00:00C'est Jean-Marc Daniel et la hausse des taux elle arrive, ça sera cet après-midi a priori,
00:05une hausse des taux d'un quart de point.
00:08Est-ce que c'est la mer à boire ? La BCE va-t-elle mettre l'économie européenne par
00:12terre ?
00:12Jean-Marc, vous dites que c'est une grave erreur.
00:14Oui, je pense que c'est une grave erreur.
00:16Vous vous souvenez dans les années 2000, on avait inventé un mot que je trouvais assez pertinent
00:19et que j'avais ensuite déformé vers la politique budgétaire qui était de sadomonétarisme.
00:24On accusait M. Trichet à l'époque d'être le symbole même du sadomonétarisme,
00:28y compris d'ailleurs à la fois le président Chirac et le président Sarkozy avaient récupéré ce mot.
00:34Et on est dans une nouvelle crise de sadomonétarisme,
00:36c'est-à-dire que nous sommes dans une situation que l'on décrit comme étant plutôt menaçante en termes
00:42de stagflation
00:42et donc les mesures qui seraient prises en augmentant les taux d'intérêt,
00:46non seulement ne lutteraient pas contre l'inflation puisqu'il n'y a pas d'inflation,
00:50mais en revanche auraient comme conséquence de renforcer la stagnation.
00:54Et donc je crois que derrière ce qui se passe, il y a une évolution du rôle de la Banque
00:59centrale,
01:00c'est-à-dire que la Banque centrale ne correspond plus dans ses combats et dans ses missions
01:04à la réalité de l'économie qu'elle a en face d'elle.
01:06Ses missions ont été définies dans les années 70,
01:09donc elle réagit de façon plus ou moins pavlovienne.
01:11On lui dit qu'il y a de l'inflation, même si on ne sait pas de l'inflation,
01:14donc je vais augmenter les taux.
01:16Et donc il faut passer à une nouvelle phase.
01:18Vous savez, sans vouloir multiplier les citations latines,
01:21puisqu'aujourd'hui nous ne sommes pas le jour du latin,
01:23mais en médecine on dit normalement que la première chose à faire c'est
01:26primum non nocere.
01:28Ce qui veut dire, avant toute chose, toute décision à prendre en médecine,
01:31c'est de ne pas nuire.
01:33Et donc je pense qu'on est dans une phase où on va nuire,
01:36on retrouve là aussi une médecine du 18e siècle,
01:38on fait la saigner.
01:39On saigne, on vide les gens de leur substance,
01:42et après on se dit, ah mon Dieu, était-ce vraiment indispensable ?
01:46On ne pouvait pas faire autrement, c'était notre mission.
01:49Donc je dis halte au syndoméditarisme, parce que ça devient ridicule.
01:53Jean-Claude Trichet sera l'invité d'Edoui Chevrillon ce soir,
01:56à partir de 18h.
01:57Et la situation qu'il a connue n'était pas exactement la même que celle d'aujourd'hui.
02:01Emmanuel, pour vous ce n'est pas si grave ?
02:030,25 finalement ?
02:04Non, alors c'est une bêtise, absolument, c'est une bêtise,
02:07et je ne sais pas si je suis complètement abruti,
02:13ou rêveur, ou etc.
02:14Vous pensez qu'elle peut encore ne pas le faire ?
02:16Moi je pense qu'il peut y avoir un sursaut de lucidité.
02:20Au déjeuner.
02:21Effectivement, au déjeuner.
02:23Écoutez, je ne vais pas vous raconter les déjeuners de la BCE,
02:26auxquels j'ai parfois participé,
02:28mais disons qu'il peut se dire des choses,
02:32ou se passer des choses pendant ces déjeuners,
02:34qui peuvent peut-être rendre les membres...
02:38On en est là quand même, à espérer qu'il n'y ait pas de hausse des taux au déjeuner.
02:42Oui, voilà.
02:43Vous vous rendez compte où on est arrivé ?
02:44C'est-à-dire que la politique économique,
02:46avec toute la théorie économique qu'il y a derrière,
02:49repense maintenant sur les déjeuners,
02:51et la capacité de bien boire à déjeuner.
02:54Non, ça c'est les...
02:55Ça, ça, je ne l'ai pas dit.
02:58Bref.
02:58Ça, je ne l'ai pas dit,
02:59et vous savez que le métier de banquier central est un art,
03:01Jean-Marc, ça n'est pas une technique.
03:04Justement, les 0,25 c'est de l'art oratoire aussi.
03:06Je pense que c'est une bêtise de monter les taux,
03:10pour des raisons qui font qu'il n'y a pas d'inflation, etc.
03:13Que ça montre qu'ils n'ont rien appris, finalement, de la crise de 2022.
03:17Donc là-dessus, on est d'accord sur l'idée que c'est bête avec Jean-Marc.
03:20Là où je ne suis pas tout à fait en phase avec Jean-Marc,
03:23c'est quand il dit que c'est une catastrophe, etc.
03:26Bon, la réalité, c'est que 0,25 point de base,
03:29c'est quand même pas la mer à boire.
03:31Pour un ménage, pour une entreprise,
03:34ça ne change pas véritablement grand-chose.
03:37La différence aussi avec 2022,
03:39c'est que ça avait fait très mal, cette hausse des taux,
03:42parce qu'on avait cassé une économie
03:45qui était quand même en phase de redémarrage.
03:47Là, il n'y a rien à casser, si vous voulez dire.
03:48Là, il n'y a pas grand-chose à casser.
03:50On voit qu'on est dans une phase quand même de ralentissement.
03:52On voit d'ailleurs que pour tout un tas de raisons,
03:55l'attentisme provoqué par la guerre en Iran,
04:00auxquels on peut ajouter en France
04:01la perspective de la présidentielle,
04:03crée finalement une forme d'attentisme
04:05qui fait que la demande de crédit n'est pas fofolle.
04:07Donc ça, ce n'est pas véritablement un problème.
04:10On a des taux qui restent quand même historiquement modérés.
04:14C'est une chose.
04:15Ensuite, les marchés,
04:16on peut dire qu'ils ont déjà intégré la décision,
04:19que ça n'aura pas énormément d'importance.
04:22Après, si une petite hausse des taux,
04:24ça peut un peu faire monter l'euro
04:26et alléger une facture énergétique
04:28qui est quand même substantielle
04:30avec un pétrole qui est toujours autour de 95 dollars,
04:33pourquoi pas ?
04:33Et puis, après tout,
04:35si ça peut convaincre les marchés
04:39qu'un peu plus,
04:40il y aura moins d'inflation.
04:42Et en gros,
04:42si ça a un petit impact positif sur les taux longs,
04:45ce ne sera pas mauvais pour nos finances publiques.
04:47Donc je pense que là où c'est négatif,
04:50c'est que ça envoie un mauvais signal
04:52sur la façon dont la BCE comprend l'économie européenne,
04:56comprend les mécanismes qui génèrent l'inflation
04:58et où elle nous montre qu'elle ne les comprend pas vraiment
05:01et que finalement,
05:01le logiciel de la BCE n'a pas changé
05:03depuis les banques centrales des années 70.
05:07Voilà.
05:08Mais après,
05:08je pense qu'il ne faut pas dramatiser
05:10la conséquence de ce seul mouvement.
05:12Il n'y a rien à casser en Europe ?
05:14Il y a toujours encore de la casser,
05:17il y a encore toujours de l'investissement.
05:18Et je pense qu'effectivement,
05:20on est dans une phase où le véritable enjeu,
05:22c'est la reprise de l'investissement.
05:24Dans la phase du cycle dans laquelle nous sommes,
05:26effectivement,
05:26pour que le cycle qui était en train de démarrer
05:28soit véritablement porteur,
05:30il faut tout faire pour que l'investissement
05:32soit au rendez-vous.
05:33Or, si vous remontez les taux,
05:35immédiatement,
05:35vous cassez une partie de la dynamique d'investissement.
05:38Vous faites en sorte que quelque chose
05:39qui devrait avoir lieu n'a pas lieu.
05:42Ce n'est pas uniquement cassé,
05:43c'est faire en sorte que quelque chose
05:45qui n'existe pas,
05:46n'existera pas,
05:47alors qu'il devrait exister.
05:48Après, on verra.
05:49Ce qui va être intéressant aussi,
05:51c'est le discours qui va accompagner.
05:53Oui, c'est est-ce qu'elle continue ou pas ?
05:54Voilà, c'est ça.
05:55Est-ce que ça suffit
05:56ou c'est les trois hausses pour l'année ?
05:57Voilà, si derrière,
05:58la BCE envoie un message en disant
06:00écoutez, une fois qu'on aura fait
06:01ce petit ajustement,
06:03on va voir,
06:04et que, comme je l'espère,
06:06au final,
06:07elle va baisser les taux.
06:08Non, le proche,
06:10après une phase de stabilité incertaine,
06:12le prochain mouvement sera une baisse.
06:14À mon avis, c'est pour ça
06:14qu'il ne vous invite plus au déjeuner.
06:15Est-ce que vous êtes trop décalé ?
06:17Il faut arrêter les hausses et les baisses.
06:19C'est ça.
06:20Stabilité.
06:21Un peu de capacité pour les marchés
06:23à prévoir ce qui va se passer.
06:24Regardons surtout le discours.
06:26Merci à tous les deux.
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