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Coronavirus. Le 11 mai, une partie des élèves français retrouvera le chemin de l’école. Cette rentrée en période d’épidémie du Covid-19 suscite bien des inquiétudes. Récit.

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavie pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:10Il a fallu arrêter net les cours à la mi-mars.
00:14Aujourd'hui, les professeurs et les chefs d'établissement doivent organiser une reprise de l'enseignement à partir du 11
00:20mai.
00:20Mise en place des gestes barrières, inquiétude des parents, absence des personnels dont la santé est fragile, cette rentrée sera
00:28compliquée.
00:28Codesource vous raconte aujourd'hui le défi que doit relever l'éducation nationale avec Christelle Brigodeau, journaliste au service Société
00:35du Parisien, en charge notamment de l'éducation.
00:42Nous les adultes, on va mettre des masques, ce qui est recommandé aux enseignants, etc. On n'est pas tous
00:48habitués.
00:48Le président Emmanuel Macron dans une école le 5 mai à Poissy, en région parisienne.
00:53Christelle Brigodeau, il s'adresse aux enfants des soignants, qui continuent donc d'être accueillis en classe depuis le début
00:59de cette crise sanitaire.
01:01On voit le président de la République avec un masque bleu nuit, tout comme le ministre de l'éducation, qui
01:06est avec lui.
01:07Ils sont dans une classe modèle, un petit peu, une classe plutôt jolie, avec les élèves qui se tiennent les
01:13uns des autres à bonne distance.
01:14L'idée pour le président de la République, c'est de montrer que le retour à l'école est possible.
01:20Christelle Brigodeau, on va revenir ensemble sur la difficile réouverture des écoles.
01:25Et on a choisi de commencer cet épisode par le début.
01:28Nous sommes avant la mise en place du confinement, ça paraît aujourd'hui très loin, le jeudi 12 mars.
01:35Jean-Michel Blanquer, on en est à 4 départements qui ont fermé l'ensemble des établissements scolaires.
01:39Est-ce qu'il est envisagé possible, dans les jours qui viennent, que cette liste s'allonge encore ou qu
01:43'on ferme toutes les écoles de France ?
01:44Alors, la liste va nécessairement s'allonger, c'est évident.
01:48Nous n'avons jamais envisagé la fermeture totale, parce qu'elle nous semble contre-productif.
01:52Ça, c'est le ministre de l'Éducation, Jean-Michel Blanquer, sur France Info.
01:56Et le soir même, Emmanuel Macron s'adresse aux Français.
02:00Dès lundi, et jusqu'à nouvel ordre, les crèches, les écoles, les collèges, les lycées et les universités seront fermées.
02:11Christelle Brigodeau, 12 heures seulement séparent ces deux interventions radicalement différentes.
02:16Que s'est-il passé ?
02:17Il s'est passé un coup de théâtre, en fait.
02:19Ce n'est pas du cinéma, le gouvernement n'a pas voulu faire durer le suspense.
02:24Il y a vraiment eu un changement d'orientation.
02:27Même quelques heures avant l'intervention du chef de l'État, on me redit au ministère de l'Éducation,
02:32non, ce n'est pas envisagé.
02:33Donc, l'intervention du président de la République, quelques heures plus tard, surprend vraiment tout le monde.
02:38Cette décision de fermer les écoles dans tout le pays, comment Emmanuel Macron la justifie ?
02:43En expliquant qu'il faut gagner du temps contre l'épidémie, freiner au maximum la propagation du virus.
02:49On pense à ce moment-là que les enfants jouent un rôle important dans la propagation du virus en étant
02:54porteurs sains.
02:55L'idée, c'est de fermer les écoles pour éviter que les écoles soient des nids, finalement, de propagation du
03:02Covid.
03:02Cette décision, elle prend aussi acte d'un phénomène qu'on observait depuis quelques jours dans les écoles,
03:08notamment en région parisienne, qui est la désertion des salles de classe.
03:11Parce qu'il y avait déjà à ce moment-là des parents inquiets qui commençaient progressivement à retirer leurs enfants
03:16des classes
03:17parce qu'ils craignaient l'épidémie.
03:18Comment réagissent les enseignants ?
03:21Alors, ils se précipitent sur la photocopieuse parce qu'en fait, ils apprennent le jeudi soir à la télévision,
03:26comme tout le monde, qu'ils vont devoir travailler de manière radicalement différente dès le lundi.
03:31Donc, le vendredi matin, beaucoup d'enseignants vont photocopier des manuels, des exercices,
03:38faire vraiment tout ce qu'ils peuvent pour que leurs élèves repartent le vendredi soir
03:42avec déjà du travail à faire, des choses un petit peu consolidées.
03:46Ils prennent aussi les adresses mail des parents, enfin bref, ils essayent de se projeter tout de suite.
03:51C'est un moment compliqué pour les enseignants parce qu'ils découvrent les choses en même temps que les parents,
03:55qu'ils leur posent des questions, ils n'ont pas les réponses.
03:57Les parents, eux aussi, forcément, sont pris de court.
03:59Oui, pour beaucoup et notamment dans les régions où le virus circule peu, c'est une énorme surprise.
04:05Et là, on découvre tout un monde finalement qui s'ouvre.
04:09C'est celui du télétravail, c'est celui du système D pour essayer de faire garder les enfants
04:14quelques heures par la voisine parce qu'on doit aller travailler
04:17puisqu'à ce moment-là, on annonce la fermeture des écoles, mais pas encore le confinement.
04:29Le lundi 16 mars, tous les établissements scolaires sont fermés.
04:3212 millions d'élèves de la maternelle au lycée restent chez eux.
04:36C'est historique, Christelle Brigodeau ?
04:38Oui, d'après l'historien Claude Lelievre que j'ai interrogé au moment de cette fermeture.
04:43C'est totalement historique, même pendant la Première Guerre mondiale,
04:47quand les obus tombaient sur la Somme en 1917, les écoles étaient encore ouvertes.
04:52Cette fermeture totale est totalement inédite en France.
04:55Quel est le mot d'ordre du ministre de l'Éducation, Jean-Michel Blanquer ?
04:59C'est de dire que, certes, les bâtiments sont fermés, mais l'école continue.
05:02On veut faire en sorte que les élèves continuent d'apprendre,
05:05parce qu'on ne sait pas combien de temps les écoles vont rester fermées.
05:08D'ailleurs, à ce moment-là, il n'est absolument pas question, par exemple, de repousser le bac.
05:12Le ministre veut donner des perspectives aux élèves et leur dire
05:15« Voilà, ce ne sont pas les vacances, on continue de travailler. »
05:21Les profs et les élèves commencent donc à faire classe à distance.
05:25Racontez-nous comment ça se met en place.
05:27Ça se met en place avec pas mal de couacs,
05:29parce qu'il y a 12 millions d'élèves qui doivent se connecter en même temps,
05:32800 000 enseignants, qui essayent tous de faire du mieux qu'ils peuvent
05:35en envoyant des mails, en se connectant à ce qu'on appelle les ENT,
05:39c'est les environnements numériques de travail que les collégiens et lycéens connaissent bien,
05:42parce que c'est par là qu'on passe normalement pour communiquer avec le collège ou le lycée.
05:46Sauf que 12 millions de personnes qui se connectent en même temps, ça fait des bugs.
05:49Donc, pendant la première journée, les élèves ont du mal à se connecter,
05:53ça crée pas mal d'inquiétudes chez les profs qui se disent
05:56« Voilà, si ça dure comme ça, on ne va pas y arriver. »
05:58Mais petit à petit, les choses se décantent.
06:01Déjà, il y a un énorme travail qui est fait au niveau du ministère de l'Éducation nationale
06:04pour consolider les réseaux, pour faire en sorte que le système tienne.
06:07Il y a des élèves aussi, peut-être plus aguerris que leurs profs sur le numérique,
06:11qui leur donnent des conseils en leur disant « Voilà, vous devriez utiliser telle application,
06:15ça marchera mieux. »
06:16Donc, les profs se mettent sur différentes plateformes, sur Discord, sur Zoom,
06:20et assez rapidement, finalement, les choses se mettent en ordre.
06:24Mais c'est parfois difficile pour certaines familles.
06:26Oui, évidemment. Le grand problème de cette continuité pédagogique,
06:30c'est qu'elle renforce énormément les inégalités sociales.
06:33Entre les familles où les parents peuvent, par exemple, suivre leurs enfants
06:37et celles où les parents ne peuvent pas,
06:39et aussi entre les familles qui ont des ordinateurs à la maison,
06:42suffisamment pour que les parents télétravaillent et que les enfants puissent faire l'école à la maison,
06:46et les familles qui n'en ont pas.
06:47Le ministère de l'Éducation estime qu'entre 5 et 8% des élèves
06:52ne répondent plus à leurs professeurs.
06:54On s'aperçoit aussi à ce moment-là que beaucoup de lycéens
06:58qu'on pensait ultra connectés n'ont pas de connexion Internet,
07:00ou alors ils peuvent suivre les cours uniquement sur un smartphone bon marché,
07:04ce qui n'est pas suffisant pour, par exemple, suivre une visioconférence.
07:07Qu'est-ce qui est fait pour eux ?
07:09Les établissements cherchent partout des tablettes, des ordinateurs à leur prêter.
07:13On voit ça notamment dans les banlieues, dans les zones en difficulté,
07:16où les élèves expliquent qu'ils n'arrivent pas à se connecter.
07:19Il y a aussi assez rapidement un autre système qui va être mis en place
07:23pour les élèves, notamment de zone rurale, qui n'ont pas de connexion.
07:27La Poste va signer un partenariat avec l'Éducation nationale
07:31pour que des enseignants puissent scanner sur leur ordinateur les devoirs,
07:35et la Poste envoie les documents, en version dans le papier,
07:38dans la boîte aux lettres des enfants,
07:39qui ensuite peuvent renvoyer avec une enveloppe T leurs devoirs faits à leurs profs.
07:43C'est un système qui, dit-on au ministère de l'Éducation nationale, marche assez bien.
07:50Le mardi 17 mars, la France entière entre en confinement.
07:54Le lundi 23 mars, Jean-Michel Blanquer vous accorde une interview dans Le Parisien
07:58et n'envisage pas de rentrée de classe avant plusieurs semaines.
08:02Que dit-il précisément ?
08:04Il donne une date en expliquant que la rentrée ne se fera vraisemblablement pas avant le 4 mai.
08:10Il reste conditionnel, puisqu'évidemment, il n'est pas décisionnaire
08:14sur l'ouverture ou la fermeture des écoles.
08:16Mais ce qu'il dit, c'est qu'il faut s'attendre à ce que les écoles restent fermées
08:20au moins jusqu'au 4 mai.
08:22Le 4 mai, c'est la fin des vacances de printemps pour la dernière zone en vacances.
08:26Donc là, on comprend qu'il est à un horizon du mois de mai,
08:31ce qui s'avèrera être d'ailleurs à peu près exact, à une semaine près.
08:34Et donc, il faut que les parents tiennent,
08:37mais ils donnent aussi une perspective.
08:39Et ce que les gens retiennent beaucoup de cette interview, c'est cette date.
08:42C'est le 4 mai, avec l'espoir de se dire, voilà, le 4 mai, on sera peut-être libérés.
08:46Le vendredi suivant, le confinement est prolongé pour au moins 15 jours.
08:50Le 3 avril, Jean-Michel Blanquer annonce que les écrits du baccalauréat et du brevet
08:54n'auront pas lieu cette année.
08:56L'ensemble des épreuves du brevet et du baccalauréat général, technologique et professionnel
09:01sera validé en contrôle continu.
09:04C'est-à-dire qu'on prend les notes des bulletins
09:05pour décider si l'élève a ou non son examen.
09:08Ça n'est jamais arrivé.
09:09Et en plus, ça se passe dans une année très particulière,
09:12puisqu'on est en pleine réforme du bac.
09:14Et normalement, ça devait être la dernière année du baccalauréat traditionnel tel qu'on le connaît.
09:18Et finalement, cette dernière édition du bac n'aura jamais lieu.
09:21On sait comment il a pris cette décision ?
09:23Oui, il a consulté pendant une bonne semaine l'ensemble des acteurs de l'école,
09:29notamment les chefs d'établissement, les syndicats d'enseignants.
09:32Et progressivement, un consensus s'est dégagé dans la communauté des lycées.
09:37Pour dire qu'il était inenvisageable d'avoir un bac comme d'habitude,
09:41parce que le bac, c'est une énorme machine qui se met en place des semaines avant les premiers écrits.
09:46Et même s'il y avait une reprise le 4 mai,
09:48c'était très compliqué d'organiser les épreuves comme d'habitude.
09:51Il y a eu des débats pendant un temps sur le fait de savoir s'il fallait maintenir une épreuve
09:55pour le principe, pour le symbole aussi,
09:57parce que c'est un moment important pour les élèves et leur famille.
10:01Et puis, il a été décidé finalement d'assurer les arrières,
10:03c'est-à-dire de passer au contrôle continu total
10:06pour se prémunir si quelquefois les écoles restaient fermées encore plus longtemps,
10:11y compris jusqu'au mois de juin, voire septembre.
10:13Ça, c'est la solution qui permettait dans tous les cas que les élèves décrochent leur diplôme,
10:17même si les cours ne reprenaient pas.
10:19D'un mot, les élèves, eux, comment ils réagissent ?
10:21Alors, les élèves, ils sont à ce moment-là,
10:23quand Jean-Michel Blanquer parle, pour beaucoup, devant leur téléviseur.
10:27Et c'est l'explosion de joie dans les salons pour beaucoup,
10:29beaucoup d'élèves qui s'aperçoivent qu'ils ont leur bac, en fait.
10:33Même si le ministre dit qu'il y aura une obligation d'assiduité,
10:38que personne n'aura son bac s'il ne reste pas assidu jusqu'au 4 juillet,
10:42les élèves, eux, ils sortent leur calculatrice,
10:44ils regardent leur moyenne,
10:45et s'ils ont plus de 10, ils se disent « c'est bon, le bac est dans la poche
10:48».
10:48Mais pour d'autres, justement, ceux qui sont plus tangents,
10:51qui ont moins de 8 sur 10 en moyenne,
10:53eux, on leur annonce à la télévision qu'ils ont raté leur bac.
10:55J'ai eu le témoignage d'un élève, par exemple, et de sa mère,
10:58qui me disait que son fils a acheté toutes ses affaires par la fenêtre
11:03quand il a entendu le ministre parler,
11:05parce qu'il se disait « voilà, là, je travaille pendant le confinement,
11:08et on me dit que je n'aurai pas mon bac, c'est pas juste ».
11:17Christelle Brigodeau, dans sa troisième allocution le 13 avril,
11:21Emmanuel Macron annonce la fin du confinement strict à partir du 11 mai.
11:25C'est aussi à partir de cette date que devront rouvrir progressivement les écoles,
11:30et là aussi c'est une surprise.
11:31Oui, de la même manière que tout le monde a été pris de court
11:34au moment de l'annonce de la fermeture totale des écoles,
11:37le monde scolaire est encore pris de court à l'annonce de la réouverture des écoles.
11:41Ça paraît surprenant, mais dans les discussions qui avaient lieu
11:44entre le ministère, les syndicats d'enseignants, par exemple,
11:49pendant les jours précédents, plusieurs sources m'ont expliqué
11:52que la date sur laquelle se fixaient les gens, c'était plutôt au mois de juin,
11:56voire septembre.
11:57C'était une hypothèse, pas privilégiée, mais c'était une hypothèse.
12:00Mais en tout cas, la date du 11 mai paraît assez prématurée,
12:03une partie du monde scolaire.
12:05Et c'est une date qui surprend, parce que tout le monde se demande
12:09comment elle a été choisie et sur quoi elle se base.
12:11Justement, le président utilise quel argument ?
12:13Alors, le président utilise l'argument de la justice sociale.
12:16Un fait qui est constaté par tout le monde dans les écoles, les collèges et les lycées.
12:20Il explique que la continuité pédagogique, c'est une bonne chose,
12:24mais qu'elle laisse sur le bord du chemin trop d'élèves.
12:26Il y a un risque de décrochage pour une partie des enfants,
12:30et que le plus tôt les enfants reviennent à l'école,
12:33mieux ce sera pour eux.
12:35Moins on aura de pertes finalement à la rentrée
12:37d'enfants complètement, presque déscolarisés.
12:40Mais c'est un argument qui tout de suite est remis en cause
12:43parmi les parents, parmi les enseignants.
12:45Beaucoup suspectent aussi qu'un des grands objectifs,
12:48c'est de remettre le pays en marche,
12:50de faire en sorte que les gens retournent travailler.
12:52Et la condition de cela, c'est de remettre les enfants à l'école
12:55pour qu'ils soient gardés ailleurs qu'à la maison.
13:02Le mardi 21 avril, devant les députés,
13:04le ministre Jean-Michel Blanquer propose un calendrier
13:07de retour progressif à l'école,
13:09une rentrée étalée sur trois semaines,
13:12par tranche d'âge et par petits groupes,
13:14à partir donc du 11 mai.
13:16Mais cette initiative ne plaît pas du tout à Matignon.
13:19En fait, ce que Matignon va reprocher
13:22au ministre de l'Éducation nationale,
13:24c'est d'avoir été, selon lui,
13:26trop affirmatif dans le scénario
13:28et peut-être trop précis.
13:29Juste après son intervention,
13:31l'après-midi même,
13:32le directeur du cabinet, Jean-Michel Blanquer,
13:35va essuyer une soufflante monumentale
13:37de la part de son homologue à Matignon.
13:40Sur le thème, vous en dites trop,
13:42et de manière trop ferme.
13:44En fait, du côté du ministère de l'Éducation nationale,
13:47l'idée, c'est de donner un cap aux écoles.
13:48Parce qu'on sait que remettre les écoles sur pied,
13:51ça se fait en plusieurs jours,
13:53ça prend beaucoup de temps.
13:54Encore une fois, c'est 12 millions d'élèves,
13:56c'est des milliers de bâtiments à réouvrir.
13:59Et donc, le ministère de l'Éducation nationale
14:02veut aller vite pour donner une perspective
14:04et faire en sorte, finalement,
14:05que les gens se mettent en ordre de marche.
14:07Le samedi 25 avril,
14:09le Conseil scientifique qui guide l'exécutif
14:11dans la gestion de cette crise
14:12publie tardivement un avis
14:15sur la réouverture des écoles le 11 mai.
14:17Que dit-il ?
14:18Il dit septembre.
14:20Il dit plus précisément, dans son avis,
14:22qu'il lui paraît plus approprié
14:24de laisser les écoles, collèges et lycées
14:27fermées jusqu'à la rentrée des classes de septembre
14:29pour se prémunir contre un rebond de l'épidémie.
14:33Mais le Conseil scientifique
14:35prend acte de cette décision politique.
14:37C'est vraiment écrit noir sur blanc dans l'avis.
14:39Cet avis est mis en ligne un samedi soir à 22h.
14:42Il dit que la réouverture le 11 mai,
14:43c'est une décision politique.
14:45On prend acte de cette décision.
14:47Et pour accompagner cette réouverture,
14:50voilà ce qu'on préconise.
14:51Et les préconisations sont drastiques.
14:53Il s'agit pour tous les enfants, par exemple,
14:55de se laver les mains au moment où ils arrivent à l'école,
14:57à chaque fois qu'ils se touchent le nez ou qu'ils éternuent,
15:01avant de manger, après.
15:03Il y a des mesures aussi de distanciation sociale importantes.
15:07Il faut un mètre entre chaque table.
15:09Les enfants qui ne se croisent pas dans les couloirs,
15:11qui mangent à leur place, dans leur classe,
15:14plutôt que d'aller à la cantine.
15:15C'est des mesures très contraignantes
15:17et qui changent radicalement la vie des écoles.
15:19Les professeurs s'en rendent compte tout de suite.
15:20Christelle Brigodeau, justement, à ce moment-là,
15:22que vous disent les enseignants et les chefs d'établissement ?
15:25Les enseignants et les chefs d'établissement
15:27sont déjà assez estomaqués d'apprendre
15:29que le conseil scientifique n'était pas
15:31pour une ouverture des écoles le 11 mai.
15:33Sachant qu'il y avait déjà beaucoup d'inquiétudes
15:35dans la communauté éducative
15:36sur les conditions de cette réouverture,
15:38ça jette encore un doute sur les conditions de sécurité,
15:41à la fois pour les enfants et pour les adultes qui les encadrent.
15:45Et puis, très vite aussi, il se pose mille questions
15:47sur la faisabilité de ces recommandations.
15:50Avoir un mètre entre chaque bureau,
15:51concrètement, ça veut dire 4 mètres carrés par enfant,
15:54puisqu'il faut qu'il y ait un mètre devant le bureau,
15:56derrière et sur chaque côté,
15:58et 4 mètres carrés par enfant dans des classes
16:00qui font 25 mètres carrés, c'est pas possible.
16:03Confrontant la réalité de leur école aux préconisations,
16:07ils se disent on n'y arrivera jamais.
16:10Le 28 avril, Edouard Philippe dévoile le plan du gouvernement
16:13pour sortir le pays du confinement.
16:15Concernant l'école,
16:17le Premier ministre choisit un retour en classe très progressif.
16:20Il y a deux maîtres mots dans son allocution concernant les écoles,
16:24c'est la progressivité et puis aussi la latitude laissée au terrain.
16:29Il essaye de rassurer en expliquant qu'on mettra en place
16:32toutes les mesures sanitaires,
16:33mais c'est le terrain qui choisira,
16:34qui décidera de la faisabilité des choses.
16:37Et ce qui commence à être dit au niveau de l'éducation nationale
16:41pour accompagner cette annonce,
16:42c'est que dans les écoles où les règles sanitaires ne sont pas tenables,
16:47on n'ouvrira pas ou pas dans les mêmes conditions.
16:49Comment les enseignants voient cette stratégie ?
16:52Là encore, ils se posent énormément de questions.
16:54Un syndicaliste, par exemple, m'a expliqué que ce déconfinement des écoles,
16:58c'est comme un atterrissage d'un astronaute.
17:01Vu de loin, ça paraît faisable.
17:03Et puis plus on se rapproche, plus on voit les détails
17:05et plus on se demande où on va atterrir.
17:06L'état d'esprit des enseignants à ce moment-là,
17:09ils se disent bon, nous on veut bien,
17:10on a envie de retrouver nos élèves.
17:12Beaucoup d'enseignants le disent.
17:13On a du mal à savoir comment.
17:18Le dimanche 3 mai, plus de 300 maires d'Ile-de-France,
17:21dont la maire de Paris, Anne Hidalgo,
17:24écrivent dans une lettre au président
17:26qu'ils ne rouvriront pas les écoles le 11 mai.
17:28Ils disent que c'est infaisable, en fait, en résumé,
17:31que la date du 11 mai est prématurée.
17:33Il faut savoir qu'on est à une semaine de la réouverture.
17:38Avant cela, le vendredi 8 mai est un jour férié,
17:40donc sans école.
17:41Ça laisse très peu de jours pour les écoles pour s'organiser.
17:44Beaucoup craignent que ce soit pas faisal.
17:47Donc en fait, ils demandent un délai.
17:48Ils disent, nous on veut bien rouvrir,
17:50mais dans ces conditions-là, on ne va pas y arriver.
17:52Je comprends leur angoisse,
17:54je comprends leurs questions, leurs inquiétudes.
17:56Mais ils veulent bien faire.
17:58Et donc, il faut leur laisser le temps de bien faire
18:00et la souplesse.
18:01J'étais à l'instant avec des maires
18:03qui parfois ont signé les tribunes.
18:04Tous m'ont dit, on veut rouvrir.
18:06Je n'ai pas un maire avec qui j'ai parlé aujourd'hui
18:08qui m'a dit, nous ne voulons pas rouvrir.
18:10Certains m'ont dit, on va réussir à rouvrir dès le 12.
18:12Un autre m'a dit, peut-être que j'aurai plus de confort
18:14si je peux ouvrir le 14.
18:16Le tout, c'est que les maires,
18:20avec leur directeur d'école, leurs enseignants,
18:22soient sur une position commune concertée
18:24et que les parents soient bien informés.
18:26Quelque part, il lâche du lest, malgré tout, Emmanuel Macron ?
18:29Oui, il essaye de jouer fin, disons, en rassurant,
18:32tout en expliquant quand même qu'il faut y aller.
18:34Il ne s'agit pas de dire, faites comme vous voulez,
18:36si vous voulez ne pas rouvrir, ne rouvrez pas.
18:38On dit rouvrez comme vous voulez, mais rouvrez.
18:49Christelle Brigodeau, les portes des collèges
18:51rouvriront dans les départements verts uniquement
18:54à partir du 18 mai pour les élèves de 6e et 5e.
18:58Et pour les autres collégiens et lycéens,
19:00la décision sera prise fin mai.
19:02Partout en France, les écoles maternelles et primaires
19:05doivent accueillir à nouveau les élèves
19:06à partir de la semaine du 11 mai.
19:08Comment est-ce qu'elles se préparent ?
19:10Alors, dans les écoles, la première chose,
19:11c'est de savoir combien d'élèves vont revenir en classe
19:13et combien d'enseignants,
19:14parce que tous les enseignants ne vont pas revenir.
19:16Ceux qui ont des fragilités,
19:18ceux qui ont aussi des personnes fragiles dans leur entourage,
19:20ne sont pas forcés de revenir en cours.
19:22Ils vont télétravailler.
19:23Et qui seront les enseignants qui continueront l'école à distance ?
19:26Parce que la subtilité, c'est que les élèves seront accueillis,
19:29certes, à l'école, mais pas tous en même temps,
19:31de manière très progressive.
19:32Et pendant ce temps-là,
19:33la continuité pédagogique est censée continuer
19:35avec des professeurs à la maison
19:37qui donneront des exercices aux élèves.
19:40Concrètement, à quoi devrait ressembler
19:42une journée d'école dans les prochaines semaines ?
19:44Alors, elle sera radicalement différente de ceux qu'on connaît.
19:47C'est ce qu'il faut bien avoir en tête.
19:49Non seulement ce sera des petits groupes d'élèves qui seront en classe,
19:52mais l'organisation même de la salle de classe
19:55sera dans beaucoup de cas différentes.
19:57Beaucoup d'enseignants, par exemple,
19:59travaillaient en îlot en privilégiant du travail en groupe
20:02de la part des élèves, de la coopération.
20:05Ça, c'est des choses qui étaient, disons, très à la mode dans les écoles
20:07et qui sont complètement contraires aux règles de distanciation sociale.
20:10Là, on va avoir un élève partable, éloigné de ses camarades,
20:14des élèves qui ne se croisent pas,
20:16ne se voient pas entre classes à la récréation.
20:19En maternelle, les jeux collectifs qui sont très utilisés
20:22dans les petites classes sont proscrits
20:24parce que c'est des objets que les élèves touchent à plusieurs.
20:26Donc, c'est aussi contraire aux règles sanitaires.
20:28Il n'y aura plus de jeu de ballon dans la cour de récré
20:31pour la même raison.
20:32Donc, c'est vraiment une autre école qui va ouvrir dans quelques jours.
20:36Retrouver des classes normales, c'est un objectif lointain ?
20:39Oui, c'est lointain.
20:40En tout cas, c'est ce que disent les membres de la communauté éducative
20:44qui, d'ailleurs, se posent énormément de questions sur la rentrée de septembre
20:48parce que septembre, du point de vue de l'épidémie, c'est dans un siècle,
20:52mais du point de vue de l'éducation nationale, c'est demain.
20:54C'est maintenant que se prépare la rentrée scolaire
20:56et beaucoup d'enseignants se demandent, par exemple, dans les lycées,
21:00comment on va avoir des classes bourrées avec 35 élèves
21:03tout en respectant les règles de distanciation sociale.
21:06Et de nombreuses personnes commencent à alerter
21:09en disant qu'il faut réfléchir à une autre école sur le long terme
21:12parce qu'on n'en a pas fini avec les règles de distanciation sociale,
21:15parce que l'épidémie, on n'en est pas venu à bout encore
21:18et qu'il faut inventer, finalement, une autre école qui durera pendant longtemps.
21:27Christelle Brigodeau, cette école complètement chamboulée,
21:30c'est compliqué pour tout le monde,
21:31mais c'est surtout un risque pour les élèves en difficulté ?
21:34La lutte contre le décrochage scolaire, c'était depuis plusieurs années
21:37un objectif assez prioritaire du ministère de l'Éducation nationale.
21:42C'était une bataille qui portait ses fruits
21:44et là, le risque, c'est qu'on retombe finalement des années en arrière
21:49avec beaucoup d'élèves qui, notamment dans les lycées professionnels,
21:53auront pendant six mois coupé avec l'école
21:55et risquent de ne pas revenir ou de revenir avec beaucoup de lacunes.
21:59Donc, il y a des choses qui sont en train de se mettre en place
22:01pour essayer de raccrocher ces élèves,
22:04notamment, par exemple, pour les petites classes,
22:06des dispositifs de soutien qui vont se mettre en place au mois d'août,
22:09des vacances dites apprenantes pendant les mois d'été de juillet et août.
22:14Il faudra aussi, disent les enseignants, revoir les programmes scolaires
22:17pour faire en sorte de ne pas recommencer une année en septembre
22:20comme si de rien n'était, mais de prendre en compte le fait
22:22qu'une partie des élèves pendant six mois n'auront de fait pas eu classe.
22:31Merci Christelle Brigodeau.
22:37Code Source est le podcast d'actualité du Parisien,
22:40disponible chaque soir du lundi au vendredi.
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22:44en mettant des petites étoiles et en vous abonnant
22:47sur votre application de podcast préférée
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22:56Productions Marion Bottorel et Mathias Ardoi,
22:59réalisation Alexandre Ferreira.
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