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  • il y a 3 mois
Vendredi 24 octobre 2025, retrouvez Marc Spiegler (consultant en stratégies culturelles, ancien directeur d'Art Basel), Victoria Mann (Fondatrice, AKAA) et Sitor Senghor (Directeur artistique, AKAA) dans ART & MARCHÉ, une émission présentée par Sibylle Aoudjhane.

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Transcription
00:00Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans Art et Marché, votre émission hebdomadaire qui vous ouvre les portes du marché de l'art.
00:14Et en première partie d'émission, nous nous sommes rendus à la foire ACA, also known as Africa, une foire qui met en avant les artistes du continent africain, une foire qui fête ses 10 ans.
00:24Et en deuxième partie d'émission, j'aurai le plaisir d'échanger avec Marc Spiegler, consultant en stratégie culturelle, ancien directeur d'Art Basel, qui a récemment publié un article intitulé
00:33« Pourquoi il faut cesser de vanter l'art comme un investissement dans le média business of fashion ? » On en parle avec lui dans un instant, c'est Art et Marché.
00:42C'est la dixième édition de la foire also known as Africa, ACA, l'occasion pour nous de revenir sur la progression de la place des œuvres d'artistes du continent africain sur le marché de l'art international.
00:58Quand on a démarré, il y avait non seulement une foire à construire, mais il y avait une pédagogie à mener, il y avait le besoin de se différencier du marché de l'art traditionnel africain.
01:09Il n'y a qu'à voir, aujourd'hui il n'y a plus une institution, il n'y a plus une grande foire au monde, il n'y a plus une grande galerie qui n'a pas un artiste du continent dans son éventail.
01:20Mais aujourd'hui, le marché, il n'est plus du tout émergent, il est bien là, il est stable.
01:27On parle depuis, on va dire 13 ans, 14 ans, de marché d'art contemporain africain.
01:33En France, ça s'est fait plus lentement parce qu'il a fallu rassurer les collectionneurs, éduquer les collectionneurs.
01:41Si aujourd'hui, il y a à nouveau une explosion de l'art africain à Paris, c'est qu'en fait Paris est redevenue un centre européen de l'art contemporain.
01:53Et ça, c'est grâce à Bazeur.
01:55Parler d'art contemporain africain, ça n'a pas toujours un sens parce qu'entre le Maroc, l'Afrique du Sud, l'Éthiopie et le Gabon, franchement, il n'y a pas tellement de points communs.
02:06Si ce n'est qu'on traite le sujet beaucoup plus à fond.
02:12On est beaucoup moins dans du conceptuel.
02:14Alors oui, il y a eu la mode du portrait.
02:17Aujourd'hui, c'est passé de mode, effectivement.
02:21On revient à une plus grande liberté des artistes qui expriment vraiment ce qu'ils veulent nous montrer.
02:30Donc on a du paysage complètement abstrait, ce qu'on avait rarement vu.
02:36Là, on revient à des techniques ancestrales qui sont merveilleuses et que tout le monde découvre aujourd'hui.
02:43Et pour clôturer ces semaines de l'art, je suis ravie d'être en compagnie de Marc Spiegler, qui est consultant en stratégie culturelle, ancien directeur d'Art Basel, rédacteur aux médias Business of Fashion et cofondateur de The Art Market Minds Academy.
03:02Bonjour, merci beaucoup d'être avec nous.
03:04Merci, c'est bien d'être ici de nouveau et cette fois-ci, pas en virtuel, mais vraiment face à face.
03:08Et donc vous avez rédigé un article au sein de Business of Fashion intitulé « Pourquoi il faut cesser de vanter l'art comme un investissement ? »
03:17Est-ce que vous pouvez tout d'abord nous dire depuis quand est-ce qu'on parle de l'art comme un investissement ?
03:22Est-ce qu'il y a eu un shift dans cette appréciation de l'art ?
03:25Il faut dire qu'il y avait toujours des gens qui ont acheté de l'art en pensant à le revendre.
03:32Mais autour de 2000, c'est un peu la tournée du siècle, les gens ont commencé à parler de l'art comme investissement.
03:42On usait la phrase « alternative asset class », donc une classe d'actifs alternatifs à d'autres classes comme les bouilliers, les choses en bourse, etc.
03:54Donc, à ce moment-là, il y avait également des gens qui ont commencé à faire des firmes qui, en premier, créaient des fonds où les gens investissaient dans l'art,
04:06avec l'idée comme un hedge fund classique que, sur un horizon fixe, disons trois ans, quatre ans, l'art serait acheté et revendu, et donc les investisseurs ont tiré leur marge.
04:19Après, encore plus compliqué, il y avait la fractionalisation de l'art.
04:24C'est ça.
04:24De la même manière qu'on fractionalise les chalets en montagne ou les heures de vol dans un avion privé.
04:30Et donc, l'idée, c'est que tu peux acheter un millier d'Ambasca, un millier d'Awhol, etc.
04:36Mais toujours avec la même idée qu'à un certain moment, ça serait revendu avec un bénéfice pour tout le monde.
04:41Il y avait, à un certain moment, presque une quarantaine de hard investment funds en Europe même.
04:51Donc, il faut dire que c'est quelque chose qui a vraiment pris de l'allure, et puis tout le monde en a parlé.
05:02Et puis, ça reste encore une grosse partie, je dirais une trop grosse partie du discours autour de l'art, du marché de l'art.
05:09Parce que, juste très concrètement, parler de l'art comme un investissement, ça voudrait dire parler de l'art comme un retour sur investissement de ce qu'on a investi en fond.
05:19Et pourquoi, c'est vrai que dans votre article, vous parlez de ravages sur le monde de l'art.
05:28Pourquoi est-ce que vous considérez que ça a fait du tort au marché de l'art ?
05:32Il faut dire que, même au moment où j'étais directeur de la foire de Bâle, j'ai toujours dit que l'art était en soi un mauvais investissement.
05:43Pourquoi ? Parce que détenir de l'art emmène beaucoup de cours.
05:48Il y a le transport, il y a les assurances, il faut le mettre quelque part.
05:55Donc, disons, une fois qu'on connaissait beaucoup d'art, on ne peut pas juste les mettre sur les murs.
05:59Donc, il y a beaucoup de coûts.
06:01Ce qu'en anglais, on appelle « carrying costs », le coût d'avoir un certain actif.
06:07En même temps, du fait que c'est un marché qui n'est pas régulé, on investit dans un environnement où, franchement, ce n'est pas vraiment au plein milieu des informations.
06:20C'est très dur à dire ce qui va monter et ce qui ne va pas monter.
06:23Bien sûr, si on achète des centaines d'œuvres, il se pourrait qu'il y en ait certains qui vont monter.
06:27Mais en général, je pense et j'ai vu dans beaucoup de pays que ce phénomène où beaucoup de personnes prennent en même temps l'idée qu'ils vont gagner beaucoup d'argent en investissant dans l'art.
06:42Après deux ou trois ans, ils réalisent que c'était plus compliqué que ce qu'ils avaient prévu.
06:48Et tu vois à la fois un boom et après un crash dans le marché.
06:50J'ai vu au Brésil, j'ai vu en Corée, j'ai vu partout ce phénomène des gens qui entrent très vite dans le monde de l'art, qui achètent beaucoup,
07:00et qui, après deux ou trois ans, sont très déçus et arrêtent, et qui freinent le marché de façon assez brutale.
07:07Donc, il y avait ça.
07:08Et ça, on peut dire, bon, c'est mauvais pour eux, tant pis, ils ont spéculé, ils ont perdu de l'argent.
07:13C'est comme s'ils allaient autre part, dans la bourse, on peut également perdre de l'argent.
07:17Et ça, j'en parlais depuis longtemps.
07:20Le plus grand problème, le plus gros problème, auquel j'ai juste pensé en écrivant cet article,
07:29est en relation avec le monde de l'art.
07:34Et ce qu'on peut dire concrètement, c'est que dans ces 25 ans, où il y avait cette sorte de financiarisation du marché de l'art,
07:47et en même temps l'expansion vers l'Asie et maintenant vers le Moyen-Orient,
07:53et puis la revanche de Paris qui a repris sa place dans le marché de l'art,
07:59le marché de l'art a stagné, même devenu plus petit.
08:04À mon avis, c'est au moins d'une partie à cause du fait que les gens sont arrivés dans le monde de l'art avec beaucoup d'enthousiasme.
08:13Ils voulaient être mécènes, ils voulaient acheter de l'art, ils voulaient subventionner les artistes et les galeries.
08:24Et ce qu'ils ont trouvé, c'était un discours qui était le même qu'ils trouvaient dans la bourse.
08:29L'investissement, les revenus, les bénéfices, les...
08:34C'est vrai qu'une terminologie...
08:35Une terminologie qui n'a rien à voir avec l'art.
08:39Et je pense que ce qu'on ne saura jamais, c'est combien de vrais potentiels mécènes,
08:48combien de gens qui ne seraient pas partis après qu'ils avaient perdu de l'argent en achetant de l'art,
08:53qui auraient vu ces dépenses comme quelque chose qui leur emmenait, non pas de l'argent,
08:58mais qui leur emmenait la stimulation intellectuelle,
09:02le fait qu'ils avaient contribué à la patrimoine, qu'ils avaient contribué à mettre la culture en avance.
09:10Et j'ai peur qu'on a perdu toute une génération de mécènes, et on ne saura jamais.
09:15Mais ce qu'on peut dire concrètement, c'est que pendant cette période où on a vraiment mécanisé l'investissement dans l'art,
09:23la marche de l'art n'a pas grandi, il a plutôt stagné.
09:28C'est ça. Et c'est vrai qu'on parle de plus en plus de retour sur investissement social, maintenant.
09:35On en parle de plus en plus.
09:37Et ce qui est intéressant dans votre article, c'est que vous ouvrez à cette nouvelle génération
09:40où le discours, en tout cas vous proposez, de s'adresser différemment à cette génération
09:45qui est beaucoup plus sur l'expérience, qui n'a moins en tête ce retour sur investissement financier de l'art.
09:54Quelle expérience, du coup, on pourrait leur proposer ?
09:57Alors, pour voir un peu plus grand le contexte,
10:00j'ai toujours dit qu'il faut non pas seulement citer le problème, mais aussi essayer de trouver une solution.
10:04Bien sûr.
10:05Alors, je pensais, quelle est la solution à ce problème que le marché de l'art a créé pour elle-même, pour lui-même ?
10:14Il faut regarder une des grandes tendances, c'est ce qu'on appelle « generational wealth shift ».
10:20Donc, l'argent qui soit hérité, soit gagné dans le marché, soit gagné dans le tech, etc.,
10:27qui passe d'une génération à une autre, de mes parents à les gens de ton âge et de plus jeune, si on peut dire comme ça.
10:36Ce qui est clair, c'est que cette prochaine génération est moins intéressée par les objets que par l'expérience.
10:43On voit, par exemple, que dans le monde du luxe,
10:47les marques de luxe qui font, par exemple, les habits ont du plus de mal que les marques qui font plutôt le wellness qui fait la beauté.
10:59Donc, les gens sont prêts à payer pour l'expérience et moins pour les objets.
11:06J'ai eu une conversation très intéressante en venant.
11:09J'ai pris ce matin le TGV de Zurich à Paris.
11:12J'ai rencontré dans le TGV deux femmes qui sont des collectionneuses assez sérieuses
11:18et puis ont discuté un peu exactement ce problème.
11:21Et j'en ai dit, est-ce que vos filles, parce qu'elles ont tous les deux des filles qui sont dans le marché de l'art,
11:28est-ce que vos filles vont collectionner autant que vous ?
11:32Et tous les deux m'ont dit non.
11:35Et j'ai dit, est-ce que vos filles sont propriétaires d'une auto ?
11:40Et tous les deux m'ont dit non.
11:41Et ce que ça démontre, c'est que la prochaine génération est moins intéressée par les objets.
11:46Ils voient les objets comme quelque chose qui leur complique la vie au lieu qu'une possession.
11:53L'acte de propriété.
11:54L'acte, disons, et ce n'est pas qu'ils n'ont pas l'argent, c'est qu'ils ne veulent pas nécessairement le dépenser en s'enturant d'objets.
12:00Alors, il vous reste une minute.
12:04Il vous reste une minute.
12:05Et voilà la solution que je propose.
12:08C'est qu'il faut repenser la façon dont l'art est vendu.
12:11Et ce n'est pas que les gens ne le font pas.
12:13Mais il faut se focaliser sur ce que acheter de l'art peut emmener à la personne, au collectionneur.
12:22C'est-à-dire l'expérience d'être avec les artistes, l'expérience de détenir l'art et être toujours stimulé par l'art qui t'entoure.
12:33L'expérience de se sentir comme quelqu'un qui subventionne la culture et le patrimoine.
12:41L'expérience d'être en contact avec des gens qui sont peut-être plus intéressants ou au moins très différents de soi-même.
12:48Et je pense qu'il faut, dans une phrase, il faut vendre l'art comme de la magie et non pas comme un investissement.
12:56Parce que le problème, c'est comme investissement, ça n'a jamais eu vraiment, ça n'a jamais bien fonctionné comme un investissement.
13:07Mais l'art reste magique.
13:08Et donc, quand on le vend comme un produit qui ne marche jamais exactement comme on aurait prévu ou comme on aurait espéré,
13:18forcément, à un certain moment, ça ne marche pas.
13:20Par contre, si on propose, si on fait la promotion de l'art comme ce qu'elle est,
13:26c'est-à-dire un accès, un portail dans un autre monde, dans le monde de l'artiste, dans le monde de l'art,
13:32je pense que là, on peut vraiment valider la chose pour laquelle les gens ont payé.
13:38Merci beaucoup, Marc Spiegler, d'avoir été avec nous.
13:41Je rappelle que vous êtes consultant en stratégie culturelle, ancien directeur d'Art Basel,
13:46rédacteur, donc, Business of Fashion, cofondateur de The Art Market Mind Academy.
13:50Merci beaucoup d'avoir été avec nous.
13:52Merci à vous toutes et tous de nous avoir suivis.
13:54C'était Arrêt Marché.
13:55Sous-titrage Société Radio-Canada
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