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  • il y a 2 heures
Ce jeudi 11 juin, la hausse des taux d'un quart de point qui sera annoncée par la BCE, a été abordée par Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00C'est Jean-Marc Daniel et la hausse des taux elle arrive, ça sera cet après-midi a priori,
00:05une hausse des taux d'un quart de point.
00:08Est-ce que c'est la mer à boire ? La BCE va-t-elle mettre l'économie européenne par
00:12terre ?
00:12Jean-Marc, vous dites que c'est une grave erreur.
00:14Oui, je pense que c'est une grave erreur.
00:16Vous vous souvenez dans les années 2000, on avait inventé un mot que je trouvais assez pertinent
00:19et que j'avais ensuite déformé vers la politique budgétaire qui était de sadomonétarisme.
00:24On accusait M. Trichet à l'époque d'être le symbole même du sadomonétarisme,
00:28y compris d'ailleurs à la fois le président Chirac et le président Sarkozy avaient récupéré ce mot.
00:34Et on est dans une nouvelle crise de sadomonétarisme,
00:36c'est-à-dire que nous sommes dans une situation que l'on décrit comme étant plutôt menaçante en termes
00:42de stagflation
00:42et donc les mesures qui seraient prises en augmentant les taux d'intérêt,
00:46non seulement ne lutteraient pas contre l'inflation puisqu'il n'y a pas d'inflation,
00:50mais en revanche auraient comme conséquence de renforcer la stagnation.
00:54Et donc je crois que derrière ce qui se passe, il y a une évolution du rôle de la Banque
00:59centrale,
01:00c'est-à-dire que la Banque centrale ne correspond plus dans ses combats et dans ses missions
01:04à la réalité de l'économie qu'elle a en face d'elle.
01:06Ses missions ont été définies dans les années 70,
01:09donc elle réagit de façon plus ou moins pavlovienne.
01:11On lui dit qu'il y a de l'inflation, même si on ne sait pas de l'inflation,
01:14donc je vais augmenter les taux.
01:16Et donc il faut passer à une nouvelle phase.
01:18Vous savez, sans vouloir multiplier les citations latines,
01:21puisqu'aujourd'hui nous ne sommes pas le jour du latin,
01:23mais en médecine on dit normalement que la première chose à faire c'est
01:26primum non nocere.
01:28Ce qui veut dire, avant toute chose, toute décision à prendre en médecine,
01:31c'est de ne pas nuire.
01:33Et donc je pense qu'on est dans une phase où on va nuire,
01:36on retrouve là aussi une médecine du 18e siècle,
01:38on fait la saigner.
01:39On saigne, on vide les gens de leur substance,
01:42et après on se dit, ah mon Dieu, était-ce vraiment indispensable ?
01:46On ne pouvait pas faire autrement, c'était notre mission.
01:49Donc je dis halte au syndoméditarisme, parce que ça devient ridicule.
01:53Jean-Claude Trichet sera l'invité d'Edoui Chevrillon ce soir,
01:56à partir de 18h.
01:57Et la situation qu'il a connue n'était pas exactement la même que celle d'aujourd'hui.
02:01Emmanuel, pour vous ce n'est pas si grave ?
02:030,25 finalement ?
02:04Non, alors c'est une bêtise, absolument, c'est une bêtise,
02:07et je ne sais pas si je suis complètement abruti,
02:13ou rêveur, ou etc.
02:14Vous pensez qu'elle peut encore ne pas le faire ?
02:16Moi je pense qu'il peut y avoir un sursaut de lucidité.
02:20Au déjeuner.
02:21Effectivement, au déjeuner.
02:23Écoutez, je ne vais pas vous raconter les déjeuners de la BCE,
02:26auxquels j'ai parfois participé,
02:28mais disons qu'il peut se dire des choses,
02:32ou se passer des choses pendant ces déjeuners,
02:34qui peuvent peut-être rendre les membres...
02:38On en est là quand même, à espérer qu'il n'y ait pas de hausse des taux au déjeuner.
02:42Oui, voilà.
02:43Vous vous rendez compte où on est arrivé ?
02:44C'est-à-dire que la politique économique,
02:46avec toute la théorie économique qu'il y a derrière,
02:49repense maintenant sur les déjeuners,
02:51et la capacité de bien boire à déjeuner.
02:54Non, ça c'est les...
02:55Ça, ça, je ne l'ai pas dit.
02:58Bref.
02:58Ça, je ne l'ai pas dit,
02:59et vous savez que le métier de banquier central est un art,
03:01Jean-Marc, ça n'est pas une technique.
03:04Justement, les 0,25 c'est de l'art oratoire aussi.
03:06Je pense que c'est une bêtise de monter les taux,
03:10pour des raisons qui font qu'il n'y a pas d'inflation, etc.
03:13Que ça montre qu'ils n'ont rien appris, finalement, de la crise de 2022.
03:17Donc là-dessus, on est d'accord sur l'idée que c'est bête avec Jean-Marc.
03:20Là où je ne suis pas tout à fait en phase avec Jean-Marc,
03:23c'est quand il dit que c'est une catastrophe, etc.
03:26Bon, la réalité, c'est que 0,25 point de base,
03:29c'est quand même pas la mer à boire.
03:31Pour un ménage, pour une entreprise,
03:34ça ne change pas véritablement grand-chose.
03:37La différence aussi avec 2022,
03:39c'est que ça avait fait très mal, cette hausse des taux,
03:42parce qu'on avait cassé une économie
03:45qui était quand même en phase de redémarrage.
03:47Là, il n'y a rien à casser, si vous voulez dire.
03:48Là, il n'y a pas grand-chose à casser.
03:50On voit qu'on est dans une phase quand même de ralentissement.
03:52On voit d'ailleurs que pour tout un tas de raisons,
03:55l'attentisme provoqué par la guerre en Iran,
04:00auxquels on peut ajouter en France
04:01la perspective de la présidentielle,
04:03crée finalement une forme d'attentisme
04:05qui fait que la demande de crédit n'est pas fofolle.
04:07Donc ça, ce n'est pas véritablement un problème.
04:10On a des taux qui restent quand même historiquement modérés.
04:14C'est une chose.
04:15Ensuite, les marchés,
04:16on peut dire qu'ils ont déjà intégré la décision,
04:19que ça n'aura pas énormément d'importance.
04:22Après, si une petite hausse des taux,
04:24ça peut un peu faire monter l'euro
04:26et alléger une facture énergétique
04:28qui est quand même substantielle
04:30avec un pétrole qui est toujours autour de 95 dollars,
04:33pourquoi pas ?
04:33Et puis, après tout,
04:35si ça peut convaincre les marchés
04:39qu'un peu plus,
04:40il y aura moins d'inflation.
04:42Et en gros,
04:42si ça a un petit impact positif sur les taux longs,
04:45ce ne sera pas mauvais pour nos finances publiques.
04:47Donc je pense que là où c'est négatif,
04:50c'est que ça envoie un mauvais signal
04:52sur la façon dont la BCE comprend l'économie européenne,
04:56comprend les mécanismes qui génèrent l'inflation
04:58et où elle nous montre qu'elle ne les comprend pas vraiment
05:01et que finalement,
05:01le logiciel de la BCE n'a pas changé
05:03depuis les banques centrales des années 70.
05:07Voilà.
05:08Mais après,
05:08je pense qu'il ne faut pas dramatiser
05:10la conséquence de ce seul mouvement.
05:12Il n'y a rien à casser en Europe ?
05:14Il y a toujours encore de la casser,
05:17il y a encore toujours de l'investissement.
05:18Et je pense qu'effectivement,
05:20on est dans une phase où le véritable enjeu,
05:22c'est la reprise de l'investissement.
05:24Dans la phase du cycle dans laquelle nous sommes,
05:26effectivement,
05:26pour que le cycle qui était en train de démarrer
05:28soit véritablement porteur,
05:30il faut tout faire pour que l'investissement
05:32soit au rendez-vous.
05:33Or, si vous remontez les taux,
05:35immédiatement,
05:35vous cassez une partie de la dynamique d'investissement.
05:38Vous faites en sorte que quelque chose
05:39qui devrait avoir lieu n'a pas lieu.
05:42Ce n'est pas uniquement cassé,
05:43c'est faire en sorte que quelque chose
05:45qui n'existe pas,
05:46n'existera pas,
05:47alors qu'il devrait exister.
05:48Après, on verra.
05:49Ce qui va être intéressant aussi,
05:51c'est le discours qui va accompagner.
05:53Oui, c'est est-ce qu'elle continue ou pas ?
05:54Voilà, c'est ça.
05:55Est-ce que ça suffit
05:56ou c'est les trois hausses pour l'année ?
05:57Voilà, si derrière,
05:58la BCE envoie un message en disant
06:00écoutez, une fois qu'on aura fait
06:01ce petit ajustement,
06:03on va voir,
06:04et que, comme je l'espère,
06:06au final,
06:07elle va baisser les taux.
06:08Non, le proche,
06:10après une phase de stabilité incertaine,
06:12le prochain mouvement sera une baisse.
06:14À mon avis, c'est pour ça
06:14qu'il ne vous invite plus au déjeuner.
06:15Est-ce que vous êtes trop décalé ?
06:17Il faut arrêter les hausses et les baisses.
06:19C'est ça.
06:20Stabilité.
06:21Un peu de capacité pour les marchés
06:23à prévoir ce qui va se passer.
06:24Regardons surtout le discours.
06:26Merci à tous les deux.
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