00:00Je pense qu'on prononce le mot Draghi désormais plus d'une dizaine de fois par émission.
00:06Alors est-ce qu'il faut continuer avec cette obsession et déjà mettre des indicateurs
00:10pour voir à quel niveau on est de la mise en place du rapport Draghi ?
00:13Autour de 10% nous disent les instituts hier.
00:16Emmanuel Lechypre, est-ce qu'il faut continuer avec l'obsession Draghi ?
00:19Oui parce qu'au moins on sait ce qu'il faut faire et on sait où il faut aller.
00:23Mais la réalité c'est qu'effectivement c'est aujourd'hui extrêmement compliqué.
00:30C'est-à-dire d'avoir une Europe allante sur tous les sujets.
00:34On reprend, alors vous en avez déjà beaucoup parlé précédemment,
00:37mais quand vous regardez le discours de Ursula von der Leyen sur le plan géopolitique,
00:43en fait l'Europe finalement s'écrase globalement.
00:46Et la seule défense qu'elle a notamment vis-à-vis des Etats-Unis sur les accords commerciaux avec Donald Trump,
00:52parce que tout le monde reconnaît que l'Europe a quand même un peu baissé son pantalon sur le sujet,
00:56c'est de dire « ah bah oui mais nous notre accord il est moins terrible, il est moins mauvais que celui des autres ».
01:01Donc relativement on a un meilleur accord.
01:03Bon c'est pas très satisfaisant, mais le pire pour en revenir à ce rapport Draghi,
01:06c'est quand même que même lorsque le destin de l'Europe et son avenir ne reposent qu'entre ses mains à elle,
01:14à l'Europe, elle est incapable de se mettre d'accord sur quoi que ce soit.
01:19Donc on parle du rapport Draghi, qui a quand même été un rapport qu'on peut considérer qu'a été lucide sans concession,
01:27mais vous avez aussi le rapport d'Enrico Letta qui est plutôt lui sur…
01:31Non c'est pas le même, le rapport d'Enrico Letta…
01:33C'est la compétitivité, c'est un peu pareil.
01:34Non non, c'est pas la compétitivité, lui c'est sur le marché unique, le fonctionnement du marché unique,
01:38et puis vous avez le rapport aussi de Christian Noyer sur les marchés de capitaux,
01:42cette espèce de mythe de l'unification des marchés de capitaux.
01:46Vous voyez bien que tout ça, on n'y arrive pas, le degré de mise en œuvre est extrêmement faible,
01:50le rapport Draghi c'est 10%, les autres c'est encore moins,
01:53donc on voit…
01:55Mais il faut continuer ?
01:56On voit bien qu'il faut continuer, la question c'est effectivement comment on fait pour essayer de mettre tout le monde d'accord,
02:01alors que de moins en moins de gens sont d'accord.
02:04Et puis il y a deux écueils qui sont terribles et qui sont des écueils structurels,
02:09c'est qu'en fait globalement, l'Europe a quand même ce chic pour afficher la naïveté des bonnes intentions,
02:17mais des politiques désastreuses, ça a été le cas sur la concurrence dans les années 90,
02:21on a été totalement naïf, c'est le cas sur l'écologie aussi,
02:24où on veut prétendre sauver la planète et où on va se tuer nous-mêmes,
02:29et puis l'autre réalité c'est qu'en fait on a de plus en plus une Europe,
02:33de pays qui sont concurrents entre eux et non pas partenaires.
02:35Jean-Marc, je reconnais votre constance, depuis la première minute où nous parlons du rapport Mario Draghi,
02:40vous dites que ça sert à quoi ?
02:42Ça ne sert à rien parce que c'est un tissu, non pas d'anarie, mais de contresens.
02:48C'est-à-dire que d'abord sur l'Europe, je rappelle qu'elle s'appelle Ursula von der Leyen,
02:53c'est pas von der Leyen, elle n'est pas néerlandaise, elle est allemande.
02:56Oui.
02:57Et donc...
02:59Elle défend l'Allemagne, c'est ce que vous voulez dire ?
03:00Non, mais on l'appelle tout le temps von der Leyen,
03:02car vous regardez, la plupart des gens, elle s'appelle von der Leyen.
03:05Et donc on ne lui donne même pas son vrai nom.
03:08Et donc je suis frappé d'une autre chose, c'est que dans la rencontre avec Donald Trump,
03:13écoutez, les droits de douane c'est le pays qui les met en place, qui décide,
03:17donc elle va le voir, et donc ce n'est pas la preuve d'une forme de faiblesse de madame von der Leyen,
03:23c'est la preuve de la muflerie de monsieur Trump, c'est tout.
03:26Sur le fond, quand on regarde en termes de capacité de l'Europe à réagir sur le plan économique,
03:33le rapport l'État, tout ça, ceux qui ignorent ces rapports, c'est deux choses essentielles.
03:37La première, c'est que l'Union européenne, enfin la zone euro,
03:40parce qu'on a des chiffres à zone euro qui sont publiés régulièrement,
03:43elle a dégagé en excédent de sa balance des paiements courants au mois de juin,
03:47318 milliards d'euros.
03:49Donc vous estimez qu'on va bien, en fait ?
03:51Mais je ne comprends pas, ça fait 50 ans quasiment que j'enseigne l'économie,
03:56j'ai toujours appris aux gens que des pays qui dégagent des excédents extérieurs sont compétitifs.
04:02On ne nous balance un rapport pour nous dire que le problème de l'Europe, c'est sa compétitivité.
04:06Je ne comprends pas.
04:07Je ne comprends pas, les mots ont un sens, c'est même contraire à la définition des mots.
04:11Et quand on regarde ce qu'on fait de ces 318 milliards d'euros,
04:15on en utilise 220 milliards à faire de l'achat d'obligations,
04:19donc on achète des dettes, effectivement, ce n'est pas forcément ce qu'il y a de plus intelligent,
04:22notamment de la dette publique américaine,
04:24c'est-à-dire que M. Trump peut jouer au golf et tout ça,
04:27mais c'est nous qui détenons sa dette publique avec les Japonais et les Chinois.
04:31On achète à hauteur de 80 milliards d'euros des entreprises,
04:35des entreprises notamment dans les pays d'Asie du Sud-Est.
04:38Donc on est en train de préparer notre avenir.
04:40Et pourquoi est-ce qu'on prépare notre avenir ?
04:42Parce que cette semaine, le gouvernement grec,
04:44qui est en train d'essayer de faire adopter son budget,
04:46comme tout la plupart des gouvernements à cette période-ci de l'année,
04:49a mis un certain nombre de dispositions fiscales,
04:51parce que le nombre d'enfants par femme en Grèce est descendu à 1,3.
04:57Ça ne marche pas en général, les dispositions fiscales pour faire des enfants ?
04:59Ça ne marche pas, mais le constat le plus dramatique, c'est 1,3.
05:02C'est-à-dire qu'ils essaient, effectivement, je pense que ça ne marchera pas,
05:05ils essaient de limiter les dégâts, de limiter la casse démographique.
05:09Il y a moins de 60 millions d'Italiens.
05:11Je ne pouvais pas imaginer, moi, il y a 50 ans, quand j'ai commencé à enseigner l'économie,
05:15que je verrais l'Italie à moins de 60 millions d'habitants.
05:18Donc on ferait mieux de faire un rapport sur la démographie,
05:20en disant comment on fait pour gérer un vieillissement de la population,
05:23que de chercher à faire un peu de la compétitivité ?
05:24Au lieu de parler de réindustrialisation, on devrait gérer la silver-économie.
05:28Nous allons être une économie de vieux.
05:30Et tenir compte du fait que nous avons un atout colossal,
05:33c'est que nous dégageons des excédents extérieurs.
05:36et non pas dire que l'Europe est en train de se coucher.
05:39L'Europe est dans une situation de force par rapport à sa situation démographique.
05:43Le problème de l'Europe, c'est qu'il y a des pays qui ne jouent pas le jeu.
05:47Et notamment un pays, c'est la France.
05:50Non mais c'est une vision qui est désespérante.
05:51C'est la vision de la maison de retraite qui va finalement essayer de subsister correctement.
05:58Et quand vous avez plus de sectes de naissance...
06:01Et après, ne parlons pas d'Europe,
06:05ne parlons pas de défense, ne parlons pas de tout ça,
06:07parce que de toute façon, il n'y aura plus personne.
06:08Ce qu'oublie Jean-Marc, c'est que c'est bien beau...
06:10Ah mais c'est ça, ça ne sert à rien de faire des chars
06:12s'il n'y a personne à mettre dans la tourelle.
06:14Jean-Marc, c'est bien beau d'avoir une vision assez comptable de la balance des paiements.
06:18Mais je veux dire, un continent, des nations, des pays, ce n'est pas ça.
06:23Je veux dire, c'est un projet commun.
06:25C'est des gens...
06:26À quoi ça sert d'avoir des...
06:28Enfin je veux dire, Jean-Marc a l'air de dire que c'est la même chose
06:31d'avoir beaucoup d'excédents courants avec des gens qui tirent leur revenu de l'étranger
06:35qu'avec beaucoup d'entreprises qui produisent et qui exportent.
06:38Mais la réalité, c'est que le tissu économique et social
06:41que vous avez dans un pays dans lequel il y a beaucoup d'entreprises,
06:44beaucoup d'emplois, beaucoup de productions, etc.
06:45n'est absolument pas le même que dans un pays
06:47qui n'est qu'une gigantesque maison de retraite
06:49et qui accueille l'été les touristes étrangers
06:52qui sont bien contents de venir chez nous.
06:54Donc c'est une question de projet.
06:57Si on veut que l'Europe ne pèse plus rien,
06:58et déjà l'Europe sur le plan technologique ne pèse quasiment plus rien,
07:02par exemple, bon ben voilà.
07:03Donc on a finalement un monde dans lequel vous avez assis
07:08sur les sièges avant les Etats-Unis et la Chine
07:12qui pilotent l'économie du XXIe siècle
07:14et puis les petits vieux européens sur la banquette arrière
07:17qu'on emmènera se promener gentiment.
07:19Voilà, c'est pas...
07:21Ça peut être ça, mais c'est pas inéluctable.
07:23C'est tellement fini.
07:25Juste deux remarques.
07:26La première remarque, c'est que les Etats-Unis
07:28sont peut-être sur l'enquête avant,
07:31mais c'est nous qui sommes propriétaires de leurs costumes,
07:33de leurs portefeuilles et tout ça.
07:34Quant aux Chinois,
07:36eh bien ils se dégradent en termes de démographie
07:38encore plus vite que nous.
07:40Et donc eux aussi, ils vont être obligés
07:41de passer à la silver economy,
07:43ce qu'ils sont en train de faire.
07:44Parce que c'est bien joli de rêver en disant
07:46c'est désespérant.
07:47Je ne sais pas si c'est désespérant,
07:48mais c'est factuel.
07:49Jean-Marc, le dernier optimiste européen.
07:51Oui, il faut faire des enfants.
07:53Mais oui, absolument, absolument.
07:55C'est factuel et surtout,
07:57le pire, c'est que c'est fataliste.
07:58Jean-Marc est fataliste ?
07:59Totalement.
08:00En tout cas, ce n'est pas à moi de faire des enfants à l'âge que j'ai.
08:02Allez, je compte sur vous.
08:04Et quant à moi, c'est fermé.
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