00:00Focus ce matin sur le Japon. Est-ce que la première ministre japonaise Sanae Takahishi ne serait pas plus proche d'un profil à la listreuse qu'un profil à la Margaret Thatcher ?
00:08La question se pose car les taux de long terme ont atteint un niveau record.
00:12On en parle avec ici Kathleen Smarcher. Bonjour, directeur délégué d'Eighted Visori.
00:16Il y a quand même un truc, avant qu'on parle de la stratégie de Sanae Takahishi, le Japon quand même découvre l'inflation.
00:23C'est un truc que personne n'avait connu pour les moins de 55 ans. Il se passe quand même quelque chose d'inédit dans ce pays.
00:27C'est vrai et c'est vrai et le Yen est faible. Et donc qui dit Yen faible dit importation chère.
00:32Qui dit importation chère dit inflation. Et dans un pays où on sait à quel point la démographie compte, c'est le pays le plus vieux du monde,
00:4230% de la population a aujourd'hui plus de 65 ans. Pour faire une comparaison, en France on est à 21%.
00:49Tout ça, ça pèse structurellement sur un pays qui était beaucoup plus habitué à la déflation qu'à l'inflation.
00:55Il y a eu beaucoup de plans de relance depuis 40 ans, on va le dire, depuis 35 ans, depuis la fin des années 80.
01:01Quand on voyait à l'époque le Japon devenir la première puissance du monde, on en est loin aujourd'hui, c'est la quatrième puissance mondiale.
01:06Quand même, ça reste une économie importante. Mais c'est un pays qui effectivement découvre l'inflation, l'inflation importée.
01:12Et ça comptait beaucoup. Dans l'arrivée au pouvoir de Sanae Taikishi, on sait que l'inflation ça a coûté, les premiers ministres précédents ont simplement été limogés et ont dû partir parce que l'inflation était extrêmement impopulaire.
01:26Alors c'est marrant parce qu'aujourd'hui il y a le budget britannique aussi qui est présenté.
01:30Et on fait très attention aux taux obligataires. C'est devenu vraiment ce qui valide votre plan budgétaire ou pas ?
01:36Alors au Japon, le taux d'intérêt, les taux d'intérêt remontent depuis quelques années, depuis 2024 notamment, ça s'est vraiment accéléré.
01:45On reste sur des taux très bas. Le Japon c'est un peu une anomalie quand on compare les marchés financiers.
01:50Le taux à 10 ans, si on prend le 10 ans qui est un peu la référence internationale, le Japon on est autour de 1,80 aujourd'hui.
01:56On était à 0,6 il y a presque deux ans. Ça avait commencé à monter en 24, on était à 1,20, 1,25 au début de l'année.
02:02Là on est donc à 1,80, c'est le plus haut depuis les subprimes au Japon.
02:06Ça ne reste pas.
02:07En France on est à 3,4, aux Etats-Unis on est à 4% sur le même 10 ans.
02:11Donc ça reste un pays quand même assez atypique.
02:14Mais il y a une vraie remontée et cette remontée, on le sait, elle est liée à plusieurs facteurs.
02:18Les facteurs structurels, la dette, c'est le pays qui a la dette publique la plus importante au monde.
02:23On est à presque 240% du PIB.
02:25Là encore, c'est des niveaux qu'on ne peut pas comparer à d'autres pays.
02:28Dans le même temps, c'est aussi une dette qui est très largement possédée par l'épargnant japonais.
02:33Donc il y a une forme de sécurité.
02:34La notation à des niveaux de dette comme ça, on doit avoir une notation qui explose.
02:37Un rating, les Standard & Poor's, les Moody's, les Fitch, on doit avoir des ratings qui explosent.
02:41On est à peu près au niveau de la France, alors que la dette publique est bien plus importante.
02:45Et puis évidemment, ils sont venus greffer deux facteurs importants.
02:48D'abord, les tensions chez le Japon.
02:50Les tensions diplomatiques sont très fortes.
02:52On en a parlé la semaine dernière ensemble.
02:54Et puis l'économie qui est au ralenti avec une inflation, comme on l'a dit, qui est assez élevée.
02:57Annalisa ?
02:58La réalité, c'est que l'économie japonaise traverse une phase de fragilité plus globale.
03:03C'est vrai, c'est un pays qui souffre, qui souffre notamment de ses exportations.
03:07Évidemment, le contexte international et les tarifs douaniers ne sont pas favorables au pays.
03:11La production industrielle stagne, la consommation stagne, l'investissement privé stagne.
03:16La croissance cette année 2025, on sera autour de 0,6-0,7%, peut-être 1%, mais pas beaucoup plus.
03:22Donc une économie effectivement qui souffre.
03:24Et donc, quand on rajoute en plus à ça le vieillissement de la population,
03:27le Japon c'est 124 millions d'habitants.
03:30Le pays perd entre 500 et 600 000 habitants par an désormais.
03:34Donc la population se réduit vite.
03:35Quand on rajoute à ça un environnement international qui est assez compliqué,
03:40et puis ce fameux plan qui a été annoncé, le plan Takashi, on appelle ça maintenant le Sanae Nomix.
03:45J'aime pas les milliards rajouter.
03:46Comme les Abenomix.
03:47En plus, Aben était Shinzo Abe, l'ancien premier ministre, et son mentor.
03:51On parle maintenant du Sanae Nomix.
03:52Alors là, on n'est pas du tout dans la réduction de la dépense publique.
03:55Bien au contraire, et c'est ça qui provoque cette remontée additionnelle,
03:58incrémentale depuis quelques jours.
04:00C'est que c'est un plan qui est très ambitieux en matière de dépense publique.
04:03Mais il y a aussi des réductions de coûts budgétaires prévues,
04:06avec une sorte de doge, exactement comme Elon Musk,
04:09pour couper les coûts, aller regarder,
04:11il y a 30 fonctionnaires qui doivent évaluer les programmes qui ont un faible impact économique.
04:15Alors ça, c'est un message qui est envoyé aux investisseurs,
04:17en disant, voilà, moi je vais quand même avoir de la poigne,
04:19je vais réduire la dépense publique sur certains sujets,
04:21notamment l'inefficience.
04:23Mais il y a surtout, dans ce qui est retenu, c'est un plan qui est assez colossal,
04:26on est à 135 milliards de dollars,
04:29on est plus même que ce qui avait été anticipé.
04:33C'est un plan qui est, d'abord et avant tout, composé de dépenses publiques.
04:37Des dépenses, alors il y a des chèques, chèques consommation,
04:41directs, chèques consommation, vous avez un enfant, bim, un chèque tout de suite.
04:45Des subventions pour l'électricité, des réductions d'impôts pour les ménages,
04:48et puis des investissements publics qui visent à soutenir des secteurs extrêmement importants,
04:54la défense, on sait que c'est un pays qui veut à nouveau dépenser beaucoup plus en défense,
04:58dans l'énergie, réouverture, imaginons ce qu'on est en train de vivre,
05:02réouverture de la plus grande centrale nucléaire du monde,
05:06voilà, et ça, ça veut dire aussi quelque chose,
05:08ça veut dire que le Japon aujourd'hui cherche les voies de sa souveraineté,
05:11de son indépendance, dans un contexte géopolitique très tendu,
05:15ça passe aussi par l'investissement dans les semi-conducteurs,
05:18on parle beaucoup de Taïwan, on oublie,
05:19le Japon est aussi un pays très fort en semi-conducteurs,
05:21dans l'intelligence artificielle,
05:22donc il y a des dépenses publiques très importantes,
05:25et c'est ça qui sans doute a pu inquiéter une partie,
05:28et inquiète une partie des analystes aujourd'hui.
05:30Justement Alexis, on a vu un début de mandat de Sanayi Takayashi,
05:33très musclé, avec des prises de position très fortes sur l'économie,
05:36sur Taïwan notamment,
05:38est-ce que c'est juste un ton,
05:39elle se compare elle-même à Margaret Thatcher,
05:41est-ce que c'est une posture, un ton communicatif,
05:43ou elle peut vraiment arriver à relancer le Japon avec cette méthode ?
05:46Alors, il y a les points communs,
05:47on l'a comparé elle-même,
05:49elle se disant, moi je suis la dame de fer japonaise,
05:51donc il y a les points communs,
05:52un style assez radical,
05:54une volonté, un volontarisme politique et économique,
05:57on sait qu'elle fait même des réunions avec son équipe à 3h du matin,
06:00voilà, donc il faut dire,
06:01c'est vraiment, on est sur un style assez,
06:03elle a un conservatisme aussi,
06:05elle assume complètement son conservatisme,
06:08comme Margaret Thatcher,
06:09le contexte quand même n'est pas le même,
06:11et on le voit dans ce plan,
06:12oui, il y a quelques annonces un peu spectaculaires
06:15sur la volonté de réduire les dépenses,
06:17la réalité c'est que c'est un vrai plan de relance,
06:19que je vais qualifier de keynésien,
06:22on n'est pas sur les privatisations massives,
06:24on n'est pas sur une libéralisation drastique de l'économie,
06:27comme ce fut le cas à l'époque de l'Angleterre,
06:29de la fin des années 70,
06:30et du début des années 80,
06:31c'est autre chose,
06:32le Japon vit un moment important,
06:33est-ce que ça peut marcher ?
06:34Tout va dépendre de la reprise de l'investissement privé,
06:37et la confiance du consommateur japonais,
06:40pour l'instant,
06:42les taux de popularité sont très forts,
06:44elle a dit qu'elle était prête évidemment à être impopulaire,
06:46tiens, comparaison avec Margaret Thatcher,
06:48mais pour l'instant,
06:49son taux de popularité est très élevé,
06:51donc à voir si cette confiance revient dans un pays
06:53qui doute beaucoup de son avenir.
06:55Et sur Taïwan, les tensions sont fortes,
06:57parce que les Chinois ont redit hier
06:59que de toute façon Taïwan faisait partie de la Chine,
07:00que c'était le projet depuis le début,
07:02et ce matin,
07:03l'armée taïwanaise annonce qu'elle vise
07:04un très haut niveau de préparation face à la Chine d'ici 2027.
07:07Et avec l'appui du Japon,
07:10la dernière île dans ce chapelet d'île
07:13que le Japon,
07:14tout au sud,
07:15tout au sud-ouest,
07:16est à 110 km de Taïwan.
07:18Le Japon est plus proche par cette petite île,
07:21est plus proche de Taïwan,
07:22que la côte chinoise mainland.
07:24Donc oui,
07:25effectivement,
07:25un contexte géopolitique hyper tendu.
07:27Merci beaucoup Alexis d'être venu ce matin
07:29dans la matinale de l'économie.
07:30Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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