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Mardi 17 février 2026, retrouvez Daria Viktorova (Responsable juridique et pilote du projet IA, Darégal), Martin Bussy (Co-CEO, Legal Data Space), Jonathan Williams (directeur France, Legora) et Christophe Lemée (CEO et Co-Fondateur, Deepblock) dans SMART TECH, une émission présentée par Delphine Sabattier.
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00:07Bonjour à tous, bienvenue dans Smartex, c'est le grand rendez-vous que nous avons chaque semaine ensemble, les interviews
00:13de l'IA.
00:13Mais cette édition est un peu spéciale puisque nous tournons à l'occasion du J9, donc au sein d'un
00:18grand rendez-vous sur l'innovation juridique.
00:20Je vous présente mes invités juste après.
00:26C'est parti pour les interviews de l'IA dans cette édition spéciale J9 au sein du grand rendez-vous
00:31sur l'innovation juridique.
00:33J'ai donc deux séquences à vous proposer avec quatre invités.
00:36On commence ensemble tous les deux.
00:38On commence avec Jonathan Williams.
00:39Bonjour Jonathan.
00:40Bonjour.
00:41Baristeur, on peut traduire par avocat à la cour finalement, dans les pays du common law.
00:45Vous êtes un ancien procureur de la Couronne et vous êtes membre du Barreau de Paris, directeur aujourd'hui de
00:50France Légorasse à ce sujet.
00:52que je vous ai fait venir.
00:53Et à côté de vous, Christophe Lemay.
00:55Bonjour Christophe.
00:56Bonjour.
00:56Vous êtes le CEO cofondateur de DeepBlock.
01:00Donc DeepBlock, vous allez me préciser peut-être la définition.
01:04Moi, ce que j'ai compris, c'est que c'est vraiment une société qui donne de l'expertise pour
01:07la génération et la conservation de preuves, de preuves juridiques.
01:12Oui, c'est faire de chaque interaction commerciale ou juridique une preuve certaine, sécurisée.
01:17Et la contraction de Deep et de Block, c'est pour Deep Learning et Block pour Blockchain.
01:23Ah bon, on va en parler parce qu'une des technologies clés, évidemment, c'est la Blockchain pour la certification
01:28et le suivi, le tracé de toutes ces preuves.
01:31Mais comment être sûr, comment est-ce qu'on peut dire là, je suis face à une preuve soutenable qu
01:37'on peut opposer juridiquement ?
01:39Tout simplement parce qu'il y a ce qu'on appelle un algorithme que l'on utilise, qui est une
01:46fonctionnalité de hash.
01:48Et ça permet, si vous voulez, de convertir une donnée, quelle que soit sa taille, quelle que soit sa forme,
01:52en une chaîne de caractères de 64 caractères de long.
01:55Et qu'on va stocker dans un registre, en l'occurrence d'un registre Blockchain, qui est immuable puisqu'on
02:00ne peut pas modifier les enregistrements.
02:03D'accord.
02:04C'est comme ça que ça fonctionne.
02:05En fait, c'est l'authenticité, c'est ça, du document ?
02:08Alors, c'est l'authenticité et c'est l'intégrité avec le registre derrière.
02:11Oui.
02:11Et c'est ce qu'on appelle la PAF, la piste d'audit fiable que normalement toutes les entreprises doivent
02:18avoir ou détenir justement parce que c'est un peu la boîte noire de l'entreprise.
02:23C'est un peu comme il y a un crash d'avion.
02:25La première chose qu'on va voir, c'est la boîte noire pour savoir qu'est-ce qui s'est
02:27passé avant.
02:29Et si on n'a pas ça comme preuve dans une BlushClean, en l'occurrence, on n'est pas capable
02:33de retracer l'anomalie qui a pu se passer.
02:36Quand on doit valider un document juridique, quand on veut apporter la preuve qu'on a bien donné notre autorisation,
02:44on va signer.
02:45On voit les boutons signature.
02:48Ça se résume à ça aujourd'hui, la preuve vraiment d'un acte numérique légal ?
02:52Non, non, non. C'est plus complexe que ça. C'est qu'on va sceller un document avec un certificat.
02:59Et ce certificat, on est en Europe, on est en France, donc c'est un certificat de la norme EIDAS.
03:04Et donc, on va sceller d'abord un premier document avec ce certificat.
03:08On va également horodater le document parce que souvent, la plupart du temps, quand vous n'horodatez pas un document,
03:18c'est souvent l'heure du PC qui a été utilisée et ça n'a aucune valeur devant un juge.
03:23Et derrière, effectivement, on va garder une preuve indélébile dans le registre blockchain pour pouvoir garantir que le document n
03:29'a pas été altéré dans le temps.
03:31Donc, ça fait deux fois qu'on emploie la technologie blockchain. Donc, on comprend bien que c'est quand même
03:36au cœur de votre solution.
03:38L'IA, l'intelligence artificielle, intervient quand même à un moment ?
03:41Alors, pas dans la blockchain directement.
03:44Non, je veux dire dans votre solution ?
03:45Mais oui, on a de l'IA par ailleurs dans d'autres, comment je dirais, dans d'autres verticales, dans
03:52d'autres SaaS, comme tout le monde appelle aujourd'hui.
03:55Notamment, la plupart du temps, pour aider au développement, au vibe coding.
04:00Comment est-ce que vous voyez justement l'arrivée de l'IA aujourd'hui dans le juridique ?
04:03Parce qu'ici, on en parle beaucoup d'innovation.
04:06Et pour avoir approché pas mal d'avocats aussi sur ce sujet, il y a des inquiétudes.
04:12Quant à justement la part qu'on laisse à l'IA, la vérification, quelle place aujourd'hui vous pensez qu
04:18'on doit lui donner ?
04:19Et quelle place vous lui laissez prendre dans votre solution ?
04:23Alors, je pense que le débat est un peu biaisé aujourd'hui.
04:26Pourquoi ?
04:27Tout simplement parce qu'on parle de « human in the loop », alors que moi, c'est plutôt l
04:32'inverse.
04:33C'est-à-dire qu'aujourd'hui, c'est l'IA qui est prépondérante, mais l'homme, l'humain, doit
04:38rester là pour valider et décider in fine.
04:42Et donc, je suis plutôt dans la logique inverse.
04:46C'est-à-dire qu'on ne peut pas se passer de l'IA parce que c'est un phénomène
04:49de société.
04:50Il y a des travers à cela.
04:52Il y a l'humain, mais on doit intégrer l'intelligence artificielle.
04:56Oui, c'est-à-dire que c'est un outil comme un autre.
04:58C'est un outil humain dans l'IA.
04:59Exactement.
04:59Ok, je comprends.
05:00Et souvent, on parle de l'inverse.
05:02Et moi, je trouve, pour faire un parallèle ou une analogie qui est peut-être scabreuse, mais j'ai l
05:09'habitude de dire que l'IA, c'est un peu la cocaïne.
05:12C'est de la cocaïne, c'est-à-dire que ça devient addictif et on ne peut plus s'en
05:15passer.
05:16Et la problématique, c'est que ça a des coûts, comme la cocaïne, et que c'est des coûts qui
05:21sont juste déraisonnables et monstrueux.
05:25Et in fine, des fois, on peut se demander à quoi ça peut bien servir parce que l'IA n
05:28'est absolument pas utile, comme la blockchain n'est absolument pas utile pour tout.
05:33En revanche, elle est indispensable pour certaines choses.
05:35Exactement.
05:36Donc, il faut voir quand est-ce que ça s'impose ou pas.
05:37Vous êtes d'accord avec cette vision de l'IA ?
05:40Ce n'est pas une analogie que j'ai déjà entendue sur l'IA, mais j'avoue que ça peut
05:45devenir addictif.
05:47Ça peut devenir addictif.
05:48Et je pense que oui, il y a des choses.
05:51C'est le surplus, c'est l'user sans en abuser.
05:54C'est vraiment la difficulté avec l'IA.
05:57On a tous vu des images générées de manière artificielle.
06:00On a tous vu des écrits que l'on a identifiés de suite comme étant le fruit, l'œuvre intellectuelle
06:06d'une machine et non pas d'un humain.
06:08Et on arrive encore à dire ça, c'est non.
06:14Alors, je voulais préciser aussi que vous travaillez sur le Legal Data Space.
06:18D'ailleurs, on va avoir un sujet aussi là-dessus.
06:21Donc, c'est un projet d'espace numérique pour partager les données juridiques au sein de l'espace.
06:25Pour entraîner les IA.
06:26Pour entraîner les IA et aussi avoir notre propre espace numérique.
06:30Je voulais dire au sein de l'Europe.
06:31Quelque chose de « souverain » mais ça fait partie des thématiques qui sont aussi largement abordées autour de GINOB.
06:38Comment est-ce qu'on peut protéger justement toutes ces données qui vont être utilisées par les agents IA ?
06:44La plupart du temps, on les protège en ayant ce qu'on appelle des instances techniques bien séparées.
06:49Et puis, il y a une notion assez particulière et qui est sympa dans le Legal Data Space.
06:55C'est que justement, il va y avoir des droits aussi bien pour les émetteurs de données que pour les
07:01consommateurs de ces données.
07:03Et donc, c'était ça qui était intéressant dans le Legal Data Space.
07:06C'est que pour une fois, c'est un espace transparent entre ceux qui fournissent, qui mettent à disposition des
07:11données.
07:12Parce que sans données, une IA est complètement idiote puisqu'on ne peut pas faire d'apprentissage.
07:17Donc, on a besoin de ces données-là.
07:18Par contre, il faut qu'elles soient « surveillées ».
07:22Et cet espace-là est un espace intéressant.
07:24Et donc, toute la clé, c'est la gouvernance et la traçabilité ?
07:28La gouvernance, elle est faite par l'émetteur de la donnée.
07:30C'est ça.
07:31Donc, c'est-à-dire qu'on reste acteur de sa donnée.
07:33Oui.
07:34Et vous, vous intervenez de quelle façon ?
07:36On met à disposition dans cette infrastructure technique tout ce qui est blockchain et tout ce qui est signature électronique.
07:43Forcément.
07:45Vous avez des questions peut-être, Jonathan ?
07:47Non ?
07:47Moi, je crois très, très fermement à l'avenir du LDS en particulier, le Legal Data Space en Europe.
07:54Je pense que c'est l'un des meilleurs projets de ces dix dernières années.
07:58Très franchement, sur la donnée, c'est l'un des meilleurs projets que j'ai vus sur ces dix dernières
08:02années.
08:02Parce que ça pose le doigt sur là où ça fait mal pour les IA.
08:07On a deux approches en ce moment dans le monde entier.
08:09On voit l'espèce d'appétit omnivore qui veut tout consommer, absorber, aspirer, intégrer toute la donnée existante, tout ce
08:21qui traînait sur le web.
08:22De manière à créer ces espèces de monstres de la puissance linguistique sémantique que sont les LLM, des Tchadjibiti, etc.
08:31Et je pense que l'approche plus ciblée, et surtout une approche qui est d'un niveau d'abstraction supplémentaire,
08:39cela permet, comme tu le disais, de contrôler à l'avance ce qui va se passer avec ses propres données.
08:46Donc on peut dire, moi pour l'utilisation de la relecture par mon propre avocat, bien sûr, il n'y
08:52a pas de problème.
08:52Il peut prendre mes données, s'en servir, et me fournir des réponses, utiliser une IA pour me fournir des
08:57réponses sur la base de ces informations.
08:59En revanche, Orange ne peut pas s'en servir pour me démarcher, pour me vendre du fibre à la maison.
09:05Donc c'est une espèce de nouvelle approche, nouveau paradigme, je pense.
09:09Et c'est une approche qui est alignée avec nos valeurs européennes.
09:12La nécessité de partager nos données aussi entre Européens.
09:18Alors, Jonathan Williams, vous êtes directeur de l'Egora, une plateforme d'intelligence artificielle collaborative
09:24qui a été conçue pour les avocats, qui leur permet de faire fouiller tous les documents juridiques qu'ils reçoivent
09:30et qu'ils ont sur leur bureau, qui s'accumulent, par des intelligences artificielles, c'est ça ?
09:34Exactement, pour les avocats et aussi pour les DG, pour les directions juridiques également.
09:39D'accord. Qu'est-ce qu'elle sait bien faire, l'IA, quand on lui fournit comme ça une masse
09:43de documents ?
09:44Elle sait les résumer ? Elle sait faire ressortir des points particuliers ?
09:49Effectivement, il y a plusieurs tâches que l'IA va faire particulièrement bien.
09:54Et ça peut être le résumé, la rédaction, la modification de documents.
09:59Il peut y avoir plein de tâches diverses et variées qui sont vraiment dans le cœur de ce que font
10:06aujourd'hui
10:07les avocats, les juristes d'entreprise.
10:10Donc, il y a une...
10:11Et elle le fait bien. Aujourd'hui, on est satisfait du résultat ?
10:14On est très satisfait du résultat.
10:16Ok.
10:16Et la croissance de la solution en témoigne, on va dire.
10:20D'accord. Elle fait ses preuves.
10:22De quoi j'ai besoin si je suis avocat et que je veux utiliser cette solution ?
10:26Est-ce qu'il faut que j'installe quelque chose de particulier ?
10:28Tout est dans SaaS ? Comment ça fonctionne ?
10:30Donc, nous avons aujourd'hui un modèle cloud, un modèle SaaS,
10:33avec des modules, des intégrations Word, des intégrations Outlook, SharePoint,
10:38pour tout ce qui est de l'environnement existant de l'entreprise,
10:43mais principalement un accès cloud.
10:45D'accord. Donc, pas besoin de quoi que ce soit de spécifique,
10:49mais ça veut dire que mes dossiers juridiques, je vais les envoyer comme ça sur le serveur ?
10:55Effectivement, tout ce qui passe par une IA est traité sur un serveur quelque part.
10:59Et on le rappelle, le cloud, ce n'est que l'ordinateur de quelqu'un d'autre.
11:02Oui. C'est pour ça que je trouve ça. C'est l'ordinateur de qui ?
11:05Exactement. Donc, nous sommes une entreprise suédoise, d'origine suédoise en tout cas,
11:11avec une forte implantation européenne et notre solution est entièrement européenne.
11:17Donc, stockage en Europe, processing en Europe.
11:20Il n'y a pas de données qui transitent outre-Atlantique.
11:23Les entreprises peuvent stocker à un endroit précis, exact, au sein de l'Union, si elles le souhaitent.
11:28Les entreprises peuvent gérer ce qu'on appelle, et je m'excuse par avance pour la partie technique
11:32que je ne maîtrise point, mais bring your own key, on gère soi-même ses clés de cryptographie.
11:38C'est une option également.
11:40D'accord. Vous offrez différents niveaux de protection ?
11:43Forcément, pour une entreprise qui accompagne, comme d'ailleurs du bloc,
11:48qui accompagne les avocats, les juristes d'entreprise, les banques, les secteurs financiers,
11:54voire même des états souverains, on a été obligé de cocher un certain nombre de cases d'un point de
11:59vue informatique.
12:01Les IA sont capables de gérer combien de tonnes de documents simultanément ?
12:07Et quel type d'analyse sont particulièrement recherchées aujourd'hui par les cabinets qui travaillent avec vous ?
12:14De quoi ils ont vraiment besoin ?
12:15Un exemple classique pour un cabinet, et c'est le même type de fonctionnalité pour des DJI,
12:21mais sur un autre versant, ça va être l'audit, le fameux audit.
12:24Le directeur juridique passe sa tête.
12:26Il faut que je sache combien de contrats on a signé en Q3 de l'an dernier en Pologne
12:29avec des clauses de délimitation de responsabilité non standards.
12:33Et si on n'a pas un outil bien calibré, trouver une réponse à cette question est difficile.
12:37L'IA peut trouver la réponse à cette question sur 15 000 documents, 150 000 documents, 15 millions de documents
12:43en l'espace de quelques minutes ou heures, selon le volume.
12:48Donc ça c'est un cas d'usage parfaitement classique, et en DJI, et en cabinet.
12:52Aujourd'hui vos clients sont des Européens principalement ?
12:56C'est des Européens, donc en France on travaille avec...
12:59Vous dites des directions juridiques de quel type de groupe ?
13:01Ça va être Accor, Aidenred, d'autres boîtes du CAC 40.
13:05Ça va être Jantet, Dentons, Deloitte, Cleric-Gothlieb, des gros cabinets, des petits cabinets.
13:11Elles sont déjà très familiers avec finalement les solutions cloud, donc c'est un peu un passage naturel pour elles
13:16?
13:17Non, c'est plus compliqué ?
13:18Oui, facile. Le cloud, ça en passe d'être acquis à très peu d'entreprises qui ont des réticences encore
13:24sur le cloud.
13:26Mais c'est vrai que la nature nouvelle de l'IA, la technologie nouvelle qu'il y a, fait que
13:31forcément il y a de nouvelles questions.
13:34Mais en général, on arrive à trouver des réponses adéquates.
13:36Donc on est encore au début pour vous de toute cette aventure de l'utilisation de l'IA pour de
13:41la recherche dans le document.
13:44Ok. Vous vouliez peut-être réagir aussi ? Christophe ?
13:47Non, je peux compléter ce que disait mon camarade de jeu, c'était qu'elle sait, l'IA sait très
13:53bien comparer des choses.
13:55Je vous donne un exemple, on parlait de Hache tout à l'heure, c'est-à-dire la chaîne de
13:58caractère qui permet d'isoler un document par rapport à un autre.
14:01L'IA donne la vision du document, ce que le Hache ne permet pas, vous voyez.
14:07Et donc, elle est très forte pour comparer des données.
14:10On parlait de contrats juridiques, mais je peux vous donner des exemples dans la santé.
14:13Comparer des centaines de radiographies permet tout de suite de déceler si une pathologie est présente ou non chez un
14:21patient.
14:22Voilà. Ça, l'IA sait très bien le faire.
14:25Merci beaucoup à tous les deux. Merci Christophe Lemay.
14:27Je rappelle que vous êtes le cofondateur de la Legal Tech Deep Block et Jonathan Williams, le directeur France de
14:33Legora.
14:33Vous restez avec nous parce que le temps que deux investis s'installent. Petite coupure et on revient.
14:41C'est la suite des interviews de l'IA ici au grand rendez-vous de l'innovation juridique J9 avec
14:48de nouveaux invités qui ont pu prendre place à mes côtés.
14:51Merci beaucoup. Daria Vikorova, vous êtes juriste d'entreprise dans l'agroalimentaire et pilote du projet IH chez Darégal.
14:58Donc, on va discuter de ça ensemble. Mais je vous propose qu'on commence ensemble, Martin Bussy.
15:02Bonjour. Vous êtes le cofondateur du Legal Data Space. Juste avant que vous n'arriviez, on commençait déjà à en
15:08parler.
15:09Donc, un espace numérique souverain dédié au partage de données juridiques au sein de l'espace européen.
15:16Concrètement, qu'est-ce que ça veut dire ? Vous fournissez une infrastructure ?
15:20Oui, effectivement, c'est un projet qui peut sembler assez complet parce qu'il recouvre de multiples dimensions.
15:26Pour essayer de faire court, le Legal Data Space est un intermédiaire de données au sens du Data Act.
15:32Donc, une infrastructure qui permet aux agents IA ou aux algorithmes, aux assistants IA d'utiliser des données juridiques en
15:39l'occurrence de diverses sources.
15:41Elles peuvent être privées, elles peuvent être en open data, elles peuvent être de tiers et elles peuvent être gratuites
15:46ou payantes.
15:47Et dans cette intermédiaire, notre rôle, c'est bien sûr technologique de pouvoir permettre concrètement cet échange de données.
15:54Mais c'est aussi juridique, c'est-à-dire de pouvoir garantir que les agents IA ont le droit d
15:59'utiliser les données qu'ils utilisent et qu'ils exploitent pour délivrer leurs valeurs.
16:03C'est-à-dire faire des actions juridiques pour une direction juridique, pour un professionnel du droit ou même pour
16:08une autre Legal Tech en fonction de ses propres fonctionnalités.
16:12Parce que c'est essentiel, la capacité de ces IA à bien répondre sur une question juridique dépend énormément de
16:20son entraînement sur des bases de données fiables, certifiées.
16:24Donc, elles sont obligées d'avoir énormément de données, c'est ça, pour s'entraîner.
16:27Et aujourd'hui, ça se passe plutôt sur des plateformes américaines, c'est ça ?
16:30Alors, effectivement, c'est vrai qu'aujourd'hui, l'IA Générative s'appuie sur une masse de données et c
16:35'est ça qui fait sa qualité, couplée avec le LLM.
16:38Mais là, on est déjà à la nouvelle génération qui sont les agents IA.
16:41Eux, ils agissent. Ils ne vont pas juste répondre à vos questions, ils vont faire des choses à votre place,
16:45mais sous votre contrôle.
16:47Et ça, c'est très important. C'est pour ça que la souveraineté que vous avez mentionnée au début, elle
16:51est à plusieurs niveaux.
16:52C'est la souveraineté juridique, la souveraineté technologique, mais c'est aussi une souveraineté économique.
16:56C'est que qui dit que ce qu'on est en train de faire aujourd'hui ne va pas se
17:00retrouver scrappé depuis votre site Internet et utilisé par des LLM sans votre accord ?
17:05Ça, c'est très grave parce que peut-être que tout ça a de la valeur. Tout ça n'est
17:09pas gratuit.
17:10Donc, il faut que vous puissiez à un moment donné, vous aussi bénéficier de cette valeur. Et c'est ça
17:13aussi le rôle d'un espace de données.
17:16Vous parlez de protéger l'État de droit. C'est-à-dire, on en est là vraiment ?
17:21Aujourd'hui, 91% des avocats, d'après une étude de l'Observatoire du marché des avocats menée par le
17:28CNB, 91% des avocats utilisent des IA.
17:33Il n'y a quasiment pas d'IA française. Donc, ça veut dire que 91% des données qu'ils
17:39utilisent sont aux États-Unis.
17:40Et c'est 71% pour les juristes. Donc, on voit bien que nos données business, nos données personnelles sont
17:47offshoreées dans un espace qui, si je peux me permettre, en ce moment surtout, mais c'était déjà le cas
17:52avant, ne me rassure pas en termes de respect de mes droits.
17:54Donc, on est bien face à l'État de droit. Les GAFAM ne sont plus des puissances positives.
18:00Historiquement, les GAFAM, moi, quand j'étais jeune, c'était il n'y a pas si longtemps, mais quand même,
18:04c'était l'arrivée de Google et de Facebook.
18:05C'était plutôt des vecteurs positifs qui allaient vers la démocratie, vers la libération de la parole, vers l'échange.
18:11Et aujourd'hui, ce sont devenus des monopoles qui sont hostiles. C'est-à-dire que tous qui s'attaquent
18:16à leur position dominante, ils sont contre.
18:19Et donc, il faut retrouver de la décentralisation. Et ça, c'est important de comprendre qu'un data space, qui
18:25est une stratégie menée par la Commission européenne à la base,
18:27vise à décentraliser la donnée. Donc, chacun garde sa donnée, mais on est capable de la mettre en commun.
18:32C'est l'opposé du modèle des GAFAM qui dit « donnez-moi tous vos données et je vous la
18:37redonnerai, mais si je veux, à mes conditions ».
18:38Et ça, ça change tout.
18:40Alors, on a énormément de réglementations en Europe.
18:44J'imagine que cet espace de partage de données et d'entraînement, il va être soumis à toute cette quantité
18:52de textes, notamment autour de l'EAAC, mais j'imagine d'autres.
18:55Est-ce que c'est un frein ? Est-ce que c'est un handicap par rapport aux autres IA
18:59entraînés de manière plus libre, disons ?
19:01Merci de votre question. On sort d'une table ronde avec Daria et Jonathan, notamment, exactement sur ce sujet.
19:06Et mon sentiment, c'est que la régulation est positive dans son esprit. C'est-à-dire qu'il faut
19:14absolument fixer des règles qui soient connues et qui conviennent à tous.
19:18Après, pourquoi je dis « dans son esprit » ? C'est parce que tant qu'il n'y a
19:20pas d'outil pour pouvoir piloter et exercer cette conformité, elle reste théorique et donc elle reste casse-tête.
19:27Et c'est ça, typiquement, l'intérêt d'un Legal Data Space, comme de beaucoup d'autres outils, c'est
19:31de pouvoir mettre en pratique cette conformité de manière la plus simple possible.
19:36Vous ne répondez pas complètement à ma question. Est-ce que ça rend votre travail plus compliqué ? Est-ce
19:42que les IA vont pouvoir aussi bien s'entraîner dans ce contexte-là ?
19:46Elles vont pouvoir être meilleures parce que grâce à la réglementation ou la conformité, ce ne sont pas des synonymes,
19:52mais finalement, tous ces termes-là interagissent.
19:54On va pouvoir mieux savoir ce qu'il y a dans les IA. Si vous avez un agent IA qui
19:59vous dit « avec moi, vous allez divorcer en un clic avec un agent », moi, je ne sais pas
20:04ce qu'il y a derrière.
20:05Est-ce que c'est conforme à la loi ? Est-ce que c'est dans mon intérêt ? Je
20:08n'en ai aucune idée. Je ne suis pas juriste, je ne suis pas avocat.
20:10Alors que si c'est l'agent d'un avocat avec des sources de données que je peux connaître, avec
20:15des LNM que je peux connaître, alors là, j'ai beaucoup plus confiance et je sais que ça respecte mes
20:19droits.
20:19Donc on apporte de la sécurité, finalement.
20:21Voilà, et de la confiance.
20:22Et de la qualité in fine, à mon avis, puisque le droit, ça se joue quand même sur la qualité
20:26et pas que sur la quantité.
20:26Un marché qui peut intéresser d'autres que les Européens. Vous vouliez réagir ?
20:31Bah oui, effectivement, on a parlé de la data. Donc c'est le sujet vraiment primordial.
20:37Et par exemple, moi, comme vous avez déjà dit, je pilote aussi le projet IA en entreprise.
20:43Donc je suis responsable juridique, mais j'ai quand même ma casquette, en fait, du pilote de projet IA.
20:49Et donc on a commencé notre projet par la création de la task force Data IA.
20:55Bah pourquoi la data qui est à la première place ? Bah parce qu'on ne peut pas parler de
20:59l'IA si on n'a pas la data bien propre, bien claire.
21:02Et bah un petit peu, voilà, comme partout.
21:07Donc d'où l'importance, si vous avez réuni bien Legal Data Space, donc la première place, c'est quand
21:14même legal.
21:15Bah chez nous, c'est Data IA. Donc on est bien d'accord avec Marta.
21:19Tout à fait, absolument.
21:20Alors justement, on va parler de votre projet et en particulier du groupe de travail qui est sous votre responsabilité
21:26Data IA chez Darigal.
21:27Donc entreprise française qui est spécialisée dans la culture et la transformation d'herbes aromatiques.
21:32Quel est l'objectif de cette task force ? Vraiment.
21:35Quels sont les objectifs ? Bah parce qu'on voit bien le potentiel de l'IA.
21:40Donc on peut quand même améliorer notre travail avec l'intelligence artificielle.
21:46Donc on voulait vraiment se mettre dans ce train qui est déjà en route.
21:50Et en fait, on voit l'IA comme, bah, comme on a parlé tout à l'heure, vraiment avantage compétitif.
21:57Et donc c'est pour ça qu'on s'est mis sur ce sujet.
21:59Bah déjà pour bien structurer, bien arranger notre data interne.
22:03Et ensuite ajouter une couche l'IA supplémentaire sur tout ce qu'on sait faire déjà chez Darigal.
22:09Et l'idée c'est quoi ? C'est de trouver des cas d'usage ?
22:11Ah oui, oui, effectivement.
22:13Pour faire émerger peut-être d'autres, de nouveaux métiers ou d'autres produits, d'autres services ?
22:16Bah déjà, on a commencé par les formations.
22:19Donc on a lancé les formations pour tous les collaborateurs en interne.
22:22Donc c'est moi qui forme en fait sur l'intelligence artificielle.
22:26J'ai déjà formé plus de 250 collaborateurs l'année dernière et je continue cette année.
22:31Toutes les filiales, les nouveaux arrivants, c'est un clou dans le parcours, du coup, d'intégration.
22:37Et ensuite, après les formations, on fait les échanges individuels pour repérer les cas d'usage.
22:43Les cas d'usage, vraiment avec le ROI rapide, on peut mettre l'IA sur le projet ou pas l
22:49'IA.
22:49Donc après les échanges individuels, on fait la cartographie et ensuite, on discute est-ce qu'on peut développer ce
22:55cas d'usage en interne ?
22:57Est-ce qu'on a besoin d'un prestataire externe qui va nous aider ?
23:00Et donc là, c'est le but de notre task force, c'est trancher sur les projets et voir comment
23:05on peut aider nos collaborateurs au quotidien avec l'IA.
23:08Parce que vous avez entendu la problématique d'époque, c'est-à-dire qu'il y a beaucoup d'essais,
23:12de tests qui se font en entreprise.
23:14Mais finalement, c'est plus difficile quand il s'agit vraiment de passer à l'opérationnel et à l'échelle.
23:20Vous rencontrez cette difficulté aussi ?
23:22Oui, on a quand même quelques projets pilotes qui sont en cours.
23:26Et on a commencé à parler, on a parlé aussi tout à l'heure de Quick Win, en fait les
23:31cas d'usage qu'on a identifié avec le ROI rapide.
23:35Et donc, par exemple, pour ma direction juridique, je ne veux pas parler de tous les cas d'usage de
23:40l'entreprise,
23:41mais pour ma direction juridique, on a repéré l'AV automatisé et la révision des contrats par un agent, voilà,
23:48à l'IA.
23:49Et donc, ça, ce sont les cas d'usage qu'on peut appliquer, développer et voir quand même le résultat
23:53assez rapidement.
23:54Et pour les services juridiques, c'est qu'on bénéficie aussi, donc, effectivement.
23:59Qu'est-ce que vous voyez aujourd'hui quand vous travaillez avec vos collaborateurs, faites des formations ?
24:05J'imagine que vous entendez leurs questions, leurs inquiétudes.
24:08Qu'est-ce que vous voyez comme risque, comme limite encore pour l'acceptation et l'adoption de l'IA
24:13?
24:13Oui, en fait, la première chose, donc ils ne sont pas vraiment au courant qu'est-ce que c'est
24:18l'IA
24:19et comment l'IA peut aider en fait dans leur quotidien.
24:22Et donc, les formations que je fais, en interne mais aussi en externe parce que je fais mes formations pour
24:28les professionnels du droit.
24:29Et donc, je commence toujours par l'acculturation, j'explique qu'est-ce que c'est l'IA, qu'est
24:35-ce que n'est pas l'IA et c'est quoi les limites et les risques.
24:39Parce que c'est quelque chose qui est très important en fait.
24:41On parle des hallucinations, il y a toujours la question sur la confidentialité, la protection des données.
24:48On a aussi quand même les biais de discrimination qui s'ajoutent, etc.
24:51Et donc, l'impact pour l'environnemental aussi quand même.
24:55Donc, les gens commencent à se poser des questions de comment on peut parler de ça en fait.
25:00D'un côté, on est une entreprise RSO qui respecte tous les engagements et en même temps, on utilise l
25:09'IA qui n'est pas très clair en fait sur ce sujet.
25:12Donc, voilà, je pense que les inquiétudes, on les voit pas mal.
25:16Et comment est-ce que vous abordez la question de la gouvernance ?
25:19Parce que le sujet de la donnée et l'utilisation par les IA, c'est un sujet de gouvernance, c
25:25'est très important.
25:26Comment est-ce que vous l'abordez ça ?
25:28Le sujet qui concerne tout le monde en fait en entreprise.
25:31Donc, ce n'est pas que le service juridique qui gère la gouvernance, c'est aussi quand même la direction
25:38générale.
25:39Il y a les membres du COMEX, par exemple, dans notre task force, il y a les membres du COMEX.
25:44D'accord.
25:44Il y a aussi du coup la direction des systèmes d'information, la direction IT, les finances, donc RH, supply
25:52chain.
25:53On a vraiment tous regroupés pour gérer du coup le sujet de la data et de l'IA.
25:58Et en même temps, la gouvernance, ça ne s'arrête pas qu'il y ait la task force.
26:03Donc, il y a quand même aussi les échanges individuels, les échanges au quotidien avec les collaborateurs pour montrer vraiment
26:09qu'est-ce qu'on fait,
26:09qu'est-ce qu'on attend en fait de nos collaborateurs aussi, la formation continue, donc les champions d'IA
26:15qu'on a mis en place aussi.
26:17Donc, il y a quand même le projet qui est en continu en fait.
26:21Et la gouvernance, ce n'est pas juste signer une charte IA, c'est vraiment, je l'ai dit tout
26:26à l'heure, faire vivre cette charte en entreprise.
26:29Oui, c'est quelque chose qu'on alimente en permanence finalement.
26:33Vous connaissez bien son projet, j'imagine.
26:35Est-ce qu'il y a des recoupements ou parfois peut-être des possibilités d'utiliser ce data space ?
26:41Ah bah oui, carrément.
26:42Mais pour l'instant, je pense qu'il y a quand même plus les cas d'usage pour les avocats
26:45sur Legal Data Space.
26:47Mais ça m'intéresserait aussi, voilà, voir qu'est-ce que vous proposez.
26:50En tant que responsable juridique peut-être ?
26:52Oui, exactement.
26:53En fait, effectivement, l'usage n'est pas le même pour des professionnels du droit de type notaire ou avocat
26:57que pour des directions juridiques,
26:58surtout la sienne qui est déjà assez avancée dans sa réflexion, sa stratégie, son outillage data IA.
27:04Mais l'intérêt d'un Legal Data Space pour sa direction, en tout cas l'intérêt théorique,
27:09effectivement, il faut qu'on creuse le sujet, c'est qu'à travers nous,
27:12elle puisse accéder à toutes les sources de données dont elle a besoin et qu'elle puisse choisir.
27:16Et ensuite, viendra pour elle peut-être le temps de se dire,
27:18mais peut-être que moi, j'ai des données que j'aimerais bien aussi valoriser en les proposant à d
27:22'autres acteurs du marché.
27:23Ce sont des données spécifiques.
27:24Ce sont des données très...
27:25Parce qu'en plus, là, elle travaille sur un secteur d'activité ultra spécifique.
27:28Il y a certainement plein de gens qui seraient très heureux de pouvoir, voilà, moyennant finance potentiellement,
27:32mais ce sera elle d'en décider, puisqu'elle a ce contrôle-là, de monétiser ou pas ces données.
27:37Et donc ça, je pense que ça peut être effectivement extrêmement intéressant pour elle.
27:40Et bien, on va vous laisser continuer à en discuter hors antenne,
27:43parce que ça y est, c'est terminé les interviews de Smartech ici, à l'occasion de Ginov.
27:47Merci beaucoup à tous les deux.
27:48Daria Vigorova, vous êtes responsable juridique et je rappelle, vous êtes la pilote du projet IA chez Darégal
27:53et Martin Bussi, le co-CEO de Legal Data Space.
27:57C'était Smartech.
27:58Merci à tous de nous suivre sur la chaîne Bsmart.
28:01On se retrouve jeudi matin à 10h45 en direct.
28:03Sous-titrage Société Radio-Canada
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