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  • il y a 21 minutes
Ce mardi 13 octobre, les deux nouveaux prix Nobel d'économie américains, Robert E. Hall et Michael Woodford, ont été abordés par Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Brigitte Boucher, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:008h45 sur BFM Business, RMC Live Canal 25 face à le Chypre, Jean-Marc Daniel.
00:05Bonjour à tous les deux.
00:05Bonjour.
00:06Et bienvenue. Alors depuis hier, il y a deux nouveaux prix Nobel d'économie américains,
00:11Robert Hall et Michael Woodford.
00:13Ils ont été primés pour leur approche microéconomique, pour refonder la macroéconomie,
00:17une approche prisée des banques centrales.
00:20On va essayer d'y voir un petit peu plus clair avec vous, Jean-Marc Daniel.
00:23Est-ce que déjà vous pouvez nous présenter ces prix Nobel ?
00:26Oui, alors d'abord ce qui est intéressant, c'est qu'on revient à des Américains,
00:29suivant une tradition désormais bien ancrée.
00:32Et vous savez, aux Etats-Unis, on classe les économistes en deux blocs,
00:35ceux d'eau de mer et ceux d'eau douce.
00:38Alors les eaux douces, ce sont les gens qui sont au bord des Grands Lacs,
00:42c'est-à-dire essentiellement l'Université de Chicago,
00:44et l'eau de mer, ce sont les économistes soit du Massachusetts, soit de Californie.
00:48Donc là, on est plutôt dans l'eau de mer, dans l'eau salée.
00:51Et donc, traditionnellement, l'eau salée est keynésienne,
00:55et l'eau douce, c'est nouvelle macroéconomie classique.
00:58Ils sont assez représentatifs de l'eau salée, ils sont très néo-keynésiens,
01:03et donc c'est une théorie, alors Emmanuel dit souvent que je suis resté aux années 70,
01:09eux aussi, puisque leur théorie a émergé essentiellement à partir d'un article de 1978
01:13de Robert Hall, qui est un des multiples articles publiés à l'époque.
01:17Pour faire le constat, c'est de l'échec du keynésianisme historique
01:20au travers des relances des années 75-76, après le choc pétrolier.
01:24Et donc, grosso modo, et sans rentrer trop dans les détails,
01:29à l'époque, le grand débat, c'était quelle est la forme de la courbe de Philips,
01:31vous savez, de l'arbitrage entre inflation et chômage.
01:34Pour les keynésiens purs, c'est une droite horizontale,
01:36pour les monétaristes classiques purs, c'est une droite verticale,
01:40et à ce moment-là émergent deux écoles,
01:42les nouveaux keynésiens,
01:44l'eau salée, qui dit non, c'est une hyperbole,
01:46et les nouveaux classiques,
01:48l'eau douce, non, c'est un point.
01:50Et donc, eux, ils vont défendre l'idée de l'hyperbole,
01:52avec comme conséquence, pour les keynésiens historiques,
01:56par rapport aux keynésiens historiques,
01:57de considérer que la politique monétaire peut jouer un rôle dans la relance,
02:01et qu'il y a certes une rigidité dans la formation des prix,
02:04mais il y a quand même une concurrence imparfaite,
02:06qui fait que les prix bougent,
02:08et donc la Banque centrale a un rôle,
02:10qui est à la fois un rôle de lutte contre l'inflation,
02:12et puis un rôle de soutien à la croissance,
02:15lié à des mécanismes d'anticipation rationnelle.
02:18Si les gens voient que les taux d'intérêt sont en train de baisser,
02:20ils anticipent que pendant un certain temps,
02:22ça va être facile d'investir,
02:23et donc ça va dynamiser la croissance économique.
02:26Alors, le résultat de leurs travaux,
02:28c'était effectivement de mettre la politique monétaire
02:30et la Banque centrale au centre de l'activité économique.
02:33De fait, Jean-Marc, ça a été plutôt...
02:34Moi, je trouve que ça a été plutôt efficace.
02:37Alors d'abord, Jean-Marc dit,
02:38ils sont restés dans les années 70,
02:39il faut rappeler que c'est un peu la logique du prix de la Banque de Suède
02:43qui est de récompenser des lauréats
02:46bien après qu'ils aient fait leurs travaux.
02:49En général, on récompense des travaux qu'ont 20, 25, 30 ans.
02:55Donc ça, les pauvres, c'est pas de leur faute
02:57si finalement, oui, leur théorie peut paraître datée
03:02au regard du prix qu'ils reçoivent aujourd'hui.
03:03Mais elle a été utilisée par les banques centrales.
03:05Moi, c'est ça que je trouve bien dans leur rapport.
03:08Finalement, c'est que, un, ils expliquent quand même
03:10pourquoi les marchés ne s'ajustent pas instantanément
03:13alors que la théorie nous disait,
03:14bon ben voilà, s'il y a un effondrement de la demande,
03:17il y a l'emploi, les prix qui s'ajustent immédiatement.
03:19Ils nous disent non.
03:20Dans la réalité, il y a beaucoup de prix qui sont rigides.
03:23Les entreprises changent pas leurs prix tous les jours.
03:25Les entreprises changent pas les salaires tous les jours.
03:27Donc, qu'est-ce qu'on fait ?
03:29Ils ont quand même, effectivement, à partir du constat d'échec
03:32des politiques de relance après les chocs pétroliers,
03:34ils se sont dit, bon ben, quand même,
03:36il faut aller voir ce qui se passe du côté de la microéconomie.
03:39Donc, c'est pas qu'une affaire de grands agrégats,
03:41le canadianisme, mais que c'est aussi des comportements.
03:44Il faut aller chercher les comportements des ménages entre entreprises.
03:48Ils ont quand même révolutionné notre compréhension des anticipations.
03:51Et puis, c'est vrai que leurs modèles sont réellement utilisés
03:54par les banques centrales.
03:55Notamment, on pense à la crise de 2008.
03:57Qu'est-ce qui se serait passé si on n'avait pas eu leurs travaux
03:59pour gérer la crise de 2008 ?
04:01Je rappelle qu'en 2008, au moment où survient la crise,
04:04on est déjà sur des taux d'intérêt qui sont nuls.
04:06Et donc, qu'est-ce qu'on fait ?
04:07Qu'est-ce qu'on met en place comme politique monétaire
04:09quand les taux d'intérêt sont nuls ?
04:11Ben, là aussi, leurs travaux ont été plutôt intéressants.
04:14Et puis, je me permets quand même une petite contradiction.
04:19Enfin, je vais laisser Jean-Marc répondre.
04:21Allez-y, Jean-Marc.
04:22Non, non, je pense qu'effectivement, c'est ce que je disais,
04:25ils ont mis la Banque Centrale au centre.
04:26C'est ce que vient de rappeler Emmanuel.
04:29Cette approche microéconomique, elle a une valeur à vos yeux ?
04:32Alors, l'approche microéconomique, sur le plan formel,
04:34le fait d'avoir utilisé les outils de la microéconomie
04:36pour réinterpréter le keynésienisme et la macroéconomie
04:39était plutôt une assez bonne chose.
04:40Mais ça, c'est sur la forme.
04:41C'est-à-dire, le fait d'avoir défini l'action de l'État
04:43comme étant, comment faire microéconomie,
04:46c'est-à-dire un objectif et une contrainte.
04:48Alors que dans le modèle ISLM, il n'y a un objectif,
04:51mais il n'y a pas de contrainte.
04:52Là, il y avait un objectif, une contrainte,
04:54et donc une maximisation sous contrainte
04:56avec des outils mathématiques afférents.
04:58Mais sur le fond, je pense qu'assez vite,
05:01on s'est heurté au fait que la politique monétaire
05:02ne donne pas les résultats attendus.
05:04Et effectivement, Emmanuel l'a rappelé,
05:06ils ont commencé par théoriser cette idée,
05:08les néo-kénésiens ont théorisé cette idée
05:10qu'effectivement, le policy mix,
05:11l'articulation entre les deux,
05:13avait été relativement efficace à l'époque Clinton-Greenspan,
05:16c'est-à-dire une politique monétaire relativement favorable,
05:20relativement expansionniste,
05:21et une politique budgétaire qui était prudente
05:23et qui permettait effectivement de préparer la réponse au choc.
05:28Mais la crise de 2008-2009 a montré que, finalement,
05:32la politique monétaire ne permettait pas de relancer.
05:35Ils ont inventé, à ce moment-là,
05:37Michael Woodford a augmenté l'idée de forward guidance,
05:40c'est-à-dire jouer sur les anticipations rationnelles,
05:43donc dites aux gens ce que vous allez faire,
05:44comme ça ils vont pouvoir s'adapter,
05:46et donc ça va relancer.
05:47La croissance n'est toujours pas au rendez-vous.
05:49La croissance, on se...
05:51Il n'y avait plus de marge pour baisser les taux.
05:52Il n'y a plus de marge pour baisser les taux.
05:54Je pense qu'il faut en revenir, là aussi,
05:56donc à leurs adversaires,
05:57la nouvelle macroéconomie classique,
05:58qui consiste à dire, grosso modo,
06:00l'inflation, le chômage,
06:02c'est relativement inerte.
06:03Le véritable enjeu, c'est favoriser les entreprises,
06:05favoriser l'innovation,
06:07favoriser les gens qui créent la richesse,
06:08et pas les gens qui sont au-dessus de tout ça
06:12et qui manipulent avec plus ou moins de bonheur.
06:15L'économie réelle, quoi.
06:16Voilà, il faut revenir à l'économie réelle,
06:17le cycle réel, d'ailleurs.
06:18Le grand discours de la macroéconomie classique,
06:20c'est qu'il faut revenir au cycle réel,
06:22au cycle des choses.
06:23Vous êtes d'accord avec ça, Emmanuel ?
06:25Non, alors il y a deux points, effectivement.
06:28Un, c'est quand même qu'on est rentré
06:30dans des cycles qui étaient plus des cycles
06:34dictés par les évolutions des marchés financiers
06:36que par l'économie réelle.
06:38Et là, je trouve que finalement,
06:39leurs réponses sont intéressantes,
06:40notamment sur les anticipations.
06:41Et puis, il y a une contradiction
06:42qui m'est venue à l'esprit
06:44et que je voulais évoquer devant Jean-Marc.
06:46Jean-Marc, qui est ricardien,
06:47Jean-Marc, pour moi, vous croyez
06:50à ce qu'on appelle l'équivalence ricardienne.
06:52Oui, mais donc, l'équivalence ricardienne
06:54qui consiste à dire, finalement,
06:56si les ménages, par exemple,
06:59anticipent une hausse des impôts demain,
07:01ils ne se mettront pas à dépenser aujourd'hui, etc.
07:04C'est exactement la même philosophie.
07:06C'est-à-dire qu'en gros, si demain, vous dites
07:10les taux d'intérêt seront beaucoup plus élevés qu'aujourd'hui
07:13ou la politique fiscale sera beaucoup plus dure ou pas demain,
07:18si on veut défendre cette idée
07:20qu'effectivement, il y a une équivalence ricardienne,
07:22on est bien obligé d'accepter l'idée
07:24qu'il y a des comportements des entreprises et des ménages
07:26qui relèvent des anticipations de la politique économique future.
07:30Non, mais je suis tout à fait d'accord.
07:31Et d'ailleurs, c'est au centre de la démarche
07:33de la nouvelle macroéconomie classique
07:34qui est des anticipations rationnelles.
07:36Mais le bilan de la réflexion
07:38de la nouvelle macroéconomie classique,
07:40c'est qu'il y a une efficacité de la politique budgétaire
07:42puisque toute augmentation du déficit
07:44se traduit par une augmentation du taux d'épargne
07:46et donc par, in fine, une demande immédiate
07:48qui reste la même.
07:50Et toute activité de la politique monétaire
07:52se traduit par des comportements
07:53qui vont être des comportements, là aussi,
07:55de modification du rapport au patrimoine.
07:57Et donc, il ne va pas y avoir une inflation
07:59quand on baisse les taux d'intérêt.
08:02Il ne va pas y avoir d'inflation,
08:03il ne va pas y avoir d'investissement majeur
08:05parce qu'il va y avoir des investissements
08:07dans l'immobilier,
08:09dans la modification des prix,
08:11va porter sur le patrimoine
08:13et pas sur la modification des prix
08:14des objets vendus et de la consommation.
08:16Et pour terminer, je pense qu'on ne peut pas faire
08:19la critique de leur théorie
08:21uniquement à partir de l'action des banques centrales.
08:23Moi, je pense que si on reprend la réaction,
08:25par exemple, au choc énergétique de 2022
08:27et au choc énergétique actuel,
08:29la réaction de la BCE,
08:30je ne vois pas quelle est la cohérence
08:32entre la théorie de nos lauréats
08:34et les décisions de la Banque Centrale Européenne.
08:37Donc, ce n'est pas à cause de nos prix Nobel
08:39que, finalement, les banques centrales
08:42prennent de mauvaises décisions.
08:43Ah non, non, les banques centrales
08:44n'ont pas besoin de prix Nobel d'économie
08:45pour faire des bêtises.
08:46Pour faire des bêtises, c'est ce que vous dites.
08:48On rappelle que Ricardo n'était pas keynésien,
08:50à la différence de ces deux prix Nobel néo-keynésiens.
08:54C'est ce qu'il y a une choc énergétique.
08:55Exactement.

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