- il y a 3 heures
Samedi 24 janvier 2026, retrouvez Emmanuelle Galichet (Maitre de conférences en Sciences et Technologies nucléaires) et Mathilde Boulachin (CEO co-fondatrice, Maison Chavin) dans SMART WOMEN, une émission présentée par Marie-Claire Capobianco.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00Bonjour, bienvenue dans Smart Women, l'émission qui donne le pouvoir aux femmes.
00:09Première émission de l'année 2026.
00:11Alors vous savez que chaque mois je reçois deux à trois invités,
00:15des responsables du collectif, associations, réseaux d'accompagnement,
00:19des grands témoins de tous horizons et puis également des dirigeantes d'entreprises,
00:24essentiellement PME et TI.
00:26Alors des profils très différents mais qui partagent la conviction que les femmes doivent prendre leur juste place
00:33dans toutes les sphères de pouvoir économique, politique, médiatique, sans oublier bien sûr le domaine scientifique
00:38avec notamment l'enjeu tout à fait essentiel de l'intelligence artificielle
00:43et à la question du pourquoi, si elle se posait la réponse serait simple,
00:48pour plus de performance économique, pour plus de rationalité et d'équilibre dans les prises de décision,
00:53pour une meilleure représentation également bien sûr de la société,
00:56puisque nous rappelons que les femmes constituent la moitié de l'humanité.
01:02Alors aujourd'hui pour en parler je vais recevoir tout d'abord Emmanuel Gallichet
01:06qui est maître de conférences en sciences et technologies nucléaires,
01:13alors avec elle nous explorerons à la fois la place des femmes dans la filière nucléaire
01:19et puis nous évoquerons également les moyens d'amener davantage de filles à s'orienter vers des études scientifiques
01:24et pourquoi pas vers le nucléaire également.
01:28Ensuite je ferai le portrait de Mathilde Boulachin qui est la dirigeante et cofondatrice de Maison Chavin
01:35qui est une maison alors tout à fait pionnière, leader français dans tout ce qui est vin et effervescent sans alcool.
01:44Donc vous voyez, nucléaire, sans alcool, on est au cœur de l'actualité du moment.
01:50Tout de suite Emmanuel Gallichet.
01:52Bonjour Emmanuel Gallichet, bienvenue dans Smart Women.
02:01Alors Emmanuel, je le disais en introduction, on sait à quel point nous manquons de filles dans les filières scientifiques.
02:07Alors vous faites partie de celles qui, jeunes, se sont orientées justement vers cette ligne-là
02:15puisque vous avez passé et obtenu bien évidemment un diplôme, un doctorat de physique nucléaire.
02:21Alors ma première question c'est très simple, c'est comment, qu'est-ce qui vous a motivé à cette orientation
02:27sachant que vous m'avez dit en plus que vous étiez plus littéraire, vous aviez l'impression du moins
02:32d'être plus littéraire que Mathilde à l'époque et vous avez en plus choisi une filière, le nucléaire
02:37qui est quand même encore plus sans doute élitiste.
02:41Alors racontez comment ça s'est passé.
02:44Alors c'est sûr qu'à l'école j'étais effectivement comme vous le disiez tout à fait un peu meilleure en langue
02:50et surtout en français, mais en fait la difficulté, j'aimais bien la difficulté en fait, ça c'est sûr,
02:57ça vient sûrement de mon environnement familial où mon père était prof de maths et de physique
03:02donc j'avais aussi cette image.
03:04Et puis ensuite en licence j'ai rencontré la mécanique quantique qui est d'une élégance rare
03:10et l'élégance je l'avais rencontré déjà dans la natation synchronisée, je faisais de la natation synchronisée,
03:17le geste élégant, la recherche du geste parfait et cette élégance dans les équations de la mécanique quantique
03:23plus cette rigueur et discipline de la science, c'est ça qui m'a fait continuer.
03:28Ça vous a donné envie d'y aller ?
03:29Absolument.
03:30Mais alors autour de vous, comment ça s'est passé ?
03:31C'est-à-dire que bon à la fois, alors vos parents vous avez dit qu'ils étaient malgré tout dans le monde scientifique d'ores et déjà,
03:37mais comment ça s'est passé vis-à-vis vos parents et comment ça s'est passé vis-à-vis des enseignants ?
03:42Alors j'ai eu aussi des enseignants, femmes en particulier, en physique au lycée qui m'ont touchée,
03:48donc ça c'était important, je pense qu'effectivement avoir des enseignantes de physique et de maths c'est important pour les jeunes.
03:54Et puis mes parents, eux ils avaient confiance en moi, ils étaient fiers de leurs enfants, ce qui est normal,
04:00ils m'ont couvé d'amour et de confiance en soi et donc c'était la base, finalement c'est le terreau parfait pour aller faire ce qu'on aime.
04:09Très bien, donc alors on voit l'amour, l'élégance, la rigueur, bon quand même des qualités importantes.
04:16Alors bon, donc aujourd'hui vous exercez, vous êtes maître de conférences, vous êtes enseignante chercheuse au FNAM,
04:22vous faites beaucoup de conférences, vous avez fait beaucoup de choses,
04:25donc vous êtes très bien placée au cœur finalement de l'écosystème du nucléaire.
04:29Donc bon, cette émission elle parle des femmes et elle parle des femmes dans des fonctions diverses de haut niveau.
04:35Quelle est la place des femmes dans la filière nucléaire ?
04:37Alors elle n'est pas encore, la filière nucléaire travaille énormément à la place des femmes, ça c'est évident,
04:44mais on n'est encore pas effectivement à la parité égale.
04:47Dans les écoles d'ingénieurs il n'y a que 28% de jeunes femmes,
04:52donc évidemment dans la filière nucléaire ça va se retrouver,
04:56et il se trouve qu'effectivement on est un petit peu plus bas,
04:59on est plutôt autour de 24% dans la filière nucléaire,
05:03et ça c'est un vrai problème, vous l'avez dit en introduction,
05:06parce qu'avoir plus de, tout simplement plus de gens qui viennent faire de l'innovation,
05:11de la recherche, de la science, de la technologie,
05:14c'est plus d'idées et donc plus de performances comme vous l'avez dit.
05:17Oui, alors ça c'est au niveau des études déjà,
05:19mais alors après dans les postes au sein des entreprises, des industries, du nucléaire,
05:25vous avez un regard là-dessus également,
05:27vous voyez les femmes sont, forcément s'il y a moins d'étudiantes,
05:31après il y a moins de sorties, donc il y a moins de capacités exécutives,
05:34mais qu'est-ce que ça donne ?
05:35Vous voyez un mouvement ?
05:36En fait oui, on voit un très grand mouvement,
05:38évidemment les entreprises, en particulier les grandes entreprises,
05:42qui ont aussi des obligations légales de parité,
05:45en particulier dans les comités de direction, etc.
05:48À Loire-Xin.
05:49Voilà, donc elles sont obligées, évidemment,
05:51et elles le font avec grand plaisir, il n'y a aucun souci là-dessus.
05:54Mais effectivement, le fait qu'il n'y ait pas un vivier de managers intermédiaires,
05:59assez important,
06:01fait que finalement, les entreprises, elles font ce qu'elles peuvent,
06:05mais en fait, la mixité dans l'industrie,
06:07c'est d'abord une problématique de l'éducation.
06:10Oui, c'est vrai, alors là, on en parle aujourd'hui par le nucléaire,
06:14mais chaque fois que je reçois d'autres invités,
06:17le sujet est le même partout,
06:19donc on a vraiment besoin d'augmenter.
06:20Alors justement, pour arriver à ce qu'il y ait davantage de jeunes et de jeunes filles,
06:25parce qu'on a besoin des deux en fait,
06:26on a besoin qu'il y ait à la fois plus de jeunes qui aillent vers des filières assez spécifiques,
06:30et bien sûr, en leur somme, plus de filles qui aillent.
06:33Donc, bon, vous, vous faites beaucoup de promotions du nucléaire,
06:37en plus, on parlait avec beaucoup d'enthousiasme et donc de convictions.
06:42Qu'est-ce qu'on peut faire en fait ?
06:43Qu'est-ce que vous avez, qu'est-ce que vous identifiez comme levier possible ?
06:47Alors, il faut aller à l'école.
06:48Il faut aller à l'école.
06:49Si vous regardez les derniers sondages, les dernières études,
06:53vous voyez que même à l'école élémentaire,
06:55en fait, pour les petites filles, ce qui est important, c'est le français et l'orthographe.
06:59Pour les garçons, c'est les maths et le sport.
07:01Donc ça, il faut que ça change.
07:03Et donc, le seul moyen que ça change,
07:05pour qu'ensuite, elles puissent, au collège, au lycée, se dire,
07:09pourquoi pas moi, oser aller dans l'industrie et faire des métiers scientifiques et techniques,
07:14eh bien, il faut aller leur montrer que les maths, c'est important,
07:17que la science, c'est la compréhension de tout,
07:19c'est que ça leur donne une liberté intellectuelle,
07:21ça leur donne, évidemment, des métiers qui sont bien payés,
07:24puisque l'industrie paye mieux que l'industrie du service,
07:28l'industrie lourde, on va dire.
07:31Donc, il faut montrer tout cela.
07:33Et surtout, je pense, il faut aller leur ouvrir les yeux,
07:36leur faire pétiller les yeux en leur racontant des histoires,
07:39des histoires de femmes incroyables, d'hommes incroyables aussi,
07:43qui ont...
07:44Et alors, dans le nucléaire, on est garni, quoi.
07:47Il y a pléthore d'exemples.
07:49Il y a pléthore d'exemples, tout à fait.
07:50Donc, aller leur montrer que Einstein, c'était un influenceur.
07:55Oui, c'est vrai.
07:56Il faisait des conférences, il y avait 10 000 personnes.
07:59Marie Curie, quand elle arrive aux États-Unis,
08:01elle a 100 000 personnes qui viennent l'accueillir.
08:04Donc, vous voyez qu'il y a eu une époque où la science était au cœur de la société.
08:09C'était une matrice commune pour tout le monde, la culture scientifique.
08:13Et il faut remontrer ça, en fait.
08:14Donc, c'est vraiment votre action, aller là-dessus, aller sur montrer à quel point ça peut...
08:19Et puis, alors, c'est vrai que le côté...
08:22Vous avez un projet, d'ailleurs, je crois, si on peut en parler.
08:26Oui, absolument.
08:28J'ai le projet pour, donc, 2026, de construire une conférence sur l'histoire de l'énergie nucléaire
08:34et montrer comment elle a permis à la société française, en particulier, et même européenne,
08:41de se développer et d'avoir une vraie place sur l'échec international.
08:45Et ça, en mettant, justement, des petites touches de portraits de femmes qui ont été oubliées, parfois.
08:53Souvent, souvent.
08:54Ce qu'on appelle le fameux effet Mathilda.
08:56Oui, bien sûr.
08:57Donc, les remettre à l'honneur, mais pas seulement celles d'avant la Deuxième Guerre mondiale.
09:02Il y en a après la Deuxième Guerre mondiale.
09:04Et des hommes, aussi, qui ont fait vraiment la filière nucléaire industrielle d'aujourd'hui, en fait.
09:09Bon, écoutez, bravo, parce que je vois que vous allez continuer.
09:12Alors, vous m'avez dit qu'il fallait, vous l'avez encore cité ici, il faut allumer des étoiles dans les yeux de ceux qui vous écoutent.
09:18Bon, ben, c'est ce que vous faites fort bien.
09:20Donc, merci, bravo pour tout ça et bonne continuation.
09:24Maintenant, je vais recevoir quelqu'un qui n'est pas du tout, qui allume des étoiles, mais différemment,
09:27puisque c'est des vins et des effervescents sans alcool.
09:31Merci, bonne journée.
09:32Bonjour Mathilde Boulachin.
09:38Bonjour Marie-Claire.
09:40Bienvenue, bienvenue sur ce plateau.
09:42Alors, Mathilde, il faut dire qu'en fait, nous avions programmé votre venue à la mi-2025.
09:46Puis après, il y a le rendez-vous business qui vous avait fait décaler.
09:49Mais je pense que quand même, il y avait un sens du timing absolument parfait,
09:52puisque, de fait, vous intervenez donc ici en janvier, donc dry January, on sait ce que c'est.
09:59Donc, finalement, c'est très bon pour votre business.
10:01C'est d'actualité, c'est vrai, c'est une très belle amorce.
10:05Donc, alors, ceci dit, pour être plus sérieux, bien qu'on puisse s'amuser en étant sérieux toujours,
10:12bon, ce que je peux dire sans hésiter, c'est que vous êtes une vraie pionnière,
10:15puisque, en fait, vous avez lancé votre négoce de vins et d'effervescents sans alcool en 2010,
10:22c'est-à-dire une époque où on n'en parlait pas du tout.
10:26Absolument pas.
10:26Absolument pas, bon, bref.
10:27Alors, racontez-nous le début, c'est-à-dire l'avant Chavin,
10:32donc ce que vous avez fait pour situer un petit peu quand même votre parcours,
10:35et puis après ce déclic, comment vous l'avez eu, pourquoi ?
10:39Alors, je crée la maison Chavin en 2010.
10:42Avant ça, la seule expérience professionnelle que j'ai, c'est en Suède.
10:46Je suis plutôt une citoyenne du monde.
10:48Je reviens en France avec une idée simple, c'est de dépoussiérer les codes du vin.
10:55Alors, qu'est-ce que ça veut dire ?
10:56Ça veut dire que personne ne m'attendait dans l'univers du vin, pas de château,
11:01je ne suis pas la troisième génération, vignoble amorti, bref.
11:05Il fallait faire quelque chose que j'appelle l'art de la différence, à savoir se différencier.
11:09Et très vite, je tombe enceinte de ma première fille.
11:14Et là, je me dis, la champenoise que je suis va avoir un petit...
11:17Je vous dis, c'est quand même champenoise.
11:19Oui, je suis champenoise.
11:19Il y avait quand même quelque chose au départ.
11:20Ah oui, il y a une effervescence certaine.
11:24La champenoise que je suis se dit, il va falloir faire différemment.
11:30Qu'est-ce qu'il existait sur les marchés à l'époque ?
11:32Pas grand-chose, on l'a dit en préambule.
11:34Je me suis interrogée sur comment désalcooliser le vin et comment proposer à ces femmes une offre désalcoolisée, sans éthanol,
11:44mais qui procure cette festivité et qui soit une extension naturelle du vin.
11:50Oui, parce qu'en fait, la démarche est très entrepreneuriale, puisque finalement, on s'appartait d'un besoin personnel.
11:56Puisque c'était alors que vous étiez enceinte et que vous ne vouliez pas boire d'alcool, vous m'avez dit que vous regrettiez de ne pas pouvoir trinquer avec vos amis, etc.
12:05Et donc, vous vous êtes dit, j'ai un besoin, je n'ai pas la réponse, je vais la créer.
12:09C'est un petit peu ça, quand même.
12:09Alors, c'est la demande, l'analyse de la demande part, effectivement, généralement d'un besoin, qui soit pour soi-même ou autrui.
12:19Et puis, écoutez, par capillarité, on se dit que finalement, oui, il y a les femmes enceintes, il y a les femmes allaitantes, il y a les populations seniors,
12:29il y a différents contextes éthiques, ethniques et autres.
12:33Aujourd'hui, on a des restrictions quand il s'agit de boire ou conduire, etc., etc.
12:39Donc, mis bout à bout, ça a commencé à représenter une mosaïque potentielle de consommateurs qui forment un tout.
12:46Et de là naît toute l'histoire et d'être pionnière dans l'univers.
12:51Une belle histoire qu'on va détailler un petit peu plus.
12:54Alors, bon, finalement, justement, le succès a été assez rapide, me semble-t-il, puisqu'on s'est rencontrés en 2016.
13:03Vous étiez déjà lauréate de la plus belle croissance dans les entreprises du Women Equity.
13:10Mais quelles ont été les étapes ? Parce que quand même, vous démarrez, vous avez 5000 euros en poche,
13:14ou du moins, c'est ce que j'ai lu.
13:15Bon, peut-être qu'il y avait plus à côté, mais c'était ça.
13:17C'est vrai, oui, vous pouvez le vérifier au greffe.
13:20Quelles ont été les étapes, en fait ?
13:22Alors, les étapes, donc déjà, on part du vin, du vin avec alcool.
13:27Et puis, arrive cette idée folle, mais qui est, somme toute, une offre de dépoussiérage,
13:36comme il pourrait exister d'autres innovations.
13:40Et puis, la création de la première gamme, partir à l'étranger.
13:45Donc, ça, c'était très important d'aller sur l'international pour des questions d'ouverture d'esprit,
13:49pour des questions de, tout simplement, de demandes qui n'étaient pas celles que l'on a sur le marché français,
13:56ou que l'on avait, puisque les choses ont changé.
13:59Et puis, premier pays, second pays, troisième pays, et petit à petit, évidemment, il y a une envolée qui commence à se faire.
14:08Vous nous racontez ça comme si c'était très facile, très simple, ce qui est formidable, d'ailleurs.
14:12Dans l'entrepreneuriat, il n'y a jamais de simplicité.
14:16Et il y a toujours un devoir de se relever, parce qu'on se plante pas mal de fois.
14:21Il n'a pas dû être...
14:22Voilà, non, mais j'insiste là-dessus.
14:24On le sait bien, mais dans le monde économique, on sait tout ça.
14:27Mais c'est assez intéressant, parce que ça montre, parce que ceux et celles qui nous écoutent,
14:32c'est aussi pour leur montrer qu'il y a des...
14:35Qu'on peut tout à fait réussir, puis de leur donner envie.
14:37Donc, de ce fait, c'est vrai qu'il y a des moments plus difficiles que d'autres.
14:40Et c'est intéressant de valoriser absolument toutes les étapes pour montrer que, oui, OK,
14:44il faut se lever le matin, il faut y aller, il faut...
14:47Il faut se lever.
14:49Au départ, il n'y a pas de vacances.
14:50Oui, c'est ça.
14:51Le salaire, il n'est pas inouï non plus.
14:53Donc, il y a évidemment quelques concessions à faire.
14:56Par contre, c'est une formidable aventure.
14:57Oui.
14:59C'est mis bout à bout.
15:01Je pense qu'il y a beaucoup plus, évidemment, de choses positives...
15:06Bien sûr.
15:06...à acquérir que de négatives.
15:08Et il faut...
15:10Et on génère tout un enseignement.
15:13Donc, la capacité, l'art de se relever, quand on tombe, et vite.
15:19Et puis, évidemment, l'apprentissage.
15:22On apprend tout le temps.
15:23Bien sûr.
15:23Vous m'avez dit que, comme au départ, vous aviez plutôt fait des études marketing, commerciales, etc.
15:29Vous m'avez dit que vous avez passé un diplôme, justement, en donologie, pour pouvoir vous remettre, enfin, ou d'équivalence, pour pouvoir vous remettre à niveau dans le domaine en question.
15:38Alors, c'est effectivement un master spécialisé dans les vins et spiritueux.
15:42Et oui, pour faire ce métier, il fallait avoir une forme d'expertise, savoir de quoi on parle.
15:48Donc, vous vous êtes remise aux études.
15:50Je suis retournée sur les bancs de l'école pour pouvoir apprendre.
15:53Et je continue d'apprendre, puisqu'on ne pilote pas une société qui n'est de rien, de zéro.
16:00J'aime le chiffre zéro.
16:01Zéro, oui, bien sûr.
16:02Pour vous, c'est tout un symbole.
16:04C'est tout un symbole.
16:05Donc, piloter une société qui part de zéro, et une société qui a passé la barre des 15 millions d'euros de chiffre d'affaires et plus de 20 collaborateurs,
16:13ce n'est pas le même enjeu.
16:15Et il faut savoir maîtriser ça.
16:17Donc, pour moi, ça passe par un apprentissage.
16:20Et le dirigeant a un devoir d'apprendre et de se remettre en question.
16:23Alors, justement, présentez-nous véritablement.
16:26Vous avez parlé des 15 millions de chiffres d'affaires et l'équipe.
16:29Donc, présentez-nous la maison Chavin, donc les principaux chiffres, les implantations, à quel endroit vous exportez, le pourcentage d'export, etc.
16:38Donnez-nous la carte d'identité du groupe.
16:40Donc, aujourd'hui, 15 ans plus tard, la maison Chavin, c'est une vingtaine de collaborateurs, 16 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2025.
16:49On a franchi la porte de 60 pays, 90% à l'international.
16:54On rayonne sur des... On dérisque beaucoup, puisqu'on est présent à la fois en Asie, en Europe et sur le continent nord-américain.
17:05On est historiquement présent dans le secteur traditionnel, CHR.
17:11Mais aujourd'hui, en France, on arrive également en GMS, dans le digital.
17:15Donc, vous nous retrouverez dans la restauration étoilée, ici sur Paris, la grande épicerie, Maison-Pliçon, dans la restauration, des grossistes comme la maison Richard, France Boisson, Métro et j'en passe et des meilleurs.
17:32Oui, très diversifiée aujourd'hui.
17:33Très diversifiée.
17:34Très diversifiée.
17:35Exactement.
17:35Et au niveau pays, donc vous dites plus de 60 pays. Votre premier pays ?
17:40Alors, la Suède, puisque j'ai une petite appétence particulière pour ces pays. Et le Japon.
17:48Le Japon. D'accord. Et après, ça se répartit à peu près. Finalement, la France, c'est que 10%.
17:53La France, c'est alors que 10%, mais elle a un pourcentage de croissance qui est assez fort. J'avoue que l'ouverture des chakras sur le marché français était plutôt tardif.
18:05Par contre, on est en train de récupérer le retard. Et la France fait partie du top 10 des pays consommateurs de vin sans alcool au monde.
18:15D'accord. D'accord. Malgré tout. Alors, justement, expliquez-nous précisément, parce que souvent, on me pose la question.
18:21Les différentes étapes qui se déroulent entre le moment où vous achetez vos raisins, parce que je rappelle que vous n'avez pas de vignes, donc vous allez nous parler de ça, du choix, etc.
18:32Vous achetez vos raisins au moment où le consommateur peut déguster vos produits. Les étapes de traitement et à quel endroit ça se passe pour bien comprendre la chaîne ?
18:42Alors, nous, notre travail, c'est déjà de sélectionner nos raisins, de les assembler, les vinifier.
18:49Attention, ce sont des vins avec alcool à l'origine.
18:52Et d'imaginer le résultat après des alcoolisations.
18:57Donc, on utilise une distillation sous vide à basse température pour retirer l'éthanol.
19:02Donc, un premier passage où on récupère la partie aromatique.
19:07Le second passage où on enlève l'éthanol.
19:09Pour récupérer à la fin, eh bien, un vin qui est désalcoolisé.
19:15On a été chercher toute la complexité en amont de la désalcoolisation.
19:21Ce qui veut dire que vous avez une équipe d'éonologues.
19:24On parle d'éonologues ou pas ?
19:25Ah oui, bien sûr.
19:26Voilà, c'est ça.
19:27Ils sont avant toute chose éonologues.
19:28Ils ont également une appétence pour l'agronomie.
19:32Et puis, une ouverture d'esprit.
19:33Puisque je rappelle que dans l'éonologie actuelle, on n'a pas de cours particuliers ou de littérature sur la désalcoolisation.
19:43Donc, ça a été tout un chemin à parcourir.
19:49Et d'où l'expérience et l'échec qui fait partie de l'apprentissage.
19:53Alors, un chiffre qui m'a impressionnée quand on a parlé avant cette émission ensemble.
19:58Vous me dites qu'entre le moment où vous achetez le raisin et le moment où vous allez pouvoir livrer, il y a un temps très court.
20:05Oui.
20:05Combien ?
20:06Alors, en 24 heures, on désalcoolise en embouteille.
20:12Pourquoi ? Parce que...
20:13Mais deux mois en total, vous m'aviez dit.
20:15Ah, excusez-moi, j'ai dit.
20:17Oui, tout à fait.
20:17Mais déjà, deux mois, ça me paraît tellement court.
20:19J'ai compris que c'était entre le moment où on désalcoolise et le moment où on embouteille.
20:24Oui, on a des délais d'élaboration de deux mois, mais on peut faire plus court si on le souhaite.
20:31D'accord.
20:32Mais on tente de...
20:33Et on travaille beaucoup en flux tendu.
20:36Pourquoi ? Parce qu'on doit adapter nos habillages en fonction des réglementations.
20:41Donc, comme on pénètre plusieurs dizaines de pays, on a une adaptation réglementaire sur chacun d'entre eux.
20:49Mais donc, ça veut dire... Parce que, alors, ça veut dire que vous travaillez... J'essaie d'être vraiment dans le détail concret.
20:56Vous travaillez avec des vignerons, donc.
20:58Oui.
20:59Donc, il y a déjà... Vous avez déjà votre portefeuille, entre guillemets, de vignerons et vous avez choisi des raisins, par rapport...
21:07On choisit nos matières.
21:08C'est ça.
21:08On choisit nos matières avec un potentiel.
21:11Oui.
21:11C'est-à-dire que la désalcoolisation concentre l'acidité, concentre les tannins.
21:18Donc, tout notre travail va être d'imaginer ce que ce sera après et d'apporter toute la complexité.
21:24Bâtonnage, boisage... Donc, tout se fait en amont.
21:27Parce qu'il n'y a pas d'additif. Il n'y a pas d'ajout ni de sucre ni de quoi que ce soit.
21:30Alors, effectivement. Donc, on appartient à la catégorie vin.
21:33Donc, nous avons... Nous avons l'interdiction d'ajouter quoi que ce soit sur les vins désalcoolisés en dénomination vins de France.
21:43D'accord. D'accord.
21:45Et en revanche, après... Alors, en plus, on n'a pas évoqué les produits.
21:48Voilà. Il y a d'autres formulations. Il y a d'autres manières de faire.
21:52Là, on n'appartient plus à la catégorie vin, mais à la catégorie boisson.
21:56Oui.
21:56Et là, on peut être à la fois sur des vins désalcoolisés dans lesquels on peut ajouter des arômes naturels
22:02ou sur des boissons prêtes à consommer, des boissons non fermentées.
22:07Donc, il y a plusieurs manières d'élaborer des boissons sans alcool.
22:12Donc, aujourd'hui, vous avez une gamme qui comprend du rouge, du rosé.
22:17La gamme, c'est quoi exactement ?
22:18Alors, ce qu'on appelle les vins tranquilles sans alcool.
22:22Donc, oui, en blanc, rosé, rouge.
22:25Oui.
22:26Mais également en effervescent et en effervescent rosé.
22:29D'accord.
22:29Et vous faites aussi des produits un peu cocktail, mélange.
22:33Exactement.
22:34Donc, par exemple, l'été dernier, nous avons utilisé nos chardonnets effervescents sans alcool bulles,
22:40donc, en version Spritz.
22:44Et ça a très bien fonctionné.
22:47Donc, quand vous avez dans un verre ballon une jolie couleur orange, impossible de savoir si c'est avec ou sans alcool.
22:54Bien sûr.
22:54Et donc, en plus, l'apparence est tout à fait préservée.
22:57Donc, alors, bon, on voit bien que ce marché, bon, il est à la fois, il est encore petit, bien évidemment.
23:02Enfin, il est très prometteur.
23:03On en parle de plus en plus et de façon, d'ailleurs, très récente.
23:07D'ailleurs, on voit des grands noms du Bordelais, Sauternes notamment.
23:13Enfin, on voit des groupes comme Castel qui s'y intéressent et qui investissent, puisque c'est des investissements assez lourds.
23:19Vous n'êtes pas propriétaire de la partie usine ni quoi que ce soit.
23:23En fait, vous sous-traitez systématiquement.
23:25Alors, avec 5 000 euros en poche, ça aurait été un petit peu compliqué d'y injecter 10 millions.
23:33Et puis, au-delà de ça, ce qu'on cherche vraiment à faire, c'est d'utiliser toujours les dernières technologies de désalcoolisation ou les derniers procédés.
23:43Ça évolue très vite.
23:43Ça évolue très vite.
23:45Donc, il faut garder cette agilité pour aller chercher.
23:47Nous, ce qui nous intéresse, c'est vraiment la qualité, l'expérience client.
23:50Et pour aller chercher les dernières innovations, il ne faut surtout pas se charger de lourds investissements et de lourds amortissements.
23:58Donc, cette agilité, elle est voulue sur un plan recherche et développement.
24:03Alors, ce qui est intéressant aussi, c'est que vraiment, quand vous parlez de vos produits,
24:07vous les présentez vraiment pas du tout en concurrence avec l'alcool, mais au contraire en complémentarité.
24:14Donc, de ce fait, comment vous voyez l'évolution de cette consommation ?
24:18Quel est le type de produit qui va prendre éventuellement plus, d'après vous, d'importance ?
24:24Les publics s'élargissent ? Parlez-nous un petit peu de ça.
24:28Alors, il y a un phénomène que l'on appelle la modération.
24:30On assiste aujourd'hui en France et ailleurs dans le monde à une déconsommation du vin.
24:36On modère pour des questions de bien-être.
24:38On joue la carte santé.
24:41Et tantôt on boit, tantôt on ne boit pas.
24:44Donc, il y a une recrudescence de ce qu'on appelle le flexi-drinking.
24:48Oui, le flexi, oui.
24:49Voilà.
24:50Et donc, pour moi, c'est une tendance qui va continuer.
24:54On va continuer dans ce sens, puisque suite au Covid, on a tous compris qu'on était mortels.
24:59Et qu'il fallait accorder une part significative, en tout cas une attention particulière à la nutrition, à ce qu'on consomme, à ce que l'on boit.
25:09Donc, cette déconsommation, je pense qu'elle est structurelle et elle continue graduellement.
25:19Donc, ce que je cherche à faire avec mes équipes, c'est vraiment proposer une alternative.
25:25Une alternative qui soit complexe, qui soit élaborée avec soin, avec un savoir-faire, qui apporte des bienfaits, mais sans éthanol.
25:34Et qui, dans un moment où vous ne voulez pas, vous êtes dans un pot d'entreprise, vous êtes au restaurant, mais vous devez conduire derrière.
25:42Eh bien, c'est une alternative, une proposition autre que l'eau, autre que le soda et qui a tout son intérêt et son sens.
25:51Bien sûr.
25:52Alors, pour terminer, en quelque sorte, vous avez appelé votre entreprise au départ Maison Pierre Chavin.
25:59Pourquoi pas Mathilde Boulachin ?
26:01Alors, écoutez, je pense qu'il y a 15 ans, faire du vin sans alcool, être femme, une trentaine d'années, et en plus, appeler le nom de la maison par son nom et son prénom, ça aurait été particulièrement ambitieux.
26:15Donc, je me suis cachée derrière un nom qui n'existe pas.
26:19Oui, c'est ça.
26:19Et aujourd'hui, eh bien, je pense qu'on n'a plus besoin de Pierre, donc c'est devenu Chavin.
26:25Chavin.
26:25Mais pas Boulachin, parce que là, le nom, maintenant, est...
26:28Et voilà, le nom, le nom, le nom, le nom est créé et c'est devenu une marque qui est identifiable à l'international.
26:35Écoutez, merci beaucoup pour ce témoignage, parce que comme vous venez de le dire, c'est vrai qu'au départ, quand même, être jeune, ne pas être du métier, lancer quelque chose d'innovant, être une femme, bah oui, ça marche.
26:46C'est possible.
26:47Tout est possible.
26:48Donc, on le démontre encore une fois.
26:49Tout à fait.
26:50Merci beaucoup, merci beaucoup Mathilde pour tout ça.
26:52Merci, merci.
26:53Bon, l'émission est terminée, donc je vous donne rendez-vous le mois prochain, comme d'habitude.
26:59Vous pouvez retrouver néanmoins toutes les émissions et tous les interviews, plus de ça aujourd'hui, sur, bien sûr, Bismarck, Smart Women, ou sur toutes les plateformes de streaming.
27:10Voilà, donc, bonne écoute, et puis, puisqu'il en est encore temps, très bonne année à toutes et tous.
27:17Merci.
Commentaires