- il y a 9 heures
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Coronavirus. Victime du Covid-19, ce professeur se considère comme un miraculé. Hospitalisé 10 jours à Strasbourg, il témoigne pour remercier les soignants.
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NewsTranscription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Chaque jour, les autorités de santé dressent le bilan des victimes du coronavirus en milieu hospitalier.
00:17Dans le décompte du jeudi 26 mars, Julie, 16 ans, emportée par la maladie la veille à l'hôpital Necker
00:24à Paris.
00:24Aujourd'hui dans Codesource, un patient qui vient de sortir de réanimation témoigne pour alerter sur le Covid-19 et
00:31pour rendre hommage au personnel soignant.
00:33Claudia Prolongeau.
00:46Patrick est un miraculé.
00:49Professeur de français et d'histoire-géo dans un lycée de Strasbourg depuis deux ans, il est sorti de l
00:54'hôpital mardi 24 mars dans l'après-midi.
00:57Je l'ai eu par téléphone, quelques heures après son retour chez lui.
01:01Il n'en revenait toujours pas d'être sorti de là, mais aussi de s'être retrouvé victime de ce
01:05coronavirus dont il avait entendu parler pour la première fois au mois de janvier.
01:11J'ai 51 ans, je suis enseignant, je suis savoyard d'origine.
01:17J'ai entendu parler de la maladie première fois, je pense, mi-janvier et après un peu plus intensément en
01:25février.
01:31Vous aviez déjà eu peur de mourir avant ?
01:33J'ai... J'habitais à Paris au moment des attentats.
01:38Une semaine après les attentats du Bataclan, j'ai voulu aider une jeune femme dans le métro qui était dans
01:43une situation particulièrement difficile.
01:45Il était très tard, on était trois.
01:47Son agresseur, elle et moi, elle a pu partir et après, son agresseur m'a fait comprendre que j'allais
01:53mourir.
01:54Et il a sorti une lame de, je pense, entre 20 à 25 centimètres de sa manche.
01:59Et je me suis dit, waouh, waouh, waouh.
02:02J'ai parlé très, très, très, très, très, très, très fort.
02:05J'ai marché très calmement, je ne voulais pas qu'il pense que j'étais lâche.
02:09Et il ne m'a pas suivi.
02:10Et cette nuit-là, je n'ai rien dormi.
02:12Et je me suis décidé, en fait, à demander ma mutation à Strasbourg.
02:16Et comment vous êtes devenu professeur ?
02:18C'était une vocation depuis toujours ?
02:20Non, j'ai eu plusieurs fonctions, notamment dans la communication.
02:24C'est ce que je faisais à New York.
02:26J'ai essayé de rentrer en France.
02:28Et puis, je me suis dit, tiens, qu'est-ce que je vais faire ?
02:30Et je sais qu'on m'a toujours dit que quand j'expliquais les choses,
02:33j'y mettais du cœur.
02:34C'était assez clair.
02:36Donc, j'ai passé le concours, j'ai beaucoup travaillé.
02:39J'ai eu du premier coup.
02:40Et puis, je m'éclate dans mon métier, que j'aime particulièrement.
02:43J'ai d'ailleurs prévenu, puisqu'on parle de ça,
02:45j'ai prévenu chacun de mes élèves et les parents d'élèves de ma situation,
02:50parce que je me faisais du souci.
02:51J'ai eu peur, peut-être, de leur avoir transmis quelque chose.
02:54J'ai eu des témoignages des familles vraiment très, très beaux.
02:57Il y a eu beaucoup de mes élèves.
02:59Des élèves de seconde, des élèves de BTS,
03:01des élèves de première, des élèves de terminale.
03:04Et puis aussi, je tiens à dire que dans mon établissement,
03:06où on est 150 profs,
03:07j'ai eu des témoignages d'affection, d'amitié.
03:09Moi, je ne connais pas tout le monde.
03:11C'est que j'ai eu ma deuxième année dans ce lycée.
03:13Les témoignages d'une beauté, c'est chouette.
03:17Le 5 mars, divers articles de presse
03:19relaient qu'un rassemblement évangélique a eu lieu
03:21du 17 au 24 février à Mulhouse,
03:24à une centaine de kilomètres de Strasbourg.
03:26Et qu'il a probablement propagé le coronavirus en France.
03:302500 fidèles, venus de la France entière,
03:32mais aussi de la Belgique, de l'Allemagne et de la Suisse,
03:35se sont retrouvés pour prier ensemble
03:37avant de repartir chez eux.
03:40Très vite, les cas dans le Grand Est se sont multipliés.
03:43Et le 6 mars, c'est au tour de Patrick
03:45de ressentir les premiers symptômes.
03:48J'étais en cours, je faisais passer une épreuve
03:50à mes élèves de BTS, une épreuve de français, blanche.
03:53Et je n'ai pas l'habitude de laisser mes élèves
03:55pour aller aux toilettes.
03:56Et là, il fallait absolument que j'y aille.
03:58Et il y avait quelqu'un d'autre qui surveillait avec moi.
04:03Et j'ai compris que je n'étais pas bien.
04:06C'était les portes ouvertes de notre lycée,
04:08première journée.
04:09J'étais assez contre, parce que je trouvais
04:10que le mélange, le fait de faire venir des gens
04:15dans le lycée, de l'extérieur,
04:17pouvait potentiellement nous mettre à risque.
04:21D'autant qu'il y avait eu la convention évangélique
04:22dans le Haut-Rhin.
04:23Et voilà, en tout cas, à 18h,
04:26comme mes collègues, j'ai accompagné les familles
04:29qui venaient découvrir le lycée.
04:33Et je n'étais pas du tout en forme.
04:35Je suis revenu le lendemain, comme c'était prévu.
04:37La deuxième journée, les portes ouvertes,
04:39le samedi 7 mars.
04:41À midi, les portes ouvertes sont terminées.
04:43Moi, je n'étais pas bien du tout.
04:45Et donc, j'ai appelé le lendemain, le 15.
04:48Et on m'a dit que j'avais sans doute la grippe.
04:50Alors, je dis, bon, donc, je peux retourner au travail
04:51lundi ou mardi.
04:52On m'a dit, non, non, surtout pas.
04:53Vous devez être en mesure de confinement,
04:54parce que peut-être que ce n'est pas la grippe.
04:57Donc, on m'a dit, vous mettez en 14 aines.
05:00Et puis, vous rappelez si ça se complique.
05:03Et puis, en fait, très rapidement,
05:04ça, c'est encore compliqué.
05:06Et ma maman, qui est en Savoie,
05:09commençait à se faire du souci.
05:10Donc, elle m'a dit, au bout d'un moment,
05:11il faut vraiment que tu fasses quelque chose.
05:12Parce que là, il y a quelque chose qui ne va pas.
05:14Donc, j'ai appelé mon médecin personnel,
05:16qui est urgentiste, dans les hôpitaux de Strasbourg,
05:19qui lui aussi commençait à se faire du souci.
05:21Et puis, j'ai pris la décision d'appeler les pompiers.
05:23À partir de là, je suis passé dans une dimension.
05:27Le vendredi 14 mars,
05:29trois pompiers viennent chercher Patrick
05:30pour l'emmener à l'hôpital.
05:32À part l'appendicite quand il était petit,
05:34c'est une première pour lui.
05:36Quand il les regarde descendre de leur camion,
05:38il est surpris de voir qu'il porte des combinaisons intégrales.
05:42Moi, j'ai été épuisé.
05:44Ils m'ont aidé à descendre.
05:46J'ai fermé l'appart.
05:48Et puis, de façon assez surprenante,
05:53il s'est trouvé que l'ambulance s'est passée devant le lycée,
05:55qui n'est pas très loin de mon domicile.
05:56Et j'ai vu certains de mes élèves par la fenêtre.
05:59Je trouvais la situation particulièrement cocasse.
06:02Comme il y avait un peu de circulation,
06:04ils ont décidé de prendre la voie de tram pour gagner du temps.
06:07Et puis, on est arrivés à l'hôpital civil de Strasbourg.
06:12Il y avait énormément de gens,
06:13donc il a fallu attendre pratiquement trois heures.
06:16On m'a fait le prélèvement dans la narine,
06:19que j'ai trouvé particulièrement douloureux.
06:20J'ai insulté les pompiers,
06:22parce que je ne pensais pas que ça faisait aussi mal.
06:23J'ai une carrure assez costaud,
06:25mais j'avoue que je suis assez douillé.
06:27Et une fois que ça a été fait,
06:30pratiquement trois heures se sont passées,
06:32on m'a fait rentrer dans l'hôpital.
06:34Les trois pompiers m'ont accompagné.
06:36Il y avait aussi trois policiers.
06:37J'ai compris qu'en fait,
06:38j'étais sous surveillance.
06:39On m'interdisait de toucher la moindre porte
06:42ou de parler à quelqu'un.
06:44Mais je me dis,
06:44bon, je suis entre de bonnes mains,
06:45entre de bonnes mains de professionnels,
06:46ils savent ce qu'ils font.
06:47Donc voilà.
06:48On m'a fait passer un scanner,
06:49et ça s'est bien passé.
06:51On a vu qu'il y avait des taches blanches
06:52dans un de mes coumons.
06:56Et puis, on m'a mis dans une chambre.
06:57Je ne suis pas resté longtemps,
06:58c'est quelqu'un qui voulait me dire que j'étais positif.
07:01Et je me souviens avoir posé la question,
07:03mais positif à quoi ?
07:04Je ne vois pas de quoi plus parler.
07:05On m'a dit, vous avez le coronavirus.
07:07Et là, c'est allé très très vite.
07:09On m'a descendu en réanimation.
07:11Il y avait entre, je pense,
07:13entre sept et six médecins.
07:17Et c'est là où j'ai flippé vraiment.
07:19Parce qu'on m'a dit,
07:21monsieur là, on va vous mettre
07:21dans un coma artificiel.
07:24Je n'ai pas eu le temps
07:24d'appeler ma famille.
07:27Je n'ai pas eu le temps
07:27d'appeler mes amis.
07:29Et puis, je savais que je n'allais pas pouvoir lutter.
07:33Et que mes yeux allaient se fermer.
07:34Je me suis dit, peut-être que je ne vais jamais les rouvrir.
07:38Et je me souviens avoir regardé intensément
07:42les yeux bleus d'une des médecins qui était là.
07:44Et je lui ai dit,
07:45je lui ai dit, vraiment,
07:46c'est tout ce qu'il faut,
07:47mais il faut me sauver.
07:48Je veux vivre.
07:50Je vous fais confiance.
07:51Et puis, je me suis endormi.
07:53Et puis, et puis, et puis, et puis, voilà.
07:56Quand Patrick ouvre à nouveau les yeux,
07:57cinq jours sont passés.
07:58J'ai découvert que ma chine m'aidait à respirer,
08:01que j'avais des tuyaux,
08:03que j'avais plein, plein, plein de prises de sang,
08:07que j'étais fatigué,
08:09et que j'étais dans un monde que je ne connaissais pas,
08:12avec des infirmières qui couraient partout,
08:14des gens différents qui venaient me voir,
08:16s'inquiétaient pour moi,
08:17prenaient mes constantes,
08:18surveillaient mes constantes,
08:18reprenaient mes constantes.
08:20Je leur faisais confiance et je comprenais que,
08:24voilà, j'étais revenu de loin.
08:29Le mercredi 18,
08:30à partir du moment où j'ai quitté la réanimation,
08:33on est venus m'emmener,
08:35des brancardistes sont venus me chercher.
08:37Et on m'a mis dans une chambre seule.
08:40Et là, j'ai pu appeler chez moi
08:41et ma mère était toute retournée, quoi.
08:44Elle ne revenait pas.
08:45Ce qui est particulier, c'est que
08:48ma maman n'a pas vécu la même aventure que moi,
08:50parce que moi, j'ai fait comme un gros dodo.
08:53Et elle m'a dit,
08:54on en a parlé il y a deux jours,
08:56elle m'a dit que
08:58l'équipe médicale l'appelait tous les jours,
09:00et qu'elle avait la possibilité de poser toutes les questions,
09:02qu'elle a pu poser
09:04des plus segrenues aux plus difficiles,
09:08et qu'elle a pu le faire,
09:10et que les réponses ont été franches,
09:11directes, très honnêtes.
09:12Je ne sais pas quel terme elle a utilisé,
09:13mais en tout cas, à un moment,
09:14elle a demandé si le pronostic vital était engagé, quoi.
09:18Et on lui a dit que oui.
09:20Et puis elle avait compris que
09:23ce n'était pas gagné.
09:25Moi, j'ai vraiment compris il y a deux jours,
09:26elle m'a dit,
09:27tu as vraiment failli rester, quoi.
09:28Et puis elle a été super contente
09:30quand je l'ai appelée,
09:33elle a crié de joie, quoi.
09:34Elle ne revenait pas.
09:36Je pense qu'elle était très contente
09:37de savoir qu'elle n'avait pas perdu son fils.
09:41En sortant de son coma artificiel,
09:44Patrick découvre aussi une France en confinement
09:45qui ne l'était pas,
09:46au moment où on l'a endormie.
09:50Je l'ai appris par une de mes collègues.
09:53Je trouvais que c'était une bonne chose.
09:55Ceci dit,
09:55quand on m'a ramené en ambulance cet après-midi,
09:58j'étais surpris du nombre de personnes
09:59qui se promenaient,
10:00qui faisaient du vélo,
10:01en famille ou seules.
10:03C'est hallucinant.
10:04Et ce qui est dingue,
10:05c'est que moi, on m'a sauvé la vie,
10:07les équipes médicales m'ont sauvé la vie.
10:09Et en fait,
10:10je ne comprends pas que les gens
10:12ne suivent pas ces deux simples conseils.
10:14Restez chez vous,
10:15les lavez-vous les mains.
10:16Je sais bien que chez soi,
10:18ce n'est pas forcément toujours évident.
10:19Tout le monde n'a pas un grand appartement,
10:21etc.
10:22Et que ça peut être sans doute compliqué.
10:25Mais de là à sortir,
10:26je ne comprends pas.
10:28Je trouve que c'est un manque de respect abominable.
10:31Et j'imagine que si ces personnes
10:34qui sortent aujourd'hui
10:35devaient malheureusement attraper
10:36ce que j'ai attrapé,
10:38elles seraient bien contentes
10:39d'avoir face à elles
10:40ces gens extraordinaires
10:41qui mettent leur vie en danger.
10:44Moi, quand j'étais en réanimation,
10:45j'ai bien vu qu'il y avait du stress.
10:47Il y avait une infirmière
10:48qui m'a dit qu'elle ne rentrait plus chez elle
10:49parce qu'elle avait peur
10:50de contaminer son mari,
10:51ses enfants.
10:52On était 30 patients en réanimation.
10:54Il y a eu des décès.
10:56Et moi, je sais que le mercredi
10:57où je me suis réveillé,
10:58il y a un monsieur qui arrivait
10:58qui était en grande déstresse respiratoire.
11:00Alors, c'était apparemment
11:01très, très, très compliqué
11:03pour le plonger dans le coma.
11:05Donc, ça s'agitait beaucoup.
11:07Et puis là, ce week-end,
11:08il y a eu quand même des décès
11:09parmi les médecins
11:11dans la région Grand Est.
11:15On est dans une semaine critique.
11:17Là, c'est difficile.
11:18Moi, quand je suis sorti de l'hôpital
11:19tout à l'heure,
11:19j'ai vu qu'il y avait encore
11:20des tas de gens qui arrivaient.
11:23Donc, c'est loin d'être gagné.
11:24Donc, je ne comprends pas
11:26que les gens ne respectent pas
11:29rester chez vous
11:30et lavez-vous les mains.
11:31Le 21 mars,
11:33Jean-Jacques Razafindranasi meurt.
11:34Il est le premier médecin
11:36à décéder du Covid-19.
11:38Cette nouvelle,
11:39ainsi que des témoignages
11:40de personnes ayant perdu des proches,
11:41lui fait réaliser un peu mieux
11:43ce à quoi il a échappé.
11:45J'ai regardé dans ma chambre.
11:48C'est à vous, je crois.
11:50Et il y avait une jeune femme
11:52qui avait perdu son papa.
11:54Et qui témoignait.
11:55Et ça m'a beaucoup retourné.
11:56Et puis aussi, dans 7 à 8,
11:58une jeune femme
11:59qui a perdu son papa de 70 ans.
12:00Pareil,
12:01ils n'ont pas pu lui dire au revoir.
12:04Après, c'est sûr,
12:04quand il y a eu
12:06les différents médecins,
12:08même chose.
12:09Et puis, vous apprenez
12:10que c'est des gens
12:10qui auraient pu prendre leur retraite,
12:11mais qui ont décidé
12:12de ne pas la prendre.
12:14Et qui ont décidé d'être là.
12:15Et qui ont décidé
12:16de tenir coup de coup de coup
12:18leur serment de l'Hippocrate.
12:19Et puis, ils ne sont plus là.
12:22Et ce qui doit être terrible
12:23pour les familles,
12:24c'est qu'ils n'ont pas pu
12:26se dire au revoir.
12:27Ce n'est pas comme
12:29quand vous perdez des fois
12:30quelqu'un
12:31et que vous avez
12:33entre guillemets
12:34le temps de...
12:35Là, il n'y a le temps de rien.
12:41Mardi 24 mars,
12:42Patrick rentre chez lui.
12:43En dix jours,
12:44il a perdu 6 kilos
12:45et a encore des séquelles.
12:47On l'a déjà prévenu
12:48qu'elles pourront durer
12:49et que pour être
12:50totalement sur pied,
12:51il lui faudra peut-être
12:52attendre six mois.
12:53Tout à l'heure,
12:54j'avais du mal à marcher
12:56jusqu'à l'ambulance.
12:56Je n'ai pas voulu utiliser
12:57le bancard.
12:58Je suis très fatigué.
13:00Le souffle revient bien.
13:03Ça, c'est bien.
13:04Et puis, j'ai eu beaucoup...
13:06Je m'excuse d'en parler,
13:07mais j'ai eu beaucoup,
13:08beaucoup de diarrhées,
13:10de terribles maux de ventes.
13:11Il paraît que ça fait partie
13:11des symptômes
13:12encore hier après-midi.
13:13Donc, là,
13:14on m'a donné quelque chose
13:15à prendre.
13:16Si ça devait se reproduire,
13:18voilà.
13:19Sinon, le moral est bon.
13:21Ça fait vraiment
13:22depuis 2-3 jours
13:23que je respire à peu près.
13:24Normalement,
13:25ça a été très difficile.
13:26Je suis très, très, très fatigué.
13:27Je suis rentré chez moi
13:28cet après-midi
13:28vers aux alentours
13:30de 14h30.
13:32Donc, je suis...
13:33HS.
13:34J'ai eu un arrêt de travail
13:35de 2 semaines.
13:36On m'interdit de corriger
13:37la moindre copie
13:38et de ne pas participer
13:38à la continuité pédagogique
13:41parce que je dois absolument
13:42me reposer,
13:42ce que je compte faire.
13:44On m'a dit
13:45que je pouvais être contagieux
13:46pendant un mois.
13:47Que dans certains cas,
13:49il valait mieux justement.
13:50Donc, moi,
13:50premier symptôme,
13:51le 6.
13:53Donc, je...
13:53Je n'ai pas de raison
13:55de sortir
13:55puisque niveau nourriture,
13:57ça va.
13:57Donc, jusqu'au 6 avril.
13:59Et puis, de toute façon,
14:00je suis très, très fatigué.
14:02J'ai eu un peu de mal
14:03à marcher.
14:03Donc, je vais rester
14:05chez moi tranquillement.
14:06Comment ça se passe
14:06maintenant pour vous ?
14:07Vous êtes suivi ?
14:08On ne me laisse pas
14:09dans la nature, en fait.
14:11Alors, je n'ai pas encore
14:12eu le temps de regarder.
14:13Mais il semblerait
14:14qu'il y a un dispositif
14:17qui existe
14:18qui me permette d'appeler
14:19ou alors je vais être appelé.
14:20En tout cas,
14:21si moi,
14:21j'ai le moindre symptôme
14:23ou la moindre question,
14:24je peux appeler.
14:25Il y a un suivi.
14:26C'est rassurant de savoir
14:27que je ne suis pas laissé
14:28tout seul sur le bord du chemin.
14:30Même ça,
14:30c'est juste génial.
14:31Et on m'a dit
14:32vraiment,
14:32ne vous inquiétez pas.
14:33S'il y a le moindre souci,
14:34vous serez traité
14:35très rapidement.
14:36On ne vous laisse pas
14:37du tout tout seul.
14:40Cette attention
14:40dont Patrick a bénéficié
14:42tout le temps
14:42de son hospitalisation
14:43et qu'il sent encore aujourd'hui
14:45est peut-être
14:46ce qui laisse le plus de traces.
14:47Et s'il témoigne,
14:49c'est avant tout
14:49pour rendre hommage
14:50au personnel soignant.
14:51Je ne cherche pas du tout
14:52la lumière.
14:53On m'a sauvé la vie
14:54et je n'ai pas de mots
14:57pour dire merci.
14:58Je suis prof de français
15:00et le mot que je veux utiliser,
15:03je ne le connais pas en fait.
15:05En sortant tout à l'heure,
15:08j'avais envie de prendre
15:08dans les bras
15:10notamment une des aides-soignantes
15:11qui a été super avec moi,
15:12qui a essayé de me faire rire.
15:13Et puis du coup,
15:14je me suis dit
15:15je vais faire livrer
15:18à peu près 40 pizzas
15:19jeudi et vendredi
15:20au service de réanimation
15:21et puis où j'étais après.
15:23Si ça peut les reconforter
15:24un petit peu,
15:26j'en serais ravi.
15:32Une fois que le confinement
15:34sera terminé,
15:34quand vous pourrez ressortir,
15:35qu'est-ce que vous avez
15:36envie de faire en premier ?
15:39C'est très bizarre
15:40parce que je n'ai jamais ressenti ça.
15:42Mais en fait,
15:42j'ai une terrible envie
15:44de mortadelle,
15:47de tomates farcis
15:49et de brie.
15:51Et j'aime beaucoup
15:52les amis,
15:54les bonnes bouffées,
15:55etc.
15:55Donc,
15:55ce sera de ce registre-là
15:58les premières grosses émotions
16:00de retour à la vie.
16:08Merci à Patrick
16:09d'avoir accepté
16:10de témoigner
16:11auprès de Claudia Prolongeau.
16:13CodeSource est le podcast
16:14d'actualité du Parisien
16:15disponible chaque soir
16:16du lundi au vendredi.
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16:28Cet épisode de CodeSource
16:30a été produit
16:30par Marion Bottorel,
16:32réalisation Julien Moncouquiol.
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