00:00Je vous dis la dernière phrase de François Bayrou, c'était hier sur les questions de dette.
00:04La soumission à la dette, c'est comme la soumission par la force militaire.
00:08Alors c'est une image de choc.
00:09Est-ce qu'il a eu raison de dramatiser la situation, François Bayrou, Emmanuel ?
00:13Non, depuis le début, il a tort.
00:16C'est son côté un peu Don Quichotte-esque à François Bayrou.
00:20Mais vous savez comment se termine Don Quichotte, c'est-à-dire que, voilà, finalement, il perd.
00:25Alors, et puis, il y a un monsieur qui lui dit, tu vas retourner gentiment à ta vie de gentilhomme
00:31plutôt que de rêver à tout un tas de trucs impossibles.
00:33Et c'est exactement ça, c'est-à-dire qu'en fait, il a dramatisé et en fait, bon, qui dit que...
00:41Alors oui, bien sûr, l'augmentation de la dette, c'est préoccupant,
00:44mais qui dit qu'on atteint les limites de l'insupportable ?
00:46Il a dit le pronostic vital de la France est engagé.
00:52Ce qu'il a dit hier, or, il n'y a pas de limites théoriques à la dette publique.
00:58Vous ne pouvez pas vouloir redresser les finances publiques sérieusement
01:02si vous n'avez pas de majorité à l'Assemblée.
01:04C'est une loi que vous avez observée à peu près partout.
01:09En plus, si vous n'avez pas de temps, si vous n'avez pas de visibilité, c'est impossible.
01:14Parce que sur le papier, les trajectoires, elles existent.
01:16Il y a plein de pays qui l'ont fait en 3, 4, 5 ans.
01:18Il y a le CAE qui avait publié l'an dernier une trajectoire raisonnable
01:22de réduction des finances publiques sur 7 ans à peu près,
01:27qui permettait finalement de stabiliser le déficit primaire,
01:31de stabiliser la dette.
01:33Donc c'était possible.
01:35Et puis, enfin, vous ne pouvez pas, si vous voulez,
01:38systématiquement vouloir réduire les déficits
01:40en imposant d'abord les remèdes les plus douloureux
01:45et les potions les plus amères,
01:46alors que vous ne tenez même pas compte
01:48de toutes les préconisations qui ont été faites
01:51pour réaliser des économies faciles
01:53avec les gaspillages, entre guillemets, d'argent public identifié.
01:57Si vous cumulez tout ce que disent le CAE, France Stratégie,
02:01l'Inspection Générale des Finances, etc.,
02:02vous avez 5 milliards à récupérer sur les gaspillages de médicaments,
02:062 milliards sur le crédit impôt recherche,
02:073-4 milliards sur l'apprentissage.
02:09Commençons par là.
02:10Donc non seulement il n'avait pas les moyens de ses ambitions,
02:12mais en plus il s'y est extrêmement mal pris.
02:14Jean-Marc, vous l'avez aimé ce François Bayrou,
02:17Don Quichotte de la dette ?
02:18Oui, d'autant plus que Don Quichotte, lui, c'était des fantasmes,
02:21alors que François Bayrou, lui, ce qu'il décrit, c'est des réalités.
02:24C'est-à-dire que Don Quichotte, il vivait dans un monde qui n'existe pas,
02:27alors que le monde que nous décrit François Bayrou,
02:29c'est le monde dans lequel nous vivons.
02:31Et donc, puisque nous sommes en début de semaine,
02:35ma petite citation latine sera sur un exemple assez célèbre
02:39qui est tiré d'un poète qui s'appelle Terence,
02:42qui disait « obsequium amicus veritas odium ».
02:46Et donc on lui dit quelles sont les difficultés que connaît Rome en ce moment,
02:50on est au tout début de l'Empire,
02:51et il dit en fait, le véritable problème pour Rome,
02:54c'est qu'on obtient obsequium des gens qui vous flattent et tout ça,
03:00ça fait de vous des amis.
03:01Quand vous flattez quelqu'un, vous devenez son ami.
03:03Et on lui dit de la vérité, « veritas odium »,
03:06eh bien vous devenez son ennemi.
03:08Et donc, on vient de le voir avec Emmanuel,
03:11c'est-à-dire qu'il vient de considérer que son ennemi,
03:14c'est celui qui lui dit la vérité.
03:16Donc le messager, quoi.
03:17Le messager qui apporte cette triste vérité.
03:20Et donc il est temps qu'il y ait quelqu'un, effectivement, qui…
03:23Mais est-ce qu'il n'a pas fait trop d'économies et pas assez de politique ?
03:26À un moment donné, il faut vendre une vision, il faut vendre un truc.
03:28Là, c'est un peu radical quand même.
03:30C'était assez radical.
03:31Sa référence à plusieurs reprises a été Mandes-France,
03:34avec un raisonnement qui était un raisonnement qui n'était pas totalement absurde,
03:36qui consistait à dire que Mandes-France a duré assez peu.
03:39Il a résolu quand même un problème qui était la guerre d'Indochine,
03:41qui n'avait pas ce type de problème.
03:43Mais il a aussi mis en avant la situation économique,
03:46la nécessité de retrouver une forme de dynamisme économique.
03:49Et beaucoup d'analystes disent que ça a permis le plan RUEF de 1958.
03:56C'est-à-dire qu'à partir du moment où quelqu'un avait commencé à dire
03:59« Écoutez, on ne peut pas continuer à dire ce qu'a dit d'ailleurs François Bérou. »
04:03Non seulement à s'endetter, mais à substituer cette dette au travail.
04:06Dans le message de Bérou, il y avait le fait que la dette va étouffer progressivement l'économie,
04:11mais qu'en plus, une des raisons pour lesquelles l'économie française va mal,
04:14c'est parce qu'elle ne travaille pas assez.
04:16L'affaire des deux jours fériés, c'était aussi pour dire
04:18« Il s'agit de résoudre, non pas strictement le problème de l'État,
04:21mais il s'agit de résoudre le problème du pays. »
04:23Emmanuel ?
04:23Deux erreurs majeures.
04:26Je suis désolé, François Bérou.
04:28François Bérou.
04:28François Bérou.
04:29Je lui aurais donné tous les noms.
04:31François Bérou vivait bien dans un monde chimérique à la Don Quichotte,
04:35qui est un monde dans lequel,
04:38soudain emprunt d'un esprit de responsabilité transpartisan,
04:43les élus, les parlementaires et les patrons de partis
04:46accepteraient de lui dire « Oui, la situation est urgente,
04:49on vous donne les pleins pouvoirs ».
04:51C'est un monde absurde,
04:53un monde vu le niveau très moyen de cette classe politique
04:56qui finalement ne joue que ses intérêts personnels.
05:01Franchement, c'était complètement chimérique
05:02de croire que ça pouvait changer.
05:05Je n'aime pas trop être dans des accords avec Jean-Marc.
05:07D'habitude, je préfère être d'accord avec Jean-Marc.
05:09Mais Jean-Marc, ça n'a pas marché.
05:11C'est de la dramatisation.
05:12C'est-à-dire que parler que d'économie,
05:14dire la vérité, ça ne marche pas.
05:15Il faut changer de méthode.
05:16C'est surtout que la méthode n'était pas bonne.
05:18Je termine juste sur le travail, par exemple.
05:19Évidemment, Jean-Marc dit le diagnostic,
05:21oui, il faut travailler plus.
05:22Mais travailler plus, ça veut dire faire travailler plus de gens.
05:25Là, son histoire des deux jours supplémentaires,
05:27ça demandait un effort à ceux qui travaillent déjà.
05:29Jean-Marc ?
05:30Je pense qu'effectivement, on en revient à la citation latine,
05:34immédiatement, on se fait des amis en flattant les gens
05:37et on se fait des ennemis en disant la vérité.
05:39Mais je crois qu'il y a un travail qui est un travail
05:40de longue haleine sur lequel il s'est personnellement investi.
05:46Et la rupture avec le quoi qu'il en coûte,
05:48avec ses états d'esprit où de toute façon,
05:52à la Chirac, Bruxelles ne va pas prendre de sanctions,
05:54ils ne vont pas nous envoyer des chars, ils n'en ont pas.
05:56Et puis, encore une fois, les marchés ne sont pas là pour nous sanctionner.
06:01Et puis, bon, le FMI, c'est le monde de Don Quichotte,
06:06c'est un monde qui n'existe pas.
06:07Tout ça, effectivement, est quelque chose qui est un véritable poison.
06:11Et commencer à dire aux gens, non, tout ça n'est pas la vérité.
06:15Effectivement, il n'est pas arrivé à ses fins,
06:17il n'est pas arrivé à son résultat, mais il a inversé une tendance.
06:19Il a mis en place un nouveau discours
06:21et je pense que plus personne ne pourra se permettre
06:23de gouverner ce pays en disant, écoutez, la dette, ce n'est pas un problème.
06:27Quel optimisme, ce matin, Jean-Marc !
06:30Je pense que le prochain Premier ministre,
06:32quel qu'il soit, sera obligé également de faire de la politique.
06:35Il a fait un peu de politique, il a modifié le scrutin
06:37à Paris, Lyon et Marseille sur le plan municipal.
06:40Ce n'est pas grand-chose, mais il a montré
06:41qu'il ne se limitait pas à la dette.
06:44Il a mis la dette au centre,
06:46il a dit, le véritable enjeu, c'est ça,
06:48vous ne travaillez pas assez.
06:49Eh bien, il était temps que quelqu'un le dise.
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