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  • il y a 6 minutes
Ce vendredi 23 janvier, la déclaration du ministre du Commerce sur la concurrence de certaines plateformes en ligne, notamment Shein, a été abordée par Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Ce matin, Jean-Marc Daniel face à Emmanuel Lechypre.
00:03Bonjour messieurs.
00:04Cette petite phrase étonnante sortie du ministre du Commerce Serge Papin,
00:08c'était mercredi lors de la cérémonie des voeux de la CPME.
00:12Il faut, j'ouvre les guillemets, il faut casser la gueule aux chinois.
00:16Phrase choc lorsqu'il a évoqué la menace que fait peser sur notre TPE-PME la concurrence chinoise.
00:22Une concurrence déloyale exercée par des plateformes comme Xi'in, dit-il.
00:26Jean-Marc Daniel, pour vous, c'est un peu grotesque tout ça.
00:29Oui, je trouve ça grotesque d'abord sur la forme, c'est la tendance actuelle maintenant du monde politique de se trumpiser.
00:36Donc on utilise des mots violents, on menace, on insulte, on devient vulgaire.
00:43Mais sur le fond, je trouve ça grotesque, ne serait-ce que parce qu'on vient de le voir avec Étienne,
00:50l'Asie va bien, l'Asie se porte bien, donc il faut s'associer d'une façon ou d'une autre à cette croissance, à cette dynamique asiatique.
00:56D'accord, les Européens, ça fait longtemps qu'ils ont des craintes vis-à-vis de l'Asie.
01:00Vous savez, l'expression de Péril Jaune est née dans les années 1890.
01:04Alors en 1897, cette expression concernait surtout le Japon qui venait d'adopter les talons or.
01:10Et nous avons eu la suite avec le Japon des années 80.
01:14Donc Mme Cresson aurait peut-être pu reprendre les propos de Serge Papin, puisqu'elle parlait de fourmis à propos des Japonais.
01:24Et puis après, il y a eu les Chinois.
01:26Et il y avait une expression dans les années 1890 qui disait
01:30« L'ouvrier à 5 sous vaincra l'ouvrier à 5 francs ».
01:33Alors l'ouvrier, donc l'expression est d'un écrivain qui a été oublié depuis, qui s'appelle Paul Bourget,
01:37qui était un des très grands écrivains de la fin du 19e siècle.
01:40Et l'ouvrier à 5 sous, c'était déjà l'ouvrier chinois.
01:44Alors il y a une réponse que je vais vous lire, qui est la réponse d'un économiste de l'époque
01:48qui s'appelle Jacques Novikov, qui a fait un livre sur le Péril Jaune.
01:54Et on y trouve « Le bon marché du salaire asiatique a pour résultat une diminution du prix des produits.
01:59Tous les hommes, dans la pratique journalière, affirment à l'unisson que le bon marché est un bien
02:03et la cherté un mal.
02:05Les doctrinaires et les pessimistes seuls ne sont pas de cet avis. »
02:09Alors je déplore, et je constate qu'effectivement c'est toujours d'actualité d'après l'INSEE,
02:14les Chinois qui, on veut casser la gueule, font du pouvoir d'achat pour les Français, d'après l'INSEE.
02:19On a environ 1 000 euros par an de pouvoir d'achat supplémentaire par ménage
02:23grâce à la présence de la Chine dans le commerce international.
02:27Et je pense que ce sont toujours les pessimistes et les doctrinaires
02:30qui continuent à vouloir casser la gueule aux Chinois.
02:33Emmanuel ?
02:34Ça pose plusieurs problèmes cette déclaration.
02:37Au-delà de la forme, son entourage l'est justifié en disant
02:41« C'est un jeu de mots, non pas les Chinois, mais les Chinois. »
02:44Voilà, ce qui abuse un petit peu de tout ça.
02:47Mais d'abord, le premier problème, à mon avis,
02:50c'est que se concentrer sur cette problématique des petits colis,
02:54comme il l'a fait, même si c'est devant des patrons de PME,
02:57ça ne met quand même que le petit bout de la lorgnette,
02:59puisque on est certes effrayé par ce qui apparaît comme une déferlante,
03:0412 millions de colis par jour qui se déversent sur l'Europe.
03:08Sauf que ces 12 millions de colis, ça n'est que moins de 10% des exportations chinoises.
03:13Et qu'il faut arrêter de considérer les exportations chinoises
03:18comme étant les exportations de petits produits, bons marchés, etc.
03:21Ça, c'était vrai il y a 30 ans.
03:22Aujourd'hui, le véritable péril jaune,
03:25c'est que sur toute la gamme de nos productions,
03:29les concurrents chinois sont extrêmement redoutables,
03:32parce qu'ils produisent des produits d'excellente qualité.
03:35L'automobile, les énergies.
03:36Par exemple, automobile, énergie, etc.
03:39Et qu'ils sont quand même globalement 50 à 30% moins chers.
03:46Ah non, 100% moins chers, c'est du pouvoir d'achat.
03:48Non mais c'est ça.
03:50Seuls les pessimistes et les doctrinaires ne le voient pas.
03:52Donc ça déjà, je trouve qu'il ne faut pas se tromper de cible.
03:56Si on veut élaborer une stratégie de réponse à cette concurrence chinoise
03:59qui est effectivement une déferlante,
04:01et puis ce qui est quand même paradoxal,
04:03c'est qu'il faut bien souligner, pour faire écho à ce que dit Jean-Marc,
04:07que Serge Papin, il est non seulement ministre des PME,
04:11du commerce,
04:12mais il est aussi ministre du pouvoir d'achat.
04:15Et que là, c'est la schizophrénie la plus totale.
04:17Parce qu'en fait,
04:18il y a toute une palette de solutions
04:20dont l'Europe est aujourd'hui quand même assez bien dotée.
04:23Et on voit bien qu'il y a tout un tas de dispositifs
04:25qui vont se mettre en place,
04:27sur tous les plans,
04:28sur finalement les taxes sur les petits colis,
04:31tout ce qui est droits anti-dumping,
04:32tout ce qui est taxes carbone aux frontières,
04:34tout ce qui est clothes miroirs,
04:35tout ce qui est nouvelles réglementations sur l'étrangère.
04:37Et on voit bien que le but du jeu,
04:38c'est d'aller beaucoup plus vite,
04:40beaucoup plus fort,
04:41pour effectivement permettre
04:43ce qui doit être la stratégie,
04:46ce qui est l'objectif.
04:47C'est quand même que tout ça ne tient
04:49cette protection contre les produits chinois
04:51que si on a une offre à mettre en face.
04:52Bon, aujourd'hui, on n'a pas l'offre à mettre en face.
04:56Et donc, c'est ça qui est aujourd'hui en question,
05:00c'est comment on peut faire plus fort,
05:02comment on peut faire plus vite,
05:04parce qu'effectivement, au final,
05:06si on s'arrête aux droits de douane,
05:07c'est le consommateur qui paye.
05:09Il y a deux études qui sont sorties,
05:10une étude américaine, une étude allemande,
05:12qui montrent que globalement, aux États-Unis,
05:15les augmentations de droits de douane par Donald Trump
05:18ont été absorbées à plus de 95%
05:20par les consommateurs américains.
05:22Donc, il y a un moment où il faut, de toute façon,
05:24choisir entre le consommateur et le producteur.
05:26Jean-Marc ?
05:27Oui, pour rebondir sur ce que vient de dire Emmanuel,
05:29deux choses.
05:29La première, c'est qu'il est assez paradoxal
05:33de voir un pays européen dénoncer
05:35le libre-échange et la concurrence,
05:36parce que l'Europe est un des principaux bénéficiaires
05:38du libre-échange,
05:40c'est-à-dire du dégageant des excédents.
05:41Alors, évidemment, la France n'est pas dans cette situation,
05:43mais au lieu de montrer du doigt les Chinois,
05:46elle devrait regarder les Allemands,
05:47les Italiens et les Espagnols
05:49et se demander pourquoi, eux,
05:50arrivent à dégager des excédents.
05:52Et puis, sur les droits de douane,
05:53je pense que ce n'est pas une révélation
05:55de s'apercevoir que le droit de douane,
05:56c'est le consommateur qui le paie,
05:58ce n'est pas le pays d'où viennent les produits,
06:01c'est le pays qui achète les produits
06:02qui paient le droit de douane.
06:03Et sachant que notre réindustrialisation
06:05passera inévitablement par les investissements
06:08d'entreprises chinoises en France
06:09pour produire en France.
06:12Le débat des éditorialistes tous les matins.
06:14Merci beaucoup, messieurs.
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