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  • il y a 4 mois
Vendredi 10 octobre 2025, retrouvez Christophe Lucien (Commissaire-priseur, Lucien Paris) et Raphaël Palti (Président Fondateur, Altavia) dans ART & MARCHÉ, une émission présentée par Sibylle Aoudjhane.

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Transcription
00:00Bonjour à toutes et à tous, je suis ravie de vous retrouver pour une nouvelle émission d'Art et Marché,
00:12l'émission qui vous ouvre les portes du marché de l'art.
00:15Et puis pour cette édition week-end, nous nous sommes rendus dans les bureaux du groupe de communication spécialisé dans le retail Altavia à Saint-Ouen.
00:22Depuis quelques semaines, ces bureaux se transforment également en lieux d'exposition, œuvres, salariés
00:29et parfois visiteurs, cohabitent dans cet espace unique.
00:32Dans la seconde partie d'émission, nous vous racontons l'histoire d'un tableau de Pablo Picasso,
00:37jamais vendu, jamais exposé, réapparu après 80 ans à l'abri des regards.
00:43Il sera mis en vente par la maison de vente aux enchères Lucien Paris dans quelques jours à l'hôtel Drouot.
00:48C'est parti, c'est Arrêt Marché.
00:49Imaginez réaliser vos visioconférences au sein d'une exposition, c'est le Paris d'Altavia,
01:00une entreprise spécialisée dans le marketing et retail qui a transformé ses bureaux en véritable espace d'art.
01:06Depuis quelques semaines, les salariés travaillent entourés d'œuvres de l'artiste de Paolo Santini.
01:11Nous sommes allés y faire un tour.
01:14Alors ici, c'est le siège historique à Saint-Ouen, qui sont des bâtiments plutôt industriels.
01:21Et c'est précisément dans cet espace qu'on a voulu initier et s'essayer à faire un centre d'art
01:27mêlé, hybridé avec ce lieu de travail.
01:31L'histoire, c'est que j'ai un ami qui s'appelait précisément Paolo Santini
01:36et auquel j'avais promis un jour de l'aider à faire une exposition de toutes ses œuvres.
01:43Elle s'est posé la question de dire, où est-ce qu'on fait l'exposition ?
01:46Et pourquoi pas ici, en transformant cette grande halle ?
01:50D'abord ici, les collaborateurs sont fervents de rencontres culturelles, d'art.
01:57Beaucoup des collaborateurs font des petites activités artistiques par ailleurs.
02:01Certains des collaborateurs nous avaient demandé depuis longtemps de pouvoir faire des expositions.
02:08Bref, il y a eu un alignement des planètes.
02:10On a eu peur que ça les gêne d'une certaine façon, dans le cadre de leur travail quotidien,
02:16les salles de réunion, les choses comme ça.
02:18En fait, ça s'intègre bien.
02:21Et sur les jours où nous sommes ouverts au public,
02:23puisque aujourd'hui nous sommes ouverts au public 4-5 jours par semaine,
02:26week-end compris, ça fonctionne bien.
02:31Le mariage se fait.
02:33Et les gens qui travaillent ici adorent voir aussi des gens du grand public
02:37se balader à l'intérieur de cet espace.
02:41Est-ce qu'il y a eu besoin de faire beaucoup d'aménagements ?
02:43Techniquement parlant, c'était compliqué ?
02:46Alors, ce n'est pas une affaire simple d'exposer et de vouloir faire une véritable exposition.
02:53D'abord, on l'a fait de façon très professionnelle.
02:55Il y a eu une trentaine de personnes qui sont intervenues pour la préparer,
03:00séparées par mini-groupes.
03:04Il y a eu un groupe curation.
03:05Il a fallu choisir des œuvres parmi les œuvres de Paolo.
03:09Il y a eu un groupe logistique.
03:11Il y a eu un groupe scénographie.
03:13Il y a eu un groupe, etc., etc., communication, etc.
03:17Et je crois que le résultat n'est pas trop mauvais.
03:21Quand on est 500, je pense, sur site,
03:23il y en a qui ont une appétence et une envie d'art.
03:27D'autres qui sont un peu plus mesurés.
03:29Certains qui rejoignent le mouvement au cours de route.
03:32Si je prends l'exemple de l'exposition,
03:34au début, c'était une idée, un concept.
03:37Et avec le temps, on a commencé à voir des choses se formaliser,
03:41notamment à partir du début de l'installation des structures,
03:43parce que l'espace a été totalement remanié.
03:45Et là, oui, on a vu un élan et on a un petit groupe de bénévoles
03:50qui peuvent aider à l'organisation.
03:54C'est un vrai plaisir, un vrai plaisir déjà d'y arriver le matin,
03:58mais en même temps de le faire visiter aussi aux partenaires, aux clients.
04:02Toute personne qui vient la première fois,
04:03il y a un effet waouh indéniable.
04:05Et là, maintenant, avec l'exposition sur Paolo Santini,
04:09oui, on est sollicité soit par les entreprises,
04:11soit par les scolaires, pour avoir des visites de groupe, par exemple.
04:14Jamais vendu, jamais exposé, un tableau de Picasso
04:21réapparaît sur le marché après 80 ans à l'abri des regards.
04:25Je suis ravie d'être en compagnie de Christophe Lucien.
04:28Merci beaucoup d'être avec nous.
04:29Merci à vous.
04:30Vous êtes commissaire priseur au sein de la maison de vente Lucien Paris
04:33et vous vous apprêtez à vendre l'œuvre
04:36« Buste de femme au chapeau à fleurs »,
04:38donc une représentation de Dora Maar, réalisée en 1943.
04:43Tout d'abord, c'est vrai que le terme 80 ans revenait souvent.
04:4880 ans, c'est beaucoup pour le marché de l'art,
04:50ne pas avoir vu une œuvre pendant 80 ans.
04:52Dans l'œuvre de Picasso, c'est énorme, absolument énorme.
04:55Et c'est ce qui fait le grand intérêt de ce tableau,
04:58c'est qu'il a été à l'abri des regards, comme vous dites,
05:02enfermé dans un coffre-fort.
05:03Et ce tableau représente Dora Maar, donc la muse de Picasso,
05:08peint à une, lors d'un moment de leur vie assez charnière,
05:13puisqu'il a été peint au mois de juillet 1943.
05:15Oui.
05:16Et juillet 1943, c'est, dans leur histoire d'amour,
05:20une date capitale, puisque deux mois auparavant,
05:22Picasso rencontrait François Gillot,
05:25ce qui signifiait pour Dora Maar qu'elle allait être délaissée.
05:28Et ce tableau représente complètement cette phase de la vie,
05:33le point de rupture, voilà.
05:35Et donc, ce tableau est resté dans l'atelier jusqu'en 1944,
05:39dans l'atelier de Picasso.
05:41Vous allez nous raconter l'histoire que vous avez,
05:43votre histoire à vous déjà.
05:44Comment est-ce que vous avez découvert ce tableau ?
05:46Alors, on l'a découvert dans les circonstances d'une succession,
05:49tout bêtement, lors d'un inventaire de succession.
05:51La famille nous avait prévenu le notaire qu'il y avait un tableau de Picasso.
05:54Donc, je suis venu avec notre expert, Madame Sevestre Barbé.
05:57Et qu'elle n'a pas été notre surprise de trouver un des plus beaux tableaux de Picasso qui soit.
06:04C'est vraiment un tableau extraordinaire,
06:07puisqu'il était connu en noir et blanc jusqu'ici.
06:10Donc, les historiens d'art connaissaient son existence
06:12par le fait que Christian Zervos l'avait reproduit
06:16dans son catalogue des œuvres de Picasso.
06:19Et que, d'autre part, Brassaï l'avait reproduit
06:21lors d'une séance de photographie qu'il avait faite
06:24dans l'atelier de Picasso, entre fin avril et début mai 1944.
06:30Donc, on le connaissait par au moins quatre photos.
06:33Trois de Brassaï.
06:34Oui, on ne savait pas où c'était.
06:34Mais on ne savait pas où il était.
06:36Voilà, donc on ne connaissait pas la famille.
06:37Voilà, on ne connaissait pas la famille.
06:39Et puis, les historiens d'art avaient beaucoup de mal à commenter ce tableau,
06:42puisqu'ils n'en connaissaient pas les couleurs.
06:43Et donc, aujourd'hui, c'est une révélation extraordinaire pour nous,
06:47pour les historiens d'art, pour le grand public,
06:50pour les grands amateurs d'art,
06:53de le retrouver dans un état de couleur absolument exceptionnel,
06:56puisqu'il est en état de sortie d'atelier.
06:59C'est-à-dire qu'il n'a jamais été verni, jamais restauré,
07:03et de surcroît jamais encadré,
07:05il ne possède qu'une baguette de protection d'atelier.
07:08Et j'imagine dans un état irréprochable.
07:10Ah ben, l'état est exceptionnel.
07:12Parce que ça a été bien conservé par la famille.
07:13Très bien conservé, oui.
07:14Et parce qu'au niveau de la traçabilité,
07:16c'est la famille qui a acquis ce tableau auprès de...
07:19Oui, c'est le grand-père des actuels descendants,
07:21enfin des actuels ayants droit de la succession.
07:24Donc on a une traçabilité intacte, parfaite.
07:25On a une traçabilité assez exceptionnelle, oui.
07:29Et donc, vous avez raconté pourquoi est-ce que ce tableau est exceptionnel ?
07:33D'abord, esthétiquement, vous commencez à nous parler
07:35de cette histoire de rupture, en tout cas de fin d'un cycle pour Picasso.
07:39Esthétiquement, qu'est-ce qu'il raconte ?
07:41Pourquoi c'est un tableau important pour sa vie ?
07:43Esthétiquement, il réunit à peu près tout l'art de Picasso,
07:47dans un seul visage.
07:48Et un visage qui est troublé, qui retient ses larmes.
07:51Et Picasso transcrit le fait de retenir les larmes
07:56d'une manière assez exceptionnelle.
08:00C'est une manière totalement inconnue du marché.
08:04C'est-à-dire qu'on trouve le résumé de son œuvre dans cette œuvre
08:08et puis toute l'émotion d'une femme
08:10qui est vraiment au bord de l'explosion.
08:15C'était un peu le cas de Dora Maar,
08:17puisque c'était une femme qui avait un caractère assez explosif
08:20et qui pleurait beaucoup, d'après ce que disaient ses contemporains,
08:23énormément.
08:25Mais là, pour le coup, elle retient ses larmes
08:27et elle est empreinte de douceur.
08:29C'est-à-dire que Picasso, jusqu'ici, l'avait portraituré d'une manière assez dure,
08:34toujours sous les traits d'un espèce d'animal de type griffon,
08:39si vous voulez, un animal imaginaire.
08:41Et là, au contraire, il la représente sous des traits très adoucis,
08:45ce qui fait que c'est très surprenant et c'est très exaltant pour nous.
08:49– Et en termes de marché, j'imagine que c'est une des périodes recherchées,
08:55un des actes de peinture, des gestes qu'on recherche énormément ?
09:00– Oui, complètement, mais surtout parce que ce tableau est unique en son genre.
09:05Il représente une rareté totale, d'abord parce qu'il est dans un état de fraîcheur incroyable,
09:10qu'il figurait sur le marché uniquement en noir et blanc aujourd'hui.
09:15et que, qu'est-ce qu'aiment le marché aujourd'hui ?
09:19Les œuvres anciennes qui sont dans un état de fraîcheur exceptionnel
09:22et surtout jamais apparues sur le marché auparavant.
09:27Et donc, beaucoup de mes confrères doivent vous le dire quand vous les rencontrez,
09:30mais c'est toujours la surprise qui fait le marché.
09:33Et c'est ce qui rend les choses extrêmement croustillantes
09:36pour les marchands notamment et surtout les collectionneurs.
09:40– Et les collectionneurs, justement, vous savez déjà
09:42qui pourraient acquérir une telle œuvre, c'est des institutions ?
09:46– Des collectionneurs du monde entier, ça parle au monde entier.
09:51C'est le nom le plus célèbre de la peinture du XXe siècle
09:54et donc ça parle au monde entier, évidemment aux grandes institutions muséales,
09:58mais ce ne sont pas les seuls, les grands marchands,
10:01les grands collectionneurs sont tous sur les rangs.
10:04– Et comment est-ce que vous estimez une œuvre comme ça ?
10:07Donc là, c'est estimé 8 millions d'euros ?
10:08– C'est très, très, très compliqué parce que c'est un tableau qui est unique,
10:12rarissime sur le marché, jamais vu et donc c'est très…
10:16On n'a aucune référence pour un tableau de ce type, ça n'existe pas.
10:20Donc on a fixé une estimation très raisonnable de 8 à 10 millions d'euros,
10:24mais c'est une estimation singe si vous voulez.
10:26– Oui, on peut s'attendre à ce que ça ait beaucoup plus vu le pédigré de Picasso
10:30et les résultats qu'il y a eu.
10:32– Oui.
10:33– Oui, d'accord.
10:33Parce que oui, vous n'allez pas prendre, en termes de références, etc.,
10:39vous n'avez pas grand-chose.
10:40– Non, non.
10:41C'est un tableau vraiment unique en son genre.
10:44Si vous voyez d'autres portraits de Dora Maar, notamment au musée Picasso,
10:46vous serez très surpris par le fait que jamais il ne l'a représenté de cette façon.
10:51Jamais.
10:52– Et pour le marché de Picasso en soi, il est toujours aussi dynamique.
10:57Vous parliez que 80 ans, c'était énorme de ne pas avoir d'œuvre de Picasso vierge comme ça.
11:04Comment ça se fait ?
11:05Ça veut dire que chaque année, il y a toujours autant d'échanges qui se passent ?
11:08– Oui, énormément.
11:09C'est quand même une des plus grandes vedettes du marché de l'art.
11:12C'est quelqu'un qui a un succès phénoménal auprès du public, auprès des collectionneurs.
11:19Chaque exposition Picasso dans le monde attire une foule immense.
11:23Les expositions temporaires dans nos propres musées
11:26sont toujours couronnées d'un très très grand succès.
11:29Donc c'est toujours une célébrité, si vous voulez.
11:33On le compare beaucoup à Léonard de Vinci, à Michel-Ange,
11:37dans le domaine de l'art, si vous voulez.
11:40C'est une véritable vedette du marché.
11:43– Et comment ça se fait que ça ne s'essouffle pas ?
11:45En tout cas, on a l'impression que ça ne s'essouffle pas,
11:47alors qu'il y a quand même beaucoup d'artistes qui ont leur période,
11:49qui parlent à leur génération.
11:53Ça sollicite un petit peu de l'émotionnel,
11:55de la nostalgie, etc.
11:57Là, on a l'impression que Picasso, ça ne s'essouffle pas.
11:59– Votre question est très intéressante,
12:01parce que ce qui fait, je pense,
12:03le fait que Picasso ait toujours autant de succès,
12:05c'est que c'est un artiste qui s'est renouvelé en permanence.
12:08Donc en fait, chacun y trouve son compte, si vous voulez.
12:10Chaque période de l'histoire de Picasso, c'est une période révolutionnaire.
12:16Le tableau que nous avons là a été peint pendant la Seconde Guerre mondiale,
12:20alors qu'il était confiné dans son atelier des Grands Augustins,
12:23qui était un atelier extraordinaire et qui existe toujours,
12:25qui est maintenant classé monument historique.
12:28Il était confiné dans cet atelier,
12:29et pendant la guerre, il a généré un nombre de chefs-d'œuvre absolument incalculables,
12:34mais tous différents.
12:37Aucun de ces tableaux n'est en concordance totale avec le précédent ni avec le suivant.
12:42Et c'est ce qui fait qu'il est toujours, c'est toujours une surprise.
12:45Même pour moi, si vous voulez, quand je me balade dans des musées étrangers
12:48où je rencontre des collectionnaires qui ont des Picasso à la maison,
12:50je suis toujours extrêmement surpris de choses qui me paraissent même presque nouvelles,
12:55parce que je ne les ai jamais vues dans des catalogues,
12:58parce que son œuvre est tellement vaste qu'on n'en voit pas le bout.
13:02– Merci beaucoup Christophe Lucien.
13:04Je rappelle que vous êtes commissaire friseur auprès de la maison de vente aux enchères Lucien Paris.
13:08Cette œuvre va être vendue le 24 octobre, n'est-ce pas ?
13:11Pendant la Paris Art Week.
13:13– Exactement.
13:14– Donc, vous souhaitez une bonne vente,
13:15et merci à vous toutes et tous de nous avoir suivis.
13:18C'était Arrémarché, édition Week-end.
13:19– Sous-titrage Société Radio-Canada
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