Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 3 minutes
Ce mardi 6 octobre, le niveau de protectionnisme européen face à la concurrence asiatique a été abordé par Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Brigitte Boucher, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00Face à le chip, Jean-Marc Daniel à 8h43 sur BFM Business et RMC Live Canal 25.
00:04Bonjour à tous les deux.
00:05Bonjour à tous.
00:06Et bienvenue.
00:07Alors l'Allemagne se range aux côtés de la France pour riposter à la guerre commerciale contre la Chine.
00:12Dans une forme de protectionnisme, les deux pays s'accordent sur une arme pour couper l'accès au marché sans
00:17majorité qualifiée.
00:20Jean-Marc Daniel, est-ce que l'Europe a raison de se protéger face à la menace chinoise ?
00:25Alors d'abord sur la forme, l'Allemagne a encore des réserves.
00:29Elle dit en cas de dumping évident, tout ça.
00:33Donc l'Allemagne garde quand même en souvenir dans son inconscient collectif les bien-être et le bien-fondé du
00:40libre-échange.
00:41Alors pourquoi est-ce que l'Allemagne a raison de rester quand même relativement réticente ?
00:45Parce que c'est assez paradoxal dans l'histoire économique de voir une zone économique, un pays, l'Union Européenne,
00:52se faire le chantre du protectionnisme alors qu'elle dégage des excédents commerciaux.
00:56L'Union Européenne a dégagé encore le dernier statistique, c'est le mois de juillet.
01:01On a 8 milliards d'excédents commerciaux et sans tenir compte de la balance des paiements courants qui elle-même
01:07est encore plus en excédent.
01:09Quand on regarde d'ailleurs, l'Union Européenne, c'est 17% des exportations mondiales, c'est le deuxième exportateur
01:17mondial.
01:17Et donc, elle a intérêt au libre-échange, y compris avec des pays qui sont en situation d'inonder son
01:24marché.
01:25Alors, qu'est-ce qu'on peut répondre aux gens qui disent oui mais on va manquer de matières premières
01:32?
01:32Parce qu'un des grands arguments, c'est qu'il faut sanctionner la Chine si la Chine décide à un
01:36moment donné,
01:37non pas de trop...
01:38Non mais de nous priver de terres rares !
01:39Voilà, de nous priver de terres rares.
01:40C'est-à-dire, l'angoisse, c'est pas tellement que la Chine exporte beaucoup vers nous,
01:44mais que la Chine arrête d'exporter une partie de sa production vers nous.
01:47Et donc, la bonne réponse, ce n'est pas d'essayer de menacer la Chine,
01:51qui par ailleurs a des moyens de rétorsion.
01:53On l'a déjà vu dans l'affaire du cognac, où la Chine a annoncé qu'elle cesserait d'importer
01:58du cognac.
01:58La bonne façon de réagir, c'est de créer de la concurrence.
02:02C'est-à-dire d'aller voir d'autres pays et dire à d'autres pays,
02:05écoutez, est-ce que vous ne voulez pas devenir nos fournisseurs ?
02:08De terres rares !
02:08De terres rares !
02:09Mais là, c'est une menace qui n'a peut-être pas pour but d'être mise à exécution.
02:13Je pense que pour l'Allemagne, effectivement, c'est juste une menace.
02:16Et c'est juste une concession à la position politique de la France.
02:20C'est-à-dire que l'Allemagne va avoir à dire à la France un certain nombre de choses désagréables,
02:24notamment sur la façon dont la France gère ses finances publiques.
02:27Et donc, l'Allemagne fait un certain nombre de concessions sur d'autres sujets
02:30pour pouvoir faire en sorte que sa position sur les finances publiques soit beaucoup plus forte.
02:35Mais donc, pour conclure, la pire chose qui puisse arriver,
02:40ce serait de se lancer dans une guerre commerciale avec la Chine,
02:43car je rappelle que la Chine, c'est aussi un élément constitutif de notre pouvoir d'achat.
02:48Grâce à l'entrée de la Chine dans l'OMC il y a une vingtaine d'années,
02:52le pouvoir d'achat du ménage français moyen a été accru de 1 500 euros par an.
02:58Et donc, dans la situation actuelle, dire on va faire la guerre commerciale
03:01à des gens qui vont vous apporter, qui vous apportent 1 500 euros par an de pouvoir d'achat,
03:06ça me paraît une absurdité crasse.
03:09Alors, Emmanuel Lechy, vous n'êtes pas d'accord ?
03:11Forcément, il faut pour vous des mesures protectionnistes ?
03:13Alors, l'avantage de cet arsenal, c'est que ce n'est pas une politique protectionniste en soi.
03:18Par principe, c'est, disons, nous doter d'une forme de dissuasion nucléaire, un peu,
03:24pour éventuellement, effectivement, riposter à des mesures de rétorsion chinoise.
03:28Alors, pour comprendre le pas en avant fait par les Allemands,
03:33on comprend bien que pendant toutes les années où les Allemands ont pu exporter massivement,
03:38grâce à un euro, honteusement sous-évalué par rapport à ce qu'aurait été leur marque
03:42s'ils avaient dû exporter, on comprend bien que jusqu'à maintenant,
03:45les Allemands étaient des fervents défenseurs du libre-échange.
03:49Mais là, où il y a quand même quelque chose qui change la donne,
03:52c'est qu'on n'est plus dans un rapport uniquement économique,
03:56de coûts relatifs, d'efficacité, de compétitivité.
04:00C'est qu'on est aussi dans une logique où le problème n'est pas de savoir
04:05si on achètera en Chine 15, 20 ou 30 % moins cher,
04:08c'est est-ce que la Chine acceptera toujours de nous vendre ?
04:11Et c'est quand même ça le problème.
04:12Et là, on peut se rendre compte que finalement, on a des approvisionnements
04:16qui ne nous coûtent pas cher jusqu'au jour où on ne les a plus.
04:19Et là, on se rend compte que la dépendance stratégique, ça a un coût considérable,
04:23notamment pour les métaux rares.
04:26Après, moi, je pense qu'il y a un aspect stratégique qui est intéressant là-dedans,
04:30qui ressemble un peu à une application de la théorie des jeux.
04:33C'est-à-dire que si vous avez un arsenal de ripostes qui est extrêmement lent,
04:38qui était l'arsenal de ripostes dont on disposait jusqu'à maintenant,
04:41si la Chine déclare des mesures de rétorsion,
04:45le temps que nous, on déclenche notre arsenal, finalement,
04:48la Chine, du coup, aura toujours un avantage et sera toujours gagnante.
04:51Si là, on a un arsenal de ripostes qui est mobilisable,
04:54mais qui, encore une fois, est un arsenal défensif,
04:56qui est mobilisable rapidement pour lutter
05:00contre, effectivement, d'éventuelles mesures de rétorsion chinoise,
05:04moi, je trouve que ce n'est pas, encore une fois,
05:06ce n'est pas, encore une fois, absurde.
05:07Et on a tellement reproché à l'Europe de faire toujours trop peu,
05:11trop tard, trop saupoudré, trop ceci, trop cela,
05:15que pour une fois qu'on essaye d'avoir des instruments de ripostes,
05:19rapides, surtout, c'est ça, j'assiste là-dessus.
05:21Rapides, on est quand même abreuvés de produits chinois depuis quand même longtemps,
05:25et même de voitures chinoises.
05:26En cas de guerre commerciale.
05:28Oui, mais, si vous voulez, on n'est même pas,
05:30là, on n'est même pas dans un débat,
05:32qu'on pourrait avoir, d'ailleurs,
05:34parce qu'en fait, le libre-échange que fantasme Jean-Marc Daniel,
05:37ce n'est pas du tout celui que pratiquent les Chinois.
05:39C'est-à-dire, ce n'est pas, on a un avantage compétitif,
05:42on est les meilleurs, on a le plus bas coût de main.
05:45L'économie chinoise est largement subventionnée.
05:46Voilà, c'est que la Chine est un concurrent déloyal.
05:51Voilà, et qu'il faut lutter contre ça.
05:53Mais là, il ne s'agit même pas de ça,
05:54il s'agit juste de dire, bon, ok, on accepte,
05:57et on est très conscients de tous les avantages qu'a cités Jean-Marc,
06:00mais il y a un moment où, je pense que le message,
06:03c'est ne nous privez pas de ce qui est vital pour nous.
06:06C'est vrai que Jean-Marc, la concurrence pure et parfaite chinoise,
06:09elle n'existe pas vraiment.
06:10Oui, ce n'est pas immédiatement l'enjeu de l'accord qui est en train d'être signé.
06:13Encore une fois, l'accord, c'est si la Chine nous prive de ses produits,
06:18ce n'est pas tellement la Chine nous fait concurrence
06:20et la Chine peut nous être en guère, nous privant de ses productions.
06:23Donc, c'est un aspect différent.
06:25Mais pour en revenir à la dimension strictement concurrence déloyale,
06:30je pense que l'expression de concurrence déloyale
06:33est dans la bouche des protectionnistes depuis l'origine.
06:37Toujours, la concurrence est déloyale.
06:39Donc, j'informe les gens qui nous écoutent
06:41que les concurrents, quand ils sont chefs d'entreprise,
06:45les concurrents, quand ils sont citoyens,
06:46un objectif, c'est effectivement vous prendre des parts de marché
06:49de façon qui est une façon qui est, en général, relativement agressive.
06:53C'est une concurrence, en anglais, ça se dit « competition ».
06:57Donc, c'est une compétition.
06:59Alors, après, sur le fait que la Chine subventionne,
07:01moi, je trouve ça une bonne nouvelle,
07:02que le contribuable chinois contribue à faire du pouvoir d'achat
07:05pour les citoyens européens.
07:06Écoutez, c'est absolument merveilleux.
07:08Qui pourrait imaginer que le contribuable chinois
07:11se substitue au contribuable européen
07:13pour nous donner du pouvoir d'achat ?
07:14Mais c'est une bénédiction.
07:16Quant à des ruptures d'approvisionnement,
07:18je rappelle qu'au moment où il y a eu la Covid,
07:20on n'avait pas de masque.
07:22Et donc, il y a eu deux attitudes.
07:23Une attitude qui était incarnée par la France
07:25et une attitude qui était incarnée en Europe
07:27par la Croatie qui venait d'adhérer
07:29et qui était à la tête de l'Union européenne
07:32au moment de la Covid.
07:33Et donc, la France a dit
07:34« on va créer des usines pour fabriquer les masques ».
07:37Et la Croatie a dit
07:38« on va signer un accord commercial avec le Vietnam
07:42qui va produire des masques en concurrence avec la Chine
07:45puisque la Chine, effectivement, ne nous approvisionne pas. »
07:48Et encore, faut-il les faire venir ?
07:50Oui.
07:50Donc, la conséquence de ça,
07:51c'est qu'à l'heure actuelle,
07:52les usines qui ont été créées en France
07:55pour produire des masques ont toutes fermées.
07:56Et on s'approvisionne en masques
07:58en Inde, au Vietnam, en Indonésie, en Chine.
08:03Il faut juste être organisé et mettre ses stocks à jour
08:05pour être sûr d'avoir des masques
08:07au moment où on en aura besoin.
08:09Que les pays qui soient nos fournisseurs
08:10soient eux-mêmes victimes de la concurrence,
08:12qu'ils vivront comme une concurrence déloyale,
08:14la concurrence d'autres pays.
08:16Encore une fois, la solution et la réponse
08:18à l'attitude de la Chine,
08:19c'est le Vietnam et c'est l'Indonésie.
08:21Mais sauf que ça, Jean-Marc...
08:23C'est plus de concurrence.
08:24C'est vrai que la politique sur les masques,
08:26les usines en France,
08:27c'est vraiment le degré zéro
08:29de la souveraineté industrielle.
08:31C'est de la souveraineté bête.
08:32C'est exactement comme pour le Doliprane.
08:34Parce qu'en fait, qu'est-ce qui compte ?
08:35Ce qui compte, ce n'est pas de produire
08:38l'intégralité d'un produit,
08:39c'est de produire et d'être maître
08:41des 10% du produit
08:44sans lesquels, finalement,
08:46et vous pouvez très bien vous passer.
08:48Et si on vous prive des 90 autres,
08:50ce n'est pas très grave.
08:51Pour le Doliprane,
08:52on a fait exactement la même chose.
08:53Je vous rappelle qu'on a relocalisé
08:54la fabrication de Doliprane en France,
08:56sauf que le vrai principe actif,
08:57on continue toujours à l'acheter aux Chinois
08:59et que donc, on est toujours aussi dépendant
09:01qu'avant.
09:02C'est une absurdité, oui.
09:03Ça, c'est sûr.
09:04Et sur les masques,
09:05Jean-Marc a raison.
09:07Mais grosso modo,
09:09effectivement,
09:10c'est important d'avoir quand même
09:11un outil de riposte massif
09:14si on nous prive
09:16d'approvisionnement majeur.
09:17Et pour le reste,
09:18effectivement,
09:19faisons de la souveraineté intelligente,
09:21mais qui consiste non pas à...
09:23Souveraineté intelligente,
09:24ça ne veut pas dire
09:24qu'on produit tout chez nous.
09:25Ça veut dire
09:26qu'on n'est pas vulnérable
09:29sur les points
09:31et sur les éléments
09:32et les biens essentiels
09:35ou sur des parties de production
09:37même de biens essentiels.
09:38On n'est pas vulnérable
09:40et si on en est privé,
09:41ce n'est pas grave.
09:41Donc, il faut être très vigilant là-dessus.
09:44J'ai du mal à associer le mot
09:45intelligent à protectionnisme
09:46et à souveraineté.
09:47Pour moi, ce sont des oxymonds.
09:50Merci à tous les deux,
09:51en tout cas,
09:51d'être venus débattre
09:52sur le plateau
09:53de Good Morning Business.
Commentaires

Recommandations