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  • il y a 7 semaines
Ce jeudi 18 décembre, Paul Maurice, secrétaire général du Comité d'études des relations franco-allemandes à l'Ifri, était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Il s'est penché sur la relation entre la France et l'Allemagne, la manifestation des agriculteurs contre le Mercosur, et la stratégie adoptée face à la Chine. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Un sommet européen prévu à Bruxelles aujourd'hui et demain avec un dîner consacré à la géoéconomie, sommet crucial.
00:07Ça n'a pas été facile d'être sur la même longueur d'onde entre Allemands et Français.
00:11On n'est plus d'accord sur le Mercosur, sur la Chine, sur la BCE, sur la stratégie d'échange.
00:15Notre invité c'est Paul Maurice, bonjour.
00:17Vous êtes secrétaire général du comité d'études des relations franco-allemandes à l'IFRI.
00:21On n'est plus d'accord sur rien ?
00:23Est-ce que vous avez l'impression qu'on s'effrite ce couple franco-allemand ?
00:26Alors on s'effrite régulièrement et on n'a jamais été d'accord sur rien.
00:30C'est ça le principe de la relation entre la France et l'Allemagne et c'est pour ça qu'on se parle tout le temps.
00:34Parce que structurellement, le modèle économique, le modèle industriel, le modèle même démocratique,
00:40les structures démocratiques sont complètement différents.
00:42Et puis il y a des moments, il y a des phases de tension, de friction en fonction d'un contexte international très tendu.
00:48Et c'est le cas actuellement.
00:49On est dans le cadre d'un contexte international très tendu avec un Donald Trump qui met sous pression
00:54l'économie européenne et surtout allemande puisque les Etats-Unis étaient le premier partenaire commercial de l'Allemagne.
01:01Et donc ces frictions remontent et entre la France et l'Allemagne,
01:04on voit arriver les sujets qui jusque-là étaient discutés de manière un peu polie,
01:10qui deviennent de manière, qui reviennent de manière un peu plus...
01:13Je vous prends le Mercosur parce que c'est notre sujet ce matin puisque les agriculteurs sont en train de monter à Bruxelles.
01:19Là on a carrément Frédéric Schmerz qui dit qu'il faut arrêter de chipoter.
01:22Nous on a dit de toute façon on ira au bras de fer. C'est quoi l'issue ?
01:26L'issue c'est que la France soit minorisée au Conseil européen, c'est-à-dire que la France perde son bras de fer.
01:32Mais d'une manière politique, sur la politique intérieure, on le voit, vous avez rappelé les manifestations d'agriculteurs,
01:37c'est le principal point de fixation français.
01:40C'est une manière de dire on a été jusqu'au bout, on a poussé jusqu'au bout, on a tenu notre position jusqu'au bout,
01:45quitte à se mettre à dos tous les partenaires européens.
01:48Mais ce n'est pas nouveau, la situation était déjà dans ce cadre-là il y a deux ou trois ans.
01:52C'est-à-dire qu'à la fin c'est l'Allemagne qui gagne, dans tous les dossiers à peu près ?
01:56Ça dépend, ça dépend comment on le considère. Est-ce qu'à la fin la France va perdre avec le Mercosur ?
02:01C'est une vraie question, c'est une vraie question économique et des économistes...
02:04Elle est contre mais elle va y gagner, finalement, c'est ça que vous voulez dire.
02:06Les agriculteurs pourraient y perdre, mais certaines entreprises pourraient y gagner
02:10et d'ailleurs certains responsables de fédérations sont pour.
02:14Donc il faut aussi voir les choses de manière plus générale.
02:18Mais politiquement, et c'est ça qui pose problème, c'est aussi un problème pour le gouvernement.
02:22On a déjà vu il y a deux ans des manifestations d'agriculteurs, on a vu leur ampleur,
02:25on les voit aujourd'hui monter et c'est également un risque en termes de politique intérieure avec les municipales qui arrivent.
02:30Il y a un autre sujet qui fait débat, c'est la stratégie adoptée face à la Chine.
02:34On sait que la France et l'Allemagne ont deux stratégies opposées.
02:37L'Allemagne investit beaucoup en Chine à tel point que les entreprises allemandes sont très dépendantes,
02:41surtout sur l'auto et sur la chimie.
02:42La France, elle veut réduire la dépendance à la Chine.
02:44Est-ce qu'on peut avoir deux stratégies si différentes ?
02:47Ou alors il faut une voie européenne unie, il faut y aller ensemble ?
02:50C'est en lien avec le Mercosur, parce que la stratégie allemande actuelle, le dérisking avec la Chine,
02:56que vous avez évoqué, une très très grande dépendance avec l'idée qu'on a eue très longtemps que le marché chinois était insatiable,
03:01fait qu'on cherche d'autres stratégies de sortie et donc le Mercosur en est une.
03:05La France et l'Allemagne ne sont pas finalement sur le principe si divergentes en ce moment sur la Chine.
03:11On voit vraiment depuis quelques mois monter en Allemagne cette idée qu'il faut vraiment réduire la dépendance vis-à-vis de la Chine.
03:18On a vu la pression sur les terres rares qu'a posée la Chine et on a vu les syndicats allemands notamment dire qu'il fallait remettre des droits de douane.
03:26On a vu des fédérations de fabricants de moyens entrepreneurs du sud de l'Allemagne dire qu'il faut des droits de douane pour protéger le marché allemand.
03:34Donc on voit monter tout ça.
03:35On voit que le bras de fer va commencer à arriver mais l'Allemagne n'en a pas encore les moyens vis-à-vis de la Chine.
03:40Et effectivement lorsque le président de la République va en Chine, il est très très ferme sur notre position vis-à-vis de la Chine et il y va sans les Allemands.
03:47Les Allemands y vont seuls.
03:49On a vu le vice-chancelier, Mises et Finances, y aller d'abord.
03:52Puis le ministre des Affaires étrangères qui avait raté sa première visite parce qu'on ne lui avait pas accordé les entretiens de haut niveau qu'il souhaitait avoir.
04:00Donc on voit que l'Allemagne est encore un peu dans une hésitation vis-à-vis de la Chine mais que tout ceci avance tranquillement.
04:06Quand Emmanuel Macron est rentré de son voyage en Chine, il s'en est pris notamment dans les échos à la Banque Centrale Européenne.
04:11Il a dit que parfois elle était quasiment contre la zone euro avec sa politique d'étau qui selon lui est trop ferme.
04:17Il veut même qu'on agisse sur l'échange.
04:20Ça c'est pas du tout allemand comme position.
04:22On voit Isabelle Schnabel qui dit ces derniers jours qu'il faudrait plutôt monter les taux dans les prochains mois.
04:28Là aussi on ne s'entend pas mais là on est irréconciliable et ça pose quand même problème.
04:33On est irréconciliable mais il faut comprendre pourquoi.
04:35Les Allemands ont quand même fait un mouvement très très important au mois de mars sur la question de l'endettement.
04:40L'Allemagne a proposé une réforme partielle du frein à l'endettement qui était la doxa allemande sur la question de l'endettement public.
04:49Ça a créé des troubles politiques notamment au sein de la famille politique de Friedrich Merz, plutôt conservatrice et très libérale.
04:55Et cela a conduit aussi à une remise en cause de toute possibilité d'emprunt à l'échelle européenne.
05:01Alors que Friedrich Merz s'était montré plutôt ouvert dans la campagne, il avait dit s'il n'y a pas de solution nationale.
05:07Il a trouvé une solution nationale, il n'y aura pas d'emprunt à l'échelle européenne.
05:10C'est d'ailleurs pour ça qu'il essaie de faire pression sur les Belges notamment, sur la question de l'utilisation des avoirs gelés russes.
05:16Parce que c'est de l'argent qui ne serait pas de l'argent emprunté.
05:19Donc il est sous pression de son opinion publique et effectivement il revient à la position traditionnelle de l'Allemagne.
05:24Et la France reste à la position traditionnelle de la France.
05:26Mais on l'a vu au moment de la crise Covid, face à une crise très très forte, Next Generation EU, ça a permis à la France et l'Allemagne d'avancer sur ce point.
05:33Mais si c'est un Allemand qui prend la suite de Christine Lagarde, Isabelle Schnappel a dit qu'elle était prête pour le poste.
05:39On risque plus un resserrement sur le plan des taux que des vannes complètement ouvertes.
05:44De toute façon, on va plutôt dans cette direction-là.
05:46Et pas seulement parce que l'Allemagne est favorable.
05:49Il y a aussi d'autres États, les fameux frugaux dont on parle en Europe, les Autrichiens, les Nordiques, etc.
05:54Et qui ne sont pas du tout conservateurs, qui sont plutôt sociodémocrates pour certains dans leur conception économique.
05:58Mais qui sont sur une ligne beaucoup plus allemande.
06:00Annalisa ?
06:01Finalement, sur quoi on est d'accord, Paul Maurice ?
06:02Parce qu'on voit que sur l'armement non plus, on n'est pas d'accord.
06:04Les Allemands avancent seuls, ils n'attendent plus désormais la France.
06:07On a vu Berlin autoriser un projet de char qui désavoue quelque part le char franco-allemand qu'on attend.
06:13Sur quoi on est d'accord ? Sur quoi on peut avancer ensemble ?
06:15Il y a beaucoup de projets qui ont été posés sur la table à Toulon, à la fin du mois d'août,
06:19lors du Conseil des ministres franco-allemands.
06:22Notamment sur la question de compétitivité européenne.
06:24Sur la question de ce qu'on appelait l'union des marchés de capitaux.
06:27L'union de l'épargne et de l'investissement.
06:29Où là, il y a vraiment un travail commun qui est fait.
06:31Il y a un travail diplomatique très fort qui est fait sur l'Ukraine actuellement.
06:34On a vu la réunion organisée par Friedrich Schmerz à Berlin ces derniers jours.
06:38Donc on a une vraie volonté d'avancer ensemble sur les questions de politique étrangère.
06:42Dans la position vis-à-vis des États-Unis.
06:44Même s'il y a des divergences, on a quand même une concertation franco-allemande forte.
06:47Donc sur les grands dossiers internationaux.
06:49Friedrich Schmerz endosse ce costume de chancelier de la politique étrangère.
06:54Comme il aime bien s'appeler.
06:55Et là-dessus, avec Emmanuel Macron, ils sont plutôt alignés.
06:58Même si sur le détail, il y a des divergences.
07:00Sur la question de la souveraineté de l'Europe, d'une manière générale.
07:03On voit que l'Allemagne se rapproche des positions françaises.
07:05Merci beaucoup Paul-Maurice d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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