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Lundi 19 janvier 2026, retrouvez Yann Lechelle (entrepreneur de la tech et cofondateur, Probabl.AI) dans SMART TECH, une émission présentée par Delphine Sabattier.
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00:00Je suis en compagnie de Yann Lechel, bonjour, très heureuse de vous recevoir à nouveau en
00:082026. Très bonne année Yann. Je rappelle que vous êtes le PDG de Probable et vous êtes l'auteur de
00:14« Ouvertarisme, le numérique des lumières ». Ouvertarisme, je précise que c'est un terme
00:19que vous avez inventé, dont vous donnez une définition manière dictionnaire dès la première
00:25page. Vous n'en faites pas deux. D'ailleurs, vous la connaissez par cœur votre définition ? Non, parce
00:29qu'en fait, elle est assez subtile. Il ne faut pas se tromper. Vous voulez que je la lise ? Allez,
00:33« Stratégie industrielle et politique du numérique fondée sur l'ouverture délibérée, standard
00:39logiciel, données, matériel, gouvernance, visant à renforcer souveraineté, résilience et innovation
00:45par la transparence, le partage et la coopération ». Alors, c'est une définition, moi, que je trouve
00:51quand même assez simple, que vous détaillez précisément dans cet ouvrage. Mais je me posais
00:56la question, pourquoi pas avoir simplement parlé d'ouverture ou d'open source ou d'openness,
01:02comme vous le citez aussi dans le livre ? Alors, l'idée du néologisme vient d'une conversation
01:08avec un certain Louis Abraham, qui m'a convaincu qu'en réalité, c'était une opportunité
01:14pour capter de manière singulière l'essence de l'instrument, parce que c'est un instrument
01:20en quelque sorte. Évidemment, la thèse prend sa racine dans les mouvements de l'open
01:26source, du logiciel libre, puisque c'était une vision qui visait à contrecarrer quelque
01:31part l'acteur dominant de l'époque, qui était IBM. Cette notion des communs, au niveau
01:37du code source, est centrale évidemment dans l'ouvrage. Il se trouve que lorsqu'on en parle
01:43notamment à des responsables politiques, la notion d'open source devient beaucoup plus
01:48complexe à manier. L'open source est considérée comme ésotérique. Donc, il faut trouver
01:54un moyen de communiquer. Voir communautaire.
01:56Communautaire, idéologique dans certains cas, alors qu'en fait, l'open source n'est pas
01:59idéologique, il est pragmatique. La version logicielle libre, elle, est plutôt idéologique.
02:05Donc déjà, il y a des différences.
02:07Mais c'est ça avec logiciel libre, open source, commun. Déjà, on a beaucoup de notions
02:11très différentes.
02:12Beaucoup de notions. Et mon sujet s'adresse précisément à l'industrie du numérique.
02:17Lorsqu'on parle de commun numérique, par exemple Wikipédia, on est sur le domaine de la
02:22donnée encyclopédique. Donc, ça ne touche pas le numérique au sens de l'infrastructure
02:27du numérique. Donc, mon sujet est essentiellement sur la géoéconomie de l'infrastructure du numérique,
02:33sujet que vous couvrez souvent sur ce plateau, et que je propose de traiter par l'angle de
02:39l'ouverture. Mais j'ajoute ici une composante qui s'appuie sur cette pilier et qui commence
02:46par l'open science en matière de numérique. Par exemple, ce qui se fait à l'INRIA, des
02:51travaux de recherche.
02:52Faites avec Probable.
02:53Probable, qui est une extension de ces travaux qui aboutit à une technologie dite open
02:57source. Mais il existe toute forme d'ouverture, l'open science, l'open data, l'open
03:03source, l'open weight, l'open standards, l'open plateforme, l'open hardware. Et
03:06tous ces piliers d'open, lorsqu'ils sont travaillés ensemble, permettent quelque chose
03:12de merveilleux, c'est-à-dire de rattraper son retard lorsqu'on est challenger dans le
03:16numérique. Ce qui est précisément notre cas.
03:18On pourrait aussi penser, parce que vous dites que c'est un projet politique, l'ouvertarisme,
03:24on pourrait penser que c'est aussi un nouvel ordre économique, puisque moi j'entends
03:28l'ouvertarisme, ça rime pas mal avec le libéralisme, le capitalisme, le communisme.
03:35Alors, ça se situerait où politiquement, l'ouvertarisme ?
03:38Ni à droite, ni à gauche. Parce qu'il existe évidemment, on pourrait dire, du logiciel
03:42open source de gauche qui est un commun et qui appartient à tous, sans aucune restriction.
03:50Et puis, il y a du logiciel open source dit de droite. Et c'est Nicolas Rose, un capital
03:57risqueur qui aime bien utiliser cette image pour bien montrer qu'en réalité, du côté
04:01du capital risque, on veut générer du chiffre d'affaires et donc on est plutôt sur
04:05l'open source de droite. Mais mon point n'est pas tant de rester sur le sujet de l'open,
04:10c'est plutôt de dire qu'en réalité, si l'on considère que le numérique est devenu
04:15une infrastructure stratégique, alors il faut le traiter au niveau infrastructurel,
04:19au niveau d'une nation et au niveau peut-être d'une supranation comme l'Europe.
04:24Et vous dites que c'est une contre-intuition aussi, de parler d'ouverture pour rattraper
04:28son retard, pour être une puissance économique. Pourquoi ?
04:31Parce qu'en réalité, encore une fois, ça vient du biais qui provient de l'open source
04:37ou en tout cas de la difficulté de saisir le sujet de l'open source. Très souvent, le
04:42mythe, le premier, c'est que l'open source est gratuit, donc il n'y a pas de business
04:45model. Le deuxième, c'est qu'il y a plein de failles de sécurité. C'est faux, il y
04:49en a autant dans le libre, voire moins, que dans le logiciel propriétaire. Sauf qu'elles
04:53sont exposées, mais elles sont rapidement corrigées. Il y a tout un tas de mythes qui
04:57sont véhiculées parce qu'il y a cette tension entre le propriétaire qui veut protéger
05:02son précaré et le libre qui est une manière de distribuer la technologie au plus grand
05:06nombre, avec une espèce de transparence. Donc pourquoi c'est contre-intuitif ? Parce que
05:11ces mythes viennent contrecarrer le modèle traditionnel, peut-être rassurant, du logiciel
05:19commercial. Mais si on déconstruit, en réalité, et si on étudie...
05:24Mais il y a une industrie du libre, on en parle régulièrement dans l'industrie du libre
05:27ici.
05:27Et ce n'est pas tant l'industrie du libre qui compte, c'est les bénéfices que l'on peut
05:32obtenir au niveau de la société tout entière d'une ouverture à travers ses piliers.
05:37Les big tech utilisent l'open pour contrer les big tech. C'est très intéressant parce
05:44que ça devient un instrument tactique. Les nations, notamment celles qui ont saisi l'opportunité,
05:50comme la Chine, utilisent l'open depuis sa stratégie industrielle de 2022 pour contrer
05:55les Etats-Unis. Et les Etats-Unis, qui se retrouvaient en perte de vitesse sur le sujet
06:00des modèles large-linguagement dans les LLM, ont, le 5 août 2025, exprimé le fait
06:09qu'ils allaient soutenir les modèles libres.
06:13Les modèles ouverts.
06:14Les modèles ouverts. Ce ne sont pas des open source, c'est des open weights.
06:17Mais donc, l'Etat fédéral soutient les modèles ouverts. Pourquoi ? Parce que ça permet
06:21aux tissus industriels d'avoir accès sans friction, donc à des coûts plus bas peut-être,
06:26et avec une technologie qui se distribue et évolue, pour rentrer dans une course
06:32qu'ils étaient en train de perdre vis-à-vis des Chinois.
06:34Mais ça, ça montre, et vous l'expliquez très bien, les bénéfices qu'on tirerait
06:39de cet ouvertarisme. Mais comment est-ce que ça fait une spécificité européenne
06:43si finalement, on adopte la même stratégie que les Américains qui supportent énormément
06:47justement tout l'open source et dont le noyau des technologies est l'open source ?
06:53Nous ne sommes pas sur un dogmatisme et l'ouvertarisme n'est pas une proposition
06:57qui serait exclusive du reste. C'est pour ça qu'elle n'est ni de droite ni de gauche.
07:02Elle n'est pas exclusive des technologies, par exemple américaines, que l'on admire
07:07quand même énormément et qu'on utilise de toute manière. Ce n'est pas le sujet.
07:11Le sujet, c'est comment pouvons-nous utiliser un instrument comme l'ouvertarisme
07:15pour rattraper notre retard. Les Chinois le font parce qu'ils ont un enjeu numéro un
07:20qui est un enjeu sur leur marché intérieur, c'est-à-dire d'assurer que les industries
07:26bénéficient des avantages du numérique de manière massive et accélérée.
07:31Donc l'ouvertarisme est un instrument de rattrapage. Ça ne veut pas dire que c'est
07:35le modèle ultime, mais c'est un instrument de rattrapage. Les Chinois le font.
07:38Ça permet d'aller plus vite.
07:39Ça permet d'aller plus vite. Et les Européens auraient intérêt...
07:41Mais est-ce qu'on peut en faire une force, une fois qu'on a rattrapé ? Oui.
07:44Je pense, précisément parce que nous sommes Européens. Nous ne sommes pas Chinois.
07:48Nous ne sommes pas Américains. Les Américains, si on caricature, sont essentiellement transactionnels.
07:53Les Chinois sont sur un modèle qui est plutôt top-down, qui oriente finalement l'économie
07:58par rapport à une feuille de route qui est pilotée par en haut.
08:01L'Europe est hybride, en quelque sorte. Mais ce qui m'intéresse finalement dans cette notion
08:06d'ouvertarisme, c'est qu'elle permet de faire appel à l'esprit des Lumières, parce
08:13qu'il fut un temps où les dogmes étaient pilotés par en haut. Et c'est la science qui
08:20a permis de débloquer les chakras, en quelque sorte, de cette société émancipée. Par conséquent,
08:28la science a cassé les dogmes et a cassé la mainmise sur un monopole de la pensée. Aujourd'hui,
08:35ces grandes entreprises de la tech, qui sont très puissantes, trop puissantes d'ailleurs,
08:38ce qui n'est pas une bonne chose pour elles-mêmes, parce qu'à un moment donné, elles risquent
08:41d'être cassées en deux pour faute de monopole. Et bien, ces entreprises-là, en fait,
08:46sont devenues dogmatiques en imposant leur pensée infrastructurelle. L'open permet
08:53de casser cette pensée, de se dire « je peux ouvrir le capot, je peux modulariser,
08:57je reprends la maîtrise, je reprends le contrôle sur cette infrastructure ». Et donc,
09:04c'est le pendant des Lumières, c'est-à-dire plus de science, plus d'open à tous les niveaux,
09:08le protocole, l'infrastructure, le logiciel, les modèles d'IA qui sont de plus en plus puissants,
09:15mais aussi opaques.
09:16Et c'est ce que vous dites, en fait, ce n'est pas juste un instrument économique,
09:20c'est aussi un instrument de transparence pour la société, de retrouver de la confiance,
09:24finalement, dans notre numérique.
09:26Donc, ce serait aussi philosophique, quelque part ?
09:28On n'a pas le temps de tout détailler, mais je ne peux que vous conseiller la lecture
09:33de « Ouvertarisme, le numérique des Lumières ». Vous expliquez que c'est quand même complexe
09:38à mettre en œuvre, mais vous précisez quels sont les leviers, selon vous, qui permettent
09:42d'y arriver. Merci beaucoup.
09:43Merci d'avoir regardé.
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