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  • il y a 4 mois
Ce jeudi 11 septembre, la question de savoir s'il faut poursuivre avec l'obsession Dragi a été abordée par Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Je pense qu'on prononce le mot Draghi désormais plus d'une dizaine de fois par émission.
00:06Alors est-ce qu'il faut continuer avec cette obsession et déjà mettre des indicateurs
00:10pour voir à quel niveau on est de la mise en place du rapport Draghi ?
00:13Autour de 10% nous disent les instituts hier.
00:16Emmanuel Lechypre, est-ce qu'il faut continuer avec l'obsession Draghi ?
00:19Oui parce qu'au moins on sait ce qu'il faut faire et on sait où il faut aller.
00:23Mais la réalité c'est qu'effectivement c'est aujourd'hui extrêmement compliqué.
00:30C'est-à-dire d'avoir une Europe allante sur tous les sujets.
00:34On reprend, alors vous en avez déjà beaucoup parlé précédemment,
00:37mais quand vous regardez le discours de Ursula von der Leyen sur le plan géopolitique,
00:43en fait l'Europe finalement s'écrase globalement.
00:46Et la seule défense qu'elle a notamment vis-à-vis des Etats-Unis sur les accords commerciaux avec Donald Trump,
00:52parce que tout le monde reconnaît que l'Europe a quand même un peu baissé son pantalon sur le sujet,
00:56c'est de dire « ah bah oui mais nous notre accord il est moins terrible, il est moins mauvais que celui des autres ».
01:01Donc relativement on a un meilleur accord.
01:03Bon c'est pas très satisfaisant, mais le pire pour en revenir à ce rapport Draghi,
01:06c'est quand même que même lorsque le destin de l'Europe et son avenir ne reposent qu'entre ses mains à elle,
01:14à l'Europe, elle est incapable de se mettre d'accord sur quoi que ce soit.
01:19Donc on parle du rapport Draghi, qui a quand même été un rapport qu'on peut considérer qu'a été lucide sans concession,
01:27mais vous avez aussi le rapport d'Enrico Letta qui est plutôt lui sur…
01:31Non c'est pas le même, le rapport d'Enrico Letta…
01:33C'est la compétitivité, c'est un peu pareil.
01:34Non non, c'est pas la compétitivité, lui c'est sur le marché unique, le fonctionnement du marché unique,
01:38et puis vous avez le rapport aussi de Christian Noyer sur les marchés de capitaux,
01:42cette espèce de mythe de l'unification des marchés de capitaux.
01:46Vous voyez bien que tout ça, on n'y arrive pas, le degré de mise en œuvre est extrêmement faible,
01:50le rapport Draghi c'est 10%, les autres c'est encore moins,
01:53donc on voit…
01:55Mais il faut continuer ?
01:56On voit bien qu'il faut continuer, la question c'est effectivement comment on fait pour essayer de mettre tout le monde d'accord,
02:01alors que de moins en moins de gens sont d'accord.
02:04Et puis il y a deux écueils qui sont terribles et qui sont des écueils structurels,
02:09c'est qu'en fait globalement, l'Europe a quand même ce chic pour afficher la naïveté des bonnes intentions,
02:17mais des politiques désastreuses, ça a été le cas sur la concurrence dans les années 90,
02:21on a été totalement naïf, c'est le cas sur l'écologie aussi,
02:24où on veut prétendre sauver la planète et où on va se tuer nous-mêmes,
02:29et puis l'autre réalité c'est qu'en fait on a de plus en plus une Europe,
02:33de pays qui sont concurrents entre eux et non pas partenaires.
02:35Jean-Marc, je reconnais votre constance, depuis la première minute où nous parlons du rapport Mario Draghi,
02:40vous dites que ça sert à quoi ?
02:42Ça ne sert à rien parce que c'est un tissu, non pas d'anarie, mais de contresens.
02:48C'est-à-dire que d'abord sur l'Europe, je rappelle qu'elle s'appelle Ursula von der Leyen,
02:53c'est pas von der Leyen, elle n'est pas néerlandaise, elle est allemande.
02:56Oui.
02:57Et donc...
02:59Elle défend l'Allemagne, c'est ce que vous voulez dire ?
03:00Non, mais on l'appelle tout le temps von der Leyen,
03:02car vous regardez, la plupart des gens, elle s'appelle von der Leyen.
03:05Et donc on ne lui donne même pas son vrai nom.
03:08Et donc je suis frappé d'une autre chose, c'est que dans la rencontre avec Donald Trump,
03:13écoutez, les droits de douane c'est le pays qui les met en place, qui décide,
03:17donc elle va le voir, et donc ce n'est pas la preuve d'une forme de faiblesse de madame von der Leyen,
03:23c'est la preuve de la muflerie de monsieur Trump, c'est tout.
03:26Sur le fond, quand on regarde en termes de capacité de l'Europe à réagir sur le plan économique,
03:33le rapport l'État, tout ça, ceux qui ignorent ces rapports, c'est deux choses essentielles.
03:37La première, c'est que l'Union européenne, enfin la zone euro,
03:40parce qu'on a des chiffres à zone euro qui sont publiés régulièrement,
03:43elle a dégagé en excédent de sa balance des paiements courants au mois de juin,
03:47318 milliards d'euros.
03:49Donc vous estimez qu'on va bien, en fait ?
03:51Mais je ne comprends pas, ça fait 50 ans quasiment que j'enseigne l'économie,
03:56j'ai toujours appris aux gens que des pays qui dégagent des excédents extérieurs sont compétitifs.
04:02On ne nous balance un rapport pour nous dire que le problème de l'Europe, c'est sa compétitivité.
04:06Je ne comprends pas.
04:07Je ne comprends pas, les mots ont un sens, c'est même contraire à la définition des mots.
04:11Et quand on regarde ce qu'on fait de ces 318 milliards d'euros,
04:15on en utilise 220 milliards à faire de l'achat d'obligations,
04:19donc on achète des dettes, effectivement, ce n'est pas forcément ce qu'il y a de plus intelligent,
04:22notamment de la dette publique américaine,
04:24c'est-à-dire que M. Trump peut jouer au golf et tout ça,
04:27mais c'est nous qui détenons sa dette publique avec les Japonais et les Chinois.
04:31On achète à hauteur de 80 milliards d'euros des entreprises,
04:35des entreprises notamment dans les pays d'Asie du Sud-Est.
04:38Donc on est en train de préparer notre avenir.
04:40Et pourquoi est-ce qu'on prépare notre avenir ?
04:42Parce que cette semaine, le gouvernement grec,
04:44qui est en train d'essayer de faire adopter son budget,
04:46comme tout la plupart des gouvernements à cette période-ci de l'année,
04:49a mis un certain nombre de dispositions fiscales,
04:51parce que le nombre d'enfants par femme en Grèce est descendu à 1,3.
04:57Ça ne marche pas en général, les dispositions fiscales pour faire des enfants ?
04:59Ça ne marche pas, mais le constat le plus dramatique, c'est 1,3.
05:02C'est-à-dire qu'ils essaient, effectivement, je pense que ça ne marchera pas,
05:05ils essaient de limiter les dégâts, de limiter la casse démographique.
05:09Il y a moins de 60 millions d'Italiens.
05:11Je ne pouvais pas imaginer, moi, il y a 50 ans, quand j'ai commencé à enseigner l'économie,
05:15que je verrais l'Italie à moins de 60 millions d'habitants.
05:18Donc on ferait mieux de faire un rapport sur la démographie,
05:20en disant comment on fait pour gérer un vieillissement de la population,
05:23que de chercher à faire un peu de la compétitivité ?
05:24Au lieu de parler de réindustrialisation, on devrait gérer la silver-économie.
05:28Nous allons être une économie de vieux.
05:30Et tenir compte du fait que nous avons un atout colossal,
05:33c'est que nous dégageons des excédents extérieurs.
05:36et non pas dire que l'Europe est en train de se coucher.
05:39L'Europe est dans une situation de force par rapport à sa situation démographique.
05:43Le problème de l'Europe, c'est qu'il y a des pays qui ne jouent pas le jeu.
05:47Et notamment un pays, c'est la France.
05:50Non mais c'est une vision qui est désespérante.
05:51C'est la vision de la maison de retraite qui va finalement essayer de subsister correctement.
05:58Et quand vous avez plus de sectes de naissance...
06:01Et après, ne parlons pas d'Europe,
06:05ne parlons pas de défense, ne parlons pas de tout ça,
06:07parce que de toute façon, il n'y aura plus personne.
06:08Ce qu'oublie Jean-Marc, c'est que c'est bien beau...
06:10Ah mais c'est ça, ça ne sert à rien de faire des chars
06:12s'il n'y a personne à mettre dans la tourelle.
06:14Jean-Marc, c'est bien beau d'avoir une vision assez comptable de la balance des paiements.
06:18Mais je veux dire, un continent, des nations, des pays, ce n'est pas ça.
06:23Je veux dire, c'est un projet commun.
06:25C'est des gens...
06:26À quoi ça sert d'avoir des...
06:28Enfin je veux dire, Jean-Marc a l'air de dire que c'est la même chose
06:31d'avoir beaucoup d'excédents courants avec des gens qui tirent leur revenu de l'étranger
06:35qu'avec beaucoup d'entreprises qui produisent et qui exportent.
06:38Mais la réalité, c'est que le tissu économique et social
06:41que vous avez dans un pays dans lequel il y a beaucoup d'entreprises,
06:44beaucoup d'emplois, beaucoup de productions, etc.
06:45n'est absolument pas le même que dans un pays
06:47qui n'est qu'une gigantesque maison de retraite
06:49et qui accueille l'été les touristes étrangers
06:52qui sont bien contents de venir chez nous.
06:54Donc c'est une question de projet.
06:57Si on veut que l'Europe ne pèse plus rien,
06:58et déjà l'Europe sur le plan technologique ne pèse quasiment plus rien,
07:02par exemple, bon ben voilà.
07:03Donc on a finalement un monde dans lequel vous avez assis
07:08sur les sièges avant les Etats-Unis et la Chine
07:12qui pilotent l'économie du XXIe siècle
07:14et puis les petits vieux européens sur la banquette arrière
07:17qu'on emmènera se promener gentiment.
07:19Voilà, c'est pas...
07:21Ça peut être ça, mais c'est pas inéluctable.
07:23C'est tellement fini.
07:25Juste deux remarques.
07:26La première remarque, c'est que les Etats-Unis
07:28sont peut-être sur l'enquête avant,
07:31mais c'est nous qui sommes propriétaires de leurs costumes,
07:33de leurs portefeuilles et tout ça.
07:34Quant aux Chinois,
07:36eh bien ils se dégradent en termes de démographie
07:38encore plus vite que nous.
07:40Et donc eux aussi, ils vont être obligés
07:41de passer à la silver economy,
07:43ce qu'ils sont en train de faire.
07:44Parce que c'est bien joli de rêver en disant
07:46c'est désespérant.
07:47Je ne sais pas si c'est désespérant,
07:48mais c'est factuel.
07:49Jean-Marc, le dernier optimiste européen.
07:51Oui, il faut faire des enfants.
07:53Mais oui, absolument, absolument.
07:55C'est factuel et surtout,
07:57le pire, c'est que c'est fataliste.
07:58Jean-Marc est fataliste ?
07:59Totalement.
08:00En tout cas, ce n'est pas à moi de faire des enfants à l'âge que j'ai.
08:02Allez, je compte sur vous.
08:04Et quant à moi, c'est fermé.
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