00:00Annalisa Capellini, le Japon est aussi en prise à l'instabilité politique.
00:03Le Parlement va voter aujourd'hui pour confirmer Sanae Takashi au poste de Premier ministre.
00:09Mais ça va être compliqué quand même.
00:11Absolument, parce que ce nouveau gouvernement n'aura même pas tout à fait la majorité au Parlement.
00:15Ils vont lui manquer deux voix, donc il va falloir aller négocier à chaque fois, vote par vote, amendement par amendement.
00:22Évidemment, c'est une situation très fragile. Pourquoi ?
00:25Parce que la coalition qui gère le pays depuis plus de 25 ans a volé en éclats.
00:29Elle était composée de deux parties.
00:31Le PLD, donc les conservateurs de Sanae Takashi, c'est le parti majoritaire au Japon depuis l'après-guerre,
00:37avait toujours eu cet allié, le parti minoritaire, le Komeito, un parti centriste.
00:41Eh bien, le Komeito a décidé de claquer la porte après l'élection de Sanae Takashi,
00:46qui est considéré trop à droite, trop belliciste.
00:49Ça a créé évidemment un immense chaos politique au Japon pendant deux semaines.
00:53Je ne sais pas si ça vous parle avec la situation française.
00:55Jusqu'à ce que Sanae Takashi finisse par trouver un accord de dernière minute.
00:59avec un autre parti minoritaire.
01:02C'est le parti de l'innovation japonaise, qui est encore un peu plus à droite,
01:05qui partage sa position belliciste sur la Chine, sa position anti-immigration notamment.
01:10Donc c'est une coalition qui tient pour l'instant, mais pour gouverner, ça va être très très compliqué.
01:15Elle va pouvoir appliquer son programme, mais ça va être dur.
01:18Absolument, il va falloir négocier à chaque fois, notamment sur la politique économique.
01:22Vous vous rappelez, elle veut appliquer les Abenomics, elle veut faire revivre le programme de Shinzo Abe,
01:28donc beaucoup de dépenses publiques, une politique monétaire très souple.
01:31Ça avait déjà été très difficile à l'époque pour faire passer son programme pour Shinzo Abe,
01:35qui lui pourtant avait la majorité au Parlement.
01:38Vous imaginez à quel point ça va être difficile pour Sanae Takashi,
01:41qui elle n'a qu'un tout petit trou de souris au Parlement.
01:44Alors cette faiblesse de Takashi, elle rend évidemment son gouvernement très vulnérable.
01:48Absolument, les partis d'opposition tout d'abord, qui n'ont pas gouverné depuis 70 ans,
01:53commencent à se demander si ce n'est pas le moment de se préparer à aller au pouvoir,
01:57mais même avant, ils se préparent déjà à la bataille au Parlement.
02:01Ils vont aller vendre à la Première Ministre les deux sièges dont elle a besoin à chaque fois,
02:05évidemment en échange de concessions sur des points qui les intéressent.
02:08Et sans aller jusqu'à l'opposition, je vous disais, elle a un nouvel allié,
02:11et bien le parti de l'innovation japonais a déjà commencé à imposer son agenda à la future Première Ministre.
02:18Au-delà des points particuliers, ce qui est important, c'est qu'il y a un rapport de force qui s'installe
02:23et il n'est pas favorable à Sanae Takashi.
02:25Du coup, le gouvernement, ça pourrait être comme en France, il pourrait retomber une fois nommé ?
02:30Évidemment, c'est un gouvernement en sursis.
02:32Nous, on commence à être plutôt familier avec ce concept en France.
02:36Au-delà de la fragilité de ce gouvernement en particulier,
02:39on a vraiment l'impression que le PLD, le Parti conservateur, arrive à bout de souffle.
02:44Peut-être qu'après 70 ans au pouvoir, il est arrivé en fin de course, il est arrivé à la fin d'un modèle.
02:50C'est Gérald Curtis, qui est un enseignant américain, expert de la vie politique japonaise,
02:54qui résume tout ce chaos politique.
02:56Il dit que la question n'est pas de savoir si le Parti conservateur va s'effondrer, mais quand.
03:01Merci beaucoup Annalisa Cappellini.
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