00:00Un sommet européen prévu à Bruxelles aujourd'hui et demain avec un dîner consacré à la géoéconomie, sommet crucial.
00:07Ça n'a pas été facile d'être sur la même longueur d'onde entre Allemands et Français.
00:11On n'est plus d'accord sur le Mercosur, sur la Chine, sur la BCE, sur la stratégie d'échange.
00:15Notre invité c'est Paul Maurice, bonjour.
00:17Vous êtes secrétaire général du comité d'études des relations franco-allemandes à l'IFRI.
00:21On n'est plus d'accord sur rien ?
00:23Est-ce que vous avez l'impression qu'on s'effrite ce couple franco-allemand ?
00:26Alors on s'effrite régulièrement et on n'a jamais été d'accord sur rien.
00:30C'est ça le principe de la relation entre la France et l'Allemagne et c'est pour ça qu'on se parle tout le temps.
00:34Parce que structurellement, le modèle économique, le modèle industriel, le modèle même démocratique,
00:40les structures démocratiques sont complètement différents.
00:42Et puis il y a des moments, il y a des phases de tension, de friction en fonction d'un contexte international très tendu.
00:48Et c'est le cas actuellement.
00:49On est dans le cadre d'un contexte international très tendu avec un Donald Trump qui met sous pression
00:54l'économie européenne et surtout allemande puisque les Etats-Unis étaient le premier partenaire commercial de l'Allemagne.
01:01Et donc ces frictions remontent et entre la France et l'Allemagne,
01:04on voit arriver les sujets qui jusque-là étaient discutés de manière un peu polie,
01:10qui deviennent de manière, qui reviennent de manière un peu plus...
01:13Je vous prends le Mercosur parce que c'est notre sujet ce matin puisque les agriculteurs sont en train de monter à Bruxelles.
01:19Là on a carrément Frédéric Schmerz qui dit qu'il faut arrêter de chipoter.
01:22Nous on a dit de toute façon on ira au bras de fer. C'est quoi l'issue ?
01:26L'issue c'est que la France soit minorisée au Conseil européen, c'est-à-dire que la France perde son bras de fer.
01:32Mais d'une manière politique, sur la politique intérieure, on le voit, vous avez rappelé les manifestations d'agriculteurs,
01:37c'est le principal point de fixation français.
01:40C'est une manière de dire on a été jusqu'au bout, on a poussé jusqu'au bout, on a tenu notre position jusqu'au bout,
01:45quitte à se mettre à dos tous les partenaires européens.
01:48Mais ce n'est pas nouveau, la situation était déjà dans ce cadre-là il y a deux ou trois ans.
01:52C'est-à-dire qu'à la fin c'est l'Allemagne qui gagne, dans tous les dossiers à peu près ?
01:56Ça dépend, ça dépend comment on le considère. Est-ce qu'à la fin la France va perdre avec le Mercosur ?
02:01C'est une vraie question, c'est une vraie question économique et des économistes...
02:04Elle est contre mais elle va y gagner, finalement, c'est ça que vous voulez dire.
02:06Les agriculteurs pourraient y perdre, mais certaines entreprises pourraient y gagner
02:10et d'ailleurs certains responsables de fédérations sont pour.
02:14Donc il faut aussi voir les choses de manière plus générale.
02:18Mais politiquement, et c'est ça qui pose problème, c'est aussi un problème pour le gouvernement.
02:22On a déjà vu il y a deux ans des manifestations d'agriculteurs, on a vu leur ampleur,
02:25on les voit aujourd'hui monter et c'est également un risque en termes de politique intérieure avec les municipales qui arrivent.
02:30Il y a un autre sujet qui fait débat, c'est la stratégie adoptée face à la Chine.
02:34On sait que la France et l'Allemagne ont deux stratégies opposées.
02:37L'Allemagne investit beaucoup en Chine à tel point que les entreprises allemandes sont très dépendantes,
02:41surtout sur l'auto et sur la chimie.
02:42La France, elle veut réduire la dépendance à la Chine.
02:44Est-ce qu'on peut avoir deux stratégies si différentes ?
02:47Ou alors il faut une voie européenne unie, il faut y aller ensemble ?
02:50C'est en lien avec le Mercosur, parce que la stratégie allemande actuelle, le dérisking avec la Chine,
02:56que vous avez évoqué, une très très grande dépendance avec l'idée qu'on a eue très longtemps que le marché chinois était insatiable,
03:01fait qu'on cherche d'autres stratégies de sortie et donc le Mercosur en est une.
03:05La France et l'Allemagne ne sont pas finalement sur le principe si divergentes en ce moment sur la Chine.
03:11On voit vraiment depuis quelques mois monter en Allemagne cette idée qu'il faut vraiment réduire la dépendance vis-à-vis de la Chine.
03:18On a vu la pression sur les terres rares qu'a posée la Chine et on a vu les syndicats allemands notamment dire qu'il fallait remettre des droits de douane.
03:26On a vu des fédérations de fabricants de moyens entrepreneurs du sud de l'Allemagne dire qu'il faut des droits de douane pour protéger le marché allemand.
03:34Donc on voit monter tout ça.
03:35On voit que le bras de fer va commencer à arriver mais l'Allemagne n'en a pas encore les moyens vis-à-vis de la Chine.
03:40Et effectivement lorsque le président de la République va en Chine, il est très très ferme sur notre position vis-à-vis de la Chine et il y va sans les Allemands.
03:47Les Allemands y vont seuls.
03:49On a vu le vice-chancelier, Mises et Finances, y aller d'abord.
03:52Puis le ministre des Affaires étrangères qui avait raté sa première visite parce qu'on ne lui avait pas accordé les entretiens de haut niveau qu'il souhaitait avoir.
04:00Donc on voit que l'Allemagne est encore un peu dans une hésitation vis-à-vis de la Chine mais que tout ceci avance tranquillement.
04:06Quand Emmanuel Macron est rentré de son voyage en Chine, il s'en est pris notamment dans les échos à la Banque Centrale Européenne.
04:11Il a dit que parfois elle était quasiment contre la zone euro avec sa politique d'étau qui selon lui est trop ferme.
04:17Il veut même qu'on agisse sur l'échange.
04:20Ça c'est pas du tout allemand comme position.
04:22On voit Isabelle Schnabel qui dit ces derniers jours qu'il faudrait plutôt monter les taux dans les prochains mois.
04:28Là aussi on ne s'entend pas mais là on est irréconciliable et ça pose quand même problème.
04:33On est irréconciliable mais il faut comprendre pourquoi.
04:35Les Allemands ont quand même fait un mouvement très très important au mois de mars sur la question de l'endettement.
04:40L'Allemagne a proposé une réforme partielle du frein à l'endettement qui était la doxa allemande sur la question de l'endettement public.
04:49Ça a créé des troubles politiques notamment au sein de la famille politique de Friedrich Merz, plutôt conservatrice et très libérale.
04:55Et cela a conduit aussi à une remise en cause de toute possibilité d'emprunt à l'échelle européenne.
05:01Alors que Friedrich Merz s'était montré plutôt ouvert dans la campagne, il avait dit s'il n'y a pas de solution nationale.
05:07Il a trouvé une solution nationale, il n'y aura pas d'emprunt à l'échelle européenne.
05:10C'est d'ailleurs pour ça qu'il essaie de faire pression sur les Belges notamment, sur la question de l'utilisation des avoirs gelés russes.
05:16Parce que c'est de l'argent qui ne serait pas de l'argent emprunté.
05:19Donc il est sous pression de son opinion publique et effectivement il revient à la position traditionnelle de l'Allemagne.
05:24Et la France reste à la position traditionnelle de la France.
05:26Mais on l'a vu au moment de la crise Covid, face à une crise très très forte, Next Generation EU, ça a permis à la France et l'Allemagne d'avancer sur ce point.
05:33Mais si c'est un Allemand qui prend la suite de Christine Lagarde, Isabelle Schnappel a dit qu'elle était prête pour le poste.
05:39On risque plus un resserrement sur le plan des taux que des vannes complètement ouvertes.
05:44De toute façon, on va plutôt dans cette direction-là.
05:46Et pas seulement parce que l'Allemagne est favorable.
05:49Il y a aussi d'autres États, les fameux frugaux dont on parle en Europe, les Autrichiens, les Nordiques, etc.
05:54Et qui ne sont pas du tout conservateurs, qui sont plutôt sociodémocrates pour certains dans leur conception économique.
05:58Mais qui sont sur une ligne beaucoup plus allemande.
06:00Annalisa ?
06:01Finalement, sur quoi on est d'accord, Paul Maurice ?
06:02Parce qu'on voit que sur l'armement non plus, on n'est pas d'accord.
06:04Les Allemands avancent seuls, ils n'attendent plus désormais la France.
06:07On a vu Berlin autoriser un projet de char qui désavoue quelque part le char franco-allemand qu'on attend.
06:13Sur quoi on est d'accord ? Sur quoi on peut avancer ensemble ?
06:15Il y a beaucoup de projets qui ont été posés sur la table à Toulon, à la fin du mois d'août,
06:19lors du Conseil des ministres franco-allemands.
06:22Notamment sur la question de compétitivité européenne.
06:24Sur la question de ce qu'on appelait l'union des marchés de capitaux.
06:27L'union de l'épargne et de l'investissement.
06:29Où là, il y a vraiment un travail commun qui est fait.
06:31Il y a un travail diplomatique très fort qui est fait sur l'Ukraine actuellement.
06:34On a vu la réunion organisée par Friedrich Schmerz à Berlin ces derniers jours.
06:38Donc on a une vraie volonté d'avancer ensemble sur les questions de politique étrangère.
06:42Dans la position vis-à-vis des États-Unis.
06:44Même s'il y a des divergences, on a quand même une concertation franco-allemande forte.
06:47Donc sur les grands dossiers internationaux.
06:49Friedrich Schmerz endosse ce costume de chancelier de la politique étrangère.
06:54Comme il aime bien s'appeler.
06:55Et là-dessus, avec Emmanuel Macron, ils sont plutôt alignés.
06:58Même si sur le détail, il y a des divergences.
07:00Sur la question de la souveraineté de l'Europe, d'une manière générale.
07:03On voit que l'Allemagne se rapproche des positions françaises.
07:05Merci beaucoup Paul-Maurice d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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