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  • il y a 6 mois
Le 10 novembre s’est ouverte la COP 30. Elle peut être l’occasion de trouver un compromis qui satisfasse les pays émergents, déçus du soutien prévu à leur égard l’année dernière. Dans ce grand entretien, Paul Watkinson, ancien négociateur des COP, nous présente les enjeux à surmonter pour réussir ce défi.

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Transcription
00:00– Prêt pour l'impact, c'est la question que je pose chaque jour
00:07à une personnalité qui compte dans notre économie.
00:10Je reçois aujourd'hui Paul Watkinson, bonjour.
00:12– Bonjour.
00:12– Facilitateur, négociateur multilatéral des COP,
00:15évidemment on va parler de la COP30,
00:18la 30e conférence des partis sur les changements climatiques
00:21qui vient de s'ouvrir au Brésil.
00:23Les chefs d'État sont arrivés hier,
00:25au moment où on enregistre cette interview.
00:28Mais alors d'abord j'ai vraiment une curiosité sur votre métier
00:31négociateur multilatéral des COP.
00:33Je comprends bien ce que ça veut dire, mais en quoi ça consiste ?
00:36– Alors d'une certaine façon, je change de métier,
00:39parce que je ne suis plus négociateur,
00:41je ne suis plus en charge de ces questions cette année.
00:44Mais pendant de longues années, je pilotais la délégation française,
00:47j'étais le ministère de la Transition écologique,
00:50donc préparé la position en interne, en interministériel,
00:53avec notamment nos collègues de l'Union européenne,
00:55parce que c'est vraiment un travail où l'Europe parle d'une seule voix.
01:00C'était ça, parce que c'était très important il y a quelques jours,
01:02que l'Europe se mette d'accord sur sa contribution en amende de la COP.
01:06Mais j'ai également joué un rôle dans l'équipe de la COP21,
01:10et j'ai par la suite présidé une des commissions, si vous voulez, de la COP,
01:14ce qui s'appelle un organe subsidiaire de conseils scientifiques et technologiques.
01:18C'est là où on fait une grande partie des travaux de préparation des textes et des décisions de la COP.
01:24Ça se joue beaucoup avant, pas seulement, mais ça se joue beaucoup avant.
01:28Il y a deux semaines de réunions qui ont lieu en juin, plutôt à Bonn,
01:32c'est le siège du secrétaire de la Convention climat,
01:35et donc on passe du temps à préparer tout ça.
01:37Et ce n'est pas simplement ces semaines où les partis se retrouvent,
01:41les 15 jours à Bonn, les 15 jours de la COP,
01:44où la pression monte pour vraiment arriver aux décisions.
01:47Oui, parce qu'il y a la présure médiatique aussi.
01:49Exactement, et la pression politique.
01:51Bien sûr.
01:52Avec les chefs d'État qui arrivent, qui envoient le message d'attente de décision, etc.
01:57Mais c'est piloter ça, c'est aider les partis à se retrouver sur des pistes de compromis.
02:07Et c'est compliqué dans ce processus unitaire, parce qu'on ne peut pas voter.
02:10On est presque 200 pays autour de la table de la Convention climat,
02:16et avec des intérêts très divergents, évidemment.
02:19Les petits États insulaires qui veulent le maximum d'ambition,
02:24des pays comme l'Arabie saoudite,
02:25qui défendent quand même le maintien de la production pétrolière.
02:29Donc, entre eux et les pays développés, les pays en développement,
02:32les différentes tensions géopolitiques jouent à plein.
02:34Et donc, faciliter les solutions, c'est surtout un travail d'écoute.
02:40C'est quelque chose que Laurent Fabius a fait surtout très très bien lors de la COP de Paris.
02:46Créer la confiance des partis, chercher les compromis, et guider les pays.
02:51Ne pas négocier avec chacun, parce que si on cherche à négocier avec chacun, on est perdu.
02:55Mais faire en sorte que les gens arrivent à un compromis,
02:59c'est ça qui est particulièrement difficile dans ce processus.
03:02Et évidemment, on va raconter comment ça s'est passé il y a dix ans pour ces accords de Paris.
03:07Aujourd'hui, vous êtes dans cet univers, vous y continuez d'y participer différemment ?
03:12C'est quoi votre...
03:12Je deviens effectivement conseiller, consulteur indépendant,
03:16pour travailler avec les acteurs sur ces questions.
03:20Donc, je continue à écrire pas mal sur ces questions, participer aux différents événements.
03:26Notamment sur comment on peut changer ce processus pour faire moins de négociations.
03:31J'ai passé une vingtaine d'années à faire de la négociation.
03:34Mais on a négocié...
03:35Pourquoi il faut qu'il y en ait moins, en fait ?
03:36Parce qu'on a créé effectivement le cadre dont on a besoin.
03:39Avec la COP de Paris, la communauté mondiale s'est dotée d'une boîte à outils.
03:43D'accord.
03:45De l'accord lui-même et de toute une série de décisions, d'applications.
03:50Maintenant, il faut vraiment passer à la mise en œuvre.
03:53Bien sûr, on va réviser, on va revenir là-dessus.
03:56À ce moment-là, on revient sur la négociation.
03:59Mais de plus en plus, on est...
04:00Comment faciliter la mise en œuvre ?
04:02Comment travailler ensemble ?
04:04Et ça, dans une optique de plus en plus concertée.
04:08Et cette concertation, c'est d'avoir une vision de comment bien travailler pour avoir des résultats.
04:15C'est ça qui compte.
04:15Dans cette interview, il y a plusieurs chapitres.
04:18Forcément, on va se poser la question de cette COP30 et de ce qu'on peut en espérer.
04:21Mais alors, je voudrais quand même qu'on revienne, parce que c'est les dix ans de l'accord de Paris.
04:26Donc, vous étiez l'un des plus proches conseillers de Laurent Fabius.
04:29Dans quel état d'esprit vous êtes, peut-être 15 jours avant que ça commence ?
04:35Est-ce que c'est déjà gagné parce qu'il y a eu des négociations ?
04:37Ou alors, est-ce qu'au contraire, il y a un énorme travail qui vous attend encore ?
04:40Rien n'est gagné avant le dernier jour, avant le marteau qui tombe.
04:46C'est vrai que la présidence française, en 2021, avait fait un travail très en amont.
04:52On a parlé des quelques semaines de négociations au milieu de l'année, mais c'était toute une série de rencontres bilatérales, des ambassadeurs qui voyageaient, des ministres même qui voyageaient, de rencontres pour préparer ce moment.
05:06Donc, tout ça, ça a déjà eu lieu.
05:09Donc, la préparation avait été faite, mais quand même, arrivé au bout, c'était nécessaire de piloter les 15 jours de la conférence, travailler avec les parties sur l'élaboration d'un texte de base qui était toujours truffé d'options,
05:25et surtout ensuite, affiner les choix de la fin de la conférence, réduire le nombre d'options pour y parvenir.
05:34Et ça, c'était vraiment pas gagné d'avance. On aurait pu échouer, mais il y avait une vraie volonté de réussir.
05:42Les chefs d'État, les chefs de gouvernement qui sont venus le premier jour de la COP,
05:45nécessairement, on n'était pas convaincus de l'intérêt d'avoir un sommet lors de la COP, mais s'envoyaient un message très clair,
05:52que tout le monde attendait à ce que les ministres et les négociateurs produisent un résultat.
05:58Partir de Paris sans résultat n'aurait pas été acceptable.
06:01Tout le monde avait cette pression. Et donc, c'était trouver ce compromis qui était non seulement un compromis, mais un bon compromis.
06:08Quelque chose qui était un texte à hauteur du défi.
06:10Quel bilan vous en faites, dix ans après ?
06:12Bon, évidemment, ce qu'on a fait, comme je l'ai dit tout à l'heure, c'est faire une boîte à outils.
06:17La Côte de Paris n'a pas résolu le changement climatique.
06:20Et malheureusement, ça continue à grimper.
06:23Les émissions ont augmenté l'année dernière encore plus que les années précédentes, ce qui est inquiétant.
06:28Et on a dépassé pour la première fois les 1,5 degrés en 2024.
06:34Et donc, on n'est pas pour l'instant sur la bonne voie.
06:37Les partis sont en train de mettre sur la table un nouveau plan d'action, ce qu'on appelle les contributions déterminées au niveau national, les CDN.
06:46Tout le monde ne l'a pas fait pour l'instant.
06:47Et évidemment, les États-Unis sont partis, ce qui est problématique.
06:50Lorsqu'on est totaliste, on n'est toujours pas sur la bonne voie.
06:56Le programme des Nations Unies, de l'environnement vient de faire l'analyse il y a quelques jours.
07:00On est sur une voie qui nous mène à 2,3, 2,5 degrés de réchauffement d'ici la fin du siècle.
07:06Et chaque 0,1 a son importance.
07:07Chaque fraction de degré compte.
07:09Donc, on a besoin de renforcer l'effort.
07:13Cela étant, on est mieux placé qu'avant Paris où c'était 4 degrés.
07:17Et on voit également d'autres changements.
07:19La baisse des coûts des technologies, notamment des énergies renouvelables, photovoltaïques, les batteries, les véhicules électriques.
07:26La technologie se met en place.
07:28L'investissement également va dans le bon sens.
07:30Au moment de Paris, l'investissement dans les énergies fossiles était déjà beaucoup plus élevé que l'investissement dans les énergies renouvelables.
07:38Maintenant, ça s'est renversé.
07:40C'est deux fois plus d'investissement selon l'Agence internationale de l'énergie.
07:442 000 milliards qui vont vers les énergies renouvelables.
07:49C'est un bon signe.
07:50Encore une fois, ce n'est pas assez.
07:51La question, c'est comment maintenant renforcer ça, passer à l'acte et corriger le tiers.
07:57On va évidemment se concentrer sur cette COP30.
08:01Vous dites à propos de cette COP30 au Brésil, c'est une occasion de réaffirmer l'engagement en faveur de l'action multilatérale pour le climat.
08:07Malgré les vents contraires significatifs.
08:09Évidemment, je vais vous parler de ces vents contraires qui viennent quoi ?
08:12D'abord des États-Unis ?
08:13Pas seulement, mais d'abord des États-Unis ?
08:15Pas seulement.
08:15Clairement, la défection des États-Unis est une mauvaise nouvelle.
08:19Ce n'est pas la première fois.
08:20Ils ont quitté Kyoto.
08:22Ils ont quitté la Côte de Paris une première fois.
08:24Là, c'est la troisième fois, effectivement.
08:25Donc, il faut avancer sans les Américains, ce qui est difficile.
08:28Mais la question, c'est l'Europe, la Chine, l'Inde, le Brésil, qui est très bien placé vraiment au centre de l'ensemble des groupes du monde.
08:41Il faut réaffirmer le soutien au multilatéralisme et à l'action sur le climat.
08:47C'est vraiment le rôle de La Réunion il y a quelques jours, des chefs d'État, des chefs de gouvernement pour réaffirmer ça.
08:54Il faut des résultats lors de cette conférence.
08:56Et des résultats qui ne sont pas que, encore quelques mots dans un texte,
09:00c'est vraiment passer à comment la collaboration concrète peut nous aider à avancer.
09:05Il y a un exemple intéressant, c'est sur la question du financement des pays en développement.
09:11On peut même parler d'un mur ou d'un Everest de financement auquel on est confronté.
09:19Même si vous n'êtes plus au cœur des négociations, je pense que vous connaissez bien l'état d'esprit des uns et des autres.
09:25Est-ce qu'on peut espérer un accord là-dessus ?
09:27Ou est-ce que le fait que, justement, il n'y ait pas les États-Unis et d'autres pays,
09:31l'Argentine n'a pas envoyé de représentants non plus dans la foulée de la décision de la nature ?
09:36Est-ce que vous êtes plutôt optimiste là-dessus ou pas ?
09:39Je pense qu'il ne faut pas passer du temps à être optimiste ou pessimiste, il faut être déterminé.
09:43Il faut vraiment agir et pousser la question.
09:46Et donc, vous dites quoi ? Il y en a qui sont déterminés à agir sur le financement ?
09:49Je pense que c'est ce que Chacha a fait à la présidence brésilienne.
09:53Ils ont mis sur la table deux choses.
09:55Ils ont mobilisé des ministres des Finances en amont de la conférence.
09:59Un cercle des ministres des Finances.
10:00Ça, c'est quelque chose d'important parce que, traditionnellement,
10:02la COP, ce sont des ministres de l'Environnement, des ministres du Climat.
10:05Si on veut vraiment mobiliser l'argent, si on veut transformer le système financier international,
10:10il faut des ministres des Finances également.
10:12Et ils ont préparé une feuille de route conjointement avec la dernière présidence de l'Azébagien,
10:18de la COP 29 l'année dernière, qui commence à esquisser une série d'actions.
10:24Ils ont même décliné ce qu'on devait faire en 2026, 2027 pour avancer.
10:27Alors, ça n'a pas besoin d'être accepté par tout le monde, mais il faut avancer dans l'action.
10:34Et de plus en plus, ce dont on a besoin, c'est le leadership de la présidence de la COP,
10:39la capacité de mobilisation et de convocation, surtout de ces différents acteurs dans différents domaines.
10:45Utiliser un peu le soft power de la COP, qui ne peut pas prendre la décision sur les finances,
10:49mais qui peut impulser d'autres acteurs, les banques multilatérales de développement, les banques locales,
10:55et ensuite créer les conditions pour l'investissement privé d'être transformé.
11:01Vous parliez de multilatéralisme, c'est un des rares espaces où il existe encore à peu près, le multilatéralisme.
11:07Le multilatéralisme est ce dont on dispose.
11:11On est dans un monde fragmenté.
11:14On a toujours été dans un monde fragmenté.
11:16La souveraineté nationale reste très importante pour la plupart des États, pour tous les États.
11:21On n'a pas de dictateur mondial qui est capable de dire quoi faire.
11:24Heureusement, peut-être, parce que...
11:27Donc, on a besoin de trouver des moyens de se mettre d'accord.
11:30Oui, mais encore faut-il que tout le monde vienne autour de la table.
11:32Quand les États-Unis ne sont pas là, et que...
11:34Alors, ce n'est pas le premier Donald Trump, l'isolationnisme américain n'a pas attendu Donald Trump.
11:39Mais quand même, quand les États-Unis ne sont pas autour de la table et ont un discours clairement anti-multilatéralisme, ça complique la donne.
11:48Ça complique la donne, mais ça renforce la responsabilité des autres, notamment l'Europe, mais également la Chine.
11:56Nous avons besoin, nous sommes dans un monde qui est multipolaire.
12:00On le dit souvent, on n'est plus dans le monde uniquement unipolaire du Nord, dominé par les États-Unis.
12:06C'est ça la complexité de l'équation.
12:09C'est un monde qui est en train de changer.
12:12Et ce changement, ce glissement n'est pas du tout arrivé au bout.
12:16Donc, ça fait partie de la complexité de traitement du climat,
12:20où les pays du Nord ont le sentiment de perdre un peu le leadership qu'ils avaient de l'économie mondiale depuis deux siècles.
12:27C'est une bonne chose, mais c'est quand même douloureux.
12:30Avec effectivement la Chine qui est en train de prendre un virage environnemental qui est quand même très intéressant.
12:39Quand on regarde les investissements dans les énergies renouvelables, je crois que la Chine investit plus à elle seule que tous les autres pays de la planète en énergie renouvelable.
12:48Alors, ça reste un pays très polluant, mais qui est en train de passer son pic de pollution, c'est ça, on peut dire ça ?
12:56On espère que la Chine arrive maintenant à un pic des émissions.
12:59Elle garde une ambiguïté sur l'année précise, etc.
13:03Les annonces de la Chine ne sont pas extraordinaires.
13:07Elles pourraient faire plus.
13:08On est tous un peu de cet avis-là.
13:10En revanche, la Chine crée les bases industrielles pour diriger la transformation, dominer les industries propres de production de panneaux solaires, de voitures électriques maintenant.
13:22C'est vraiment la Chine qui assume le leadership dans ce domaine.
13:25La question, c'est à quel moment la Chine commence vraiment à basculer entre l'infrastructure fossile qu'elle a mise en place, qui est énorme, la consommation de charbon, la consommation de pétrole, qui commence à baisser, mais pour l'instant ne fait pas.
13:43Le charbon, ils sont toujours en train de construire.
13:45Est-ce qu'ils utilisent ces centrales ?
13:48Et à côté, ils construisent l'industrie de demain et l'infrastructure énergétique de demain.
13:52Le moment où la Chine décide définitivement le point de bascule, c'est un moment très important.
14:01Jusqu'ici, elle garde l'ambiguïté.
14:03Elle garde un peu la possibilité.
14:05Et c'est là, d'autres, on doit travailler avec elle en disant, c'est votre responsabilité.
14:09Face à la défection des Américains, c'est important.
14:13Oui, mais on voit bien qu'elle en fait aussi un outil de géopolitique et de pression géopolitique.
14:19C'est plus complexe avec les terres rares et ce que la Chine a annoncé il y a quelques jours.
14:25Mais ça impacte notamment tout ce qui est énergie renouvelable.
14:29Pas seulement, puisque les terres rares, on les retrouve finalement au bout de la chaîne,
14:33dans énormément de nos activités, de la défense à l'automobile, en passant par les éoliennes, les robots médicaux, etc.
14:39Je ne vais pas faire toute la liste, mais soit on voit la bouteille à moitié pleine, soit à moitié vide.
14:45Soit on se dit, la Chine a un levier d'action qui met en péril notre souveraineté.
14:52Ou alors on se dit, ça peut l'inciter à aller encore plus loin dans la transition environnementale.
14:57Je pense que notre relation avec la Chine va être très complexe dans les destinées à venir.
15:01C'est à la fois un partenaire essentiel et un concurrent.
15:04Et un concurrent qui joue du dur, qui est en train de gagner des parts de marché au niveau international
15:12et s'intéresse à l'avenir de son industrie, de sa compétitivité.
15:18Donc l'Europe, les autres pays ont également à s'intéresser à ce que nous faisons nous-mêmes.
15:24Mais néanmoins, il faut trouver les endroits où la coopération joue.
15:29Et dans le domaine de la défense du multilatéralisme, les synergies d'intérêts sont très fortes.
15:35Et c'est là où on doit travailler ensemble et trouver comment collaborer sur certains points.
15:40Par exemple, avec les pays du Sud, la Chine attire énormément d'investissements.
15:46Mais pour l'instant, encore une fois, je reviens sur les chiffres de l'Agence internationale de l'énergie.
15:50Il y a beaucoup d'investissements dans les énergies renouvelables, mais 85% va au pays du Nord et la Chine.
15:55Ça laisse 15% pour le reste du monde. Ça, ce n'est pas acceptable. Ça doit changer.
16:01Et c'est cet élargissement au Sud qui est vraiment essentiel pour la question de justice,
16:09la question d'équité dans la lutte contre l'échange climatique.
16:13On va parler un peu du secteur des transports et du rôle du secteur des transports.
16:18Parce que l'un des principes de cet entretien, c'est que celui ou celle qui était à votre place la semaine dernière pose une question.
16:24Et donc, c'est en l'occurrence, Manuela Roca, qui est la directrice générale adjointe de TELT.
16:29C'est le tunnel Lyon-TGV Lyon-Turin.
16:32Et alors, évidemment, elle vous a posé une question sur les transports. On l'écoute.
16:36Bonjour, Paul. J'ai une question pour vous.
16:40Quelle est la contribution que vous attendez du domaine des transports,
16:43et notamment du réseau nouveau européen, pour arriver aux objectifs de la COP ?
16:51Alors, évidemment, elle va plaider pour le développement du rail, et c'est normal.
16:55Mais quand on essaye de parler d'efficacité, vous disiez, il faut être volontaire,
17:00et il faut maintenant passer à l'acte et à l'efficacité.
17:03Le développement du rail, notamment en Europe, c'est un enjeu majeur ?
17:07Tout à fait.
17:08Il est évident qu'on doit totalement décarboner nos déplacements,
17:14que ce soit les voitures individuelles et les transports en commun.
17:18Et on sait bien que le rail est une excellente solution pour les transports sur 3, 4 heures, 6 heures même.
17:27Et en Europe, c'est le gros de nos déplacements.
17:30On peut continuer à améliorer le transport, les trains à grande vitesse,
17:37les trains d'une nuit également, en tout potentiel pour les voyages un peu plus longs.
17:42Malheureusement, on ne voit pas tout à fait dans le bon sens en ce moment.
17:45Il y a des hauts et des bas, et on entend que ça s'arrête encore une fois.
17:49Mais c'est une solution décarbonée par excellence.
17:54Dans un monde où on décarbone notre production d'électricité,
17:58les trains, c'est ça dont on a besoin pour une grande partie de nos déplacements,
18:02entre villes, en Europe, c'est vraiment ce qu'il faut renforcer encore.
18:07Oui, mais alors au niveau mondial, le secteur aérien,
18:11là, prévoit une croissance des déplacements.
18:15Et c'est vrai que c'est compliqué pour nous qui avons profité de l'avion
18:19pour découvrir le monde et d'autres cultures pendant des décennies,
18:22de se dire qu'on ne va pas interdire aux pays émergents
18:24qui, au fur et à mesure qu'ils gagnent en croissance,
18:28voient leur classe moyenne vouloir prendre l'avion.
18:30C'est un défi compliqué quand même, un débat compliqué.
18:33La question était plus particulièrement par rapport à l'Europe,
18:36et là, c'est très adapté.
18:38C'est sûr, il y a beaucoup de pays où la construction de tout un réseau,
18:42de toute l'infrastructure de trains est compliquée
18:46à cause des distances, à cause de trains et autres choses.
18:52Donc l'avion, c'est taillé vraiment une part très importante.
18:57La question, c'est qu'est-ce qu'on fait pour décarboner l'aviation ?
19:00C'est un des défis les plus difficiles.
19:02Il y a un intérêt dans les carburants décarbonés d'une certaine façon,
19:07mais compensés.
19:08Tout le monde en veut, il n'y en aura pas assez,
19:11il coûte beaucoup plus cher, c'est compliqué quand même.
19:12Et de temps en temps, on entend parler de l'avion électrique,
19:15mais le problème d'un avion électrique, les batteries, c'est lourd.
19:19Oui, on ne peut pas transporter 500 personnes dans un avion électrique.
19:22Et ce n'est pas du tout la même chose que des cartes pour passer à la voiture électrique,
19:26où on augmente maintenant l'autonomie pour arriver à quelque chose
19:29qui est tout à fait acceptable.
19:31Donc le défi pour les transports, c'est un des défis
19:34qui va être le plus difficile à relever.
19:36Mais on ne devait pas s'arrêter là.
19:38On devait décarboner tout le reste,
19:39décarboner déjà l'ensemble du système électrique,
19:42décarboner les transports de quotidien,
19:44que ce soit les transports en commun,
19:46que ce soit la voiture individuelle,
19:48ou des solutions intermédiaires,
19:49partager les transports, etc.
19:55L'avion, je ne dis pas qu'on laisse ça à la fin,
19:57il faut avancer là-dessus,
19:59mais se pose la question de nos choix,
20:01de nos comportements également.
20:02Et là, c'est un choix politique très difficile.
20:05Est-ce qu'on commence à dire qu'on fait un peu moins ?
20:08Oui.
20:08Alors, puisqu'on vous a invité pour parler des COP,
20:12on est évidemment au cœur de l'action des États
20:15et de ce pouvoir réel qu'ont les États.
20:19Je voudrais quand même qu'on parle un peu du rôle des entreprises.
20:22Voilà, on s'adresse à des chefs d'entreprise,
20:25à des cadres d'entreprise,
20:26à des salariés d'entreprise dans nos émissions.
20:29Quel rôle vous voyez les entreprises jouer
20:32dans cette transition
20:35et dans la capacité à atteindre,
20:38peut-être un peu tardivement,
20:40ce qu'on s'était donné comme objectif aux accords de Paris ?
20:42Je disais tout à l'heure,
20:44avec l'accord de Paris,
20:45on s'est doté d'une boîte à outils.
20:48On a la boîte à outils.
20:48Une boîte à outils pour les États.
20:50On met en place des plans d'action,
20:52on fait du reporting, un suivi, etc.
20:55Mais la mise en œuvre,
20:57c'est toute une série d'acteurs
20:59qu'il faut être mobilisés.
21:00Il faut que ça se décline
21:01au niveau territorial avec les collectivités
21:05et au niveau des acteurs économiques.
21:07Le rôle des entreprises est vraiment critique
21:09dans la transition.
21:11On sait ça sur le plan national,
21:12mais au niveau international,
21:13c'est encore plus vrai.
21:15L'investissement se fait en grande partie
21:18par les entreprises.
21:20L'innovation se fait également avec les entreprises.
21:23Un travail parfois conjoint
21:25entre les États et les entreprises.
21:27Il faut que les États leur donnent
21:28un cadre facilitateur
21:30pour investir dans la décarbonation.
21:32Ce dont on a besoin, c'est le signal.
21:34Le signal qui vient des États.
21:36C'est pourquoi un châtain flottement
21:38ce dernier temps au niveau européen
21:40n'est pas le bon signe.
21:41Il faut garder le cap
21:43de net zéro en 2050
21:46pour l'Europe 90% en 2040.
21:50Et surtout, ça envoie un signal
21:53aux entreprises pour investir dans ce domaine.
21:55Là où on a besoin d'une vraie réflexion maintenant,
21:59c'est réconcilier le débat
22:01sur la compétitivité et sur la transition.
22:03Ça nous renvoie sur la question
22:05de comment imaginer
22:06une véritable politique industrielle,
22:09quelque chose qui manquait.
22:11C'était presque tabou
22:12depuis quelques décennies
22:13de parler de politique industrielle.
22:15Mais dans la transition devant nous,
22:17la Chine agit.
22:18l'Europe a besoin d'agir avec son industrie,
22:21avec ses entreprises.
22:23Et on a besoin de réfléchir à l'articulation
22:26entre ça, nos politiques commerciales,
22:28qui sont également bafouées
22:29par la politique de Trump et des États-Unis,
22:32et faire en sorte que ça crée
22:33les conditions favorables au changement.
22:35– Sauf que, et vous l'avez dit tout à l'heure,
22:38on est plutôt dans une période,
22:41alors on parle de backlash,
22:42de retour de bâton ou de coups de frein,
22:44quand on entend Donald Trump,
22:46alors là c'était dans le temple du multilatéralisme,
22:49à l'Assemblée Générale des Nations Unies,
22:50dire que le changement climatique
22:53est l'arnaque du siècle,
22:54il envoie un signal aussi aux entreprises,
22:57et notamment aux entreprises européennes
22:59qui font du business aux États-Unis.
23:00Donc, est-ce que ça ne va pas les inciter
23:02à se dire, bon, finalement,
23:04c'est moins notre priorité,
23:06ou on va moins en tout cas communiquer
23:08sur le fait que les investissements
23:10de décarbonation soient une priorité ?
23:11– Il y a effectivement un changement en cours,
23:14un changement entre tout le système industriel,
23:18économique mis en place au 19e, 20e siècle,
23:21et un système qui est vraiment
23:22pour le 21e siècle et pas la suite.
23:25C'est naturel qu'on trouve de la résistance.
23:27– Que ça craque, que ça grince, oui.
23:28– C'est difficile maintenant,
23:29parce qu'on s'attaque,
23:30au début de la période Kyoto, etc.,
23:35il y a 10, 20 ans même,
23:38on était dans des réductions marginales,
23:40on commençait à dire, voilà,
23:41on améliore des choses.
23:43Maintenant, il faut transformer,
23:44il faut transformer en profondeur.
23:46C'est pour ça que ça devient difficile
23:48pour les entreprises, pour les individus.
23:51Difficile ne veut pas dire impossible,
23:53mais il faut trouver comment, un,
23:56associer ou rendre audibles
23:58les voies des entreprises qui agissent
24:00et qui voient l'opportunité
24:02dans la transformation.
24:03et non seulement la voie qui est portée par Trump,
24:07qui est portée par d'autres.
24:08– Qui ont fait un combat presque culturel.
24:11– C'est un changement qu'il faut gagner.
24:14Mais il faut associer les gens.
24:15Il ne faut pas que ça soit cassé quelque chose,
24:18mais il faut que ça marche pour les gens,
24:19y compris les citoyens,
24:21qu'il ne faut pas oublier dans cette équation.
24:23Et parfois, les politiques climatiques
24:25n'ont pas suffisamment associé les citoyens en amont.
24:28Et on voit ça qui est exploité
24:30dans ce backlash et ce populisme.
24:32– Un dernier mot sur cette COP30.
24:36Est-ce que c'est une COP dont on attend
24:37une grande annonce ou pas forcément ?
24:39– Je pense que les sujets à l'autre jour
24:41ne sont pas les sujets qui donneront
24:44la grande annonce en tant que telle.
24:46C'est plutôt la façon qu'on fait vraiment
24:47le pivot vers la mise en œuvre.
24:50Ce que je voudrais bien voir,
24:51depuis dix ans, on fait toute une série
24:53d'annonces et initiatives qui sont lancées.
24:56Mais il n'y a pas eu de service après-vente.
24:58On a besoin que la présidence fasse
25:00un packaging de tout ça
25:03avec vraiment un suivi,
25:05service après-vente.
25:06Qu'est-ce qu'on fait en 2026 ?
25:08Ils ont déjà commencé à esquisser ça
25:09sur les partis financiers.
25:09– Qu'est-ce que vous attendez
25:10de la présidence brésilienne de cette COP ?
25:12– Exactement.
25:13Et ils commencent à dire,
25:14comment on avance ?
25:15Qui fait quoi ?
25:16À quel moment ?
25:18Réunir les gens l'année prochaine ?
25:21À quelques moments,
25:21pour vraiment faire le point sur l'avancement.
25:24Et c'est ça, mettre la pression.
25:25Parce que si on se contente d'avoir une photo,
25:29une belle photo du président de la COP
25:30avec quelques ministres, PDG,
25:34une vedette de cinéma,
25:35parce que ça passe bien sur les réseaux sociaux,
25:37l'initiative n'a de durée de vie
25:39que celle de la photo.
25:40Il faut vraiment maintenant passer
25:42vraiment dans cette logique de service après-vente.
25:46– Merci beaucoup, Paul Watkinson.
25:48On va se souhaiter une bonne COP30 au Brésil.
25:52À bientôt sur Bsmart for Change.
25:54On passe à notre rubrique start-up tout de suite.
25:55– Sous-titrage Société Radio-Canada –
25:56– Sous-titrage Société Radio-Canada
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