- il y a 3 mois
Samedi 18 octobre 2025, retrouvez Virginie Calmels (Présidente, Croissance Plus) et Anne Lechaczynski (Dirigeante, La Verrerie de Biot) dans SMART WOMEN, une émission présentée par Marie-Claire Capobianco.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00Bonjour, bienvenue dans Smart Women, l'émission qui donne le pouvoir aux femmes.
00:10Chaque mois je reçois deux à trois invités, à la fois responsables de collectifs, associations, réseaux,
00:18grands témoins, hommes et femmes d'ailleurs de tous horizons, et dirigeantes d'entreprises,
00:25essentiellement des patronnes de PME-ETI, donc des profils très différents,
00:29mais qui néanmoins partagent une même conviction, qui est que les femmes doivent prendre leur juste place
00:34dans toutes les sphères de pouvoir économique, politique, médiatique, sans oublier le domaine scientifique,
00:40sans oublier bien sûr la tech et l'IA qui est un enjeu essentiel.
00:45Et à la question pourquoi, le pourquoi est très simple, la réponse est simple,
00:49c'est que pour plus de performance économique, pour plus d'équilibre, plus de rationalité dans les prises de décision,
00:57sachant que, bon, les femmes, faut-il le rappeler, constituent la moitié des forces vives de l'humanité.
01:05Alors aujourd'hui, pour en parler, je vais recevoir tout d'abord Virginie Calmel,
01:09qui est actuellement présidente de Croissance Plus, et qui est également entrepreneur,
01:14fondatrice de l'école Futurae, pour préparer au métier du futur.
01:17Et puis, je ferai le portrait d'Anne Lechassensky, qui est la dirigeante de la verrerie de Biote,
01:24spécialisée dans le verbulé pour les arts de la table,
01:27et qui est une PME tout à fait emblématique de l'excellence des métiers d'art français.
01:32Donc, tout de suite, Virginie Calmel.
01:33– Bonjour Virginie Calmel, donc, ravie de vous recevoir.
01:41– Bonjour Marie, la crêpe au bien que vous.
01:42– Ravie de vous recevoir dans Smart Woman.
01:44Alors, c'est un peu particulier d'ailleurs, parce que figurez-vous que vous êtes mon centième interview.
01:51– Ah, tout rond.
01:52– Ah, tout rond, parce que l'émission, elle a démarré sa quatrième année,
01:55et donc maintenant, il y a une belle galerie, finalement, de témoignages.
01:58Donc, sans témoignages, et c'est vous, Virginie, qui êtes le centième.
02:01Donc, merci pour cela.
02:02– Merci.
02:03– Alors, Virginie, bon, vous avez déjà eu plusieurs vies.
02:07Vous avez commencé par les médias, vous avez été dans le Canal+,
02:12après, dans le groupe Andemol, vous avez dirigé la France,
02:15vous avez été directrice déléguée, des générales déléguées de Monde,
02:19au niveau d'Andemol, vous avez été,
02:22vous êtes toujours dans les bords de plusieurs grandes entreprises,
02:25vous vous êtes engagée en politique, aux côtés d'Alain Juppé.
02:29Vous avez, après, arrêté la politique.
02:31Vous avez, à ce moment-là, on s'était, en 2020, créé votre propre entreprise.
02:35Donc, vous êtes devenu entrepreneur vous-même,
02:37et vous avez créé une école, donc Futurae, qui prépare au métier du futur.
02:42– Absolument.
02:42– Mais, comme le collectif est chez vous quelque chose d'important,
02:46vous avez été regagnée par cette volonté de collectif,
02:50et donc, vous avez été élue présidente de Croissance Plus en juin de cette année.
02:54Voilà, bon.
02:55Donc, en fait, vous avez une expérience qui est vraiment très diverse,
02:57à la fois du monde politique et du monde économique,
03:00et c'est à la lumière de ces expériences-là que je voudrais que nous parlions
03:03de la position des femmes, de la façon dont vous envisagez la situation actuelle,
03:08et finalement, elle est en évolution.
03:09Donc, première question, questionnons votre histoire personnelle.
03:15Donc, vous, en tant que femme, comment avez-vous vécu ces deux mondes,
03:19politique et économique ? Est-ce qu'il y a des différences ?
03:21– Alors, je dirais que oui, il y a des différences notables,
03:24il n'y a pas d'autres, que moi, j'ai peut-être eu de la chance par rapport à d'autres.
03:28J'ai, pendant longtemps, pas ressenti le plafond de verre dont on parle à chaque fois.
03:33J'ai plus ressenti le fait que c'était un problème de me donner des responsabilités très jeunes,
03:39donc c'était plus un problème d'âge qu'un problème de sexe, me semblait-il.
03:44Jusqu'à ce que j'arrive en politique, où là, en revanche,
03:47on se rend compte quand même qu'on est dans un milieu
03:49qui a évolué beaucoup plus lentement que le monde économique.
03:53Moi, il me semble que le monde économique s'est assez bien acclimaté
03:57au fait qu'il y ait des femmes à des postes à responsabilité.
04:00J'avais peu de difficultés à manager des hommes.
04:04Je ne crois pas qu'ils le vivaient mal.
04:06Ça se passait plutôt bien, parce que le monde économique a quand même des ressorts très méritocratiques.
04:12Donc, il me semble que quand vous faites vos preuves, quand ça se passe bien,
04:15on ne questionne pas votre légitimité ou on la questionne moins.
04:20En revanche, dans le monde politique, là, j'ai vu, probablement lié aussi à une volonté de parité
04:26qui a été très forte, qui a quand même conduit des hommes à devoir laisser leur place à des femmes,
04:32ne serait-ce que parce qu'il fallait un homme, une femme sur les listes, etc.
04:37Et donc, je pense que ça a créé une forme de ressentiment.
04:40Je pense qu'il y a une peur.
04:41Il y a une peur parce que les hommes se disent, au fond, finalement,
04:46au poste à responsabilité, il y a essentiellement eu des hommes,
04:50même si maintenant, de plus en plus, on a des gouvernements paritaires.
04:53Il y a quand même, sur les très gros ministères,
04:56l'exposition est quand même très masculine.
05:00Et du coup, je pense qu'il y a une crainte de se dire,
05:02oulala, mais un jour, ce sera une femme.
05:05Donc, au fond, je crois que ça rend la chose plus complexe, finalement,
05:09pour les femmes aujourd'hui, alors qu'on pourrait se dire que ça va dans le bon sens.
05:13Moi, j'ai l'impression qu'il y a encore beaucoup de chemin à faire en politique
05:17pour considérer que la parole des femmes vaut celle des hommes.
05:22Et je l'ai vécu à titre très personnel.
05:23Moi, en fait, c'est Alain Juppé qui me fait rentrer en politique
05:27parce que je suis bordelaise, mon père est enterré à Bordeaux,
05:30ma soeur, il vit toujours, c'est mes racines.
05:32Du coup, j'accepte la proposition qui m'est faite,
05:36et avec beaucoup de renoncement,
05:37puisque je renonce à toute ma vie dans le privé,
05:41pour être premier adjoint maire de Bordeaux,
05:42vice-président de la métropole, puis tête de liste régionale.
05:46Et puis, vous vous rappelez, il y a eu cette primaire,
05:48Juppé, Sarkozy, Fillon,
05:50et puis est sorti vainqueur de la primaire François Fillon.
05:54Et c'était les règles de la primaire,
05:56c'est-à-dire que quel que soit le vainqueur,
05:57normalement, on continuait avec le vainqueur.
06:00Donc moi, j'ai continué avec François Fillon,
06:03comme si Alain Juppé avait gagné,
06:04j'aurais bien aimé que les sarkozistes et les fillonistes suivent Alain Juppé.
06:08Et là, on m'a fait un procès en trahison.
06:12Et ce qui est intéressant derrière ça,
06:16c'est qu'on ne l'a pas fait aux hommes.
06:17Les hommes, c'était...
06:17Alors vraiment, il n'y avait aucun problème.
06:19La preuve, Edouard Philippe allait chez Emmanuel Macron,
06:22ce n'était pas grave.
06:23D'autres sont allés, ont changé.
06:26Et il y en a même qui ont changé de camp pendant.
06:29Enfin, je veux dire, en cours.
06:30Moi, ce n'était pas le cas.
06:32Je veux dire, Alain Juppé avait perdu,
06:33et lui-même, d'ailleurs, a dit qu'il soutiendrait François Fillon.
06:36Donc, simplement, on dénie un peu, je trouve, aux femmes,
06:41le droit d'exister par elles-mêmes.
06:44Et en fait, on vous considère vite la chose de quelqu'un.
06:47Donc moi, on considérait que j'étais la chose, entre guillemets, d'Alain Juppé.
06:51Et donc, je ne pouvais pas...
06:53Alors qu'en fait, il se trouve que moi, je suis plutôt libérale économique,
06:57je viens du monde de l'entreprise.
06:59Donc, j'étais une femme d'entreprise engagée en politique.
07:02J'avais certes toujours été à droite.
07:04Mais pour le coup, je gardais mes convictions,
07:07qui n'étaient finalement pas forcément celles que d'Alain Juppé.
07:13Enfin, je veux dire, le projet Fillon, au fond, était très pro-entreprise,
07:18et correspondait plutôt à mes convictions.
07:21Sauf que quand vous êtes femme,
07:23on a l'impression qu'en fait, vous êtes la chose d'un homme.
07:25Et c'est très frappant, parce que je pense que, sur les idées notamment,
07:31on nie complètement le fait que vous pouvez avoir votre propre corpus idéologique,
07:36votre propre réflexion, votre propre parcours.
07:38Parce que pour le coup, moi, je ne devais rien à personne.
07:41J'arrivais d'ailleurs...
07:42Enfin, je veux dire, ceux à qui je dois, c'est ceux qui m'ont fait confiance
07:45en me donnant des responsabilités très jeunes.
07:48à Alain Juppé, bien sûr, de m'avoir fait venir à Bordeaux.
07:52Mais ce n'est pas pour ça.
07:53Et d'ailleurs, même lui-même n'était pas choqué
07:54que je ne sois pas forcément d'accord avec toutes ces prises de position.
07:58Et je pense que ça, on le dénie davantage aux femmes qu'aux hommes.
08:03Alors ça, c'était le constat sur la partie politique.
08:07Si on revient sur notre domaine de prédilection,
08:11en l'occurrence au domaine économique,
08:13donc là, en la matière, à la fois votre propre expérience,
08:16mais à la fois le fait que vous soyez maintenant présidente de Croissance Plus,
08:21donc qui rassemble quand même un nombre d'adhérents importants,
08:23puis qui est une parole forte dans le milieu économique.
08:27Donc comment vous voyez les choses ?
08:29D'ailleurs, comment ça se passe dans Croissance Plus,
08:32le pourcentage d'adhérents de femmes ?
08:34Enfin, on connaît un petit peu les chiffres, mais...
08:36Alors, c'est vrai que si on regarde l'entrepreneuriat en général,
08:39les femmes sont moins représentées que les hommes,
08:42ce qui est quand même un problème.
08:44Si on va un peu plus loin dans le détail,
08:47on a quelques chiffres.
08:48À la tête des micro-entreprises, on trouve 26% de femmes.
08:53Mais dès qu'on est sur les PME, on tombe à 19%.
08:56Si on est sur des sociétés encore un peu plus grosses,
08:59et notamment les ETI, on n'est plus qu'à 17%.
09:01Et les très grandes entreprises, c'est simplement 10% si on prend le CAC 40 et le FSB 120.
09:08Donc on voit bien que, malheureusement, on n'a pas une représentativité des femmes
09:14à la tête des entreprises en corrélation avec ce qu'elles représentent dans la population globale.
09:20Alors il y a aussi peut-être, on le dit souvent, une aversion au risque.
09:23C'est possible.
09:24La femme, elle est dans sa culture peut-être liée aux enfants,
09:29liée à la famille, plus protectrice,
09:31et peut-être qu'elle a une aversion au risque plus importante.
09:35On voit aussi que sur les levées de fonds,
09:36c'est plus difficile apparemment pour les femmes que pour les hommes.
09:40Les chiffres le démontrent.
09:43Et puis après, on a toujours ce sacro-saint problème des femmes dans la tech.
09:47Parce qu'alors là, vraiment, là, ça baisse considérablement.
09:50C'est simplement 7% de femmes qui sont à la tête d'entreprises de technologie.
09:56Donc on voit que quand même, les problèmes de genre, encore, la vie dure et qu'on a du chemin à faire.
10:03Alors c'est surprenant parce que, donc les chiffres que vous citez,
10:07oui, malheureusement, ce sont les bons chiffres.
10:09Et il y en a d'autres qui sont toutes dans le même sens.
10:12Mais ce qui est surprenant, c'est que quand même,
10:14à la fois la prise de conscience de la nécessité de parité ou d'équilibre,
10:20parce que c'est ce qu'il faut rechercher,
10:22je pense qu'aujourd'hui, elle est faite.
10:24Il y a eu quand même beaucoup de choses qui ont été décidées, déclinées pour y arriver.
10:30Et malgré tout, ça ne bouge pas beaucoup.
10:32Moi, ça fait très longtemps que je suis engagée dans cette cause.
10:35Et c'est vrai que malheureusement, ça ne bouge pas ou à la marge.
10:38Comment vous expliquez ça ?
10:40Je pense qu'il y a deux phénomènes.
10:42D'abord, je pense que les femmes, comment je dirais,
10:46ont un sujet plus fort de légitimité encore.
10:50On veut toujours peut-être se sous-évaluer-t-elle, elle-même.
10:56C'est-à-dire que moi, je l'ai vu quand je dirigeais en démol.
11:00C'était un bon exemple.
11:01À un moment donné, je me rends compte, mais un peu fortuitement,
11:04qu'au COMEX, j'avais plus de femmes que d'hommes.
11:06Et je dis, tiens, c'est incroyable.
11:09Au fond, ce n'est pas du tout parce que j'avais fait une politique volontariste pour cela.
11:13C'est simplement parce que, encore, moi, je suis très attachée à la méritocratie.
11:18Il se trouve que j'avais des meilleurs profils féminins
11:20et que, de facto, j'avais recruté plus de femmes que d'hommes
11:24ou certaines dans l'entreprise avaient mieux progressé
11:27et donc se retrouvées au COMEX.
11:30Il y a, je pense, le fait que les femmes elles-mêmes savent que ça va être possible.
11:36Je pense que les hommes, eux, pensent que ça ne va pas être possible, forcément,
11:39parce qu'ils projettent sur les femmes la difficulté de gérer des multivies.
11:45Les femmes, en termes de charge mentale,
11:47oui, elles ont une charge mentale maximale
11:49parce que, pour peu qu'elles aient des enfants, le mari, une maison,
11:54il y a beaucoup de choses à gérer en parallèle.
11:57Et je pense que les femmes n'ont pas de problème avec ça.
11:59La preuve, elles l'ont démontré.
12:01Mais dans le regard des hommes, je pense qu'il y en a un certain nombre
12:04à qui ça pose problème, où ils se disent que la charge mentale est telle
12:08que sur des postes à responsabilité, ils ne vont peut-être pas y arriver.
12:12Et moi, je me rappelle, assez jeune, ça m'avait un peu dégoûtée.
12:17Tout de suite, on m'avait dit, vous allez nous faire des enfants.
12:19Comme si le fait de tomber enceinte...
12:21Le nom était déjà important.
12:22Voilà. C'était vraiment... J'étais en cabinet d'audit à l'époque
12:26et je m'étais dit, oh là là, c'est ringard.
12:28Et j'ai quitté l'audit, même si j'ai été diplômée d'expertise comptable
12:33et commissariat au compte, pour aller en entreprise.
12:35Parce que j'avais été très choquée par cette remarque.
12:37Surtout que je n'étais pas du tout prête à faire des enfants.
12:40Mais c'était... Voilà, on projetait tout de suite une image.
12:43Après, je pense que les femmes, elles-mêmes, ont une part de responsabilité.
12:45parce qu'elles ne se projettent pas à des postes à responsabilité.
12:50Parce que parfois, elles se disent, non, je ne serai pas capable.
12:53Ou je n'y arriverai pas.
12:54Ou elles se mettent elles-mêmes des freins.
12:57C'est pour ça que je crois beaucoup au rôle modèle.
12:59Je crois que les femmes sont les mieux placées pour promouvoir des femmes.
13:03Pour leur dire... Je pense que les entreprises dirigées par des femmes,
13:06je l'ai expérimenté moi-même,
13:08souvent, naturellement, on va faciliter la carrière de femme.
13:14Moi, j'en ai une qui a fait une très belle carrière depuis,
13:17qui est patronne de YouTube aujourd'hui,
13:19qui était chez Andemol et qui avait eu des enfants.
13:22Et elle arrive un jour dans mon bureau en larmes.
13:25Et en me disant, je suis enceinte.
13:27Je lui dis, mais c'est une super nouvelle.
13:28Il ne faut pas pleurer. Tout va très bien.
13:31Oui, mais bon, là, c'était le troisième.
13:32Alors, c'est vrai qu'elle avait beaucoup de congés maternité.
13:35Je lui dis, écoute, on ne va pas recruter quelqu'un pour te remplacer.
13:39On a évidemment...
13:40Ça a été assez lourd, parce qu'il fallait absorber son job.
13:44Mais quand elle est revenue, elle a récupéré son poste.
13:46Et derrière, elle a fait une très, très belle carrière.
13:48Voilà.
13:49Bon, écoutez, je crois que la conclusion, c'est que le chemin continue.
13:52Enfin, il faut le continuer.
13:53Il faut le poursuivre avec conviction.
13:55Donc, merci pour ce témoignage et pour ce double regard.
13:58C'est toujours intéressant de voir le double regard.
14:00Et puis, merci pour ce combat que vous continuez à mener, vous aussi.
14:02Pour les entrepreneurs.
14:05Pour les entrepreneurs, aux féminins également.
14:07Et aux féminins aussi.
14:08Merci, Virginie.
14:14Bonjour, Annel Chassensky.
14:16Bonjour.
14:16Bienvenue dans Smart Woman.
14:18Alors, Anne, vous êtes une habituée des micros et de la presse,
14:21puisque vous avez souvent les honneurs des médias
14:23pour leur faire découvrir la verrerie de Biote
14:26et son fameux verre bulé.
14:29Donc, la bulle qui est l'imperfection de départ,
14:32devenue beauté par la grâce d'un geste artistique vieux de 3 500 ans,
14:36vous m'avez dit.
14:37Donc, c'est quand même important.
14:39Alors, Anne, ce sont vos parents qui ont racheté cette entreprise à la barre.
14:44Donc, c'était en 1973, si je me souviens bien,
14:47et qui lui ont redonné vie.
14:49Et donc, vous, toute petite, vous avez toujours été fascinée par le verre.
14:52Ce qui fait que, finalement, au sens d'y avoir été contrainte d'aucune sorte,
14:57votre MBA en poche, vous avez pensé que vous rejoignez l'affaire familiale.
15:03Alors, racontez-nous, puisque c'est un portrait,
15:04donc on va raconter un petit peu les différentes étapes.
15:06Racontez-nous le départ de votre entrée dans l'entreprise avec l'aventure américaine.
15:12Tout à fait.
15:14C'est vrai que dans une entreprise familiale, il y a toujours
15:17est-ce qu'on va rentrer dans l'entreprise, est-ce qu'on ne va pas rentrer dans l'entreprise.
15:22Et je pense que mes parents ont eu l'intelligence de nous dire
15:25qu'on n'avait pas besoin d'y rentrer pour qu'on ait envie d'y rentrer.
15:29Donc, évidemment, je suis rentrée dans l'entreprise.
15:31Et c'est vrai que j'ai eu cette chance extraordinaire d'arriver à un timing où mes parents
15:36faisaient une joint venture avec un associé américain qui était Pierre R2
15:43et qui distribuait les cotonades Soleil Hadou aux États-Unis.
15:47Et on a fait une joint venture.
15:49Donc, moi, dès que je suis sortie de l'école,
15:51on m'a proposé ce poste pour développer aux États-Unis l'entreprise.
15:56Évidemment, j'ai accepté parce que c'est magnifique comme entrée en matière.
16:00Une belle chance, oui.
16:01Oui, dans la vie professionnelle.
16:03Et donc, moi, j'ai commencé à travailler aux États-Unis
16:05avec cette chance incroyable de pouvoir, à ce moment-là,
16:11voyager dans les 18 magasins de notre associé.
16:14Donc, je suis allée un peu partout aux États-Unis.
16:17Et alors, cet associé avait donc ses magasins.
16:20Et vous alliez vous installer, finalement, le produit Verrory ?
16:24Absolument. Ce que je devais faire, c'est présenter le produit.
16:28Il avait des magasins avec des antiquités françaises, avec des cotonades
16:33et de l'art de la table avec du moussier.
16:36Et puis, nous, la Verrory de Biote.
16:37Et donc, j'allais dans chaque magasin, j'installais le display,
16:40j'expliquais au manager qui était sur place ce qu'était notre produit,
16:46pourquoi des bulles.
16:47Aux États-Unis, à l'époque, il y avait pas mal de verre mexicain,
16:50donc je ne savais pas le confondre.
16:51Et puis, prêcher la bonne parole.
16:54Et puis, faire en sorte qu'il s'appropie le produit.
16:59Oui, bien sûr.
17:00Et alors, cette aventure, donc, elle a duré une dizaine d'années,
17:02je crois, au total.
17:03Et finalement, elle s'est achevée pour quelles raisons ?
17:07Qu'est-ce qui s'est passé ?
17:08Alors, c'est vrai qu'au bout de deux ans, quand j'avais fait le tour de tous les magasins,
17:14notre associé a vendu son entreprise.
17:16À ce moment-là, on a continué à travailler avec les nouveaux propriétaires,
17:20mais aussi, on a commencé à développer la Verrory de Biote à travers tous les États-Unis,
17:26avec des représentants.
17:26Et puis, au bout d'un certain temps, au bout d'une dizaine d'années,
17:31on dit souvent, d'ailleurs, qu'au bout de dix ans, où on reste, où on rentre.
17:37Et il est arrivé que l'entreprise aux États-Unis, finalement, vivotait,
17:43parce que moi, j'ai un marché de niche.
17:44C'est du verre, bulé, coloré, cher.
17:49Donc, ce n'est pas du cristal, ce n'est pas de l'or.
17:52Et il est arrivé l'opportunité de se dire, en France,
17:58où mes parents m'ont dit, enfin, maman m'a dit,
18:00où je prends un directeur, où si tu veux rentrer.
18:03Et j'ai pris la décision de rentrer.
18:05De rentrer à ce moment-là.
18:07Sachant que le verre bulé, néanmoins, bénéficie de, vous m'avez raconté,
18:12que la promotion, on a été assuré au travers d'Américains célèbres, des acteurs.
18:17Oui, c'est pour cela, finalement, qu'on a eu ces opportunités.
18:21Et cet associé américain qui est venu nous chercher.
18:24Parce que, finalement, du fait qu'on est sur la Côte d'Azur,
18:28nous, nos premiers clients, c'est le festival de Cannes.
18:31Et donc, c'est Lorraine Bacal, Grégory Peck,
18:34qui nous ont fait la promotion, qui étaient les influenceurs de l'époque.
18:38Et donc, ils nous ont amenés avec eux dans leur valise.
18:40Oui, c'est quand même une belle histoire au départ, ça.
18:43Oui.
18:44Alors, donc, vous rentrez en France.
18:47Donc, on doit être dans les années 96, c'est ça ?
18:50Absolument.
18:51Et avec votre frère, puisque vous êtes tous les deux,
18:53vous avez, à ce moment-là, encore plus investi dans le développement de l'entreprise.
18:57Et en 2000, vous en avez pris la co-direction.
19:00C'est bien 2000 ou vous avez…
19:01Tout à fait, à l'an 2000.
19:02Alors, à ce moment-là, donc, quel était la situation de l'entreprise ?
19:09Quels étaient les défis que vous avez tous les deux décidés de relever ?
19:12Comment ça se passait ?
19:13Alors, c'est vrai que l'entreprise allait bien.
19:17Mes parents vieillissants, maman vieillissante,
19:20ils voulaient petit à petit nous passer la main.
19:23Et puis, mon père, travaillant pour IBM, on a toujours été les premiers informatisés au monde, presque, comme TPE.
19:32Et moi, quand je suis arrivée en 96, c'était les débuts du téléphone portable,
19:41les débuts d'une évolution très nette sur Internet.
19:44Et on a tout de suite…
19:47Ce que j'ai voulu faire, c'est tout de suite faire notre site Internet,
19:50qui, au départ, est un site Internet touristique,
19:53qui, peu à peu, change et changera l'année prochaine,
19:57puisque, en fait, nous 70 ans.
19:59Et si vous voulez, c'est amener de la modernité dans la continuité,
20:07puisque c'est un produit classique de niche.
20:10Notre ADN, c'est la bulle et la couleur.
20:12Et on a, avec mon frère, voulu continuer l'histoire.
20:15D'accord.
20:16Donc, c'était vraiment l'état de l'art à ce moment-là.
20:20Parlez-nous, d'ailleurs, parce que, finalement, on n'a pas encore…
20:23On a dit la verre et la biote, beaucoup connaissent,
20:25mais tout le monde ne connaît pas, néanmoins.
20:26Donc, donnez-nous un petit peu la carte d'identité,
20:29c'est-à-dire à la fois les grands chiffres, à la fois l'activité, la répartition.
20:33Puis, parlez-nous du verre, bien sûr, aussi.
20:35Absolument.
20:36Écoutez, nous sommes une TPE familiale.
20:38Mes parents ont racheté l'entreprise en 1973.
20:42On la dirige avec mon frère depuis l'an 2000.
20:44Et nous sommes spécialisés dans le verre bullet,
20:46c'est-à-dire notre ADN, nous, c'est la bulle et la couleur.
20:49On a inventé le verre bullet,
20:52puisque la bulle est une erreur dans le verre.
20:55Nous, on met du bicarbonate de soude et on a autant de bulles que l'on veut.
20:59Et puis, on s'est ouvert au tourisme,
21:01parce qu'on était sur la Côte d'Azur tout de suite.
21:03Donc, on a inventé le tourisme industriel.
21:05Et c'est vrai qu'aujourd'hui, l'entreprise,
21:09c'est 3 millions d'euros de chiffre d'affaires,
21:12une TPE d'une quinzaine de personnes,
21:15avec une image très forte dans le tourisme.
21:18On vit énormément du tourisme,
21:20puisque nous avons 70% de notre chiffre d'affaires sur place.
21:22Sur place.
21:22C'est formidable.
21:23Parce qu'effectivement,
21:26vous me disiez que vous aviez 450 000 visiteurs.
21:28Vous êtes le deuxième site français le plus visité.
21:31Ce qui est quand même...
21:32Après EDF, oui.
21:33Oui, ce qui est quand même extraordinaire en termes de résultats.
21:37Et finalement, vous avez, puisque 70% sur place,
21:40ça veut dire qu'il faut arriver à transformer la visite en acte d'achat.
21:44Alors, comment ça se passe ?
21:46Dans quelle proportion ?
21:47Quels sont les leviers ?
21:48Quels sont les atouts pour y parvenir ?
21:50Que faites-vous ?
21:51Alors, c'est vrai qu'on a un métier très visuel.
21:57Donc, les gens peuvent voir sur place,
21:59du début jusqu'à la fin,
22:00se faire le produit.
22:02Donc, quelque part,
22:03ils voient ce produit se transformer,
22:05la moitié se transformer.
22:07C'est un peu magique.
22:08Et ils ont automatiquement une envie
22:12de passer dans notre magasin d'achat.
22:16Je dirais qu'il y a à peu près entre 5 et 10%
22:21de transformation d'achat.
22:25Mais ce sont des touristes,
22:28mais des touristes aussi qui reviennent,
22:29puisque la Côte d'Azur est en ce qu'elle est.
22:31Elle a énormément de maisons secondaires.
22:34Et si vous voulez,
22:35on a le grand plaisir d'être la mainlaine de Proust
22:39d'énormément de personnes.
22:42Donc, c'est eux aussi
22:46la troisième génération de clients
22:48qui viennent chez nous.
22:50Et c'est vrai qu'on entretient finalement
22:52cet ADN-là,
22:57cette envie pour les gens
22:58de nous retrouver sur leur table.
23:00Et puis, je pense qu'on le fait
23:02grâce à notre qualité,
23:04grâce à la vision que nous avons
23:08des tables du Sud,
23:10grâce à l'envie de la perfection.
23:13Et tout ça repose bien sûr
23:15sur le talent,
23:17l'art humain.
23:18Donc, là, ce sont vos maîtres verriers
23:20notamment qui sont concernés.
23:21Je crois que vous en avez une petite dizaine
23:23ou 9 ou 10.
23:24Et la formation de maîtres verriers,
23:26c'est 10 ans.
23:27Absolument.
23:28Alors, comment ça se passe ?
23:30Est-ce que vous avez besoin de recruter ?
23:31Est-ce que vous en trouvez ?
23:33Comment se passe le fonctionnement humain
23:36de l'entreprise ?
23:38Alors, c'est vrai que c'est très compliqué
23:39à l'heure actuelle,
23:40parce que nous sommes dans un monde
23:42où tout est rapide,
23:45où finalement, on devient célèbre en 15 jours
23:48sur les réseaux sociaux.
23:49Nous, on a un vieux métier.
23:51Comme vous l'avez dit,
23:52on a 3500 ans, notre geste.
23:54Il faut 10 ans pour l'apprendre.
23:59Et donc, les jeunes d'aujourd'hui
24:01ont une envie de rapidité, d'immédiateté.
24:05Et chez nous, ce n'est pas possible.
24:08Et puis, de toute façon,
24:09un métier d'art,
24:10c'est un métier de niche,
24:12c'est un métier de passionné.
24:13Si vous aimez ça,
24:14si vous avez la passion,
24:16vous aurez la patience et vous le ferez.
24:18Donc, finalement,
24:20on trouve quand même des verriers,
24:23des jeunes.
24:24Et souvent, ces jeunes nous le disent,
24:27même je dis à chaque fois,
24:29ils nous disent,
24:30on est venus quand on était petits.
24:32Et oui, ils ont.
24:33Et on a vu le geste
24:35et ça nous a fascinés.
24:37Et je peux vous dire
24:38qu'à l'heure actuelle,
24:39100% des personnes
24:40que nous avons en tant que verriers
24:42sont venues quand ils étaient petits.
24:45Ça, c'est extraordinaire.
24:46Et à côté de ce talent humain,
24:48il y a également de la technologie
24:49puisqu'il faut avoir des fours
24:51et vous avez aussi beaucoup investi.
24:53Dans les fours,
24:54vous avez beaucoup investi également
24:55pour faire le parcours touristique
24:57sur de l'immersion.
25:01Quelques mots là-dessus aussi.
25:02Alors, c'est vrai que, quelque part,
25:04notre geste verrier
25:06est enregistré au patrimoine immatériel
25:09de l'humanité à l'UNESCO.
25:10Donc, je dois le préserver.
25:123 500 ans, le même geste.
25:14Et en même temps,
25:14nous sommes partis de ce monde
25:16et donc, nous devons absolument
25:18évoluer avec le monde.
25:19Et moi, je suis très sensible à la tech.
25:22Biote est située près de Sofia Antipolis,
25:24donc très ouverte aux nouvelles technologies.
25:27Et nous avons fait une visite
25:30en réalité augmentée.
25:32C'est-à-dire que nous avons fait travailler,
25:34nous avons interviewé des verriers.
25:36Vous pouvez venir,
25:37vous venez avec votre smartphone,
25:39vous venez avec vos écouteurs
25:41et vous mettez un avatar sur votre téléphone
25:43en même temps que vous avez la réalité de l'endroit.
25:47Et puis, avec la beauté de l'IA aujourd'hui,
25:50on peut vous enregistrer en français
25:53et après vous parler une dizaine de langues.
25:55Bien sûr, bien sûr.
25:56Donc, vous avez vraiment
25:57beaucoup investi aussi sur ces technologies du futur,
26:01ce qui est là aussi, encore une fois,
26:03sur une TPE,
26:03enfin, PME,
26:05parce que c'est une PME en réalité.
26:06mais TPE, PME,
26:08mais en réalité,
26:09avoir autant investi sur également de la technologie,
26:11ça, c'est assez rare également.
26:13Ça fait partie de votre spécificité.
26:16Ça fait partie de notre spécificité
26:17parce que je crois profondément
26:18que nos métiers,
26:21et on les appelle les vieux métiers,
26:23il y a un côté très péjoratif de vieux.
26:26Or, il faut qu'on montre
26:28que nous sommes dans la modernité.
26:30C'est parce qu'on a des traditions
26:31à respecter et à faire valoir
26:34que l'on ne peut pas être dans ce monde 4.0.
26:38Au contraire,
26:39on peut très bien allier les deux
26:41et au contraire avec bonheur.
26:43Parce que j'avoue que beaucoup de gens
26:45sont très surpris
26:46de pouvoir faire cette visite sur place
26:49avec une très forte technologie
26:53alors qu'en même temps,
26:54il y a les verriers qui soufflent
26:56dans leur environnement.
26:58Et alors là,
26:5970 ans l'année prochaine.
27:04Donc, aussi brièvement,
27:07mais nouveau projet ou continuité ?
27:10Alors, 70 ans, continuité,
27:13mais nouveau projet
27:14puisque ma nièce rentre avec nous,
27:16troisième génération.
27:18Une femme.
27:19Une femme qui prendra la direction.
27:23Et les 70 ans,
27:25donc, automatiquement,
27:27on est en train de nettoyer
27:29un peu notre logo,
27:31notre couleur pour le passé.
27:33Toujours avec ce passé
27:36dans le monde actuel,
27:37nous devons rester dans le monde actuel
27:39sans renier nos origines.
27:41Et ça, ça a toujours été,
27:42je pense,
27:43ce que mes parents faisaient,
27:45ce que nous, nous faisons,
27:46mon frère et moi,
27:47ce que ma nièce va faire.
27:48parce que je pense
27:49que c'est quelque chose
27:50d'extraordinaire
27:51de toujours garder
27:53à l'esprit
27:54notre passé.
27:56Écoutez,
27:56merci pour ce témoignage
27:59de passionné
28:00qui donnera certainement
28:01envie à beaucoup.
28:03Et comme quoi,
28:03effectivement,
28:04faire vivre
28:05dans la durée
28:06des métiers d'art,
28:09préserver le passé
28:10en utilisant les technologies
28:11du futur ou du présent,
28:13tout ça,
28:13c'est ce que les entrepreneurs
28:14seuls peuvent faire
28:15dans la durée.
28:17Donc, bravo à vous
28:18et longue vie
28:19à la jolie bulle
28:20de biote.
28:22Merci.
28:22Merci beaucoup.
28:24Bien, écoutez,
28:24cette émission se termine.
28:27Donc, encore
28:27deux témoignages passionnants.
28:29Je vous donne rendez-vous
28:30le mois prochain.
28:31Nous parlerons
28:32technologie,
28:34nous parlerons
28:34digital
28:36et nous parlerons aussi
28:37du monde de l'équitation.
28:39Voilà,
28:39merci beaucoup
28:40de votre écoute.
28:40Merci.
28:41Merci.
28:42Merci.
Écris le tout premier commentaire