donc il n'y a pas d'inquiétude.
06:16Pourtant, le 26 février, deux jours après seulement,
06:18on a un premier cas local à Séville, en Andalousie.
06:22Et là, c'est vrai qu'on commence tout juste à se poser des questions,
06:26même si on regarde ça avec pas mal de distance et pas franchement d'inquiétude.
06:32Et est-ce que des mesures sont prises par Madrid ?
06:34Non, absolument pas.
06:35Il n'y a aucune mesure qui n'est prise.
06:37Encore une fois, on dit qu'il ne s'agit que de cas isolés,
06:39que finalement, le virus n'est pas réellement arrivé en Espagne.
06:43D'ailleurs, je me souviens, le mercredi 25 ou 26,
06:46il y avait ce huitième de finale avec des champions
06:48Real Madrid-Manchester City que j'ai couvert pour Europe 1.
06:51Je me trouve dans le métro pour aller au stade.
06:54Et là, on était compressé.
06:55Tous les supporters étaient amassés dans ce métro.
06:59Et à ce moment-là, personne ne se pose la question de savoir
07:01si c'est bien raisonnable ou pas.
07:03Et puis, trois jours après, le samedi 29 février,
07:07100, 120 000 personnes catalans du Sud, des Espagnols,
07:10se rendent à Perpignan pour un meeting avec l'ancien président indépendantiste
07:15Carles Pouche-de-Monde.
07:16Et là, c'est pareil.
07:17Il y a 100 000 personnes à Perpignan, des Espagnols,
07:20qui attendent Carles Pouche-de-Monde,
07:22qui sont massés au parc des expositions près de Perpignan.
07:25Et là aussi, aucune mesure de sécurité n'est prise.
07:28Et vraiment, à cette époque-là, en Espagne,
07:30en tout cas, on ne se pose pas vraiment la question de mesures particulières.
07:38À ce moment-là, la France compte un premier mort français du Covid-19.
07:42Et malgré les premières mesures de confinement en Italie,
07:44Henri Vernet, là encore, un match de foot est maintenu,
07:48le match de Ligue des Champions Lyon-Turin.
07:50Oui, il est maintenu.
07:51Et le gouvernement, par la voix notamment d'Olivier Véran,
07:53le nouveau ministre de la Santé,
07:55il est en poste depuis quelques jours seulement,
07:58justifie cette décision, ce maintien,
08:00en disant que oui, mais la Juve, c'est Turin,
08:02et Turin, c'est dans le Piémont,
08:03on n'est donc pas dans la zone rouge de Lombardie.
08:06Il n'y a pas de malade identifié à Turin.
08:09Et Turin se situe à 200 kilomètres
08:12des zones dites à risque italiennes.
08:15Il n'y a donc pas de données scientifiques,
08:17de données médicales, de données épidémiologiques.
08:20Il n'y a pas lieu d'empêcher ces personnes
08:22de se rendre à un match de football.
08:253 000 supporters italiens sont autorisés
08:27à franchir la frontière, ils viennent à Lyon.
08:29Et on voit même des typhosies qui se répandent
08:32dans les rues, dans les tramways.
08:33Et qui ironisent sur la situation,
08:35qui s'amusent un petit peu à tousser
08:37aux abords des groupes de personnes.
08:39Mais les supporters lyonnais ne sont pas en reste.
08:41Ils étaient eux également les premiers
08:43à demander à ce qu'on maintienne le match.
08:46Alors évidemment, tout ça paraît un peu curieux,
08:48parce que, ok, on a beau dire que
08:49ce n'est pas la zone rouge,
08:50il n'empêche qu'en France,
08:52on a quand même déjà commencé à suspendre des marathons,
08:55à interdire des marathons, d'autres rassemblements.
08:58Donc on ne voit pas exactement la différence
09:00entre un match de foot où les supporters,
09:03les spectateurs s'entassent dans un stade,
09:05et un marathon où tout autre manifestation sportive,
09:08et notamment un rassemblement de plus de 5 000 personnes,
09:10puisque c'est ça qui, à l'époque,
09:11est déjà suspendu.
09:13Certains avancent des enjeux financiers qui seraient là.
09:17On sait qu'on parle beaucoup de lobbies assez puissants,
09:19dans le football, dans les droits de télé.
09:21Évidemment, le gouvernement coupe court,
09:22mais enfin, ces critiques existent aussi bien
09:24dans l'opposition que dans la majorité.
09:29Le 27 février, Emmanuel Macron se rend à Naples
09:32pour un sommet avec le chef du gouvernement italien,
09:35Giuseppe Conte.
09:37Nous sommes ravis aujourd'hui d'avoir accueilli ici à Naples
09:42M. le président Macron et les ministres du gouvernement français
09:46pour le 35e sommet intergouvernemental entre nos deux pays.
09:52Quel est l'objectif de sa visite ?
09:54Alors, en fait, la visite, le sommet, bien évidemment,
09:56il était planifié de longue date.
09:58C'est vrai qu'à ce moment-là, la question du report s'était posée.
10:02J'ai eu un conseiller de l'Elysée qui me l'a expliqué,
10:04mais Emmanuel Macron lui-même a tranché.
10:06Il a dit, écoutez, si on annule ce sommet maintenant,
10:09ce sera un mauvais signal de solidarité donné aux Italiens.
10:12En plus, il se trouve pour la petite histoire
10:13que c'est le président lui-même qui a choisi la ville de Naples
10:16parce que c'est un fanat du théâtre napolitain,
10:19notamment de Édouard Donne-Philippo.
10:21Donc, il y a une connivence culturelle.
10:23Donc, il a tenu, le chef de l'État, à honorer cet engagement.
10:27Évidemment, l'objectif, il n'est pas extraordinaire sur le papier.
10:30Il s'agit juste de conforter un accord sur un chantier naval commun,
10:34de confirmer qu'on fera bien le tunnel Yon-Turin.
10:37Enfin, bref, des choses qui auraient pu parfaitement attendre.
10:39Mais donc, on est plus là dans l'ordre du symbole,
10:42dans l'affichage d'une espèce de solidarité.
10:43En plus, la France vient de renouer avec l'Italie,
10:46avec laquelle elle était en froid depuis deux ans.
10:48Donc, il y a un peu de tout ça.
10:50Mais quand même, ce qui est très étonnant dans ce sommet,
10:52on est le 27 février.
10:54Donc, la maladie est malheureusement déjà installée.
10:56Et pourtant, les deux hommes, Giuseppe Conte et Emmanuel Macron,
11:00ils font un bain de foule à Naples.
11:02Ils serrent des mains.
11:03Alors, on me dit que le bain de foule était plus court
11:06qu'il ne l'aurait été en temps normal.
11:07Mais on retient cette image des dirigeants français et italiens,
11:11main dans la main et main dans la main, avec la foule à Naples.
11:16Le 5 mars, alors que la France vient de prendre
11:18les premières mesures contre le virus,
11:21un stock de masques, partie de la Suède,
11:23est destiné à l'Espagne et l'Italie.
11:25Ce stock de masques disparaît à Lyon.
11:28Oui, alors ça, c'est une histoire qui est très curieuse.
11:30En fait, ce qui se passe, c'est qu'à ce moment-là,
11:32la France a pris un décret de réquisition sanitaire.
11:36C'est-à-dire que tous les matériels, style masque,
11:40matériel médical plus complexe qui se trouvent sur le territoire
11:42sont réquisitionnés.
11:43Et cette société suédoise, elle a en fait sa plateforme logistique
11:48pour l'Europe du Sud qui est installée à Lyon.
11:50Et il se trouve qu'à ce moment-là,
11:52ils sont stockés 4 millions de masques
11:54qui sont destinés à l'Italie et à l'Espagne.
11:57Et donc, ils se trouvent soudain bloqués par force de ce décret,
12:01alors qu'il n'était pas prévu pour la France.
12:03Dans un premier temps, disons que l'affaire reste assez discrète.
12:07Ce sont des tractations directes entre les responsables de l'entreprise
12:11et les autorités françaises.
12:12Mais comme ça bloque,
12:13ils finissent par alerter leurs autorités à eux, à Stockholm.
12:16Et puis, l'ambassadrice suédoise à Paris,
12:19qui va jouer un rôle assez important auprès du gouvernement français
12:23pour essayer d'obtenir ce déblocage.
12:26Elle fait valoir l'ambassadrice, c'est madame Véronica von Danielson,
12:29qu'elle avait au téléphone le responsable de la société suédoise,
12:34qui lui expliquait que lui-même était submergé d'appels
12:37en provenance d'Italie et d'Espagne,
12:39de gens qui étaient en pleurs pour demander ses masques,
12:42pour demander ses équipements.
12:44Donc finalement, au bout d'un mois, la situation est débloquée.
12:47C'est tout récent.
12:48Elle a été débloquée vendredi 3 avril.
12:51Et ça, c'est un petit peu une information du Parisien,
12:53mais c'est justement sur l'intervention d'Emmanuel Macron
12:56qui a dit « Bon, attendez, ça ne peut plus durer,
12:58il faut vraiment débloquer cette situation.
12:59On ne peut pas à la fois, nous, Français,
13:02reprocher aux Américains de bloquer des masques
13:04sur les tarmacs chinois alors qu'ils étaient destinés à la France,
13:07et nous, pratiquer un petit peu la même chose en France. »
13:13On reprend le fil de notre récit Henri Vernet.
13:16Pendant la première semaine de mars,
13:18la tension commence à monter en France autour du virus.
13:21Pourtant, le couple Macron continue à sortir au théâtre à Paris,
13:24par exemple le 6 mars au soir, au Théâtre Antoine.
13:27Pourquoi ?
13:28Pour montrer que, je cite, « La vie continue, il n'y a aucune raison,
13:31mis à part pour les populations fragilisées,
13:33de modifier nos habitudes de sortie. »
13:35Alors, on ne l'entend pas directement.
13:37Celui qui rapporte ce propos d'Emmanuel Macron,
13:39c'est le directeur du théâtre, le Théâtre Antoine,
13:41donc là où s'est rendu le couple présidentiel.
13:44Jean-Marc Dumonté, c'est lui qui explique
13:47que voilà pourquoi le président a tenu à montrer aux Français
13:49qu'il faut quand même soutenir les théâtres,
13:54que la vie continue, qu'en somme, toute l'industrie du spectacle,
13:57en quelque sorte, puisse continuer,
13:59puisqu'on sait qu'elle est en première ligne,
14:00qu'elle est très fragile.
14:02Mais évidemment, le message passe assez mal,
14:04parce que toute la semaine,
14:05le président a joué un rôle absolument contraire,
14:08c'est-à-dire qu'il a appelé à la mobilisation,
14:10il a montré qu'il est allé, par exemple,
14:12visiter une maison de retraite,
14:14il est allé à l'hôpital Pitié-Salpêtrière,
14:16là où est décédé le premier patient français,
14:19pour montrer l'importance de la maladie,
14:21le côté mobilisation important.
14:23Donc, disons que cette sortie au théâtre,
14:26quelque part, elle brouille un petit peu le message,
14:28et elle montrerait que, bah oui, ok,
14:30il y a la lutte contre le virus,
14:32mais la vie continue.
14:34En Italie, le gouvernement étend le confinement,
14:37ce ne sont plus 50 000,
14:38mais 17 millions d'Italiens du nord du pays
14:40qui sont obligés de rester chez eux,
14:42un quart de la population.
14:44Blandine Hugonnet, quelle est la réaction des Italiens ?
14:47Clairement, c'est la panique.
14:48En fait, l'annonce du confinement de toute la moitié nord
14:51a fuité pendant le week-end où ça a été annoncé.
14:53Les Italiens ont eu très peur tout un coup.
14:56On a vu justement des scènes de panique dans les gares.
14:58Des Italiens qui couraient prendre le dernier train
15:01pour fuir notamment la ville de Milan.
15:03C'est les images qui ont circulé.
15:04Et on estime en gros à 25 000 le nombre d'Italiens
15:08qui se sont un peu comme ça échappés du nord
15:12pour la plupart rejoindre leur famille
15:15dans les régions méridionales, dans le sud,
15:17au risque aussi d'ailleurs de propager le Covid-19,
15:20puisqu'on l'a constaté deux semaines après.
15:22Dans la région des Pouilles, qui est le talon de la botte,
15:26tous les nouveaux cas dépistés étaient des parents
15:28de ceux qui avaient fui le nord.
15:30Donc en tout cas, cette fermeture de la moitié nord,
15:33ça provoque un choc de plus en fait,
15:35parce que trois jours avant,
15:37toutes les écoles et toutes les universités du pays
15:39venaient juste d'être fermées par le gouvernement
15:41pour lutter contre l'épidémie.
15:44À ce moment-là, Henri Delaguerri,
15:46est-ce que les Espagnols prennent la mesure
15:48de la gravité de la situation ?
15:49Eh bien, oui et non.
15:50Je dirais que c'est un peu comme le Titanic, finalement.
15:52Il y a le bateau qui coule, qui commence à couler
15:54et l'orchestre continue à jouer
15:57parce qu'on est le dimanche 8 mars.
15:59C'est la journée internationale des droits des femmes.
16:02Et il y a des immenses manifestations
16:04qui sont convoquées dans tout le pays.
16:06On sait que c'est un sujet majeur
16:07pour le gouvernement espagnol
16:08et un sujet qui vraiment préoccupe
16:10depuis de nombreuses années l'Espagne.
16:12Et même s'il commence à y avoir
16:14un certain nombre de cas,
16:16on a déjà 1 200 cas positifs,
16:18une quinzaine, vingtaine de décès.
16:19Et pourtant, l'immense manifestation
16:22prévue à Barcelone et à Madrid,
16:24ces manifestations ne sont pas annulées.
16:26Mais c'est vrai qu'il y a une espèce de malaise
16:28et des gens se demandent
16:28si c'est bien raisonnable d'y aller.
16:30En tout cas, l'un des slogans
16:32qu'on entend dans ces manifestations,
16:33c'est que ce n'est pas un virus
16:34qui va nous empêcher de manifester.
16:36Le même jour, ce dimanche 8 mars,
16:38il y a par ailleurs 10 000 personnes
16:40qui se réunissent dans un palais des sports.
16:41C'est le congrès du parti d'extrême droite Vox.
16:44Et vraiment, il y a ce sentiment de malaise.
16:47On apprendra quelques semaines plus tard
16:48que parmi tous les gens qui ont manifesté,
16:51des membres du gouvernement
16:52sont contrôlés positifs au coronavirus.
16:55Et chez l'extrême droite,
16:56c'est la même chose.
16:57Et c'est le dimanche 8 mars,
16:58c'est la dernière journée normale,
17:00entre guillemets, en Espagne.
17:06Henri Vernet, le 10 mars,
17:07les dirigeants européens se parlent
17:09par visioconférence pour la première fois
17:11depuis le début de la crise.
17:13Oui, enfin, pourrait-on dire.
17:14Parce que ça fait six semaines
17:15que la crise a démarré.
17:16Ça fait six semaines
17:17qu'ils n'ont pas eu de contact
17:18les uns avec les autres,
17:20donc au sommet de l'Europe.
17:21Et enfin, ils se parlent.
17:22C'est notamment à l'initiative de Paris
17:23qui dit, mais attention,
17:24il faut quand même élaborer
17:26une stratégie commune.
17:27Il faut se coordonner un minimum
17:28parce que jusque-là,
17:30chacun des pays touchés
17:31agit avec ses propres mesures,
17:33à sa propre manière.
17:35Et donc, évidemment,
17:36ça accentue encore
17:37le désarroi des populations
17:38face à une crise, une épidémie
17:40qui paraît absolument pas maîtrisée.
17:42Donc, il y a cette première
17:43visioconférence à ce niveau-là
17:44parce que les ministres de la Santé
17:46ou de l'Intérieur
17:47ont assez régulièrement
17:48des contacts entre eux.
17:50Mais disons que là,
17:50ça frappe davantage les esprits
17:52parce que, certes,
17:53les sommets physiques à Bruxelles
17:54ne sont plus possibles,
17:55mais il y a cette façon quand même
17:57d'essayer de garder
17:59une tentative de maîtrise
18:00sur les événements.
18:01Et donc, cette première
18:02visioconférence,
18:03bon, déjà, les sommets européens,
18:04c'est long, c'est compliqué,
18:0528 et maintenant 27
18:06puisque la Grande-Bretagne
18:08n'est plus là,
18:09autour d'une table
18:09où chacun veut parler,
18:11ça prend du temps,
18:11c'est dur à organiser.
18:12Là, en visioconférence,
18:14ça l'est peut-être encore
18:16un petit peu plus.
18:16Et donc, elle va durer
18:17près de trois heures,
18:18cette première visioconférence
18:20et déboucher sur quelques mesures
18:23de coordination des efforts
18:24pour lutter contre l'épidémie.
18:27En Italie,
18:28la situation s'aggrave
18:29avec environ 4000 cas
18:31et 150 morts.
18:32À ce moment-là,
18:33le chef du gouvernement,
18:34Giuseppe Conte,
18:34annonce une mesure forte.
18:36Il n'y aura plus de zone rouge,
18:39il n'y aura plus de zone 1
18:40ou de zone 2 dans la péninsule.
18:43L'Italie tout entière
18:44deviendra une zone protégée.
18:46Il faudra éviter les déplacements
18:48sur tout le territoire
18:49de la péninsule,
18:50sauf s'ils sont motivés
18:52par des circonstances exceptionnelles.
18:55Tout le territoire italien
18:56est placé en confinement.
18:58L'Italie n'est plus qu'une seule
19:00immense zone rouge
19:02de 60 millions d'habitants.
19:03C'est un peu le coup de massue
19:04pour les Italiens
19:05qui sont les premiers en Europe
19:06à être confinés
19:07à cause de cette épidémie.
19:08Quand le président du Conseil
19:10énumère les interdictions diverses,
19:12c'est un peu la claque.
19:13Les déplacements sont strictement limités,
19:14les enterrements et mariages annulés,
19:16tous les événements,
19:17manifestations, matchs,
19:18bref,
19:19tout ce qui ressemble
19:19à un rassemblement de foules,
19:21c'est interdit.
19:22Et puis,
19:22les contrôles de police
19:23sont aussi annoncés
19:24pour tous ceux qui sortiraient
19:25sans leur attestation
19:26qui est désormais obligatoire
19:28pour tous ceux
19:29qui veulent sortir de chez eux.
19:30C'est la claque,
19:31mais c'est aussi un peu le déclic
19:32parce qu'on se dit
19:33qu'on n'avait pas vraiment
19:34pris la mesure
19:35de ce qui se passait
19:36aussi loin en Chine
19:37et même pas de ce qui se passait
19:38dans le nord de l'Italie
19:39pour tout le reste du territoire.
19:42Dans le prochain Code Source,
19:44le deuxième de cette série
19:45de trois épisodes,
19:46nous verrons que l'Espagne
19:47et la France
19:48vont prendre la même mesure
19:49mais avec une semaine
19:51de décalage.
19:52Merci à Blandine Hugonnet,
19:54Henri Delaguerri
19:55et Henri Vernet.
20:03Code Source est le podcast
20:05d'actualité du Parisien
20:06disponible chaque soir
20:07du lundi au vendredi.
20:09N'oubliez pas de vous abonner
20:10sur votre application
20:11de podcast préférée.
20:13Cet épisode de Code Source
20:14a été conçu et préparé
20:15par Benjamin Boucriche,
20:16production Claudia Prolongeau
20:18et Raphaël Pueyo,
20:19réalisation Benoît Gilon.
20:37Sous-titrage Société Radio-Canada
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