- il y a 6 jours
Jeudi 5 mars 2026, retrouvez François Robinet (Managing Partner, AVP) dans SMART BOURSE, une émission présentée par Grégoire Favet.
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00:09Et dans le dernier quart d'heure de Smart Bourse, on se pose cette question comment financer les
00:13futurs champions de la tech européenne. Notre invité il y a quelques jours c'était François
00:19Robinet, le fondateur d'AVP. Il nous explique d'ailleurs ce qu'est AVP et comment financer
00:24ces scale-up. On l'écoute tout de suite. On a pris notre indépendance quand AXA a vendu toute sa
00:34gestion
00:34d'actifs à BNP. On en a profité pour racheter la société mais on est resté AVP, AXA Venture Partner.
00:43On était connus sous le nom d'AVP donc on a gardé les trois lettres. C'était plus simple. Très
00:47bien,
00:48voilà pour la présentation. François, votre combat, comment répondre au déficit chronique de financement
00:52des scale-up européennes ? Un segment qui est historiquement dominé par les fonds américains
00:57et souverains. C'est vrai qu'on a l'impression qu'à chaque fois qu'il y a quelque chose
01:00qui marche,
01:01qui marche un peu bien, il y a un gros américain, maintenant chinois, ou autre qui arrive et qui
01:05met la main dessus. Comment on arrive à rester indépendant ?
01:07C'est vrai et c'est une question de force de frappe. C'est-à-dire que historiquement,
01:14le marché du venture, ça a été un marché américain. Alors l'Europe s'est beaucoup,
01:18beaucoup développée. Il y a eu énormément d'initiatives qui ont fait que l'Europe a beaucoup
01:23progressé. D'abord avec des fonds venture, puis avec des fonds grosses. Il y a eu l'initiative
01:28Tibi en France. Il y a eu l'équivalent dans d'autres pays qui ont permis l'émergence de vraies
01:33plateformes, de très bonnes plateformes, dont AVP, qui investissaient d'abord sur le venture.
01:40Ce que j'appelle le venture, c'est des sociétés au début de leur vie, assez risquées.
01:43D'accord. C'est quoi la traduction en français ? Capital investissement, tout le monde peut dire ?
01:47Oui, c'est amorçage pour le tout début et capital risque ensuite.
01:50Donc c'est vraiment des sociétés qui ne sont pas encore constituées ?
01:53Alors, le tout début, c'est des sociétés pas encore constituées. Vous avez une présentation,
01:58une slide et vous investissez sur une équipe. Nous, on ne fait pas ça. Ça, c'est ce qu'on
02:03appelle
02:03le seed. C'est vraiment l'amorçage. On investit quand il y a un produit. On veut voir le produit.
02:09On veut voir à quoi ça ressemble. Par contre, on prend le risque de ce qu'on appelle go-to
02:14-market,
02:14c'est-à-dire d'entrer sur le marché et de trouver les premiers clients. Ça, c'est ce qu
02:19'on appelle
02:19le venture. Et donc, il y a un élément de risque assez important parce qu'évidemment, on aime bien
02:23le produit, on aime bien le software, on aime bien la technologie, mais on ne sait pas si ce service
02:28ou ce software trouveront leur marché. Et puis après, on s'est déplacé sur ce qu'on appelle
02:33le gros croissance, donc capital croissance en France. C'est-à-dire, une fois que la société
02:40a trouvé son marché, pour le coup, le sujet, c'est d'accélérer et devenir une très
02:44grande société. Et historiquement, aux États-Unis d'abord, et puis en Europe, comme je le disais,
02:50on a beaucoup progressé. L'innovation s'est financée comme ça, des petits tours de financement
02:56initialement. Et puis, plus la société se développait, des gros tours de financement
03:00et les licornes, dont on a beaucoup parlé. C'est ce qu'on appelle les différentes séries.
03:03Les différentes séries. Série A, typiquement, début de la vie des sociétés, B, C, et puis
03:08l'alphabet à 26 lettres. Donc, on peut aller très loin jusqu'à la sortie. Et la sortie,
03:13ça peut être l'IPO, ça peut être une acquisition stratégique.
03:16Par un groupe industriel. Est-ce que je me trompe quand je dis que plus on monte dans les
03:20taux, plus la société a fait ses preuves, plus on anticipe qu'elle va gagner de l'argent,
03:24plus ça vaut cher le ticket d'entrée.
03:25Oui. Alors, c'est ça qui est intéressant. C'est vrai. C'était vrai historiquement.
03:31C'est toujours vrai. C'est typiquement l'histoire des sociétés qui développent des
03:35softwares, des logiciels. Des logiciels et le vendre à quelques clients. C'est la série
03:40A. On lève 5, 10, 15, 20 millions. Et puis, elle se développe et on finit par lever des
03:46centaines de millions. On a des très belles sociétés en France, Doctolib, des sociétés
03:52comme ceux-là qui ont commencé toutes petites et qui sont maintenant de venir des
03:55très très belles sociétés, profitables ou très proches de la profitabilité, etc.
04:00Et nous, on a développé nos fonds dans cette logique. Un fonds venture qui investit, qui
04:06fait 200 millions, qui investit au début de la vie des sociétés. Et puis, à l'autre
04:10bout de la chaîne, on a un fonds gros qu'on est en train de lever, qui devrait faire un
04:14milliard et demi, qui l'a investi dans des sociétés qui sont matures, peut-être pas
04:18encore profitables, mais avec un chemin vers la profitabilité très claire, qui font centaines
04:23millions de chiffres d'affaires, voire plus. Donc...
04:25Qui investit, François, dans ces fonds ? Ce sont les INZ, les institutionnels ?
04:29Voilà, c'est les institutionnels, les fonds de pension. En Europe, beaucoup les sociétés
04:33d'assurance. Nous, on a eu la chance de bénéficier du soutien fort d'AXA. On continue à bénéficier
04:38du soutien d'AXA. Mais voilà, les investisseurs institutionnels, des family office aussi, des corporettes
04:46qui veulent, outre le retour financier, bénéficier un petit peu de... de retours de marché, voire
04:55un petit peu ce qui se passe sur le marché de l'innovation. Donc, c'est l'ensemble de
04:58ces investisseurs. Ce qui est en train de changer, c'est que l'innovation, les nouvelles
05:04technologies, ou certaines nouvelles technologies, ont un cycle de financement différente, et
05:09notamment parce qu'elles sont... elles consomment pas mal de capital au début de leur vie.
05:14Ce fameux CAPEX, ça veut dire qu'on ne peut pas démarrer avec 5, 10 millions...
05:17Quand vous faites un software, vous avez besoin de quoi ? Vous avez besoin de 5, 10 programmeurs
05:22et vous programmez, vous faites votre software. Quand vous faites de l'ordinateur quantique,
05:27c'est quelque chose qu'on connaît bien parce qu'on a financé le dernier tour de table
05:32d'une très belle société française qui s'appelle Alice et Bob, dont j'étais venu parler
05:35ici. Évidemment, on a les chercheurs, on a de la recherche, mais on a aussi du CAPEX parce
05:42qu'il fallait construire ces ordinateurs quantiques. Il faut construire une usine, un début d'usine.
05:47Le dernier tour de table d'Alice et Bob, qui était une série B pour reprendre les séries,
05:53c'était un tour de 100 millions qu'on a dirigé. Et on a beaucoup d'industries comme celle-ci,
05:59donc j'ai cité le quantique, mais il y a la robotique, les semi-conducteurs, dans une certaine mesure,
06:05le life science, les industries de l'espace également, qui ont ce cycle de financement.
06:10C'est-à-dire, même à des stades taux du développement des sociétés, il faut beaucoup de capitaux.
06:16Et ça, l'Europe est encore en retard.
06:19Pourquoi ? Est-ce que c'est une mentalité ? Est-ce qu'on est sérieux ?
06:22Non, non, c'est une question de sens de frappe.
06:24D'accord.
06:25Donc, vous voyez, on était très content de lancer notre fonds d'un milliard et demi.
06:30Il y a maintenant quelques fonds en Europe qui font plus d'un milliard,
06:33mais qui se concentrent sur des sociétés qui sont déjà bien avancées.
06:37Il faut des fonds de cette taille-là, ou voire plus gros, et même plus gros pour avoir la capacité
06:43de prendre ces risques,
06:44qui peuvent mettre 200-300 millions sur un tour de table d'une société assez jeune.
06:49On le voit aussi sur l'intelligence artificielle.
06:52Les premiers tours des OpenAI, Anthropik ou Mistral, on parlait de plusieurs centaines de millions d'euros.
07:00Qui a fait ces tours ? Les gros fonds américains.
07:02Pourquoi ils ont fait ces tours ? Parce qu'ils ont cette force de frappe.
07:06Parce qu'aux États-Unis, vous avez plusieurs fonds privés qui font plus de 5 milliards.
07:11Sequoia, gros, ça doit faire 8 milliards.
07:13Le fonds d'André Sennarovitz, 14 milliards, etc.
07:16Donc, vous pouvez mettre des tickets de 200-300 millions.
07:19C'est cohérent avec la taille de votre portefeuille, de votre fonds, en termes de prise de risque.
07:24Et ça, on ne l'a pas encore en Europe.
07:26Et c'est d'autant plus dommage que sur les industries, les technologies dont je viens de parler, le quantique,
07:34etc.,
07:34l'Europe a une vraie carte à jouer.
07:36Oui.
07:36Une vraie carte à jouer.
07:37Alors vous dites, on a peut-être perdu finalement la bataille de l'IA du côté du software, mais du
07:41côté de l'industrie ?
07:42L'IA, j'allais dire, le train a quitté la gare quand même.
07:47Heureusement qu'on a Mistral, qui fait quand même un très beau boulot, mais on n'a à peu près
07:50que Mistral.
07:52Sur les autres verticales dont je parlais, qui sont des applications industrielles,
07:57donc on parle de réindustrialisation, ça c'est de la vraie réindustrialisation.
08:01C'est de la souveraineté et de la réindustrialisation, mais il faut du financement en très grande masse.
08:08Et ça, on n'a pas encore les fonds capables de faire cela.
08:12Et le risque, pour le coup, et on l'a vu sur pas mal de dernières opérations de financement,
08:18c'est que ce soit les fonds anglo-saxons, qui sont par ailleurs excellents,
08:21ce n'est pas une critique sur la qualité de ces fonds, ils sont excellents, mais ils sont américains.
08:25Et donc, forcément, ils vont déplacer le centre de gravité de la société vers les Etats-Unis.
08:32Donc on va perdre en souveraineté, même si on a les talents, finalement ?
08:35On a les talents, on a les centres de recherche, on a l'esprit entrepreneuriat,
08:39on a des très très bons entrepreneurs, vraiment, vraiment.
08:42Mais au bout d'un moment, l'argent, ça compte.
08:44Et quand on voit qu'on est sur un ratio de 1 à 10, en passant, en allant du côté
08:48des Etats-Unis,
08:49souvent c'est le levier de fonds, il faut en acheter un zéro.
08:51On a un des concurrents, je parlais d'Alice et Bob, qui a fait une levée d'un milliard.
08:56Alors qu'ils ne sont pas plus avancés.
08:59Avec 1 milliard, c'est 10 fois plus que les 100 millions, ça fait quand même beaucoup d'argent.
09:03On peut mettre beaucoup plus de compétences en une fois.
09:05Oui, c'est ça, c'est-à-dire qu'à un moment, on peut acheter,
09:07même si les salaires sont plus élevés aux Etats-Unis, on peut quand même recruter beaucoup de monde.
09:11Je parlais justement de mentalité, parce que nous, notre réflexe, c'est souvent de se pencher vers l'État,
09:17à ce moment-là, et de se dire, voilà, l'État va décider, flécher l'argent, créer une loi pour
09:23favoriser la création d'un fonds, d'un tel.
09:26Est-ce que c'est...
09:27Oui, alors, l'écosystème européen est différent.
09:33D'abord, le mode d'épargne en Europe est différent.
09:36En Europe, en France en particulier, on a des retraites par répartition, pas par capitalisation.
09:43Donc on a une manne d'épargne qui n'est pas disponible.
09:45Donc il n'est pas anormal que l'État participe à ce financement.
09:50La BPI a fait un travail remarquable en France, quelquefois critiqué, mais heureusement qu'il y a la BPI.
09:57Il y a des co-investitions à vos côtés, par exemple ?
10:00Sur Alice et Bob, oui, en particulier, et sur d'autres sociétés, oui.
10:05La BPI sait prendre des risques, et heureusement qu'elle est là.
10:08Il y a d'autres... Il y a l'équivalent de la BPI dans d'autres pays européens.
10:12Il y a l'EIF au niveau européen.
10:15Donc oui, il y a de l'argent public qui se substitue à l'argent privé.
10:18C'est très bien.
10:20J'allais dire que c'est cohérent avec l'environnement européen, mais ça ne suffit pas.
10:25C'est-à-dire qu'on connaît la situation des finances publiques.
10:30Il y a une limite.
10:31Et il faut que l'investissement privé, en termes de capacité à prendre des risques et en termes de volume,
10:38soit disponible pour investir dans ces entreprises innovantes,
10:42qui encore une fois sont au meilleur rang mondial,
10:45parce que c'est les industries de demain et parce que c'est la souveraineté européenne.
10:51Et voilà, c'est capital, effectivement, de continuer, d'encourager cette souveraineté européenne.
10:57On parle beaucoup, notamment dans le secteur de la défense, mais pas que.
10:59En tout cas, il faut refaire notre retard sur l'IA.
11:02Vous le disiez, la bataille, le train est passé, mais on peut se rattraper.
11:06Et également sur la défense.
11:07La défense tech, les industries technologiques appliquées à la défense,
11:12ou avec ce qu'on appelle les dual-use, donc civils et militaires.
11:15Là encore, l'Europe a quelque chose à dire.
11:20Voilà, c'est François Robinet sur Bsmart,
11:23qui rend hommage au travail de la BPI, la Banque Publique d'Investissement,
11:26et qui dit qu'on a encore des choses à faire,
11:28notamment dans le quantique et dans la défense.
11:31Cette édition de Smart Bourse touche à sa fin.
11:35Merci de l'avoir suivie.
11:36N'hésitez pas à consulter le replay si vous avez manqué le début,
11:39sur toutes les plateformes.
11:41Vous pouvez également vous abonner à l'excellent Smart Trade de Pauline Grattel.
11:45tous les jours, une tendance sur le marché, sur la bourse,
11:48quelque chose d'anecdotique ou d'intéressant.
11:52Et puis enfin, quant à nous, on se retrouve dès demain,
11:54en direct, 17h-18h, sur Smart Bourse.
11:58Excellente soirée à tous.
11:59Sous-titrage Société Radio-Canada
12:03Sous-titrage Société Radio-Canada
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