00:00On va refaire ce matin le bilan de l'année 2025 sur nos relations avec la Chine.
00:04Alexis Karknis-Marchais, bonjour, directeur général délégué d'Aitadvisory.
00:08On a évidemment parlé énormément de la Chine cette année.
00:12Est-ce qu'à la fin, le 21 décembre, on se dit c'est un ennemi ou c'est un ami ?
00:16Je crois qu'on peut dire, dans cette fin d'année 2025,
00:19que les ennemis, nos ennemis, ne sont pas nos amis.
00:22Autrement dit, les États-Unis se détournent actuellement de l'Europe,
00:26nous critiquent, il ne faut pas faire de la Chine pour autant,
00:30un ami proche.
00:31La réalité, c'est que la Chine, en 2025, a encore accéléré sa pénétration commerciale en Europe
00:36avec des atouts de compétitivité très importants.
00:39On parle beaucoup des savoir-faire industriels et technologiques.
00:42De plus en plus, la Chine est hyper compétitive en matière de technologie
00:46et elle était déjà en matière industrielle.
00:48Elle a aussi des surcapacités industrielles
00:50et on le sait dans les secteurs comme notamment les voitures électriques.
00:53Vous avez tellement de producteurs en Chine,
00:55une centaine de producteurs de voitures électriques
00:57qui n'ont qu'une envie, c'est d'exporter vers où ?
00:59Vers les marchés qui sont ouverts, en l'occurrence, aujourd'hui, le marché européen,
01:03même si l'Europe commence à faire attention.
01:05Et puis, il y a une compétitivité coût.
01:06Alors, pas tant le coût du travail,
01:08parce que le coût du travail a beaucoup monté en Chine au cours de la dernière décennie,
01:11mais on a un yuan qui est dévalué, très clairement.
01:14La monnaie chinoise est aujourd'hui très, très compétitive.
01:17Et puis, il y a des subventions.
01:19On sait que le gouvernement chinois aide ses exportateurs.
01:21L'Europe, on peut quand même dire, prend conscience, a pris conscience en 2025.
01:26Si on fait le bilan, on ne finit pas l'année comme on l'a commencé.
01:30Il y a eu cette grande rencontre au mois de juillet
01:32sur la Vendée Laine et puis le président Xi.
01:37De quoi ils ont parlé ?
01:39Ils ont parlé d'une relation plus équilibrée, plus stable.
01:42Et la stratégie européenne, c'est une stratégie de dérisquer.
01:44Oui, c'est ça.
01:45On doit moins dépendre de la Chine.
01:47C'est notre premier partenaire commercial extra-européen.
01:50Plus de 20% de nos importations viennent de Chine.
01:53C'est beaucoup.
01:54Se dérisquer sur le plan commercial, se dérisquer sur les terres rares,
01:58ça nous fait beaucoup de filières à reconstruire.
02:00Est-ce que c'est possible ?
02:02Alors, ça va prendre du temps.
02:04Et on le voit dans la visite d'Emmanuel Macron,
02:06qui a eu lieu début décembre en Chine.
02:08L'objectif, au-delà des discours diplomatiques,
02:10la France essaye de se positionner comme le porte-parole de l'Europe en Chine.
02:16La réalité, c'est que la France, aujourd'hui, a un pouvoir qui est relativement limité.
02:20Justement, au-delà des discours très diplomatiques sur l'Ukraine,
02:24sur le multilatéralisme,
02:26il y a eu aussi des avancées, des accords sur un certain nombre de secteurs.
02:31La France poussant, elle pousse notamment pour réduire son déficit commercial,
02:35parce que la France est très déficitaire aujourd'hui vis-à-vis de la Chine,
02:39stimuler certaines importations vers la Chine.
02:41Donc, typiquement, pouvoir sur l'agroalimentaire,
02:44sur l'aéronautique, sur le luxe.
02:47Il y a de plus en plus de champions chinois.
02:48Or, la France reste un pays sur quelques secteurs qui est crédible.
02:51Eh bien, elle doit pousser.
02:53Oui, réduire sa dépendance,
02:54c'est trouver d'autres sources d'approvisionnement,
02:57mais c'est aussi nous-mêmes pouvoir exporter,
02:59continuer d'avoir accès au marché chinois,
03:00et c'est beaucoup plus compliqué.
03:02On a vu Alexis Emmanuel Macron,
03:03quand il est rentré de sa visite en Chine,
03:06être assez pugnace dans les échos,
03:09dire qu'il faut mettre en place des droits de douane
03:10si jamais les Chinois ne se rendent pas compte
03:12qu'on est un marché de consommateurs.
03:13On ne peut pas dire que les Allemands soient allés complètement dans ce sens-là.
03:16C'est-à-dire qu'il est assez seul, quand même, dans ce discours-là.
03:19C'est un peu la tentation actuelle,
03:21c'est la tentation pour chaque pays européen
03:23d'aller négocier un partenariat spécial avec la Chine.
03:27Bon, ce bilatéralisme, aujourd'hui, il est très dangereux.
03:31Il faut vraiment l'avoir en tête, c'est un très gros écueil.
03:33Parce que le PIB chinois, aujourd'hui, c'est six fois le PIB français.
03:38En 2000, on était à peu près au même niveau.
03:40Aujourd'hui, la Chine est six fois plus puissante que la France.
03:43Donc la France a un certain nombre de pouvoirs,
03:46même si, encore une fois, ils sont limités.
03:47Mais il ne faut pas exagérer cette tentation bilatérale.
03:50À un moment, l'Europe, puissance, c'est une réalité
03:53dans les négociations commerciales,
03:54si on arrive justement à faire valoir cette puissance,
03:57ce qui n'est pas complètement le cas aujourd'hui.
03:59Il y a eu des avancées, il faut faire attention,
04:00par exemple, on a des contrôles beaucoup plus stricts
04:03sur les investissements stratégiques chinois en Europe.
04:05On a aussi des contrôles qui sont exercés
04:07sur un certain nombre de filières,
04:08notamment le contrôle des subventions,
04:10parce qu'on sait, encore une fois,
04:11que les Chinois subventionnent un certain nombre
04:13de filières industrielles pour déverser
04:15les produits vers l'Europe.
04:17L'Europe peut dire quelque chose.
04:18La France toute seule, c'est plus dur.
04:20Mais quand vous voyez, Alex,
04:21à quel point nos économies sont différentes,
04:22c'est ça qui est difficile.
04:24Et c'est pareil avec Trump,
04:25aller négocier sur les voitures.
04:27Enfin, nous, on cherche des accords
04:28sur le port avec les Chinois.
04:30Bien sûr.
04:30Et chaque pays a, encore une fois,
04:33ses cartes à jouer.
04:34Mais en termes de puissance dans la négociation,
04:37ne nous leurrons pas.
04:37On n'y arrivera pas.
04:38On n'y arrivera plus.
04:39Et c'est, aujourd'hui, on voit bien,
04:41il y a une espèce de bilatéralisme
04:43entre les États-Unis et la Chine
04:44qui se met en place.
04:45Et l'Europe est considérée
04:46comme beaucoup moins importante.
04:48Alors très bien, on va parler de pandan.
04:49On parle de la conservation de pandan.
04:51C'est un des grands sujets la semaine dernière.
04:52Ça, c'est la diplomatie soft power de la Chine
04:54qui essaye de montrer une diplomatie plus humanisée.
04:57Mais nous ne l'aurons pas.
04:58On n'y arrivera pas tout seul.
04:59Il faut absolument, en 2026 et après,
05:02que l'Europe commence à jouer beaucoup plus en meute.
05:04Ça n'a pas été le cas.
05:05Chaque pays joue en ses propres...
05:06Et quand Emmanuel Macron dit
05:07qu'il nous faut des transferts de technologie,
05:09qu'il faut que vous veniez produire chez nous,
05:12c'est le seul moyen qu'on vous ouvre le marché.
05:13Est-ce qu'il a raison dans cette stratégie-là ?
05:15Il a raison.
05:17Et tous les pays européens doivent jouer cela.
05:20Encore une fois, ensemble.
05:22Au fond, on applique, on appliquerait
05:24ce que la Chine a fait elle-même.
05:26À une époque où elle avait besoin
05:27d'avoir des transferts technologiques,
05:29besoin d'avoir des savoir-faire,
05:32la Chine protégeait ses marchés,
05:34plus qu'elles ne sont aujourd'hui.
05:36Elle était très, très, très ouverte
05:39sur un certain nombre d'importations dans l'énergie.
05:42Elle avait besoin de ses savoir-faire technologiques européens.
05:45Et bien aujourd'hui, c'est inversé.
05:46Aujourd'hui, on continue trop souvent à voir la Chine
05:49comme l'atelier du monde qui ferait de la copie.
05:51Tout ça, c'est fini.
05:52Aujourd'hui, la Chine est un pays
05:53qui est très tourné vers la technologie.
05:55On a besoin de ça.
05:55Donc oui, il faut imposer des joint ventures,
05:57comme la Chine l'a fait.
05:59Il faut imposer des transferts de technologie.
06:00Et puis, par la diplomatie,
06:02il faut faire comprendre encore et encore à la Chine
06:03que les Chinois ont besoin des consommateurs européens.
06:08L'économie chinoise domestique,
06:09c'est une économie qui est en stagnation aujourd'hui.
06:12La Chine a besoin d'exporter.
06:13Elle a besoin d'exporter chez nous.
06:15Et pour ça, il faut des consommateurs.
06:17Seulement, le consommateur européen,
06:18lui est très content d'avoir des produits plutôt à bas coût
06:21ou en tout cas de qualité technologique de plus en plus forte.
06:23Mais dans le même temps,
06:24ce sont aussi des emplois parfois qui partent.
06:26Il ne faut pas non plus dans le protectionnisme.
06:27Et pour moi, c'est peut-être le point le plus important.
06:30En France, on a trop tendance à accuser les autres,
06:35l'Europe, la Chine, les États-Unis.
06:36Alors qu'on n'arrive pas à se constituer nous-mêmes
06:38en marché commun.
06:39Alors que l'Europe elle-même n'est pas encore un marché commun.
06:42Et que nous avons, notamment en France,
06:43cette capacité à trouver des boucs émissaires.
06:45La réalité, c'est que si aujourd'hui,
06:46la France a perdu en compétitivité,
06:48y compris dans les exportations vers la Chine,
06:50ce n'est que...
06:51Enfin, c'est principalement parce que nous avons tout fait,
06:54tout fait pour fragiliser en 25 ans
06:56nos industries et nos savoir-faire.
06:59Parce que nous avons, on le sait,
07:01des charges trop élevées.
07:02Parce qu'on le sait, nous avons des impôts trop élevés.
07:04Parce qu'on le sait, on a une bureaucratie française
07:06qui vient se superposer à la bureaucratie européenne.
07:10Voilà, grand projet pour le 2026.
07:11C'est pas que de la faute des Chinois.
07:11Voilà, c'est facile d'avoir le péril jaune.
07:14Méfions-nous de ça.
07:15Les Chinois ont leurs intérêts.
07:16La Chine défend ses intérêts.
07:17On la comprend à nous défendre nos propres intérêts.
07:18Merci beaucoup Alexis et Kathleen.
07:20Vous êtes venue ce matin dans la matinale de l'économie.
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