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  • il y a 9 minutes
Ce mardi 20 octobre, les réunions du FMI et de la Banque mondiale en Thaïlande, qui étaient axées sur l'emploi et le climat, ont été abordées par Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Brigitte Boucher, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Enfin, salut, Jean-Marc, Daniel, comme tous les mardis, bonjour à tous les deux.
00:04Bonjour.
00:05Bienvenue.
00:06On va parler des réunions du FMI et de la Banque Mondiale qui se tenait en Thaïlande.
00:11Elles ont été l'occasion pour le président de la Banque Mondiale, Ajay Banga, d'insister sur l'emploi et
00:17le climat.
00:17Alors, il note un déficit potentiel de 800 millions de postes à l'échelle mondiale.
00:21Mais dans le même temps, c'est une annonce de 96 milliards qui ont été consacrées au climat qui a
00:27été faite.
00:28Alors, le climat est-il l'ennemi de l'emploi ? On en débat ce matin.
00:33Jean-Marc, s'il faut une priorité, priorité à quoi ?
00:37Alors, je pense qu'il faut quand même réfléchir au débat tel que l'a été posé par le président
00:41de la Banque Mondiale.
00:42Puisqu'il était à mi-mandat, ce qui était intéressant dans cette réunion, c'est qu'il a fait son
00:47discours vendredi dernier
00:48en faisant le bilan des trois années où il a été à la tête de la Banque Mondiale
00:53et en annonçant les deux années qui viennent pour lui.
00:57Et il a rappelé que, quand il avait pris ses fonctions, il avait dit
01:01« Je vais créer un monde sans pauvreté, c'est le but de la Banque Mondiale, sur une planète vivable.
01:06»
01:06Et donc, il est revenu sur cet arbitrage entre les emplois et la lutte contre le réchauffement climatique.
01:13Il lui reste deux ans pour agir.
01:15Il lui reste deux ans pour agir.
01:16Sachant qu'il a rappelé également que, quand il avait pris ses fonctions,
01:20les projections de la Banque Mondiale, c'était qu'il allait y avoir, notamment du fait de l'exode rural,
01:25environ 1,2 milliard de jeunes qui, entre le sous-continent indien et l'Afrique, allaient se porter sur le
01:30marché du travail.
01:31Avec comme conséquence que ça va faire une pression énorme sur les salaires.
01:34Et donc, ça va entretenir un monde de déflation.
01:37Tout le monde qui parle d'inflation, il explique bien que le véritable problème,
01:41ça va être la déflation liée à la baisse du coût du travail.
01:44Sauf que, quand il a pris ses fonctions, la Banque Mondiale a anticipé 800 millions de créations d'emplois
01:48sur la face à 1,2 milliard.
01:50Et là, maintenant, il dit qu'on est à peu près sûr de 400 millions de créations d'emplois
01:54parce qu'il y a des gains de productivité, la robotisation et tout ça.
01:57Et donc, il va manquer 800 millions de postes.
01:59Et donc, la seule solution, c'est de booster la croissance.
02:02Alors, la croissance en Inde est à moyenne 7%, ce qui fait que le PIB en Inde double tous les
02:0710 ans.
02:07Mais il a rappelé qu'en Europe, par exemple, le PIB double tous les 58 ans.
02:12Et donc, la question qui se pose, c'est est-ce qu'on doit choisir de booster la croissance encore
02:17plus en Inde, en Afrique ?
02:18Est-ce qu'on doit booster la croissance en Europe pour qu'effectivement,
02:22il y ait une espèce de dynamique globale de création d'emplois au niveau mondial ?
02:26Ou est-ce qu'on doit garder les objectifs climatiques en se disant que, d'une certaine façon,
02:31il faudra freiner, ralentir l'exode rural ?
02:34Parce que ce qu'il propose, ce qu'il dit, c'est qu'une des façons de résoudre le problème,
02:39c'est aussi de maintenir les paysans à la campagne.
02:42C'est-à-dire de maintenir artificiellement des emplois à la campagne.
02:45Alors moi, je pense que la bonne solution, c'est effectivement,
02:48non pas de maintenir les paysans à la campagne,
02:50mais c'est de faire de la croissance,
02:52mais de la croissance en réduisant effectivement l'empreinte carbone globale au niveau mondial,
02:57et donc en demandant, parce que là aussi, c'est ce que demande Venn en particulier,
03:01en disant, au nom de la lutte contre le réchauffement climatique,
03:04vous allez nous empêcher.
03:05C'est une forme de protectionnisme.
03:07C'est-à-dire, vous allez dire,
03:08vous qui avez salopé pour parler vulgairement à la planète pendant deux siècles,
03:13maintenant vous nous dites, il faut arrêter,
03:14et donc c'est vous, les Indiens, les Africains, qui allez arrêter,
03:17et vous n'allez pas travailler.
03:18Donc il dit, il faut effectivement garder l'objectif de la croissance,
03:23c'est la priorité, mais ça demande qu'il y ait un effort des pays occidentaux
03:27sur le réchauffement climatique.
03:29Mais donc c'est de la croissance verte ?
03:30De la croissance verte, et surtout, effectivement, de la sobriété.
03:33Il appelle à la sobriété en Europe,
03:35et donc moi j'appelle à la sobriété en Europe, aux Etats-Unis, en Chine.
03:39Je rappelle, pour conclure, parce que c'est toujours l'élément que je mets en avant,
03:43je pense que le prix de l'essence devait être à 4 euros le litre.
03:46Ça vous le répétez souvent.
03:484 euros le litre.
03:48Mais le libéral que vous êtes, est-ce que c'est cohérent ?
03:50L'idée que, pour répondre aux besoins en termes de croissance
03:54et de baisse de la pauvreté en Inde et en Afrique,
03:57il faut que nous fassions des efforts de la sobriété,
03:59que nous payons notre essence 4 euros.
04:01Pas de sobriété, Emmanuel Lechypre ?
04:03Sur l'objectif, effectivement, de développer la croissance
04:07dans les pays émergents, les pays dits encore pauvres aujourd'hui,
04:12effectivement, il n'y a pas de débat.
04:14Après, moi, ce que je conçois mal, c'est comment, finalement,
04:18on peut avoir beaucoup de croissance dans ces pays-là,
04:20en ayant peu de croissance chez nous.
04:23Et on retombe toujours sur, un petit peu, cette même idée
04:26que, quelque part, c'est un peu en affaiblissant les riches
04:31que vous allez enrichir les pauvres.
04:33Mais jamais.
04:34Ça n'a jamais fonctionné.
04:35Donc, effectivement, moi, je pense que la priorité absolue
04:39au niveau mondial, c'est de sortir ces pays-là de la pauvreté.
04:45Pourquoi ? Parce qu'effectivement, et c'est même plus important
04:49que la transition écologique.
04:51Parce qu'un emploi, c'est un revenu.
04:54Donc, effectivement, c'est de l'éducation en plus,
04:59c'est du niveau de vie en plus,
05:01et c'est de l'espoir, quand même, d'avoir une vie meilleure.
05:04Un emploi dans les pays émergents,
05:06et pas dans les pays émergents, dans ces pays pauvres,
05:08c'est quand même de la stabilité politique,
05:10et c'est aussi des ressources fiscales.
05:12Donc, pour moi, ce développement économique
05:16est la condition même de la transition écologique,
05:19puisque ça exige des investissements considérables, etc.
05:23Et puis, je rappelle un argument majeur,
05:24c'est que si on veut développer, effectivement,
05:27si ces pays-là se développent,
05:29c'est quand même une réponse très importante pour nous
05:31à tout ce qui est le défi sur les migrations, etc.
05:34Et le meilleur moyen, effectivement,
05:36de ne pas être soumis chez nous
05:37au défi de la pression migratoire,
05:39c'est qu'il y ait des perspectives économiques chez eux.
05:42Après, encore une fois,
05:44moi, je pense qu'on ne peut pas demander
05:48aux pays occidentaux
05:50de se sacrifier, entre guillemets, aujourd'hui,
05:54sur l'autel du développement de ces pays-là.
05:56C'est-à-dire que ça ne marchera pas.
05:59Si vous handicapez,
06:01si vous pénalisez les pays occidentaux
06:03dans leur capacité de croissance,
06:05de toute façon, ça va retomber en grande partie
06:07sur ces pays-là,
06:08qui sont quand même des pays
06:10qui se développent aujourd'hui
06:12grâce à nous, grâce à notre demande,
06:15grâce aux produits et grâce aux biens et services
06:17qu'on leur achète.
06:18Grâce aussi beaucoup aux investissements chinois.
06:20Moi, je trouve ça très bien,
06:21mais ça ne résout en rien
06:23cette problématique de l'adaptation
06:26au changement climatique chez nous,
06:28qui ne se fera, encore une fois,
06:29que par l'innovation massive
06:31qui comblera cet écart
06:33entre ce qui est finalement nécessaire
06:35sur le plan écologique
06:36et ce qui est supportable
06:39par la population.
06:40Donc, encore une fois,
06:41je trouve que dans cet argument
06:42qui consiste à dire
06:43« Nous, vous, braves occidentaux,
06:46vous avez finalement déjà eu plus
06:49que votre part du gâteau,
06:51vous ne pouvez pas empêcher
06:53les pays pauvres de se développer. »
06:55C'est un discours qui ne marchera pas.
06:57C'est un discours de culpabilité
06:59qui, encore une fois,
07:00sera aussi inefficace
07:01que celui de dire
07:02« Ah bah, regardez,
07:03on va vers un réchauffement
07:04de 1,5 degré, etc.
07:05à l'horizon 2100. »
07:07Non, ça ne changera pas.
07:08Ce qui fera changer la mentalité
07:09dans les pays occidentaux,
07:10c'est que les habitants
07:11des pays occidentaux
07:11soient convaincus
07:12que c'est bon pour eux.
07:13Mais les convaincre
07:14qu'il faut se restreindre ici
07:16pour que d'autres
07:17puissent se développer
07:18là-bas, ça ne marchera pas.
07:20Est-ce qu'il faut choisir ?
07:21Est-ce qu'on ne peut pas faire
07:22la croissance dans ces pays-là
07:23et la sobriété climatique ici ?
07:25C'est ce sur quoi je m'appuie.
07:28Je considère qu'effectivement...
07:29Il faut avoir les deux.
07:30Il faut avoir les deux.
07:31Et la sobriété climatique
07:32doit être centrée
07:33sur les pays
07:33qui, effectivement,
07:34sont dans une situation
07:36de niveau de vie
07:37et de richesse
07:38qui est très largement supérieure
07:39à celui de ces pays.
07:40Là aussi,
07:41vous comparez
07:42dans les statistiques,
07:44ce qu'a confirmé le FMI,
07:46c'est que
07:46la Grande-Bretagne
07:47et le Royaume-Uni
07:49et l'Inde
07:49ont maintenant
07:49le même PIB.
07:50C'est-à-dire qu'il y a eu
07:51tout un débat
07:52puisque, symboliquement,
07:53le Royaume-Uni
07:54étant l'ancienne puissance
07:55colonisatrice,
07:56il y avait une sorte
07:56de fierté indienne
07:58à retrouver le même PIB.
07:59Sauf que ça veut dire
08:00que le PIB par habitant
08:01du Royaume-Uni
08:02est 20 fois celui de l'Inde
08:03vu le rapport de population
08:04qui est entre les deux pays.
08:05L'Inde,
08:06c'est 1,4 milliard d'habitants
08:07et le Royaume-Uni,
08:0870 millions d'habitants.
08:09Donc, il y a un écart de richesse
08:11qui est un écart de richesse
08:12considérable.
08:13Et je pense
08:13qu'une forme de solidarité
08:15qui est une forme de solidarité
08:17qui non seulement est morale
08:19mais aussi indispensable
08:21sur le plan économique.
08:22Parce que, concrètement,
08:24on l'a dit,
08:25si les pays,
08:26dans les manifestations
08:27qui ont lieu à Bangkok,
08:28parce que chaque assemblée générale
08:29du FMI et de la Banque-Bretagne
08:30donnent lieu à des manifestations
08:31qui sont en général
08:32des manifestations relativement calmes,
08:34le grand slogan,
08:35c'était
08:36« S'il vous plaît,
08:36ne nous appauvrissez pas. »
08:38Et c'était mené
08:39par un certain nombre.
08:39– Je remarque,
08:40les Black Blocs
08:40ne peuvent pas être partout.
08:41Il se trouve que ce week-end,
08:42ils étaient plutôt à Paris.
08:43– Oui, oui,
08:44ils n'étaient pas à Bangkok.
08:45– Et par milliers,
08:46les Black Blocs du monde entier
08:47étaient à Paris ce week-end.
08:48– Oui, oui.
08:49– C'est ça l'attractivité de la France.
08:50– La France,
08:51c'est devenu,
08:52oui, c'est ça,
08:52c'est devenu
08:53« Grève, vacances, émeutes ».
08:55C'est pas « Liberté Égalité. »
08:57– C'est un résumé assez sévère quand même.
08:58– « Grève, vacances, émeutes ».
08:59Bref, je reviens à Bangkok
09:00et à tout ça.
09:01Effectivement,
09:02le cri des manifestants de Bangkok,
09:04c'était « Ne nous appauvrissez pas ».
09:06C'est-à-dire,
09:06nous sommes tous solidaires,
09:07nous sommes tous sur la même planète.
09:09Je pense que la mondialisation
09:10est quelque chose
09:10qui est une réalité physique
09:11que les gens doivent comprendre.
09:14Et ça suppose que,
09:15effectivement,
09:15cette solidarité
09:16repose sur la sobriété.
09:18La sobriété,
09:19c'est pas l'économie punitive,
09:21c'est la capacité,
09:22effectivement,
09:22à réaliser
09:23que,
09:23dans un certain nombre
09:24de circonstances,
09:25il faut faire preuve
09:27de civisme.
09:28– Est-ce qu'on est tous d'accord
09:29pour faire la sobriété ?
09:30Parce que si nous,
09:31on le fait,
09:31que les Américains ou les Chinois
09:33ne le font pas,
09:33ça ne marchera pas.
09:34– Vous avez la formule célèbre,
09:35là aussi,
09:36au moment de la crise de Suez,
09:37de Guy Mollet,
09:37qui était le président du Conseil,
09:38qui avait dit
09:38« On commence par faire appel au civisme,
09:41ensuite à faire appel au cynisme. »
09:42Et faire appel au cynisme,
09:43c'est augmenter les prix
09:44des produits polluants.
09:45– De toute façon,
09:46la démographie va régler
09:47en grande partie tout ça.
09:50Je rappelle qu'aujourd'hui,
09:51il y a deux tiers des pays
09:52qui ne renouvellent pas
09:53leur génération
09:54et qu'on peut considérer
09:56que c'est aujourd'hui
09:57que la pression démographique
09:59sur les ressources de la planète
10:01est maximale
10:02et que toutes ces problématiques
10:04à l'horizon de 20, 30 ou 40 ans
10:05sont quand même considérablement allégées
10:08par, finalement,
10:10l'évolution de la démographie.
10:12Donc, laissons-nous prospérer
10:15et ne nous culpabilisons pas.
10:17Il y a suffisamment de ressources
10:19dans les pays émergents
10:20sur le plan du capital humain,
10:23sur le plan de l'innovation,
10:24etc.,
10:25pour que ces pays connaissent
10:26des taux de croissance formidables
10:27en étant plus sobres
10:29que nous on l'a été,
10:30etc.
10:31Mais même chez nous,
10:31le pic de conneries
10:32est très largement dépassé
10:33et qu'on va être
10:34beaucoup plus sobres
10:35et que, voilà,
10:36mais il ne faut pas,
10:37encore une fois,
10:38je pense que c'est joué
10:39sur la culpabilité
10:40et que ça ne marche pas.
10:42Tout a montré
10:43que la culpabilité
10:44ne marchait pas.
10:44– On s'arrête là.
10:45Merci à tous les deux.
10:46C'était le débat
10:48face à le chiffre à 8h40
10:49avec Jean-Marc Daniel.

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