00:008h44 sur BFM Business et face à le Chypre, Jean-Marc Daniel, bonjour à tous les deux et bienvenue à
00:05vous.
00:06Emmanuel Macron a tenté de désamorcer la crise hier en s'invitant à 20h à la télévision sans faire d
00:12'annonce concrète,
00:13une forme d'impuissance d'un président en fin de règne.
00:16Pour la presse internationale, c'est le crépuscule d'Emmanuel Macron, il est déjà mort.
00:20Alors cette question ce matin, et on commence avec vous Emmanuel, faut-il avancer la présidentielle ?
00:26C'est vrai que rarement la France a été confrontée à autant de crises graves simultanément.
00:33Si vous prenez la crise géopolitique, si vous prenez la crise de pouvoir d'achat avec le prix des carburants
00:38élevé,
00:39si vous prenez la crise économique avec la quasi-récession, la hausse du chômage,
00:47si vous prenez la crise étudiantine avec toutes ces revendications finalement sur des meilleures conditions d'études,
00:53si vous prenez le risque de crise financière aussi, avec globalement des marchés financiers qui défient la France
01:02en espérant qu'elle va se lancer dans le redressement de ses finances publiques,
01:06on voit que sur toutes ces crises, la France est paralysée, le gouvernement français est paralysé
01:13parce qu'il ne peut pas apporter de réponse dans un contexte de finances publiques extrêmement dégradé
01:19et dans un contexte aussi où ce gouvernement n'a pas de majorité à l'Assemblée nationale
01:24et donc n'a pas de marge de manœuvre et donc ne peut répondre à aucune de ces crises.
01:28Et donc on se dit mais comment vont se passer les six prochains mois ?
01:32Ça va être extrêmement long.
01:35Mais c'est pas ce qu'on se demande déjà depuis le deuxième mandat, voire depuis 2024 et la dissolution
01:39?
01:39Oui mais en tout cas vu l'accélération et la gravité des événements, la question c'est face à ça,
01:45un gouvernement qui aurait une légitimité à l'Assemblée, qui résulterait effectivement du choix des Français assez rapide,
01:52alors on sait que si Emmanuel Macron annonçait finalement une anticipation des élections,
01:58il faudrait, il y a toujours un délai d'une trentaine de jours, ça veut dire une campagne assez courte,
02:02alors qu'il a appelé justement à beaucoup de débats pendant la campagne, etc.
02:05Et au moins ça aurait le mérite de concentrer et encore une fois ça clarifierait une situation politique
02:10dont on voit aujourd'hui qu'elle a besoin absolument de tracer des...
02:15Mais il faut avancer à la présidentielle ou dissoudre à nouveau, faire des législatives ?
02:18Ah ben non, dissoudre à nouveau ce serait pire que tout,
02:20puisque dissoudre à nouveau ça priverait sans doute de marge de manœuvre le prochain président de la dissolution
02:24et ça n'aboutirait pas sans doute à un gouvernement de majorité.
02:28Donc non, la vraie clarification c'est un nouveau président ou une nouvelle présidente
02:34qui obtient une majorité à l'Assemblée.
02:36Il faut rappeler que la seule règle qui tient encore aujourd'hui politiquement sous la Vème République,
02:41c'est que quand un nouveau président arrive,
02:43car lorsqu'il est élu pour la première fois, il a jusqu'à maintenant eu toujours une majorité,
02:48même en 2017 on disait, attendez Emmanuel Macron, il sort de nulle part, il n'a pas de parti,
02:52si vous croyez qu'il aura la majorité, en fait c'est la droite qui va arriver au pouvoir,
02:55vous n'avez pas voulu de François Fillon à l'Élysée, vous l'aurez à Matignon, etc.
02:59La réalité c'est qu'Emmanuel Macron, il a eu une très large majorité.
03:02Donc ce dont on a besoin aujourd'hui, c'est vraiment d'un gouvernement avec une majorité cohérente
03:07qui applique la politique pour laquelle il a été élu.
03:09Mais au moins il y a cette clarification.
03:11Donc il faut avancer la présidentielle. Et pour vous ?
03:14Non, je ne pense pas que ce soit important d'avancer la présidentielle.
03:16Je pense qu'il faut regarder un peu ce qui s'est passé dans le passé,
03:20c'est-à-dire qu'on n'arrête pas de dire que la crise est exceptionnelle,
03:24mais enfin l'histoire de France n'a jamais été un long feube tranquille.
03:26Alors je ne vais pas remonter à Etienne Marcel, à la révolte des maillotins
03:30qui a donné son nom à la porte-maillot, à tout un tas d'événements aussi dramatiques,
03:34voire largement plus dramatiques que ceux qu'on a connus.
03:36Je ne vais pas non plus évoquer les émeutes qui ont eu lieu depuis le début du siècle
03:39dans les banlieues, pour différentes raisons,
03:43mais je vais prendre quatre événements qui me paraissent assez illustratifs
03:46dans l'histoire relativement récente du pays, sur lesquels on pourrait s'appuyer.
03:49D'abord, je vais revenir sur 1832.
03:53Pourquoi 1832 ? Parce que les émeutes sont racontées dans
03:55Le Misérable, le roman de Victor Hugo, dont on vient de sortir une adaptation cinématographique.
04:02C'est à l'occasion des obsèques d'un général républicain
04:05et de l'Empire qui s'appelle le général Lamarck.
04:07Et donc, simultanément, il y a eu une crise sanitaire énorme,
04:11c'est-à-dire que c'est l'épidémie de cholérasse que raconte notamment aussi
04:14dans le cinéma, le « Hussard sur le toit » que l'on vient de ressortir à l'occasion du
04:18décès de Jean-Paul Rapneau.
04:21Et comment réagit Louis-Philippe ?
04:22Louis-Philippe va chercher un homme qui incarne à la fois l'autorité
04:27et qui a une forme de légitimité par rapport à l'histoire du pays,
04:30c'est le maréchal Soult.
04:32C'est-à-dire qu'il incarne le maréchal Soult, c'est un général maréchal,
04:36il a été l'un des bras droits de Napoléon, il incarne la Révolution
04:38et de l'autre côté, il incarne une forme d'autorité.
04:41On retrouve le même cinéma en 1934,
04:44vous savez, tout le monde se souvient des émettres du 6 février,
04:47le président du Conseil, c'est Daladier,
04:48il va voir le président de la République, Albert Lebrun,
04:51et il lui dit « Vous incarnez la République,
04:53donc vous devez subsister, vous devez exister,
04:55affirmer votre présence, et nommer un nouveau gouvernement.
04:58Et donc, on nomme un nouveau gouvernement
05:00avec la mission de rétablir l'ordre et d'incarner l'identité nationale.
05:07On choisit comme président du Conseil un ancien président de la République
05:10qui incarne la République.
05:12Et surtout, dit Daladier, ne modifiez pas le calendrier électoral,
05:15il ne faut pas donner l'impression que nous sommes soumis
05:17dans le fonctionnement de notre démocratie aux aléas de la rue.
05:21Je regarde 1947, pourquoi 1947 ?
05:24Parce que l'homme providentiel qu'on va nommer, c'est Robert Schumann,
05:28et Robert Schumann est aussi dans l'actualité,
05:29puisque le pape Léon XIV lui a rendu un hommage assez exceptionnel
05:33à l'occasion de sa récente visite à Metz.
05:35Et donc, il y a un accord qui s'est fait entre Robert Schumann
05:38et le Parti Socialiste, donc lui, il est chrétien, MRP,
05:41et le Parti Socialiste, qui nomme un homme d'autorité à l'intérieur,
05:45qui est Jules Moque, qui est un ancien résistant,
05:47ministre de Léon Blum.
05:48Donc des gens qui ont une forte légitimité
05:50et qui ont une capacité à incarner l'autorité.
05:53Et puis, dernier exemple, c'est De Gaulle,
05:55le 24 mai 1968,
05:58les émeutiers prennent la bourse, mettent le feu à la bourse,
06:02le commissariat du cinquième arrondissement est assiégé,
06:05il va y avoir des morts,
06:06et De Gaulle dit, très bien,
06:09Pompidou va démissionner,
06:11et donc,
06:12il prend quand même une décision,
06:14c'est pour changer,
06:16pour nommer quelqu'un qui a une autorité,
06:17il va faire une dissolution.
06:19Alors, quelle leçon retirée de tout ça ?
06:23Je suis assez d'accord avec Emmanuel Chypre,
06:25c'est que l'arme de la dissolution,
06:26qui serait l'arme naturelle,
06:28dans les circonstances actuelles,
06:30a déjà été utilisée,
06:31c'est une arme qui n'est plus utilisable.
06:33En revanche, je pense qu'il faut trouver
06:36un gouvernement qui soit resserré,
06:38qui incarne l'autorité,
06:40et qui incarne la légitimité
06:41d'une forme d'union nationale.
06:43Emmanuel Macron n'a pas été capable
06:45de trouver un technicien après la dissolution,
06:47maintenant il faut qu'il trouve un homme de...
06:50Jean-Marc Daniel, une idée,
06:51alors, avant, c'est un non !
06:53Non, non, je n'ai pas à moi de le dire,
06:55mais je suis sidéré de voir
06:57que la seule solution qu'on propose
06:59à Emmanuel Macron,
07:00c'est de dire, écoutez,
07:01avancez les élections.
07:02Non, je suis sur la même ligne que Daladier,
07:04ce n'est pas la rue de déterminer
07:05le calendrier électoral.
07:06Sauf que dans tous les cas
07:07que vous avez évoqués,
07:08il y a eu un changement,
07:09pas évidemment de président,
07:10mais il y a eu un changement
07:12soit à l'aide du gouvernement,
07:13soit dans un ministère,
07:15et là, Laurent Nunez,
07:16qui a présenté sa démission,
07:17l'Élysée refusait.
07:18Oui, et donc je pense que c'est...
07:19C'était un bon fusible ?
07:20Oui, c'était un bon fusible,
07:21mais il fallait avoir quelqu'un d'autre
07:23à mettre.
07:23Le véritable problème,
07:24c'est qu'Emmanuel Macron...
07:25Il n'y a pas de personne
07:26sur le banc de touche ?
07:26Emmanuel Macron n'a pas trouvé
07:28le Mario Monti,
07:30après la dissolution,
07:31tu aurais réder nos problèmes économiques.
07:32Manifestement, il est incapable
07:33de trouver l'homme
07:34qui incarne à la fois
07:35l'Union nationale et l'autorité,
07:37et donc la faiblesse
07:38d'Emmanuel Macron,
07:39c'est de réfléchir
07:40et de reprendre du recul
07:41pour essayer de montrer
07:42que ce n'est pas lui
07:43qui doit être en première ligne
07:45et que ce n'est pas lui le problème,
07:46qu'il faut qu'il prenne de la hauteur.
07:48Mais la grande catastrophe pour moi,
07:50ce serait de dire à la rue,
07:51vous avez raison,
07:52on va changer le calendrier électoral.
07:54Il ne faut surtout pas répondre
07:55à la rue.
07:56Surtout, ne changez pas
07:57le calendrier électoral.
07:58Ce n'est pas...
07:59Encore une fois,
08:00quand Mélenchon crie
08:01la République, c'est moi,
08:02ce n'est pas vrai,
08:03mais quand Macron devrait dire
08:04en revanche, la République,
08:06c'est moi.
08:06C'est lui, pour le coup.
08:08C'est moi, la République,
08:09c'est pas Mélenchon.
08:10Enfin, pas vous,
08:10mais Emmanuel Macron.
08:11C'est Emmanuel Macron,
08:12il devrait s'en souvenir,
08:13et il devrait agir en conséquence.
08:14Emmanuel Lechypre ?
08:15Le problème de la stratégie,
08:17entre guillemets,
08:18de Jean-Marc,
08:19c'est que, un,
08:20il y a un problème quand même
08:21d'ampleur
08:23et de rapidité
08:26de la réponse
08:28à cette crise qu'on a vécue.
08:29C'est-à-dire qu'aujourd'hui,
08:30quand vous lisez la presse,
08:31quand vous regardez les commentaires
08:33des analystes,
08:34des opposants,
08:36bien évidemment, etc.,
08:36c'est que la réponse
08:38qui a été apportée hier
08:39est quand même jugée
08:40très insuffisante
08:41par rapport
08:42à l'ampleur
08:43de la crise
08:44qui est quand même
08:45l'illustration
08:46qu'on a aujourd'hui
08:47entre la France du pape
08:49et la France des pilleurs.
08:51On a ces deux Frances
08:53qui sont dos à dos
08:54et qui appellent
08:55des réponses structurelles.
08:57Donc, hier soir,
08:58Emmanuel Macron
08:59n'a pas vraiment
09:00incarné finalement l'État
09:02en se défaussant même
09:03et en disant
09:03mais attendez,
09:04je suis déjà en train
09:05de gérer une situation
09:06de transition.
09:07Ça, c'est le premier problème.
09:09Et puis, l'autre problème
09:10du choix de Jean-Marc,
09:12c'est les délais.
09:13Vous savez,
09:14quand un avion décolle,
09:15il y a un moment
09:16où il y a une vitesse
09:18qui s'appelle V0
09:20et une fois que vous l'avez franchie,
09:22quoi qu'il arrive,
09:23même si vous considérez
09:24que vous allez vivre
09:26une catastrophe,
09:26vous devez décoller.
09:27Et là, c'est exactement
09:28le même problème.
09:29C'est-à-dire que
09:29vous pouvez choisir
09:31n'importe qui.
09:31On est en dessous
09:32des délais
09:33qui seraient finalement
09:37nécessaires
09:37pour permettre
09:38à une figure autoritaire
09:39de s'imposer.
09:40Mais là,
09:41on est déjà
09:41dans la transition.
09:42Donc,
09:42nommer quelqu'un
09:43qui créerait
09:44un choc psychologique
09:45rassurant,
09:46qui ramènerait
09:46l'autorité,
09:47etc.,
09:48ce serait valable
09:49si on était
09:50en milieu de mandat,
09:51s'il restait au moins
09:51un an,
09:52voire deux ans
09:53avant les prochaines
09:53grandes échéances.
09:54Mais là,
09:55on est six mois
09:56avant les échéances.
09:58Sauf qu'Emmanuel Lechypre,
09:59réel politique,
10:00le président Emmanuel Macron
10:01était élu
10:02pour contrer
10:02le Rassemblement national,
10:04provoquer des élections
10:05anticipées,
10:06président,
10:06mais aujourd'hui,
10:07c'est précipiter
10:08le RN à l'Elysée.
10:09Oui, d'accord,
10:10mais ça,
10:10il y a un moment
10:11où il faut respecter
10:12aussi le choix
10:13des Français.
10:13Moi,
10:13je ne présage pas
10:14de qui sera porté
10:15à l'Elysée.
10:17Mais la réalité,
10:17c'est que sans
10:18ligne claire
10:19et sans programme clair
10:21et sans stratégie claire,
10:23aujourd'hui,
10:24on est plus pénalisé
10:26avec un Emmanuel Macron
10:28finissant.
10:29Et regardez,
10:29vous dites,
10:30il a été élu
10:31pour contrer
10:31le Rassemblement national,
10:32sauf que si
10:34les six prochains mois
10:35sont à l'image
10:36des deux derniers mois
10:37qu'on a vécu,
10:39je veux dire,
10:39ça ne fera qu'alimenter
10:41finalement ce vote
10:42pour le Rassemblement
10:43national.
10:44Pour les extrêmes,
10:45en tout cas.
10:45national.
10:45Donc la réalité,
10:46c'est que l'intérêt
10:47du pays aujourd'hui,
10:48ce serait d'avoir
10:49un débat clair
10:50entre les candidats
10:51à la présidentielle
10:52sur le modèle
10:53de société qu'on veut
10:54et qu'il y ait
10:55un gagnant clair,
10:56une majorité claire
10:57et que cette majorité,
10:59quelle qu'elle soit,
11:00qui vienne.
11:00Bien sûr,
11:01et que cette majorité,
11:01quelle qu'elle soit,
11:02mette en oeuvre sa politique.
11:03Je suis d'accord,
11:03mais à condition
11:04que ça ait lieu
11:05au printemps
11:06conformément au calendrier
11:07prévu par la Constitution.
11:07Conformément au calendrier
11:08à ma gauche.
11:09Merci à tous les deux.