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85 % des agriculteurs souhaitent entamer une transition écologique de leur modèle. Cela représente pourtant un défi économique à relever pour eux. Resoil leur avance l’argent nécessaire pour construire des projets qui permettent de conserver la qualité des sols. L’intérêt de garder les apports de la terre a souvent été mis de côté durant les 30 dernières années.
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00:05L'invité de ce Smart Impact, c'est Grégoire Halston, bonjour.
00:10Bonjour Thomas.
00:10Bienvenue, vous êtes le co-fondateur de ReSoil, créé en 2022.
00:15C'est quoi ReSoil ? Expliquez-moi.
00:17ReSoil, c'est une entreprise à mission que j'ai co-fondée avec mes associés Luc Bailly et Johan Vrin,
00:22effectivement, qui a pour but de mesurer, suivre et financer la transition agricole.
00:27Pourquoi cette mission ? C'est important de commencer par ça, peut-être, avant de détailler un peu comment on
00:32s'y prend.
00:33Surtout à quelques jours du Salon de l'Agriculture, c'est important de rappeler que la transition agricole,
00:37c'est une réponse aux principaux enjeux de notre temps.
00:40C'est quoi ces principaux enjeux ? C'est les enjeux climatiques.
00:43La transition agricole, c'est réduire les émissions de gaz à effet de serre des fermes et stocker du carbone
00:47dans les sols.
00:48C'est une réponse aux enjeux de biodiversité.
00:51La transition agricole permet de préserver les ressources en eau, de réduire la pollution de l'air
00:55et de réduire tout ce qui va perturber la biodiversité souterraine, notamment.
01:00C'est une réponse aux enjeux de sécurité alimentaire, de souveraineté alimentaire.
01:05Par les temps qui courent, malheureusement, d'un point de vue géopolitique,
01:07on s'est rendu compte que c'était quelque chose de majeur et d'essentiel,
01:10de pouvoir avoir cette souveraineté et de continuer à produire en France en s'adaptant au changement climatique.
01:14Et enfin, quatrièmement, c'est un enjeu de résilience économique des fermes.
01:18C'est permettre aux agriculteurs d'être plus autonomes sur leurs fermes
01:22et donc de mieux vivre de leur production et de valoriser leur capital sol lors de cette transition.
01:27Vous le disiez, le Salon international de l'agriculture démarre le 21 février.
01:32Est-ce que la valorisation des sols, alors oui, on peut dire que c'est intrinsèquement lié à l'agriculture,
01:38mais la qualité du sol, est-ce qu'on ne l'avait pas un peu oublié ?
01:43On l'a probablement un peu oublié, si on reprend un peu tout l'historique,
01:47post-Seconde Guerre mondiale, ça part de là, toutes les années 60,
01:51l'agriculture devait nourrir le monde.
01:53Pendant pas mal d'années, on s'est dit qu'il n'y avait pas de limite planétaire.
01:56Ce n'est pas d'ailleurs le propre de l'agriculture, on l'a un peu vu partout dans tous
01:59les secteurs.
02:00Et donc, on a réorienté finalement la chimie qu'on avait développée pour la guerre,
02:04on l'a réorienté pour l'agriculture, avec tout ce qui est engrais, tout ce qui est produits phytosanitaires.
02:09Et effectivement, on est passé finalement, si on prend le blé, de 15 quintaux hectares il y a encore 100
02:16ans,
02:16à 70 quintaux par hectare en moyenne aujourd'hui, grâce à tout ça.
02:20Sauf que, le revers de la médaille, on a appauvri nos sols, exactement.
02:25Et en fait, finalement, on a perturbé le vivant qui marche plutôt bien,
02:29quand on l'utilise à bon escient et qu'on enrichit nos sols, c'est ça qu'il faut préserver.
02:33Si demain, on veut continuer à produire en France.
02:34Alors, qu'est-ce que vous proposez comme solution ?
02:37Comment vous accompagnez les agriculteurs dans cette transition ?
02:39On a bien compris qu'elle n'était pas simple, elle peut être coûteuse.
02:42Alors, il n'y a pas que le bio, mais pour ceux qui ont fait la conversion vers le bio,
02:46on voit qu'il y a beaucoup de déconversions.
02:48Enfin bref, comment vous les accompagnez ?
02:50Vous l'avez dit, il y a un gros enjeu.
02:51En fait, il y a un double enjeu.
02:52Il y a un enjeu de financement.
02:54Certes, j'expliquais en introduction qu'à terme, la transition agricole,
02:58c'est la résilience économique des fermes, mais c'est une courbe en J.
03:02Donc, qu'est-ce qui se passe pendant les premières années de cette transition ?
03:04C'est des risques sur les rendements, c'est des investissements, c'est des charges additionnelles.
03:08Donc, tout ça, il faut être capable de donner une sécurité financière aux agriculteurs,
03:11ce qu'on propose chez Rissol.
03:12Et deuxièmement, c'est être capable de mesurer les impacts.
03:15Il y a 380 000 fermes en France.
03:18C'est 380 000 façons différentes de conduire son exploitation.
03:21Donc, on ne peut pas rester sur des données génériques pour analyser ce qui se passe.
03:24Et donc, le but, c'est de pouvoir, au niveau de chaque ferme,
03:28proposer une transition adaptée au contexte pédoclimatique,
03:31avec des leviers liés à l'agroécologie et à l'agriculture régénératrice,
03:35qui vont être adaptés au bilan qu'on aura fait de cette ferme grâce à la donnée.
03:39Donc, on va valoriser cette donnée primaire au niveau des fermes,
03:44pour valoriser les services environnementaux, économiques rendus par la transition agricole,
03:48et ainsi, pouvoir générer du financement sur la ferme auprès d'entreprises.
03:52Alors, cette sécurité financière, justement, on va rentrer dans le détail,
03:56vous parlez, comment vous la garantissez ?
03:58Alors, on la garantit de plusieurs façons.
04:00Premièrement, on l'a annoncé en fin d'année dernière,
04:03on a fait rentrer au Capital de Risseuil des investisseurs de l'Impact,
04:07la Banque des territoires, Générali Investissement à Impact,
04:10et Inves, Amorçage, pardon, un fonds de la région Île-de-France et d'Abeille Assurance,
04:15qui nous donne les moyens de nos ambitions pour dire aux agriculteurs,
04:19demain, avec nous, vous vous engagez dans un projet
04:21qui va permettre de stocker du carbone dans les sols, de réduire les émissions.
04:24On va notamment le monétiser pour vous sous forme de crédit carbone,
04:27on pourra en reparler.
04:28D'accord.
04:28Nous, Risseuil, on ne va pas vous faire porter le risque de dire
04:31à quel moment on a trouvé une entreprise qui finance ce projet et ses crédits carbones,
04:35on va vous permettre d'avancer l'argent pour vous permettre
04:39de mettre en place financièrement sur votre ferme les leviers en question.
04:42Donc ça, c'est une garantie de financement.
04:434 millions d'euros que vous avez annoncés à la fin de l'année dernière.
04:48Parce que, moi je suis convaincu que les agriculteurs,
04:52ils veulent la faire, la transition environnementale.
04:5487% des agriculteurs veulent la faire, selon un rapport du chiffre Project,
04:58qui pose une condition financière,
04:59à condition d'être aidés économiquement pour cette transition.
05:02Oui, effectivement.
05:03Et parce que là, ceux qui nous écoutent, il y en a certainement qui disent,
05:05ils sont bien gentils les deux, mais ils nous parlent depuis Paris d'abord,
05:08et puis ensuite, moi j'ai pas les moyens.
05:13Aujourd'hui, je peux à peine me payer, donc j'ai pas les moyens de me lancer.
05:17Oui, non, mais c'est une très bonne réflexion.
05:19Il faut que cette transition, nous on accompagne les agriculteurs et le monde agricole.
05:23Donc évidemment, on travaille avec les coopératives agricoles,
05:27les acteurs du monde agroalimentaire,
05:28et l'idée, c'est de pouvoir identifier plusieurs mécanismes du financement de la transition.
05:33J'ai rentré un peu dans le détail, j'ai mentionné les crédits carbone.
05:35Les crédits carbone, qu'on fait certifier par le ministère de la Transition écologique,
05:39pas tomber dans le greenwashing, vraiment vérifier l'impact,
05:41c'est-à-dire une tonne de CO2 réellement stockée dans les sols ou évité,
05:44on les vend en circuit court, nous-mêmes avec notre équipe d'experts carbone et biodiversité,
05:48à des entreprises situées sur le même territoire que nos agriculteurs.
05:51Ok, premier mécanisme de financement qui semble assez clair.
05:54Deuxième mécanisme de financement, on travaille avec les filières.
05:58Une filière agricole qui achète du bléthane, par exemple, dans le cadre de son amour agricole,
06:04ce qui l'intéresse finalement, c'est l'empreinte carbone de ce qu'il achète,
06:08et donc on va pouvoir lui donner des facteurs d'émission de CO2,
06:11certifiés via la norme ISO 14067, pour lui garantir finalement,
06:16mieux comprendre quelle est l'intensité carbone de ce qu'il achète.
06:18Et ces acteurs-là, si l'empreinte carbone est plus faible, il est prêt à rémunérer l'agriculteur,
06:23ce qu'on appelle finalement un mécanisme de prime filière,
06:26c'est-à-dire qu'on va payer un bonus au moment de l'achat de la tonne de bléthane,
06:29de quelques pourcents supplémentaires sur le prix d'achat de la tonne,
06:32parce que cette tonne de blé est décarbonée.
06:34Et nous, on est capables de montrer à ces acteurs-là que cette tonne de blé est effectivement décarbonée
06:38par rapport à une référence.
06:40Et donc, c'est un deuxième mécanisme de financement sur la ferme.
06:42Et dernier mécanisme potentiel, sur lequel on travaille aussi,
06:45c'est toutes les aides publiques qui peuvent exister liées à la PAC,
06:48qui sont également conditionnées à de la performance environnementale.
06:51Comment prouver qu'une ferme a amélioré, il y en avait certaines MAEC bas carbone dans certaines régions,
06:56que la ferme a amélioré son bilan carbone de plus de 15%.
06:59Grâce à la donnée primaire qu'on a avec notre outil,
07:01on peut montrer tout ça et du coup démultiplier ses sources de financement au niveau des fermes.
07:04Donc, pour bien comprendre, ça commence par quoi ?
07:06Une sorte d'audit de la ferme, de son rendement, de ses intrants, de son bilan environnemental ?
07:13Exactement. On fait ce qu'on appelle un diagnostic carbone,
07:15qui, si on fait un peu un abus de langage,
07:17parce que méthodologiquement, ce n'est pas exactement ça,
07:19une sorte de bilan carbone ou de bilan environnemental de la ferme,
07:21on va prendre la base des trois dernières années de pratiques agricoles
07:24et d'itinéraires techniques de l'agriculteur.
07:26Donc, on va rentrer là-dedans son contexte pédo-climatique,
07:30des analyses de sol, des données météo,
07:31parce qu'à pratique égale, on n'aura pas les mêmes impacts environnementaux
07:34en fonction de ces données d'entrée.
07:36Et ensuite, quelle culture, quel rendement, comment elle les a conduits,
07:39quel type de fertilisation, etc., etc., quel travail du sol.
07:42Ça va nous donner la photo.
07:44Et notre équipe d'ingénieurs agronomes et nos partenaires coopératifs,
07:48parce qu'on équipe les coopératives agricoles avec cet outil,
07:50qui accompagne les agriculteurs,
07:52vont être capables de conseiller l'agriculteur et de lui dire,
07:55OK, sur la base de ce diagnostic, on a identifié tel levier, tel levier, tel levier,
07:58qui permettrait d'avoir tel impact sur le CO2, tel impact sur l'eau,
08:01tel impact sur l'érosion des sols.
08:03D'accord.
08:04Souhaies-tu les mettre en place ?
08:05Nous, on nous conseille de les mettre en place comme ça,
08:06et voilà comment on pourrait te financer pour les mettre en place.
08:08Est-ce que vous intégrez les aléas climatiques ?
08:11Parce que, malheureusement, pour les agriculteurs,
08:14on enregistre cette émission en pleine période
08:17où des départements sont en vigilance rouge ou orange
08:20à cause de la pluie, des tempêtes de neige, etc.
08:22Bon, les aléas climatiques, ça a toujours fait partie de la vie des agriculteurs,
08:26sauf que les épisodes extrêmes sont de plus en plus nombreux.
08:30Dans cette équation économique, comment vous les intégrez ?
08:33On les intègre parce qu'on travaille sur le vivant,
08:35donc on sait que ce qu'on prévoit peut varier en fonction de ces aléas.
08:38D'accord.
08:39Donc, ce qui compte, c'est le résultat.
08:41Et l'agriculteur n'est pas, entre guillemets, responsable, clairement pas,
08:45s'il y a eu ces aléas qui fait qu'on a un résultat plus faible une année
08:47en termes d'impact environnemental,
08:49parce qu'on a eu un moindre rendement pour une dose de fertilisant identique,
08:53et donc, du coup, on a une empreinte carbone plus élevée,
08:54ou inversement, sur les bonnes années.
08:57Donc, le but, c'est de, finalement, mettre ça de côté
09:00et plutôt de s'adapter à ces aléas.
09:01Parce que la transition, c'est mettre en place, par exemple,
09:04des légumineuses sur les exploitations agricoles,
09:07ce qui va permettre de réduire les entrances et diversifier les cultures,
09:11et tout ça va permettre d'enrichir les sols.
09:12Si on enrichit les sols, on séquestre mieux l'eau,
09:16et si on séquestre mieux l'eau,
09:17on résiste mieux aux périodes de sécheresse,
09:19ou à l'inverse, en période d'inondation,
09:20l'eau va s'évacuer beaucoup mieux sur les parcelles agricoles,
09:23ce qui va permettre de retourner au champ beaucoup plus vite
09:25que lorsque l'eau stagne sur les exploitations.
09:27Il nous reste une minute 30, une minute 40 pour faire un premier bilan,
09:30parce qu'il y a déjà plusieurs dizaines de milliers d'hectares
09:33sur lesquels vous travaillez.
09:34Quel bilan environnemental vous pouvez faire ?
09:40Oui, on est maintenant 100 000 hectares accompagnés sur notre outil,
09:44via nos équipes d'ingénieurs agronomes et nos coopératives agricoles partenaires.
09:48On a fait labelliser, via le label bas carbone,
09:50sous forme de crédit carbone,
09:51300 fermes sur les 650 qu'on accompagne à date.
09:55Sur ces 300, c'est 300 000 tonnes de CO2
09:58qui vont être stockées ou évitées sur les sols des exploitations
10:01sur 5 ans, grâce à ce qui est mis en place.
10:03Et à fin d'année dernière, on a reversé 3 millions d'euros aux agriculteurs
10:07pour financer la mise en place de ces pratiques.
10:09Voilà où on en est sur le bilan.
10:10C'est qu'un début.
10:11L'objectif à 2028, c'est d'atteindre 20 millions d'euros
10:13reversés aux agriculteurs sous ces différents mécanismes de financement
10:15que je mentionnais, pour leur permettre de mener à bien leur transition.
10:18Et on est des milliers d'agriculteurs.
10:20On est dans toutes les régions de France aujourd'hui.
10:21On est le premier développeur de projets agricoles du label Bacarbone
10:24sur la méthode Grande Culture.
10:26Et notre objectif est vraiment de rester dans toutes les régions de France
10:29et d'être le leader en France de la mesure et du financement de cette transition
10:33sous toutes ses formes.
10:34J'insiste, on n'est pas juste un énième acteur du Crédit Carbone.
10:37Notre prisme, c'est la transition agricole.
10:39Le Crédit Carbone est un des outils de financement.
10:41Merci beaucoup Grégoire Alston et bon vent à Risseuil.
10:45On continue de parler agriculture dans notre rubrique transition urbaine
10:49tout de suite avec Alexandre Hervaud.
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