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  • il y a 6 minutes
Ce jeudi 15 octobre, les relations franco-allemandes actuelles, ainsi que les changements majeurs qui s'opèrent en Allemagne, notamment son réarmement, ses investissements massifs et sa volonté de retrouver un rôle politique à la hauteur de sa puissance économique, ont été abordés par Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Sandra Gandoin, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Le débat ce matin face à Le Chypre, il y a Jean-Marc Daniel. Bonjour Jean-Marc.
00:03Bonjour.
00:04Ravi de vous retrouver tous les deux pour ce débat.
00:06Pourquoi on se pose cette question ce matin, Emmanuel Le Chypre ?
00:09L'Allemagne est-elle encore notre amie ?
00:11Parce qu'il y a beaucoup de dossiers sur lesquels finalement on s'interroge
00:14de voir les Allemands jouer solo, voire jouer contre les intérêts français.
00:22Alors moi j'aimais beaucoup cette phrase qu'avait un jour inventée
00:28et le grand journaliste économique qui était Jean Boissonnard
00:31qui avait dit les Français admirent les Allemands
00:36alors que les Allemands voudraient qu'on les aime
00:37et les Allemands aiment les Français alors que les Français voudraient qu'on les admire.
00:42Et il y avait cette ambiguïté.
00:44La question c'est qu'aujourd'hui est-ce qu'on admire encore les Allemands ?
00:47Beaucoup moins.
00:48Et est-ce que les Allemands nous aiment encore ?
00:50Quand on regarde les sondages, ils nous aiment toujours.
00:53Ils nous aiment toujours, mais quand même, ils nous aiment moins qu'avant.
00:57Et il faut bien reconnaître que nos problèmes de couple,
01:01comme dans beaucoup de problèmes de couple, vous en avez un qui change plus que l'autre,
01:05et il faut reconnaître que celui qui a le plus changé ces dernières années,
01:08c'est quand même l'Allemagne.
01:09La France est restée la même avec ses déficits publics élevés,
01:14avec son manque de compétitivité qui se traduit par des déficits commerciaux extrêmement importants,
01:20alors que l'Allemagne, elle, a beaucoup changé.
01:22L'Allemagne, d'abord, et ça c'est un changement majeur, elle se réarme,
01:26et ça c'est effectivement vraiment nouveau.
01:29Elle investit massivement et veut retrouver en gros un rôle politique à la hauteur de sa puissance économique,
01:37et ça modifie nécessairement l'équilibre entre la France et l'Allemagne.
01:43Prenez l'exemple de la défense, je ne prendrai pour l'instant que celui-là.
01:46L'échec spectaculaire quand même de tous les grands projets communs.
01:51L'avion du futur, le char du futur,
01:53qui reflètent quand même des désaccords stratégiques assez importants.
01:58Et puis sur tous les autres sujets dans l'industrie,
02:01on voit bien que Paris défend par exemple une définition stricte du made in Europe.
02:07Berlin est prêt à ouvrir à des partenaires plus larges.
02:11Sur l'espace, l'Allemagne s'acharne à développer des systèmes concurrents,
02:15de ceux qui sont développés par les autres pays européens, etc.
02:17Donc j'ai de plus en plus l'impression qu'on a affaire à un concurrent plutôt qu'à un
02:22partenaire.
02:23Et si on met bout à bout tout ça,
02:25plus les évolutions politiques avec la montée de l'extrême droite, etc.
02:29Moi je suis assez inquiet de l'évolution de notre relation avec l'Allemagne.
02:33Jean-Marc Daniel, vous voyez encore le partenaire ?
02:36Ah, plus que le partenaire, le partenaire indispensable.
02:38Vous savez effectivement, on a parlé d'amour,
02:40il y a une formule célèbre,
02:42on n'a pas besoin de s'aimer, on a besoin de s'entendre.
02:45Et pour s'entendre, on a besoin de s'écouter.
02:47Et donc, je pense qu'aujourd'hui,
02:50on pourrait évoquer deux événements historiques très rapidement.
02:53Nous sommes 70 ans après l'intervention des Français et des Anglais à Suez.
02:57Et après cette intervention,
02:59qui avait été largement contrecarrée par l'administration républicaine d'Izé Nowhere,
03:04il y avait eu une espèce de caricature dans le Canada enchaîné,
03:07où on voyait un lion britannique blessé, tout ça,
03:10un coq français gaulois totalement déplumé.
03:13Et le lion disait aux Français, au coq,
03:18« Tu te souviens de Waterloo ? »
03:19Et le coq répondait « Ah oui, c'était le bon temps. »
03:22Et aujourd'hui, on est le 220e anniversaire de la bataille d'Iéna,
03:26entre la Prusse, l'Allemagne de l'époque, on peut dire,
03:29et la France, c'était le 14 octobre 1806.
03:32Et j'imagine assez bien, un aigle allemand un peu déplumé,
03:35le coq français de plus en plus déplumé.
03:39Et le français disant à l'Allemagne, « Tu te souviens d'Iéna ? »
03:42Et l'autre répondant « Ah oui, c'était le bon temps. »
03:46Alors, ce n'était pas forcément le bon temps.
03:47Pendant 150 ans, on s'est fait la guerre.
03:49Depuis, on a arrêté de se faire la guerre.
03:51Et maintenant, on est dans une alliance.
03:53Alors, effectivement, là aussi, pour faire une citation de Palmerston,
03:56qui était un grand ministre des Affaires étrangères anglais,
03:59un pays n'a pas d'amis permanents, n'a pas d'amis permanents,
04:03il a des intérêts permanents.
04:04Alors, nous avons des intérêts permanents,
04:06et notre intérêt, c'est de nous entendre, encore une fois, avec l'Allemagne.
04:09Mais c'est vrai qu'on n'y arrive plus, là.
04:11Alors, c'est notre premier partenaire commercial.
04:13Nous sommes le deuxième partenaire commercial de l'Allemagne.
04:16Nous sommes effectivement dans une situation où on a parlé de défense,
04:19mais même si on n'arrive pas à avoir des projets communs,
04:21on a bien compris qu'on avait à peu près les mêmes ennemis.
04:23D'ailleurs, le fusil français, maintenant, est fabriqué en Allemagne.
04:26C'est-à-dire qu'il y a une forme de...
04:28Par un appel d'offre, l'armée française est équipée d'un nouveau fusil.
04:32Il n'arrive plus de Saint-Etienne ou de Tulle, il arrive de la Roure.
04:36Donc, nous avons des intérêts en commun,
04:38et la situation est telle qu'on ne peut pas se disputer.
04:42On ne peut pas...
04:43Nous sommes devenus, effectivement, des puissances intermédiaires,
04:47et ce message a été renouvelé dans les années 2010.
04:50Vous vous souvenez, en 2013, là aussi, une citation de Mme Merkel,
04:54qui, à l'occasion, alors là aussi, d'un événement napoléonien,
04:57c'était le bicentenaire de la bataille de Leipzig,
04:59elle a dit, à Leipzig, finalement, les Allemands, on était du bon côté.
05:04C'était les Français qui étaient du mauvais côté.
05:06Donc, il faut arrêter de passer son temps à ressasser
05:09les souvenirs de la Deuxième Guerre mondiale, de ce XXe siècle,
05:12qui a été particulièrement assassin pour l'Allemagne.
05:15Mais concrètement, qu'est-ce qu'on peut mettre en avant de positif,
05:17en ce moment, aujourd'hui,
05:18et finalement, sur lesquels on peut se baser,
05:22dans cette relation franco-allemande, Jean-Marc ?
05:24Alors, je crois qu'il y a trois éléments qui vont jouer.
05:25D'abord, le renouvellement des traités.
05:27On a re-signé un traité d'amitié en 2019,
05:29c'est-à-dire que les dirigeants de cette génération
05:31sont conscients qu'il faut affirmer régulièrement la solidarité.
05:35La deuxième chose, c'est que, je crois qu'effectivement,
05:38sur un certain nombre de relations de politique extérieure,
05:40on l'a vu encore avec l'histoire sur l'Ukraine,
05:43sur l'Ukraine, sur le Proche-Orient,
05:45sur un certain nombre de dossiers de politique étrangère,
05:47autant la stratégie américaine est fluctuante,
05:50avec simplement le fait que les administrations républicaines,
05:53je parlais d'Isa Noir, mais c'était le cas de Nixon,
05:55c'était le cas de George W. Bush,
05:57sont plutôt hostiles à l'Europe,
05:58donc on a intérêt à faire front commun.
06:00Et le troisième élément, c'est qu'effectivement,
06:03nous avons, c'est l'histoire du rapport Draghi,
06:06nous avons un ensemble de pays,
06:08la France, l'Allemagne, qui sont en train de vieillir,
06:11qui ont de l'épargne,
06:12même si la France est plutôt en retrait.
06:13Et donc, un des vrais enjeux,
06:15c'est comment on va préparer notre passage
06:17de l'industrie à l'EHPAD.
06:20Emmanuel ?
06:21Non, mais tout ce que dit Jean-Marc
06:22est extrêmement rationnel.
06:23Le problème, c'est qu'au fil de l'histoire,
06:25les rapports entre la France et l'Allemagne
06:27n'ont pas été toujours marqués
06:29du saut de la rationalité,
06:30parce que tous ces rapprochements,
06:32toutes ces théoriquement bonnes relations
06:34que nos intérêts communs rationnels
06:39nous incitaient à avoir,
06:40il y a eu des périodes
06:41où on ne les a pas toujours eues.
06:43Moi, ce qui m'inquiète,
06:44Jean-Marc parlait de puissance moyenne.
06:46Ce qui est inquiétant aujourd'hui,
06:47c'est que pour la première fois,
06:49je pense, depuis quasiment la Deuxième Guerre mondiale,
06:53les deux pays vont mal en même temps.
06:54Ce qui était assez rare.
06:56C'est-à-dire que si vous prenez
06:57les cycles économiques des 30 dernières années,
07:02vous voyez bien que vous avez,
07:04dans les années 80,
07:06une Allemagne extrêmement solide
07:10et une France qui est affaiblie.
07:12vous avez, après la réunification,
07:15une Allemagne qui, elle,
07:16paye quand même sa réunification
07:18et elle le fait.
07:19Quand même, rappelez,
07:21quand vous dépensez 4 à 5 %
07:22de votre PIB chaque année
07:23pour remettre l'Allemagne de l'Est à niveau,
07:26ça a quand même eu des conséquences
07:27sur la compétitivité allemande.
07:28Alors que nous, dans les années 90,
07:30finalement, avec la désinflation compétitive,
07:33on était redevenu un pays performant.
07:35Et puis, à partir des années 2000,
07:37l'Allemagne fait des réformes,
07:38va beaucoup mieux.
07:39Nous, on s'enfonce finalement
07:40dans une crise de compétitivité.
07:43Mais il y en avait toujours un
07:44qui était finalement,
07:45qui allait plutôt bien
07:46quand l'autre allait plutôt mal.
07:48Là, on voit que les deux pays
07:49sont quand même relativement mal en point
07:51dans un univers compliqué.
07:53Après, Jean-Marc,
07:54il y a quand même les forces politiques
07:56qui sont importantes.
07:57Moi, je suis quand même assez inquiet.
08:00Et d'ailleurs, on le voit
08:00dans les sondages d'opinion
08:01sur ce qu'on pense les uns des autres.
08:03En fait, les Français s'intéressent
08:05de moins en moins aux Allemands
08:06et la réciproque est vraie, etc.
08:08Je suis plus convaincu
08:09que ce rapport privilégié,
08:12il soit encore dans tous les esprits.
08:15Et quand on voit, encore une fois,
08:16la montée de l'extrême droite en Allemagne
08:17et de ce que ça peut impliquer
08:19après en termes de stratégie économique,
08:22oui, moi, la pente m'inquiète.
08:2330 secondes, le mot de la fin, Jean-Marc.
08:24Oui, je crois qu'il y a quand même une chose
08:26qui est en train de dominer
08:27tout ce qui se passe dans nos relations.
08:28C'est le vieillissement global des deux pays.
08:30Et donc, les deux vont avoir à réagir,
08:32encore une fois, en commun
08:33parce qu'ils ont un vrai problème
08:34qui est un problème qu'ils partagent,
08:36qui est ce vieillissement spectaculaire.
08:38On est obligés de s'entendre.
08:39On est obligés de s'entendre.
08:41Merci, messieurs Jean-Marc Daniel,
08:42Emmanuel Lechypre.

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